L ESSAI SUR LES REVOLUTIONS
forts, et tout à coup on lit ce passge : « Moi, qui suis « très peu versé dans ces matières, je répéterai seule- « ment aux incrédules, en ne me servant que de ma « faible raison, ce que je leur ai déjà dit. Vous ren- « versez la religion de votre pays, vous plongez le a peuple dans l'impiété, et vous ne proposez aucun « autre palladium de la morale. Cessez cette cruelle « philosophie : ne ravissez point à l'infortuné sa der- « nière espérance : qu'importe qu'elle soit une illusion, a si cette illusion le soulage d'une partie du fardeau (( de l'existence, si elle veille dans les longues nuits à « son chevet solitaire et trempé de larmes ; si enfin « elle lui rend le dernier service de l'amitié en fermant « elle-même sa paupière, lorsque seul et abandonné « sur la couche du misérable, il s'évanouit dans la « mort »... Au reste, cet ouvrage est un véritable chaos : chaque mot y contredit le mot qui le suit. On pourrait faire de l'Essai deux analyses différentes : on prouverait par l'une que je suis un sceptique décidé, un disciple de Zenon et d'Epicure ; par l'autre, on me feroit connoître comme un chrétien bigot, un esprit superstitieux, un ennemi de la raison et des lumières. On trouve dans cette rêverie de jeune homme une profonde vénération pour Jésus-Christ et pour l'Evangile, l'éloge des évêques, des curés, et des déclamations contre la cour de Rome et contre les moines : on y rencontre des passages qui sembleraient favoriser toutes les extravagances de l'esprit humain, le suicide, le matérialisme, l'anarchie ; et tout auprès de ces passages, on lit des chapitres entiers sur l'existence de Dieu, la beauté de l'ordre, l'excellence des principes monarchiques. C'est le combat d'Oromaze et d'Arimane.
Mélanges politiques.