‹ L'expérience humaine et la causalité physiqueChapitre 91 sur 263 · Lettre à Mersenne, «lu L3 novembre 1020, A. T. I · texte numérisé non relu

Lettre à Mersenne, «lu L3 novembre 1020, A. T. I

186 L'EXPERIENCE HUMAINE ET LA HAUSALlTÉ PliVsigjUE

<>n ;l\ a i t à rendre Dompte; Le processus de causalité, au lieu le s-éialer dans le temps selon un rythme d'hétérogénéité entre ce qui allait devenir et ce qui est devenu, exclut toute idée de changement qualitatif: (Test une môme réalité qui doii se trouver dans l'instant d'avant et dans l'instant d'après, ['égalité quantitative étant le symbole et la conséquence de l'identité. Ou mieux encore, cette identité' se concentrera comme dans un point indivisible du temps, ainsi qu'en fait roi la thèse, capitale dans la physique cartésienne, de l'instantanéité de la propagation lumineuse1.

90'. Cette conception nouvelle de la causalité se relie à une conception nouvelle du savoir et de la vérité. La démonstration, par laquelle nous sommes assurés de posséder la réalité, procède de l'évidence, qui est comme une saturation de clarté intellectuelle, qui exclut toute dispersion à travers les moments du discours, à travers la diversité des temps, dissipant du même coup tout soupçon d'obscurité, tout danger d'équivoque; Le mouvement est, pour Descartes, un objet d'intuition entièrement transparent à l'esprit,

D'une part, le mobile, c'est-à-dire la matière, se définit en fermes purement géométriques : « Quelque corps que ce soit... a tout ce qui le fait corps, pourvu qu'il ait de l'extension en longueur; largeur et profondeur. » (Principes, II, 4.) D'autre part, le mouvement lui-même est un rapport intellectuel : « Si au lieu de nous arrêter à ce qui n'a point d'autre fondement que l'usage ordinaire, nous désirons savoir ce que c'est que le mouvement selon la vérité, nous dirons, afin de lui attribuer une nature qui soit déterminée, qu'il est le transport d'une pai tic de la matière, ou d'un corps, du voisinage de ceux qui le touchent immédiatement, et que nous considérons comme en ;vpos, dans le voisinage de quelques autres. » [Ibid., II, 25.)

Grâce à la relativité du. mouvement, Descartes concilie, dans un exposé d'un habile et prudent clair-obscur, la conception scientifique du mouvement de la terre et la formule orthodoxe du repos : car « on peut dire qu'une même chose en même, temps est mue et ne l'est pas, selon qu'on détermine son lieu diversement ». (Ibid., III, 28.) La terre demeure en repos par rapport au ciel très liquide qui l'enveloppe de- tous côtés ; ce qui n'empêche pourtant pas qu'elle ne soit emportée par le cours du ciel et qu'elle n'en suive le mouvement, sans pourtant

1. Vigier. Lp$ Idées de Temps, de Durée et d'Eternité dans Descartes. Revue philosophique, mars-avril 19^0, p. 216; et Jean Wahl, Du Rôle de l'Idée de t Instant dans la Philosophie de Desearées, 1920, p. 39.

1 A CAUSALITÉ SELON DESCARTKS

se mouvoir. [Ibid., III, 26.) Mais on pourrait adopter, remarque Descartes, une autre façon de parler qui serait, s'il fallait en croire le texte des Principes (III, 29), une concession à l'usage et une impropriété, sinon une méprise : on pourrait se servir des étoiles fixes qui gardent entre elles toujours une même situation, et les considérer cdmme stables pour déterminer le lieu de la terre. On conclurait alors que la terre se meut « au même sens qu'on peut dire quelquefois de ceux qui dorment et sont couchés dans un vaisseau, qu'ils passent cependant de Calais à Douvres, à cause que le vaisseau les y porte 1 ». Grâce à quoi (ne trompant de ses lecteurs que ceux qui voulaient bien se laisser tromper puisqu'il les avait avertis publiquement, dans la dernière partie du Discours de la Méthode, des précautions auxquelles il était astreint par la. condamnation de Galilée) Descartes évitera de se prononcer formellement entre l'hypothèse de Copernic (encore qu'elle lui « semble quelque peu plus simple et plus claire ») et celle de Tycho-Brahé ; en effet, toutes deux, « en tant qu'on les prend seulement pour des suppositions, expliquent également bien les phénomènes, et il n'y a pas beaucoup de différence entre elles ». {Ibid., III, 17.)

Puisque le mouvement est défini comme un pur rapport - d'intelligence, la raison est capable de poser a priori les lois suivant lesquelles le mouvement se transmet d'un moment à un autre, se communique d'un corps à un autre. A la transmission dans le temps, s'applique le principe d'inertie, d'où résulte la. constance de la vitesse dans l'unité de direction. « Tout corps qui se meut tend à continuer son mouvement en ligne droite. » {Ibid., II, 39.) Cette proposition est présentée par Descartes comme ne contenant en soi rien de plus que l'affirmation du mouvement par lui-même : « Le repos est contraire au mouvement, et rien ne se porte par l'instinct de sa nature à son contraire, ou à la destruction de soi-même. » (Ibid., II, 37.)

Une même forme de constance s'applique à la communication du mouvement. Dans l'univers une égale quantité de mouvement se conserve : « Lorsqu'une partie de la matière se meut deux fois plus vite qu'une autre, et que cette autre est deux fois plus grande que la première, nous devons penser -qu'il y a autant de mouvement dans la plus petite que dans la plus grande, et que toutes fois et quantes que le mouvement d'une partie diminue, celui de quelque autre partie augmente à proportion. » (Ibid., II, 36.) L'univers est ainsi compris dans

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