‹ L'expérience humaine et la causalité physiqueChapitre 94 sur 263 · Discours de la Méthode, Part. VI, A. T., t. VI, 6c. ~C · texte numérisé non relu

Discours de la Méthode, Part. VI, A. T., t. VI, 6c. ~C

2. Principes, III, 46. Cf. Discours de la Méthode, A. T., VI, 63 : « A cela ne connais point d'autre expédient, que de chercher derechef quelques

< xpériences qui soient telles que leur événement ne soit pas le même si '•'est en l'une de ces fanons qu'on doit l'expliquer que .si c'est en l'autre. »

LA CAUSALITÉ SELON DESCARTES

rience qui prouve par les effets 1 . On ne s'étonnera donc point qu'au cours de sa carrière, et dans tous les domaines, Descartes n'ait pas cessé d'interroger la nature, de participer à l'échange actif d'observations qui se faisait alors entre les savants. L'un des objets que se proposait la publication des Essais de 1637, n'était-il pas de provoquer une souscription publique qui fait déjà songer à ce que devait être de nos jours Ylnstitut Pasteur ?

93 ; Tout important que doit être le rôle de l'expérience dans la formation du savoir scientifique, la théorie de la science constituée n'en demeure pas moins, chez Descartes, purement rationnelle. La recherche expérimentale est nécessaire puisque l'expérience seule permettra de choisir entre les différentes explications qui s'offrent à l'intelligence pour rendre compte de la réalité. Mais l'explication, qui a été retenue parce qu'il a été prouvé que seule elle s'adapte aux faits, ne tient que de soi sa valeur d'intelligibilité, qui lui confère sa valeur de causalité : « J'ai dessein d'expliquer les effets par leurs causes, et non les causes par leurs effets. » (Principes^ III, 4.)

. Du moment donc que Descartes est parvenu à saisir l'ordre rationnel grâce auquel une loi particulière, par exemple la loi des sinus ou l'une des lois du choc, devient une conséquence nécessaire des principes qui commandent le mécanisme universel, cette loi est placée hors des atteintes de l'expérience, de la même façon que le théorème de Pythagore, une fois agrégé par le raisonnement au corps de la géométrie, ne saurait désormais être remis en question par le résultat des mesures opérées sur tel ou tel triangle rectangle. Ainsi se comprend le langage tenu par Descartes à Mersenne dans une lettre du 9 février 1639 : « Je me moque du Sr Petit et de ses paroles, et on n'a, ce me semble, pas plus de sujet de l'écouter, lorsqu'il promet de réfuter mes réfractions par l'expérience, que s'il voulait faire voir, avec quelque mauvaise équerre, que les trois angles d'un triangle ne seraient pas égaux a

1. Cf. Discours de la Méthode, A. T., VI, 76 : « Il me semble que Le* raisons s'y (dans la Dioptrique et dans les Météores) entresuivent en telle sorti; que, comme les dernières sont démontrées par les premières, qui sont leurs causes, ces premières le sont réciproquement par les dernières, qui sont leurs effets. Et on ne doit pas imaginer que je commette en ceci la faute que les Logiciens nomment un cercle; car, l'expérience rendant la plupart de ces effets très certains, les causes dont je les déduis ne servent pas tant à les prouver qua les expliquer; mais tout au contraire ce sonl çlles qui sont prouvées par eux. >» Voir aussi Lettre a Marin, du 13 juilm lfi-'"i<S, A. ']'., Il, ltïR.

L<94 l'expérience HUMAIN F. m la causalité PHYSIQUE

deux dnoit&{ A. T., Il, C/est ce même langage qu'il

reprendra dans les Principes, après avoir établi les lois du choc : Bt lés démonstrations de tout ceci sont si certaines qu'encore que l'expérience nous semblerait faire voir le contra îi-e. nous serions néanmoins obligés d'ajouter plus de foi à notre raison qu'à nos sens. » (II, 52.)

Les paroles de Descartes sonnent comme une bravade à l'adresse de ses contemporains et de ses rivaux. Elles expriment, en fait, la conviction profonde que sa méthode a mis tin à cette antique tradition suivant laquelle, appliqué aux moii\ emcnts de l'univers, le savoir mathématique était condamné a demeurer dans le plan de la vraisemblance et de l'hypothèse, tandis qu'au physicien, c'est-à-dire au métaphysicien, procédant par concepts et par syllogismes, il était résenvé de connaître les causes essentielles et d'établir les principes de la réalité. Pour Descartes, les univers aux des dialecticiens sont des fictions de l'imagination ; les démonstrations mathématiques, qui dérivent d'une évidence originelle, sont les fondements du. vrai.

Dans le Traité du Monde, après avoir posé les lois fondamentales du mouvement, Descartes écrivait : « Outre les trois lois que j'ai expliquées, je n'en veux point supposer d'autres que celles qui suivent infailliblement de ces vérités éternelles, sur qui les mathématiciens ont accoutumé d'appuyer leurs plus certaines et plus évidentes démonstrations... De sorte que ceux qui sauront suffisamment examiner les conséquences- de ces vérités et de nos règles, pourront connaître les effets parleur causes ; et, pour m'expliquer en termes de l'Ecole, pourront avoir des démonstrations a priori de tout ce qui peut être produit en ce nouveau monde. » (A. T., XI, 47.) L'idée sera reprise dans les Principes ; l'article qui en termine la seconde partie est intitulé ainsi : « Je ne reçois point de Principes en Physique qui ne soient aussi reçus en Mathématique, afin de pouvoir prouver par démonstration tout ce que j'en déduirai. » Plus énergiquement encore, Descartes écrit à Mersenne en parlant de Desargues : « S'il lui plaît de considérer ce que j'ai écrit du sel, de la neige, de l'arc-en-ciel, etc., il connaîtra bien que toute ma Physique n'est autre chose que Géométrie K » Ce qui veut dire sans doute, ainsi que M. G il son le fait observer2, que la géométrie déborde aux yeux de Descartes, l'emploi de l'appareil nécessaire pour préciser la

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