ROMPUE
On peut voir ma guillotine à percussion, chez M. Charrière, où je l'ai déposée , il y a quelques mois. Cette pièce , ainsi que d'autres que je possède, attestent, du moins , que je n'ai rien épargné pour éclairer mon sujet et fournir , aux externes et aux journalistes de Paris, de nouveaux motifs propres à exciter leur compassion et à les égayer à mes dépends; le tout, cela va sans dire , pour le plus grand bien de la science.
Le point qu'on ne cesse d'agiter, celui des esquilles, est le seul, en effet, qui soit capable d'arrêter les praticiens.
Aussi et à côté des raisons que j'ai avancées pour les rassurer, aurais-je mieux fait, au lieu d'en référer aux annales de la chirurgie, d'en appeler, purement et simplement, à leurs propres souvenirs et à leurs observations de tous les jours. Je les prie donc de peser les réflexions suivantes :
Ce qui fait qu'on se préoccupe tellement de ces malheureuses esquilles , et que leur présence réelle ou éventuelle épouvante si fort, c'est qu'on ne cesse de se les représenter comme elles existent, par exemple, dans une fracture comminutive et compliquée de graves désordres; dans un membre, en partie détruit ou coupé par d'épouvantables causes vulnérantes; dans les cas où il faut recourir à la scie, au trépan, à la gouge, au maillet , aux pinces , aux leviers de tous genres , au lirefond, etc., afin de séparer et d'emporter ces pièces osseuses considérables , connues sous le nom de séquestres.
Dans toutes ces circonstances, les esquilles se trouvent confondues et amalgamées avec les organes les plus importans , les plus délicats et les plus susceptibles; muscles, vaisseaux, nerfs, articulations. Or, le point important, pour le praticien, c'est de conserver, a tout prix, ces mêmes organes et , par conséquent , de les choyer le mieux possible. Mais comment le pourra-t-il, s'il est contraint de les soumettre à toutes les manœuvres qui sont de rigueur pour extraire des pièces osseuses, aiguës, tranchantes ou sciantes, implantées au milieu d'eux ? qui les ont labourés et déchirés, ou qui ne cessent de les déchirer et labourer, de la manière la plus cruelle? Hé! que sont, à côté de toutes ces graves atteintes portées à l'organisme vivant , local et général , quelques esquilles éparses , presque toujours nettement détachées par le tachytome, qui n'ont point affecté les tissus mous environnans , qu'on peut, le plus souvent, extraire avec les doigts ou sans trop de violence, et constamment sans occasionner la moindre douleur?
N'oublions pas, surtout, qu'en dessous et autour des endroits qu'occupent ou qu'ont occupé les débris osseux, fournis par la tachytoraie, il n'existe, à part le lambeau cutané, aucun organe essentiel qu'il faille ménager ; que ce lambeau est constamment à l'abri de toute insulte; qu'il n'a, du moins, rien de commun avec l'état où se trouve l'os; que celui-ci peut être surveillé et soigné avec la plus grande facilité et précision ; et que s'il se manifestait, à sa surface coupée ou dans son voisinage, quelque chose d'extraordinaire, on s'en apercevrait aussitôt , et l'on ne serait jamais embarrassé d'y porter les secours convenables.
Quelle différence , sous tous ces rapports , avec ce qui se passe à l'égard des esquilles qui compliquent les fractures ! L'opérateur se trouve ici en face d'un membre entier, parfois
très- considérable , et dont la conservation exige des soins qui absorbent toute son attention. Ce membre est, d'ailleurs, con tus et broyé, non pas par le fait des esquilles mêmes (ce que devraient noter certains trembleurs à côté de ce mot terrible), mais par la cause vulnérante; car l'état pathologique est souvent tel, que la présence de ces esquilles n'est qu'un épiphénomène de peu d'importance, et que leur prompte et facile extraction ne peut rien changer à la gravité du mal.
Après la tachylomie, au contraire, si quelques esquilles exigent d'être promptement éliminées, c'est qu'elles constituent, à elles seules , tout le mal, et qu'on peut dire, avec raison , lorsqu'on vient de les extraire : Sublatâ causa iollitur effectus.
Ici, du reste, comme en tant d'autres occurrences, on confond, à plaisir, l'effet avec la cause, et, comme le vulgaire le plus ignare et le plus impressionnable, on rejette presque toujours sur une circonstance minime, ridicule même, un grand événement, et l'on ne veut pas apercevoir l'enchaînement des raisons puissantes qui l'ont amené et le développent de plus en plus. On conçoit donc l'ascendant que peuvent avoir les doctrines courantes concernant les esquilles, sur des esprits imbus de sots préjugés et guidés par l'expérience des temps passés.
Et, d'ailleurs, faudra-t-il toujours s'évertuera saisir, ébranler et enlever, avec force, tous ces éclats osseux ? Et ne s'en trouvera-t-il point, dans le nombre, qu'on pourra laisser en place, en toute sécurité, pour les voir se rallier, solidement et d'une manière inaperçue , à l'os principal , comme il arrive dans un assez grand nombre de fractures.
Mais, dira-t-on ; « On évite, à coup sûr, les manipulations diverses, les opérations secondaires, et tous les ennuis qui sont les conséquences de votre tachytomie, en procédant, tout bonnement, avec un couteau et une scie ! »
J'en conviens volontiers , mais en affirmant aussitôt : que les esquilles ne sont pas , à beaucoup près, le résultat indispensable de mon procédé opératoire, et que la présence et l'extration de ces corps étrangers ne sont presque rien , en com" paraison des douleurs que vous occasionnez, si bénévolement' en amputant, par exemple, la jambe et l'avanl-bras, et en dégageant l'espace intérosseux pour le libre passage des dents de votre scie. N'a-t-on pas dit et soutenu, cent fois aussi, lorsqu'on a voulu stigmatiser la litholrilie : « Que la lithotomie mettait à l'abri des opérations interminables, difficiles, horribles et dangereuses, qui accompagnent toujours le nouveau mode? »
Enfin, redoutez-vous jamais d'exécuter les opérations diverses qui sont indiquées, pour faire tomber un soit disant wianchede gigot, ou quelque chose de pareil, dans vos amputations et lorsque l'os est recouvert, déjà en grande partie, par un tissu de nouvelle formation ? Eh bien ! les procédés 1rs plus longs et les plus douloureux, pour l'élimination des esquilles, après la tachytomie , ne pourront jamais être assimilés à ce que vous êtes parfois obligés de faire et toujours sans résultat fâcheux , après les procédés ordinaires.
Je cite ici des faits qui prouvent, qu'on parvient à couper ou casser, franchement et nettement, les corps les plus fragiles. Ne serait-il donc pas possible d'obtenir un semblable résultat avec des os? C'est un problème de physique et de mécanique qui est bien au-dessus de mes forces ; mais , si l'on parvient à le résoudre favorablement, on sera constamment en mesure de tachytomiser , avec tout le succès désirable, les membres
même les plus volumineux, attendu que toutes les parties qui sont étrangères à l'os peuvent toujours être tranchées, trèsproprement et instantanément.
La réunion du lambeau s'opère exactement comme celle de toutes les plaies fraîches, et qui résultent de l'action d'un instrument tranchant. On fera donc usage de points de suture, seulement ou soutenus par des bandelettes aglutinatives, parmi lesquelles le taffetas gommé se distingue avantageusement. — On pourra aussi n'appliquer qu'une seule épingle vers le point le plus mobile et le plus éloigné de la racine du lambeau , et maintenir le reste, plus ou moins exactement rapproché, au moyen des susdites bandelettes. — Il suffira également, de ne faire usage que de ces dernières; tout comme il est possible encore d'étendre le lambeau, purement, simplement et pendant quelques jours, sur la surface de la plaie. — Chacun fera, du reste , pour le mieux et comme il l'entendra; et chacun trouvera, par conséquent, que j'aurais pu me dispenser de ces réflexions. Mais ce qui n'est pas aussi inutile, aux temps où nous vivons , c'est d'insister fortement, sur un pansement aussi simple que possible, ne fut-ce même qu'avec un linge trempé dans l'eau fraîche , ou avec une légère couche de coton ; afin de diminuer, autant que possible, l'irritation et la douleur, deux sources fécondes de maux très-graves, et, ellegmêmes, affections trop-souvent cruelles et insupportables.
§ 4, p. 108. On connaît les accidens, qui succèdent aux amputations les mieux faites; et, s'ils soni trop souvent mortels, ne peut-on
pas rattacher quelques-unes de ces catastrophes à l'irritation des muscles, des vaisseaux et des nerfs? Ceux-ci suivent, en effet, le sort du ou des épais lambeaux dont on fait usage aujourd'hui ; on les arrache, par conséquent, de leur position naturelle et le long de l'os, pour leur en assignerunetout à fait anormale. Leurs extrémités, fraîchement coupées et, par cela même, plus sensibles, au lieu d'être abritées loin de la plaie et à côté de leur soutien naturel, se trouvent, au contraire, rudement ramenées et forcément pliées au devant de cet os, pour y être pressées et tiraillées, par les bandelettes et les lourdes et nombreuses pièces qui constituent les appareils ; le premier comme tous ceux qui le suivent.
Faut-il donc s'étonner, si ces froissemens continuels et contre un corps dur et rugueux, des parties les plus irritables du membre qu'on vient d'amputer, sont suivis des symptômes fâcheux qui surgissent, en général, dans des circonstances analogues? Et serait-il bien étrange, si l'on parvenait à les éviter, en grande partie du moins, par le moyen d'un simple lambeau cutané, garni de son tissu cellulaire propre, et qui permettrait, à tous les autres organes, de rester paisiblement à la place que la nature leur a assignée ?
§.2, p. Hi.
Les formules suivantes, si hautement préconisées par la sagesse humaine : festina lente; sat citb si sat henè;ciib, tutb et jucundè; ces antiques et vénérées sentences n'ont, dans aucun temps, été appliquables aux procédés opératoires, et doivent, plus que jamais , être proscrites de la pratique chirurgicale. Il importe, au contraire, de les traduire toutes par ces mots: ciTissiMÈ si tutb.
Je ne puis comprendre , surtout, comment on a pu leur as-
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socier et si longtemps encore, l'expression jMcwntZè / C'est une atroce dérision, du plus mauvais goût et qui ne peut jamais s'appliquer à un individu qu'on opère. Celui-ci pourra, sans doute, être content d'être débarrassé d'un mal qui le tourmentait ou qui menaçait son existence; mais, comment trouverait-il des jouissances ou le plus mince agrément d'être placé sous le couteau d'un opérateur ? de se voir privé d'un membre important, même d'une simple dent? d'être défiguré par l'ablation de l'une ou l'autre de ses mâchoires? d'un ou de plusieurs doigts? L'opérateur peut seul être heureux, s'il a réussi au gré de ses désirs, et, faut-il l'ajouter? il sera plus heureux encore, par le temps qui court, s'il a l'espoir d'être largement rétribué. Je lui souhaite bon nombre de ces doubles
JUCUNDÈ.
Le BENÈ même du second de ces pitoyables adages , qu'on se plaît à citer à tout propos; ce benè a été et est encore étrangement exploité, même par les hommes les plus illustres. Ils ont, à ce sujet, une petitesse de vue si déplorable, qu'ils semblent mettre la perfection de l'art, dans une minutieuse élégance et dans une fastidieuse coquetterie de leurs appareils ; comme s'ils ne s'apercevaient pas qu'ils n'obtiennent ces magnifiques inutilités, ces colifichets, qu'en gaspillant leur temps et celui de leurs nombreux élèves ; qu'aux dépends de la sagesse et de la raison ; et qu'au détriment de l'humanité souffrante. (Chirurgie simplifiée, tome I, p. 129.)
Que penser encore des longues, imprudentes et cruelles machinations , que se permettent et recommandent les cliniciens et les académiciens les plus illustres (Gaz. des hôpitaux, du 4 novembre dernier, par exemple), pour diagnostiquer.
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avec une précision illusoire et, le plus souvent, parfaitement inutile, certaines fractures ? (Chirurg. simpl. T. II, p. 459) . — Explique qui pourra une pareille conduite! lorsque surtout on s'ingénie , dans le même journal , à faire ressortir, complaisarament et à côté d'autres hérésies , ce fait antichirurgical : qu'un fracturé ne boite jamais, avec trois et même SIX centimètres de raccourcissement! Aurait-on besoin, parhazard, avec CERTAINS appareils, de se retrancher prudemment, derrière une doctrine aussi commode, et de l'implorer hautement , comme on fait si bien , lorsqu'il s'agit du traitement des fractures de la clavicule, de la rotule, de l'olécrane et du col du fémur? Et lorsqu'il importe de pallier, aux yeux des élèves et du public, des vices trop évidens de certains principes et les funestes conséquences de leur application ?
On ne comprend pas comment on peut craindre la contusion et en parler seulement. N'avons-nous pas, dans le tachytome, un corps mince et tranchant, qui n'agit que perpendiculairement et sur une ligne aussi étroite qu'est son taillant? Quelle différence trouvez-vous donc, entre un coup de bistouri et un coup de sabre bien affilé? Je serais plutôt disposé à admettre, qu'un os, tout comme un tissu mou, est moins affecté par un instrument tranchant que par les dents d'une scie. Ce qui tendrait à prouver cette grande vérité , c'est la difficulté qu'on éprouvée faire adhérer ensemble les bouts d'un os qu'on a été obligé de scier, même le plus nettement du monde; et c'est encore cette autre censidération , « qu'il vaut mieux couper, d'un seul coup, un organe doué de vie, et surtout la MEMBRANE médullaire, que de les déchirer l'un et l'autre, à BELLES DENTS et avcc uuc lentcur aussi inutile que barbare. »
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Un homme du monde, très-impressionnable, a été tellement effrayé de ma tachytomie, qu'il a cru devoir me dénoncer à L'AUTORITE compétente; et, (j'en ris encore !) il s'est trouvé des magistrats assez. . . . dociles, pour me demander compte de mes opérations! Ce fait tend à expliquer le sens du § 3, p. 27, et à donner gain de cause à tous mes critiques. Il prouve encore à quoi les novateurs sont exposés, même dans un pays trèsprogressif.
Un moyen, assez convenable, de donner, sur le champ, de la consistance aux linges ou pièces de linge, qui sont destinés à soutenir les fragmens d'un os cassé, consiste à associer un gros fil de fer aux deux ou trois duplicatures qui doivent, après leur déssécation, servir comme autant de renforts ou d'attelles à l'appareil contentif. On l'y roulera donc, à l'instar de ces dernières dans un drap fanon. — Voyez, du reste, la note p. 237, tome II de la chirurgie simplifiée, et vous pourrez sentir la nécessité d'appliquer, sous ces mêmes linges, une couche de coton ou d'ouate.
S'il n'était pas facile de pincer la peau , pour tachytomiser un lambeau convenable , il sera mieux de le couper rapidement avec le bistouri. Et, dans certaines amputations des métatarsiens ou métacarpiens, on pourra, au lieu de faire agir le tachytome obliquement sur l'os , le placer, parallèle-
ment et sur les deux côtés île ce dernier ; puis, réunir les deux plaies des parties molles, par un troisième trait, qui couperait, obliquement ou en travers, l'os encore intact ainsi que toutes les parties qui le recouvrent.
Un tachytome d'un nouveau genre et qui peut rivaliser avec la guillotine, c'est la roue sur un chemin de fer. La Gaz. médicale, du 4 novembre p. 740, rapporte, en effet; qu'une décapitation vient d'avoir lieu, par ce moyen, avec section nette des parties molles , et sans aucune fracture des vertèbres cervicales.
Encore quelque mots et j'ai fini.
Un homme illustre qui , avec Franco , a jeté tant d'éclat sur la chirurgie, au petit canton de Vaud ; Fabrice de Hilden a mis , il est vrai , à l'interdit tous ceux qui , comme Vantiroutinier Botal, ont proposé la tachytomie pour l'amputation des membres. Mais , le chirurgien de Payerne a eu soin, en même temps, de s'exprimer, assez mal aussi sur le compte de la ligature des artères; lui préférant hautement, le cautère actuel, appliqué sur chaque vaissau qui donne du sang. Il connaissait, fort bien pourtant, car il la cite, la pratique de Gallien, Celse, Âvicennes, et Paré; et il a même fait graver deux pinces particulières pour saisir les artères ! ! Et puis, citez, citez donc des noms propres en chirurgie! Et appuyez vous bravement sur la manière de voir, de dire et de faire des plus grands praticiens! Onnesaurait assez le répéter : « Il ne faut faire cas de leurs préceptes, de leur exemple, de leur EXPÉRIENCE , qu'autant qu'ils harmonisent avec des principes VRAIS, et qu'ils sont la consécration de ces derniers.