‹ L'Expérience religieuse de ChateaubriandChapitre 66 sur 126 · L'ESSAI SUR LES RÉVOLUTIONS · texte numérisé non relu

L'ESSAI SUR LES RÉVOLUTIONS

C'était un livre de doute et de douleur.

Mélanges politiques.

... « Si je n'ai jamais varié dans mes principes police tiques, je n'ai pas toujours embrassé le christianisme « dans tous ses rapports, d'une manière aussi com- « plète que je le fais aujourd'hui. Dans ma première « jeunesse, à une époque où la génération étoit nour- « rie de la lecture de Voltaire et de J.-J. Rousseau, je « me suis cru un petit philosophe, et j'ai fait un raau- « vais livre... Littérairement parlant, ce livre est « détestable, et parfaitement ridicule ; c'est un chaos « où se rencontrent les Jacobins et les Spartiates, la « Marseillaise et les Chants de Tyrtée, un Voyage aux « AÇores et le Périple d'Hannon, l'Eloge de Jésus- « Christ et la Critique des Moines, les Vers Dorés « de Pylhagore et les Fables de M. de Nivernois, « Louis XVI Agis, Charles I"1', des Promenades soli- « taires, des Vues de la nature, du Malheur, de la « Mélancolie, du Suicide, de la Politique, un petit « commencement d'Atala, Robespierre, la Convention, « et des discussions sur Zenon, Epicure et Aristote ; le « tout en style sauvage et boursouflé, plein de fautes

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« de langue, d'idiotismes étrangers et de barbarismes. « Mais on y trouvera aussi un jeune homme exalté « plutôt qu'abattu par le malheur, et dont le cœur est « tout à son roi, à l'honneur et à la patrie... »

... Qu'ai-je entendu prouver dans l'Essai? Qu'il n'y a rien de nouveau sous le soleil, et qu'on retrouve dans les révolutions anciennes et modernes les personnages et les principaux traits de la révolution française.

On sent combien cette idée, poussée trop loin, a dû produire de rapprochements forcés, ridicules ou bizarres.

Je commençai à écrire l'Essai en 1794, et il parut en 1797. Souvent il fallait effacer la nuit le tableau que j'avais esquissé le jour : les événements couraient plus vite que ma plume : il survenait une révolution qui mettait toutes mes comparaisons en défaut: j'écrivais sur un vaisseau pendant une tempête, et je prétendais peindre comme des objets fixes les rives fugitives qui passaient et s'abîmaient le long du bord ! Jeune et malheureux, mes opinions n'étaient arrêtées sur rien ; je ne savais que penser en littérature, en philosophie, en morale, en religion. Je n'étais décidé qu'en matière politique : sur ce seul point je n'ai jamais varié.

L'éducation chrétienne que j'avais reçue avait laissé des traces profondes dans mon cœur, mais ma tête était troublée par les livres que j'avais lus, les sociétés que j'avais fréquentées. Je ressemblais à presque tous les hommes de cette époque : j'étais né dans mon siècle.

... Je rassemble ailleurs, dans l'Essai, les objections que l'on a faites en tout temps, contre le christianisme; on croit que je vais conclure comme les esprits

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