I. Si la médecine et la chirurgie avaient, ainsi
qu'on ose le soutenir, les mêmes points de deparl et de contact ; si elles exigeaient exactement les mêmes études ; si elles se formaient, se manifestaient d'une manière identique et étaient constamment inséparables ; comment pourrait il se faire qu'on rencontrât, partout, des médecins du plus haut mérite, qui sont incapables d'exécuter la plus mince opération chirurgicale? Et^ d'autre part, qu'il existât des chirurgiens très distingués, auxquels, pourtant, on ne donnerait pas même son chien à traiter? Ne faut-il pas admettre, en présence de ce seul fait , qu'il doit y avoir quelque chose, un je ne sais quoi , qui difîérentie profondément ces deux praticiens ?
Reconnaissons donc, qn'il est des limites à tracer et des distinctions à faire, si l'on ne veut pas tout confondre et brouiller; et surtout n'allons pas nous imaginer : que la confusion puisse être utile dans les sciences , et qu'il faille respecter le désordre, là où il s'est Impatronisé, par la routineet la succession des siècleSo
Eh bien! c'est précisément cette nuance, si faible qu'on voudra la concevoir, que j'ai cherché et que je m'efforce à déterminer et à débrouiller, scientifiquement et pratiquement.
II. La chirurgie, contrairement à la médecine, esttouJoursojjeVafoire et constamment, ou manuelle ou instrumentale; c'est à dire, toute mécanique».
Aussi , doit elle revandiquer le nom de iatromécanique, au lieu de celui que les anciens Grecs lui ont donné et qui , réduisant tous ses actes à ceux de la main seule, est bien loin de les comprendre tous.
En effet, tout ce qui, en fait de médication , ressort, le moins du monde, de la mécanique, appartient , de plein droit et exclusivement , à la chirurgie ; elle n'a rien, absolument rien ni de plus, ni de moins à prétendre. Je le répète : tout est là et rien que là, quelles que soient, d'ailleurs, la nature délicate ou grossière et l'importance plus ou moins considérable d'un procédé opératoire quelconque. Aussi , retrouve-t-on tout cela et rien que cela, dans la simple saignée et l'innocente ouverture d'un abcès, comme dans l'ingénieux établissement d'une pupille artificielle, dans l'audacieuse gastro-hystérolomie , et dans la brusque et téméraire rupture des ankyloses complètes.
Mais aussi , tout ce qui , pour le traitement des malades, se trouve en dehors de la mécanique, devient le privilège , le monopole de la thérapeutique médicale. Cette distinction est fondée en raison et indispensable , si , du moins, on ne veut pas entremêler tout ce qui peut et doit être nettement mis à part , soigneusement et distinctement étudié et traité.