‹ L'expérience, la chirurgie pure et la tachytomieChapitre 3 sur 9 · III. La chirurgie, au rebours de la médecine · texte numérisé non relu

III. La chirurgie, au rebours de la médecine

vît aux dépens de sciences, si non très-exacles, du moins assez avancées et élucidées, pour mériter un haut degré de confiance. Elles sont au nombre de quatre ; l'anatomie , la physiologie , la pathologie et la mécanique. Leur combinaison est aussi rigoureuse qu'exclusive, chaque fois qu'il s'agit, non pas seulement d'un procédé opératoire quelconque, mais dn plus mince appareil et du plus petit instrument; et elles jettent constamment le plus grand jour sur l'exécution de l'un , ainsi que sur l'application et le mode d'agir des deux autres. Ah ! plut au ciel ! qu'il en fut de même de la thérapeutique médicale! Mais, pour le traitement de l'immense majorité des cas dont elle a à s'occuper, elle ne peut guère retirer d'avantage de la connaissance et de la combinaison de l'anatomie, de la physiologie et delà pathologie. Et, au lieu de la mécanique, de cette partie des mathématiques appliquées, dont elle ne fait jamais usage, elle a besoin de se rabattre, pour se diriger, surdes faits plus ou moins bien ou mal observés; sur des observations mille fois contestées et même contradictoires ; sur une expenewce plus ou moins controversée; sur des inductions, des analogies, des aperçus, des réminiscences, et même surdes doctrines courantes ou qui sont , trop souvent , imposées par la mode , par quelque grand nom, etc. Cependant, toutes ces choses sont incertaines et

vagues, comme le sont, en général, les opinions et les jugemens des hommes , en l'absence de principes vrais et nettement formulés.

A Dieu ne plaise! cependant, que je veuille insinuer, parla, que les médecins ne peuvent aspirer à d'autres titres qu'à celui d'empiriques éclairés, judicieux, logiques et plus ou moins savans et heureux! Il suffirait, du reste, de s'entendre sur la valeur des termes, pour que cette assertion ne soulevât aucune susceptibilité , et ne donnât lieu à la plus légère réclamation.

IV.Lachirurgiecommetouteslessciencesexactes ou positives, est universelle; c'est-à-dire, la même partout et pour tous ; ellea, par conséquent , tousles caractères d'une normalité absolue , et elle ne peut varier ni dans son enseignement, ni dans son application, quelque soient, d'ailleurs, les degrés de longitude et de latitude où son besoin se fasse sentir; l'âge, le sexe, le tempérament, les habitudes, les lieux , les eaux , les temps, etc. , des individus qui la réclament. Le contraire est de règle en bonne médecine, comme chacun sait.

V. L'anatomie générale est, sans aucun doute, de rigueur pour la médecine et la chirurgie ; mais l'étude spéciale ou détaillée de cette branche de l'histoire naturelle difTère , du tout au tout, s'il s'agit du i/ierapewfisie médical ou du chirurgical. Ce dernier, par exemple, doit posséder, à fond, tout

ce qui concerne la structure intime des membres, tant supérieurs qu'inférieurs; la position respective de leurs nerfs , vaisseaux et muscles; la connaissance de leurs os et de leurs articulations; celle de l'œil , de l'une et de l'autre mâchoires , de la bouche et de ce qu'elle contient; des organes si complexes qui constituent le col ; des muscles de l'abdomen; des rapports de ceux-là avec les parties qui sortent de celui-ci ; des organes sexuels de l'homme et de la femme; et, en général, des tégumens, tissus, muscles, vaisseaux et nerfs de toute la périphérie. Mais toutes ces nombreuses données anatomiques importent si peu au méde* cin, qu'il pourrait les ignorer complètement, sans cesser de mériter la confiance du public , pour la manière dont il exerce sa belle et utile profession.

VI. Le chirurgien doit également envisager la physiologie sous un tout autre point de vue que le médecin. C'est elle qui soude ce qu'il vient de rapprocher ou réunir ; qui consolide ce qu'il a divisé ; qui sourit ^ son audace , s'il reste dans le domaine du rationel et de l'exécutable; qui interdit les empiétemens dans la carrière de l'absurde et de i'imjjossibîe ^ et qui trace les limites entre ces différens termes. C'est pour et par la phisiologie, en un mot ; c'est à dire, sur l'ensemble de ses besoins, de ses manifestations et de ses ressources, que le

chirurgien se détermine d'agir ; et cela , avec d'autant plus de confiance, que la plupart des acfes \ilaux qui doivent lui servir de boussole, ont été ou peuvent être parfailement élucidés, par les travaux des physiologistes; et qu'ils sont , en général , suffisamment compris et expliqués par ceuxci. Or, ces précieux avantages, ces résultats immenses , pour la thérapeutique chirurgicale, sont absolument refusés au médicin.

VII. La pathologie prend, de même, tout un autre aspect , lorsqu'elle doit servir de base aux indications du médecin , ou de point de mire pour les procédés et moyens du chirurgien. Pour ce dernier, les faits pathologiques sont presque tous de la plus grande évidence et précision, et ils ont, en outre , une telle valeur et signification , que l'un d'entre eux , quel quil soit, étant donné , l'indication et le moyen cura tif surgissent , à l'instant même et de la manière la plus explicite. C'est ce qui a lieu , par exemple, pour la cataracte, l'extraction des corps étrangervS, les lésions artérielles, les fractures , les luxations, le cathétérisme, les hernies, etc., etc. Mais quelle difTérence , sous ce rapport , en ce qui concerne la médecine!

Il existe donc , bien évidemment , une anatomie , une physiologie et une pathologie, qu'on peut appeler chirurgicales; c'est à dire, destinées, presque exclusivement , à la médecine opératoire.

Elles sont si parfaitement distinctes des mêmes sciences qui sont réservées à la pratique de la médecine proprement dite, qu'elles suffisent, en leur associant la mécanique , pour constituer la chirurgie toute entière.

Vllï. Si le médecin n'appelle pas le agens mécaniques à son secours , et s'il les laisse tous à la merci dn chirurgien, celui-ci, à son tour, ne tient aucun compte des moyens pharmaceutiques, et les abandonne, sans aucune réserve, à sa prétendue sœur. Et qu'en ferait-il, je vous prie, puisqu'il ne s'est chargé, lui, que du simple rôle de mécanicien médical? Aussi, n'envie-t-il nullement, au médecin , le droit, très-légitime et exclusif, qu'il possède, de commander autocratiquement dans toutes les pharmacies, officines, magasins et boutiques de drogues.

Toute son ambition consiste à se rendre la mécanique favorable, afin d'en obtenir l'ensemble de ses moyens curalifs, ainsi que l'instruction nécessaire sur leur mode d'agir et sur la meilleure manière de les utiliser, contre chaque cas pathologique, et en faveur de l'organisme doué de sensibilité et de vie.

Le chirurgien neserait donc, à mon sens, qu'un simple opérateur; mais je vais déprécier son ministère , bien d'avantage encore, au yeux du moins des personnes qui ne voudront pas m'enlendre

jusqn'au bout; car je soutiens (également, qu'il n'est plus qu'un mécanicien. Ici encore, j'aime à croire que mes savans confrères n'iront pas s'imaginer que je me ligue, avec de sots détracteurs, pour rapetisser notre belle profession, et|pournous assimiler, nous-mêmeset degaîté decœur, comme on l'a di'jà dit, à de vils artisans.

Quel est, en effet, le mécanicien médical ou \e médecin mécanicien (ces'mots sont, à mon sens, synonymes de cbiruigien ou d'opérateur), qui ne serait pas fier de porter ce nom? Ne résume-t-il pas, à lui seul , l'idée d'un profond anatomiste , d'un savant physiologiste, d'un pathologiste judicieux et d'un habile mécanicien? Ce nom n'implique-t-il pas, surtout encore, la nécessité de savoir coordonner et faire tendre, vers un but commun et cher à l'humanilé, les connaissances précieuses qu'il exige ? Oui ! il faut toutes ces conditions pour former l'opérateur distingué; et, pour ma part , je consentirais volontiers à passer pour cet artisan-là , si je possédais des titres si précieux , si chers à la science ; et j'aborderais et saluerais , avec les sentiments de la plus intime considération, le grossier manant, comme on se plaît à dire encore, qui serait doué de qualités aussi brillantes.

IX. Un nouveau caractère différentiel de la médecine et de la chirurgie consiste en ce que la

KO

première ne peut jamais traiter que des malades, puisqu'elle est obligée de se modifier, sans cesse suivant les individus et les circonstances particulières dans lesquelles ils se trouvent ; tandis que la chirurgie s'adresse , constamment et directement aux maladies, et qu'elle peut faire abstraction de l'état actuel des êtres sur lesquels les cas pathologiques sévissent.

X. Une autre qualité brillante de la chirurgie et à laquelle la médecine ne pourra jamais prétendre; c'est de pouvoir soumettre ses actes et moyens, sans aucune exception j à la rigueur d'une seule et même formule, aussi simple que précise, et d'être en mesure, par conséquent, d'appliquer^ à son gré et à chacun d'eux, l'analyse ou la synthèse opératoires. Celte formule est la suivante :

« Coordonner ou harmoniser la mécanique avec la pathologie , et respecter les exigences de l'organisme vivant. » Il est , par conséquent et grâce à celte formule, donné au chirurgien de constituer, de la manière la plus normale et sans le secours de l'expérience clitiique , toute espèce de procédés et de moyens propres à être dirigés contre tel ou tel état pathologique , pourvu que celuici soit ou puisse être bien précisé et exactement déduit. Il pourra, en effet, lui adapter et avec la plus grande précision , les moyens mécaniques les mieux capables : « de diviser ou de réunir ,

SI

d'ouvrir ou de fermer, de fixer ou de mobiliser, d'introduire ou d'extraire , de détruire ou de restaurer, de courber ou de redresser , de tirer ou de pousser, de comprimer ou de relever, de scier ou de couper , de piquer ou de pincer , etc. , etc. »

Sije ne pousse pas plus loin cette accumulation d'actes divers, c'est qu'elle pourrait facilement s'étendre à la nomenclature de tous ceux qui sont propres à la mécanique. Quelque soit leur nombre, ils peuvent, en effet, tous être réclamés, par le chirurgien , si la pathologie l'exige et si l'organisme et la vie veulent bien s'en accomoder. Ce dernier axiome ressort , du reste , de celui-ci , que je puis maintenant énoncer en toute assurance, sans crainte de n'être pas compris, et qui résume, à lui seul, tout ce que je me suis appliqué à discuter dans ce mémoire; à savoir : que TOUTES les opérations chirurgicales , sans aucune exception , sont autant de problêmes, que la mécanique APPLIQUÉE est seule appelée à résoudre.

Gela explique , soit dit en passant , les progrès immenses que l'obstétrique à faits, dès longtemps. C'est qu'elle n'admet, dans son domaine, que ce qui est calqué exactement sur les données que lui fournissent les mêmes quatre sciences. Cependant , sa tâche est plus complexe que celle des autres rameaux qui constituent l'arbre chirurgical , puisque la main et tous les moyens mécaniques

qui sont guides par elle, doivent, non-seulement s'appliquer à l'organisme yivanl d'une femme, du sein de laquelle il faut extraire un corps étranger, mais, le plus souvent encore, à l'organisme , vivant aussi , de ce dernier ; aussi l'observation et encore moins l'expérience ne sont jamais de rigueur absolue, dans la technique obstétricale.

Trois modifications importantes résulteront, pour l'étude de la chirurgie, d'être envisagée comme je viens de l'indiquer : 1° elle finira par s'identifier mieux avec la mécanique et ses inépuisables ressources ; 2" elle insistera toujours plus pour que l'anatomie soit enseignée et étudiée, par régions et avec des rapports d'ensemble aussi exacts que possible; el elle exigera, surtout, 5° que les physiologistes s'occupent un peu plus des objets propres à éclairer et assurer sa marche, et à constituer cette physiologie chirurgicale , dont chaque jour on sentira mieux et l'importance et le besoin.

Ah ! pourquoi la sollicitude et les investigations des physiologistes ont-elles tant tardé à nous faire connaître, par exemple : qu'on peut, sous certaines conditions, diviser impunément des tendons et en écarter les bouts; inciser, largement et sans danger, des ligamens articulaires; ouvrir de grandes articulations ; rompre brusquement des

ankyloses complètes; et détruire la solution de continuité de tout un système de muscles puissans ; qu'il est possible , en déchirant ou coupant les tissus qui s'opposent au retour d'un os dans son articulation , de réduire de très-anciennes luxations ; qu'il est permi de greffer de larges lambeaux detégumens, loin de leur siège primitif ; d'enlever l'un et Tautremaxillaires; delierlesvaissaeux qui vivifient tout un membre ; d'établir un anus, en faisant abstraction absolue du cœcum, du colon et du rectum ; de pénétrer dans l'urèthre avec des cathéters de très gros calibre, plus facilement qu'avec de petites sondes ; d'étrangler, en totalité, des masses énormes de tissus, des organes entiers, pour les faire périr et les extirper ; de recouvrir et protéger , même des plaies et des ulcères fort étendus, avec du coton cardé, et sans crainte de les envenimer; d'emporter, d'un seul et rapide coup, des membres entiers.

Si les physiologistes se fussent appliqués à nous frayer la route , sous ces divers points de vue , et à nous démontrer jusqu'oii l'audace et l'intelligence humaines peuvent aller, pour le soulagement de l'humanité et sans compromettre les sources de la vie : nul doute alors que la chirurgie n'eût pas attendu jusqu'aux temps modernes, pour déployer ses merveilleux moyens , et pour s'élever à cette

hauteur scientifique et technique qu'il lui est réservé d'atteindre.

. .^^Elle n'y parviendra jamais, ou seulement avec pae extrême lenteur et de mauvais résultats, si elle s'©bstine à se mettre timidement sous la triste protection de l'expérience et de l'observation , telles qu'on ne cesse de les envisager encore , de les croire nécessaires et d'y renvoyer le praticien.

L'état pathologique est si puissant , comme modificateur de l'élément mécanique ou technique d'un procédé opératoire, qu'on ne peut s'empêcher de sourire , lorsqu'on voit des hommes du plus grand mérite, dans un prétendu cours d'opérations de chirurgie AvAcer^ à de nombreux élèves, des lignes déterminées, et leur donner des directions précises et compassées, sur le cadavre d'un individu dont les organes sont en parfaite intégrité. Ils devraient au moins débuter par averti ries spectateurs: que ce qu'ils vont voir ne se rencontrera pas dans leur pratique ; qu'ils doivent l'envisager comme une simple fiction, une espèce de simulacre, pour ne pas dire une véritable singerie chirurgicale ; que cette représentation sera donc , à peu près, à pure perle, quant à leur instruction ; qu'ils devront même commencer par oublier cet enseignement, afin de pouvoir reconstituer, à nouveaux frais et sur des données et des bases réelles et naturelles ^ tout ce qui , dans chaque cas particulier, sera

exigé spécialement ; et enfin , que celle spécialité sera esscnliellement déterminée par deuxélémens opératoires indipensables , et qui manquent évidemment dans les amphithéâtres actuels : une VIE, pour laquelle il convient d'agir, et un mal contre lequel il faut qu'on opère.

La part immense que je fais à la mécanique , dans ma quadruple alliance, ressort de la synonymie même que j'ai proposée, et des noms de médecin mécanicien et de mécanicien médical , que j'ai donnés aux opérateurs. Mais, malheureusement, cette partie technique, la plus essentielle de la chirurgie, est la moins connue des praticiens, et la plus négligée dans les livres, les chaires elles cliniques.

Cependant , on ne saurait assez le redire , la connaissance du mode d'agir des levierset la théorie du point d'appui constituent la base la plus ferme des appareils chirurgicaux, et servent de boussole à l'homme de l'art, pour créer, arranger, et placer ses agens dynamiques particuliers, et pour juger et contrôler ceux des autres.

Cette indivisibilité , ce besoin de co'incidence et d'harmonie intime , cette solidarité, enfm , entre nos quatre élémens constitutifs de toute opération chirurgicale, sont si impérieux, qu'on ne saurait s'en écarter sans donner prise à la critique, et sans faire perdre, à chaque procédé opératoire,

se

son caractère normal. Un type existe, en effet et nécessairement, pour chacun d'eux, et il est susceptible d'être parfaitement établi et réglé d'avance, puisqu'il peut être soumis à un calcul rigoureux, et que les élémens de chaque opération sont bien connus et suffisamment appréciés.

La chirurgie doit donc être définie : « Celte partie de la thérapeutique, qui s'occupe des lésions et des anomalies du corps humain, de leur nature, de leurs causes, de leurs effets , en tant qu'elles se rattachent à la mécanique ou à la statique, et qu'on y peut remédier par des moyens purement mécaniques. » C'est, en termes plus restreints: a l'art de prévenir et de traiter les maladies par des agens mécaniques. »

Je crois, jusqu'à preuve 'du contraire, cette définition juste; elle est du moins claire, précise, élevée et soutenue sur des bases scientifiques. On peut la comparer avec chacune de celles qu'on données jusqu'ici , si tant est qu'on ait essayé d'en donner une et qu'elle puisse , le[moinsdu monde, supporter l'analyse et la critique.

Une bonne définition est, cependant, tellement indispensable, qu'il est impossible de connaître toute la portée d'une science, si on ne sait pas la caractériser. Comment, d'ailleurs, s'entendre sur ses attributions , ses besoins, ses moyens , son but, etc., si l'on ignore ce qu'elle est? Et com-

ment, dès lors, entrer dans la voie de la réforme et s'élancer dans celle des progrès ?

Je croirais, au demeurant, toutes les déductions que je viens de me permettre, tout à fait oiseuses et indignes d'occuper des hommes sérieux, si elles ne devaient pas être le gage d'un progrès scientifique, et faire jaillir plus d'un trait de lumière, propre à éclairer l'étude et la pratique de la chirurgie. Voyons donc quels sont les avantages qui résulteront de la délimitation exacte des deux branches de l'art de traiter les maladies de l'homme.

Leur séparation parfaite et bien déterminée est d'abord, j'ose le dire , une vérité acquise au domaine médico-chirurgical, et doit, comme toutes les vérités qui ont été trop longtemps méconnues, porter des fruits spéciaux. Nous essaierons de les ranger sous les chefs suivans :

1° On ne dira plus de la médecine et de la chirurgie qu'elles sont sœurs; car elles ont une origine, une allure, des besoins et des moyens tout à fait distincts. On se souviendra que l'une consiste à modifier empiriquement , la dynamique vitale des corps malades, tandis que l'autre a pour objet d'appliquer, à ces mêmes corps, la dynamique empruntée à une science exacte , la mécanique. On voudra donc faire la part , le cuique suum , qui revient de droit à l'une et à l'autre ,

par suite de la juste délimitation des deux branches.

Aussi la chirurgie ne sera-t-elle bien traitée dans les livres et convenablement enseignée dans les chaires et dans les cliniques , que lorsque les auteurs, les professeurs et les praticiens, l'envisageront au point de vue de son essence , et qu'ils auront soin delà dépouiller des matières hétérogènes avec lesquelles on ne cesse de l'amalgamer, et qui l'encombrent encore. Mais, alors aussi, elle apparaîtra avec sa savante et belle simplicité , et sa marche sera constamment réglée et précise; car elle ne cessera de s'appnyer sur des principes nettement exprimés et clairement compris.

2° La chirurgie ne se souciera donc plus, des idées, des paroles, des éciils , des moyens , des procédés et de la soi disant expérience de tels et tels grands maîtres, auteurs ou praticiens, quelle qu'en soit d'ailleurs l'illustration. Elle n'entend point être responsable de la conduite et des actes de ses ministres ; elle aimera , au contraire , à se tenir collée a\ÀX principes , et fera assez bon marché de l'autorité des noms fameux. Ceux-ci, en efTet, ne peuvent que nuire au libre développement de la science , par leur ascendant sur des esprits prévenus, et par l'idée, qui n'est malheureusement que trop établie : que l'opinion et l'exemple des individus haut placés peuvent tenir lieu de

préceptes solides et de principes bien arrêtés; comme si de pareils hommes devaient être pris pour les véritables représentans , les fidèles délégués de la science. Leur influence traditionnelle a été et est encore, au contraire, fatale aux progrès de la chirurgie, et contribuent puissamment à maintenir, en faveur, les voies et les moyens de l'ignoble routine. On ne cesse, cependant, et en toute occasion , de citer des noms propres, à défaut de principes.

C'est là, il faut le dire, un des fâcheux héritages, une deces tristes imitations que la chirurgie doit à la médecine ; car on sait de reste, que cette dernière ne croit jamais faire assez de citations pompeuses et s'y rattacher. Voilà encore pourquoi on y voit figurer tant de chefs de sectes différentes, et surgir incessamment tant de systèmes, même contradictoires. Mais, s'il existe, pour la médecine, des causes plausibles de cette variété d'aperçus, de sentences et de médications, suivant les lieux, les temps, le régime, les sexes, les âges, etc. , il ne pourra jamais y avoir, pour la chirurgie, dans ces mêmes circonstances, aucun motif de prédilection en faveur de préceptes , de moyens , de procédés , d'école et de drapeau divers. Autant vaudrait en créer de différens , pour les sciences exactes ^ su'wânt queWes seraient cultivées et enseignées sous telle longitude du globe ,

à telle ou telle époque du monde, et chez telle ou telle nation de la terre.

3° La chirurgie, comme toutes les sciences exactes, pourra être corrigée, perfectionnée et avancée, avec la plus grande confiance et précision, quant à ses moyens et procédés curatifs , dans le silence même du cabinet, et à l'aide seulement de principes VRAii et reconnus comme tels ; principes fournis , répétons le à satiété , par l'organisme vivant, par la pathologie et la mécanique.

Il est donc donné, à la thérapeutique chirurgicale, d'arriver au plus haut degré de perfection, dans ce même cabinet et par les connaissances réunies d'un habile anatomiste, d'un savant physiologiste , d'un pathologiste distingué et d'un adroit mécanicien; magnifique position, que la médecine n'atteindra jamais, et que la presse et une incroyable légèreté ont cru, cependant, devoir flétrir, comme attentoire à la dignité de notre belle profession , et comme une monstruosité scientifique.

La chirurgie, en possession de ces grandes vérités, ne voudra plus être exposée, comme autrefois, à ce que ses opérations les plus belles, celles qui sont empreintes d'une précision et d'une simplicité si admirables, tardent tant à voir le jour et à se populariser. C'est que, répétons-le encore^

les chirurgiens ne seront plus comme fascinés , par ridée de la nécessité d'observations nombreuses et d'une longue expérience , afin d'assurer la validité de leurs procédés ; mais qu'ils prendront leurs inspirations dans la mécanique et la dynamique appliquées, purement et simplement , à l'organisme vivant.

Semblable donc au mathématicien , qui vient de poser et résoudre un théorème , le chirurgien pourra, non -seulement formuler ses opérations et tous leurs accessoires, seul et sans autres secours étrangers; mais il lui sera donné, de plus, de faire partager ses convictions, immédiatement à tous ses confrères. Efïectivement, aucun d'eux ne doutera de l'efïet qui pourra être produit , si les termes du problème ont été ou peuvent être convenablement posés ou scientifiquement résolus; et il n'en existera aucun qui pourra avoir besoin de l'expérience et de laisser parler les faits , pour juger aussitôt le nouveau moyen et sa portée clinique. Cette dernière assertion repose sur ce point incontestable : Que lorsqu'il peut être question , en médecine opératoire , d'expérience , d'observation , d'expérimentation , d'analogie , d'induction, d'empirisme; tout cela ne doit jamais concerner que la physiologie seule ou l'organisme vivant , dont les ressorts, les ressources

iet le çeto absolu ou suspensif sont censés connus de l'opérateur.

4° Les chirurgiens, appuyés sur la grande facilité qu'ils auront de procéder, avec intelligence et précision, ne craindront plus de fonder et de formuler des systèmes ou un ensemble de doctrines , basés sur un petit nombre de principes : ils s'empresseront , au contraire , de s'aider de ces derniers , pour enrichir et arrondir leur domaine, et marcher à de nouvelles conquêtes. Il leur suffira d'avoir, sous les yeux, les formules ou propositions qui résultent del'essense même delà chirurgie, et de les appliquer, à toutes les opérations passées, présentes et futures, à tous les pansemens et moyens depansemens, quels qu'ils soient; pour qu'ils puissent en faire ressortir, aussitôt et sans hésitation , les procédés les mieux choisis, et qui correspondront exactement à tous les desi' derata de la science.

Les chirurgiens se comprendront , s'éclaireront et se contrôleront mutuellement , et tout deviendra simple , facile, clair et incontestable pour eux, s'ils veulent et savent apprécier la portée et la valeur de certains principes : comme aussi la controverse et la polémique , sur le mérite de nos faits et gestes , se ront forcées de se modérer , de se discipliner ou de s'éclipser tout à fait. On ne

s'échauffe guère, quand il s'agit de prouver que deux et deux font quatre.

Je ne m'étendrai pas davantage sur ce sujet; mais je dois revenir sur un point capital et tout vital , qui ressort de la manière dont j'ai envisagé le rôle du chirurgien. Ce qu'il importe de préciser, avant tout, lorsqu'il s'agit d'une opération chirurgicale, c'^st l'éiat de l'organisme vivant, au point de vue de la tolérance des moyens mécaniques qui doivent être mis en jeu.

Or, c'est au physiologiste, seul, qu'il appartient <ie nous éclairer sur cet article; et c'est aux résultats de ses expériences et de ses investigations que nous devons avoir recours , pour nous autoriser à porter des coups avec assurance , ou pour nous engager à renoncer à tout procédé opératoire. Cette renonciation peut, du reste, être le résultat d'un veto physiologique absolu ou suspensif seulement. Dans le premier cas , il n'y a rien à tenter du tout, ni dans le moment actuel, ni plus tard, et l'humanité nous fait un devoir de la résignation complète. Dans le second cas, au contraire, il peut y a\oir lew d'agir, mais ce sera dans un moment plus oppo um et dans des circonstances plus favorables; circonstances qu'on pourra rendre telles en invoquant les secours préliminaires de la médecine.

La plupart des opérations, d'une certaine im-

portance ou gravité, se trouvent dans celte dernière catégorie ; et il est rare , en effet , que Télément pathologique ne «oit pas accompagné de quelque complication, plus ou moins sérieuse, qu'il importe d'écarter, avant de faire l'application de l'élément mécanique.

C'est alors aussi que le malade pourra se féliciter , si l'homme de l'art qui doit procéder à cette application, est, en même temps, un médecin habile et judicieux. Son office, sous ce dernier rapport , se prolongera après l'opération même , et sa sollicitude ne cessera de surveiller tout ce qui pourrait troubler la marche vers la guérison. C'est le même homme , il est vrai, qui poursuit la même tâche ; mais c'est avec des moyens tout différens de ceux qu'il vient d'em= ployer; ils n'ont rien de commun entre eux; c'est, en quelque sorte , un rôle nouveau et , dont l'opérateur se charge maintenant, qu'il emprunte à une autre science et pour un tout autre ordre de faits , quoique sur le même lieu de la scène. Honneur à lui , s'il possède les connaissances nécessaires pour le remplir dignement !

Qu'on ne dise pas, toutefois, que, sans ces dernières, il serait indigne du nom de chirurgien. Il pourrait, au contraire, figurer parmi les opérateurs les plus distingués , el mériter, à juste titre, la plus haute considération et la confiance

la mieux juslifide; seulement, il devrait avoir la conscience de son infériorité ou nullité comme médecin , et celle de la nécessité où il se trouve de se faire accompagner et guider constamment, par celui-ci, avant, pendant et après l'application de ses procédés et de ses moyens thérapeutiques. Avis à certains lecteurs!

Est-ce bien en sa qualité d'accoucheur * , que M. Paul Dubois traite ses femmes, lorsqu'elles sont prises d'une métrite , d'une péritonite ou d'une fièvre typhoïde? Son rôle, comme opérateur, n'est-il pas, au contraire, terminé avec leur délivrance? Seraient-elles mal soignées, si, immédiatement après cette dernière, on les confiait à MM. Louis, Bouillaud ou ChomelFEt n'arrive-t-il , pas, à la plupart des chirurgiens les plus distingués, lorsqu'ils font de l'obstétrique, de la lithotomie , de l'occulistique, de la herniotomie , etc. , etc., de recourir aux lumières d'un médecin proprement dit, pour peu que le cas se complique d'une affection grave et du ressort de ce dernier?

Je suis honteux d'être obligé d'entrer dans de pareils détails; mais j'y suis forcé , parce que, quoiquej'aie pu direà cesujet, il ne m'apasété donné, même au congrès scientifique d'Angers, où l'on m'a cependant accueilli , avec des égards dont je

^ L'obstétrique n'est qu'ua des magnifiques rameaux de la chirurgie, à rinlar de la litholouiie, la lilfaotritie , l'herniotomie etc.

garderai un précieux souvenir; il m'a clé impossible , dis-je , d'esquiver les reproches d'avancer force paradoxes. Toutes mes réclamations n'ont pu trouver grâce devant les mouvemens oratoires de M. Bourgeaud et, sans doute aussi, à côté de l'expérience du bon vieux temps.

Ce qui fait qu'on ne peut ou ne veut pas me comprendre, et qu'on ne cesse de m'accuser de chercher à rétablir des distinctions absurdes , et d'être moi-même, passablement borné et déraisonnable, lorsque je ne m'appliquequ'à déterminer les limites scientifiques qui existent entre la médecine et la chirurgie ; c'est qu'on confond constamment la chirurgie, comme science et art, avec le chirurgien, et celui-ci avec tout ce que le praticien peut être appelé à faire , dans tel et tel cas pathologiques donnés, alors qu'ils se trouvent plus ou moins compliqués d'accidens ou de circonstances accessoires, étrangères et nullement obligatoires.

Je suis si éloigné de vouloir , nouveau Popilius , tracer un cercle scientifique autour de mes confrères et m'absorber gratuitement moi-même, que, dans la révision de nos lois sanitaires, j'ai expressément insisté , pour qu'on n'admit aucun chirurgien, qui ne fut, en même temps, un médecin consommé. Mais , à côté de cette disposition

fort sage, et qui fait, de Topérateur vaudois, une sommité médico-chirurgicale, il a bien fallu statuer aussi, que le médecin pouvait rester exclusivement tel , et n'être pas astreint à faire preuve de connaissances chirurgicales.

Il me serait facile de prouver mes assertions, par une foule d'exemples tirés de toutes les parties delà chirurgie. Je me contenterai de dire un mot sur le traitement des fractures, et de faire voir comment je suis parvenu, avec mes principes seuls, à éclairer et simplifier encore ce sujet, si rebattu et si controversé.

Je dois renvoyer, d'abord, au second volume de ma chirurgie simplifiée, pour tout ce qui concerne l'ensemble de mes doctrines et de mes moyens; et je ne toucherai qu'à quelques nouveaux aperçus qui ont une certaine gravité.

J'ai démontré , à la page 224 et suivantes , que les extrémités d'un os fracturé pouvaient toujours être maintenues en contact parfait, si elles étaient appuyées sur /ro?s points seulement de leur circonférence ; non pas par trois larges attelles, mais par trois simples cylindres linéaires et solides. J'ai fait voir, en conséquence , qu'un quart et même un tiers du membre n'avaient pas besoin d'être soutenus, par quoi que ce soit; et que les amateurs de l'inamovibilisation avaient donc ce grand

tort encore , d'englober et d'incarcérer le membre, tout entier, dans leurs appareils.

Voici comment je procède aujourd'hui, à ce mode de pansement , lorsque le cas est simple ou susceptible d'être traité , d'emblée, par un appareil gommé ; ou lorsque , par l'hyponarthécie ou bien avec le coton et une de mes gouttières en fd de fer, j'ai amené le mal au degré de simplicité convenable.

S'il s'agit, par «exemple, d'une jambe cassée, je plie deux petits linges carrés en compresses longuettes, assez longues pour pouvoir envelopper tout le pied et la région des malléoles. Je les humecte légèrementavecla substance gommeuse ou collante (amidon, blanc d'œuf etc. ,) afin qu'elles puissent s'adapter parfaitement autour du membre. J'ai arrangé , en même temps et de la même manière, un linge carré et aussi long que la jambe, lequel je place sous celle-ci , comme un drap fanon.

J'enveloppe alors complètement le pied et les malléoles , avec les deux étroites compresses , et j'entoure. ensuite la jambe, avec la grande pièce, qu'on pourrait appeler tnouchoir- fanon , puisqu'elle sera, le plus souvent, en effet, un simple mouchoir de poche. (Voyez les figures 1 et 2 et leur explication.)

Il est doublé, au moins quatre fois sur lui-même cl davantage, s'il est de toile très-fine. Malgré cette

épaisseur et grâce à la souplesse que lui donne Thumidité dont il est imprégné , il s'applique et s'adapte très-exactement sur le membre; maison aura l'attention , cependant, que ses deux chefs , loin de se croiser ou de se toucher, restent au contraire, éloignés l'un de l'autre de plusieurs centimètres, suivant le volume que peut avoir l'extrémité fracturée ; c'est qu'on ne risque rien, sous ce dernier point de vue, de laisser , entre les deux bouts collatéraux du linge, un intervalle libre ou à nu , qui soit égal au quart ou au tiers de la circonférence totale du membre.

On arrive à ce résultat, avec la plus grande promptitude, facilité et précision, en arrangeant cette pièce de toile, exactement comme on faisait et comme on ne fait que trop souvent encore, lorsqu'on plie un drap plusieurs fois sur lui-même, afin de l'ajuster parfaitement, autour de deux attelles plates et collatérales.

On plie donc, delà même manière, le mouchoir fanon une ou deux fois encore sur lui-même et vers ses deux chefs, de sorte qu'ils acquerront , par là , plus d'épaisseur et , partant, plus de solidité , lorsqu'ils se seront desséchés et durcis.

On fera bien alors de passer, entre les deux extrémités de celle pièce , quelques petits rubans , comme autant de brides, propres à fixer et retenir en place ces chefs du mouchoir ; comme aussi à

permettre qu'on puisse ouvrir et enlever cet appareil contentif , comme on ferait un bivalve ou une gouttière élastique , et sans avoir besoin de faire des incisions sur son trajet.

Mais ce qu'il importe surtout, c'est, après avoir gommé encore ce linge , de le recouvrir avec une de mes gouttières en fil de fer. En étendant, moulant et fixant celle-ci sur le linge, pendant qu'il est encore souple, on applique exactement ce dernier sur le pourtour du membre, et on l'empêche de se déranger pendant le temps nécessaire à la dessication complète. On ne l'enlèvera donc que lorsqu'on aura la certitude que l'appareil a acquis toute la solidité et dureté désirables.

Il résulte de ce mode de faire:

d° Qu'il est rapidement et facilement réalisé , puisqu'il suffit de deux petits linges quadrangulaires et d'un simple mouchoir.

2° Qu e les quatre doubles qui constituent ces linges en compresses auraient déjà suffisamment de résistance , lorsqu'ils seraient desséchés et durcis.

3" Que les nouveaux doubles collatéraux, en augmentant considérablement l'épaisseur et, par conséquent , la force de résistance du mouchoir fanon , donneront un nouveau gage de sécurité à l'appareil.

h° Que ma gouttière métallique , en se moulant exactement sur le contour du membre, force les trois pièces de toile qui sont encore molles, de s'adapter, très-exactement aussi, sur ce corps, en général cylindroïde, ce qu'on n'obtient jamais avec des attelles plates.

5" Que l'espace que les extrémités duy. mouchoir laissent entr'ellcs , peut-être utile , sous les points de vue suivants : a) pour reconnaître et suivre la direction de la crête du tibia , puisqu'elle sera généralement à découvert; 6) pour jnger, avec précision, l'état du membre, quoiqu'il soit solidement emboîté sous un épais et dur appareil; c) pour le gêner moins, au cas où il existerait encore quelque tendance à l'irritation ; d) pour s'assurer, très-positivement, si le moyen contentif appuie, soit d'une manière convenable, soit trop ou trop peu; e) pour faciliter des pansemens nécessaires et journaliers, si un état pathologique et l'exige ; f) pour faire arriver aisément les deux chefs du mouchoir fanon , en dehors ou à côté de certaines de ces lésions , lorsqu'il peut être avantageux , pour le traitement , qu'elles soient à découvert ; et ^) pour mettre, pendant tout letemps que dure la consolidation de la fracture, telle ou telle partie du membre à nu , sans se relâcher en rien de l'exacte contention.

Je termine en suspendant et mobilisant la jambe, comme j'ai coutume de faire, dans toutes les fractures, à la grande satisfaction des blessés et , en général , chaque fois qu'il existe une affection plus ou moins grave, des membres abdominaux. Ou bien nous arriverait-il d'oublier, par/ hazard, de placer la main, l'avanlbras et le bras, dans une écharpe, quand^ils sont le siège d'une lésion sérieuse? Eh bien! mes moyens de suspension, telle que je l'ai indiquée dans ma chirurgie simplifiée , sont bien évidemment une des écharpes des extrémités inférieures. Ces moyens suspensifs contribuent , d'ailleurs , à appliquer et mouler l'appareil , mieux et plus régulièrement, sur la convexité de l'os et des parties qui l'envia ronnent immédiatement par derrière, et qui lui servent déjà de premier remplissage.

Cet avantage , qui n'est pas à dédaigner, ne s'obtient pas si facilement, lorsqu'on fait reposer la région postérieure de la jambe sur un lit, surtout s'il est dur et plat; et celte dernière circonstance, aidée du poids du membre, doit assez souvent refouler ei aplatir les parties molles et, par conséquent aussi , l'appareil amidonné lorsqu'il est encore souple, et donner, à ce dernier, l'aspect et les inconvéniens qu'il prendrait avec une attelle plate; ce qui est loin d'être toujours conformç aux simples lois de la mécaniqne.

Il est, du reste , évident que toutes ces données peuvent s'appliquer , très-exactement et de la même manière, à chacune des brisures de nos membres; et qu'on peut remplacer le linge parle papier. Mais le premier est plus commun et pins facile à manier que le second.

Je me permettrai ici encore l'exposé suivant, qui forme le complément de mon article sur : quelques généralilés de la coxalgie , de la luxation spontanée du fémur et des déçiations latérales du bassin, (Chirurgie simplifiée, vol. II, pag. 434).

Il existe, assez généralement , comme chacun sait, une différence de longueur, entre les deux extrémités inférieures, lorsqu'un état pathologique siège dans l'une ou l'autre des articulations coxo-fémorales ; et il est connu également , que cet allongement et ce raccourcissement respectifs ont lieu , sans qu'on sache trop pourquoi ; tantôt au membre malade et tantôt à celui qui est sain, par suite, le plus souvent, de la déviation latérale du bassin.

Je n'ai donc pas été surpris de faire voir , au congrès scientifique de Lausanne, en juillet dernier, un coxalgique, dont le membre afîecté était de cinq centimètres plus long que l'autre; et d'être consulté , au congrès scientifique d'Angers, cinq semaines après, pour un sujet semblable,

mais dont rextrëmité malade avait , aa contraire , près de sept centimètres de raccourcissement.

Dans ces deux cas, si opposés en apparence, le même agent mécanique n'a pas tardé à ramener le parallélisme entre les deux pieds.

Ce moyen consiste dans une forte attelle , dont Tun des bouts doit pouvoir arriver vers la région des vraies côtes , du caté ou existe l'allongement ; tandis que l'autre extrémité devra dépasser, de quelques travers de doigts , le pied de ce même côté là. A ce bout-ci de l'attelle est soudée, solidement, une traverse, dont la longueur sera suffisante pour arriver sous le pied raccourci et le déborder. (Voyez la figure 5).

Il s'agit maintenant de placer, vers le côt^ le plus long et sur l'ischion, en guise de sous cuisse, le plein d'une cravate bien rembourrée, dont on ramènera et fixera les deux chefs à Textrémité supérieure ou costale de l'attelle. Puis , avec un degré de force nécessaire , on tirera et abaissera graduellement le pied qui est le plus court, et on l'attachera à la traverse inférieure , au moyen d'une autre cravate également matelassée.

Cet instrument, qui n'est, au reste, que l'attelle de Désault, appliquée à la manière de Hagendorn , vaut assurément mieux que des sachetS-

de sable, attachés et pesant en sens inverses, ■vers le pied d'un côté et sous les aisselles de l'autre ; puisqu'on peut modifier les tractions à volonté, et se permettre des mouvemens , dans le lit et hors du lit j, qui sont incompatibles avec des poids qu'on fait pendre sur deux points opposés et en dehors du sujet malade.

J'ignore si quelque confrère s'est déjà servi de cet appareil, pour le cas dont il est ici question. Il aurait au moins fait preuve de simple bon sens et de jugement, ce qui est presque aussi rare que les efforts de ce qu'on appelle le génie chirurgical.

Je conviens que ces deux modes, surtout lepre^ mier , sont trop simples, pour être du goût de M. Velpeau et de sa brillante école, et^qu'ils ne se concilient guère avec les principes suivans pror clamés par elle :

1° Qu'on doit placer constamment la main sur l'épaule saine, etl'emmaillotler avec tout le membre malade , sans oublier de cuirasser, en même temps , la totalité du thorax , avec vingt mètres de bandes dextrinées , lorsqu'il s'agit d'une fracture de la clavicule. Cependant, l'extrémité du coude doit seule être prise' ici en considération, et la main ainsi que l'avant-bras pourront être en liberté, davantage du moins, que dans la plus simple écharpe.

2° Qu'un énorme fatras de bandes, de toutes longueurs et largeurs , et péniblement roulées en globes divers, est bien préférable , sous le rapport de la science , de Tart et de Thumanité , à un ou deux linges triangulaires ; et pourtant j'ai démontré, de la manière la plus évidente, dans ma chirurgie simplifiée, que ces derniers remportent hautement sous les rapports de simplicité , de facilité d'exécution, de commodité et de rapidité d'application, d'économie, de solidité, d'énergie, de précision , d'onomatologie systématique, de facile description et démonstration.

^^ Qu'une substance artificielle, plus ou moins sale et grossière , et imitant plus ou moins grotesquement le simple coton , doit l'emporter hautement sur la beauté, la propreté, la finesse et l'excellence de ce dernier corps naturel, lorsqu'il; s'agit de recouvrir et de protéger des plaies ou des tissus irrités.

4" Que la bouche n'est pas suffisamment large, pour permettre au chirurgien de lier une langue cancéreuse; mais que l'homme de l'art doit préalablement recourir à une petite bagatelle chirurgicale , à savoir: à la formation d'une longue ouverture sous le menton^ afin de pouvoir exécuter, plus à son aise , cette facile opération.

5^ Que l'urètre est un canal béant, et qu'il convient, par conséquent, de le dilater, lorsqu'il est

rétréci; le tout d'ailleurs, sans aucun dgard pour le mode d'agir des corps destinés à cette belle œuvre chirurgicale, la compression dans tous les sens.

6*^ Que , dans le traitement des fractures et des luxations , c'est à Y extension e\. contre extension , qu'il faut sans cesse avoir recours; faire donc abstraction complète de la force musculaire, et mettre réellement les membres dans la première , laquelle est de rigueur et la juste conséquence de l'expérience de tous les temps passés.

7° Que le lit est la véritable écharpe des membres abdominaux, et que leur mobilisation, par la suspension, dans toutes leurs alTections graves, et à l'instar du membre thoracique, est souverainement ridicule.

Mais, voyez plutôt et pour m'éviter d'ultérieures citations , celles qui , au nombre de cent quatrevingts ET DIX, constituent ce que j'ai appelé mes visions chirurgicales ; tableau scientifique et technique , où se trouvent réfléchies les beautés les plus saisissantes de la chirurgie, telle qu'elle brille entre les mains des grands dignitaires de l'époque actuelle.

Je ne sais trop quelles réflexions elles auront pu suggérer, à la maligne jeunesse des écoles; mais

il est certain que fort peu de cliniciens les ont trouvées de leur goût *.

Mais il me sied bien , vraiment , d'accuser des pauvres innocens , qui sont déjà assez peines et rougissent, peut-être, du rôle ingrat qu'on leur fait jouer, et à contre cœur sans doute. Ne sait on pas, en effet, que mes doctrines, mes procédés et mes moyens surtout, ont l'honneur insigne d'être proscrits en France , dans le service sanitaire des armées de terre et de mer?

« Vous m'avez mis dans de beaux draps blancs , avec vos triangles, votre fd de fer et votre coton , me dit un jour l'habile chirurgien en chef du plus magnifique établissement de Paris. On m'a annoncé une visite, que je ne reçois jamais que pour des choses qui peuvent m'êlre désagréables. Je m'attends donc d'être mis aux arrêts ; on en a le droit, parce que j'ai transgressé les dispositions formelles du règlement, en faisant l'essai de vos moyens. »

J'avais , en effet et à la demande de ce loyal et consciencieux confrère, donné quelques démonstrations matérielles et fait l'exposition de mes principes et de mes doctrines, dans sa salle d'opération, en présence de ses Internes, de plusieurs

* Traitement accéléré des ankyloscs, et recueil de visions chirurgicales choisies , Paris chez Labé, librairie de la faculté.

chirurgiens de la capitale, et de la plupart des jeunes Suisses, qui étudiaient, à Paris, en iShi.

« On sait apprécier vos belles idées, à Strasbourg , me disait, ces jonrs derniers, un jeune chirurgien militaire , qui suivait ma visite à l'hôpital ; mais, malheureusement, nous ne pouvons pas trop les mettre à exécution. » — Et pourquoi donc? — « On craint les Inspecteurs de Santé. »

Seriez-vous M. Mayor? demandait, à Toulon , l'an dernier , à l'un de nos concitoyens , un chirurgien de marine, qui l'accompagnait sur le vaisseau amiral. — Non! répondit, M. le docteur V.., mais je me trouve assez souvent avec lui. — « Il a rendu de grands services à la chirurgie , et si nous osions mettre en pratique ses vues et moyens.... » —Qui peut vous en empêcher? — « Si j'avais le malheur d'appliquer du coton ou de faire un pansement avec un simple appareil Mayor, je serais, dès le lendemain, mis en disponibilité. »

Tout cela est d'autant plus piquant, qu'on ma décerné un prix Monlhyon , de trois mille francs, précisément pour ces mêmes appareils qu'on prohibe aujourd'hui ; et qu'ils sont démontrés, depuis plusieurs années, à Paris même, par les soins éclairés de MM.Ribail et Thivet, dont les

cours nombreux et bien suivis sont affichés à

V Ecole de médecine ! —

Il est vrai que nous ne sommes pas encore au milieu du XIX""® siècle, et qu'il est question d'une ville, où les Parlemens s'avisaient, autrefois et avaient la prétention de mettre à l'index aussi....

Dites donc , maintenant , que la chirurgie n'aurait, ou n'avait pas besoin d'être réformée !

Le tableau comparatif ci joint, présente les conditions qui sont nécessaires à l'exercice, soit de la médecine, soit de la chirurgie. Ces deux sciences y différent tellement , dans l'un et dans l'autre , qu'il est impossible de ne pas en inférer une énorme difTérence aussi , entre les deux branches et, par conséquent, le besoin de les caser et étudier séparément , comme deux doctrines et deux arts, tout à fait distincts*.

* J'accorde volontiers , qu'indépendamment de la connaissance de mes quatre élémens constitutifs, il faut au chirurgien un espsit inventif, du sangfroid, de la résolution, de l'adresse perfectionnée par l'exercice et la pratique, des sens exercés, du jugement, une certaine dose d'imagination, de présence d'esprit, d'humanité, desavoir faire, etc. etc. « mens sana incorpore sano. » — Voilà pourquoi les grands ou bons opérateurs sont si rares, comparative— inent aux médecins distins;ués.

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