Met., A, 2, 1070 a
ESTHÉTIQUE ET BIOLOGIE
manque les caractères qui constituent et définissent l'homme. Ce qui donne à l'enfant sa véritable nature, c'est ce fait qu'il est en voie d'acquérir la nature propre de l'homme, c'est qu'il est orienté vers cette forme de l'homme1, laquelle se dégage pour le regard en dernier lieu, mais qui, dès la naissance, décide et entraîne le développement de la vie 2. Un tel développement ne s'explique donc intégralement que par son point d'arrivée, c'est-à-dire par la cause finale. L'homme est la cause finale de l'enfant. Or, à cette cause finale correspond une cause motrice qui lui est adéquate. C'est le père, c'est l'homme, qui a engendré l'enfant, ou, plus exactement, qui a communiqué à l'enfant la capacité de finalité, dont on peut dire qu'elle constitue sa nature d'homme ; d'où cette formule : Vhomme engendre Vhomme.
71. — Le même système de causes, qui s'offre à l'expérience commune pour rendre compte d'une œuvre d'art, interviendra donc pour faire comprendre la génération et la croissance de l'être vivant. Seulement ce qui caractérise le domaine biologique, c'est que la cause motrice et la cause finale sont tout à la fois numériquement distinctes et spécifiquement identiques^. L'être en puissance n'est que l'intermédiaire à travers lequel l'être en acte, qui est l'énergie efficiente du père, conduit à l'être en acte qui est le terme final, à l'accomplissement du fils *.
Le générateur sculpte une statue à sa propre ressemblance, ou plus exactement il doue l'enfant du pouvoir de se sculpter lui-même, de réaliser à son tour et à son heure, en acte et en énergie, ce que ce père lui-même est en acte et en énergie.
Aristote passe ainsi de l'art à la nature, comme il en fait lui-même la -remarque, dans un passage important de la Physique : « Si donc les choses artificielles (sont produites) en vue de quelque chose, il est évident que les choses de la nature le sont aussi ; car, dans les choses artificielles et dans les choses de la nature, les conséquents et les antécédents
1. Met., 0, 8, 1050 a 9 : tsào; q ô'àvÉpygta, /ai toutou */.apiv r, ôûvafjuç
2. De Part, animal, I, 64G a 25 : Ta uo-ispa xrj yevsaei rcpo'iepa tt]v çtitrtv EffTi, /ai TtptoTov tô ty) jzvzgzi Te>>£UTaïov..^ tu> (xsv byv /pôvco Tupoxépav ttjv uXïjv avayfcatov sTvac xat T7)v yévzGiv. tôj Xd^w Ôà tt]v oùacav xai bcocarou \iooyrf>.
9L~MeL- 0 8' 1015 b 20i et le' Commentaire de Rodier, au de Anim, t. II, 1900, p. 225.
3. Met., 8, 1033 b 30 : 9avspov oxi tô- ysvvojv tocoutov [jlsv olov to yevvtofievov, ou pivTOt zo xvxô y£,.oùo'sv tôj àpc6|j.ôj aXkà tû> eïôet, olov èv toc; Ç^Tf/or^'ocvOpcoTro; yàp avOoio-ov ysvvà.
t. Phys.j III, 2, 202 a 11 : 6 bnzlsyzict àvOpcoTiroç ttocsï èx tou Ôuvàfist ô'vtoç Kv8pto;rou avOpto-ov.
son! entre eux dans le même rapport1. » De la part d'Arisbote, du moins, il ne semble pas qu'un pareil passage implique un aveu d'anthropomorphisme. La considération de l u u \ iv d'arl t l de sa fabrication ne fera que préparer du dehors les cadres pour l'intuition de l'être vivant, qui seule, du point de vue aristotélicien, a une valeur intrinsèque et objective. Sans doute on peut découvrir une continuité de gradations insensibles entre l'œuvre de la nature et l'œuvre d'art. Mais, alors même que l'art cesse d'imiter la nature, qu'il s'efforce de terminer ce que la nature a laissé imparfait-, la nature l'emporte sur l'art. Ce n'est pas seulement pour une raison de fait, parce que finalité et beauté se manifestent dans les œuvres de l'art 8 ; c'est pour une raison intime, parce que dans la nature la forme et la fin ne sont pas séparées de la matière. Quand le médecin se soigne luimême (et c'est là suivant Aristote l'exemple le plus propre à donner une idée exacte de la nature4), les quatre causes se trouvent sans doute réunies, mais ce n'est là qu'une rencontre accidentelle. Au contraire, dans le vivant, se rencontrent normalement la cause motrice, la forme, la fin, trois causes qui en réalité n'en font qu'une \ agissant sur la matière propre de l'être6, sans médiation et sans délibération. Le processus spontané qui de lui-même s'oriente vers l'accomplissement de la forme, définit la nature elle-même : fj çucrtç
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