‹ L'expérience religieuse: essai de Psychologie descriptiveChapitre 2 sur 42 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

C'est en juin 190Q que parut pour la première fois, à New- York, Touvrage de l'illustre professeur de T Université Harvard, intitulé Thevarieties of religions expérience ; et aujourd'hui il en est peu qui soient plus répandus et lus plus avidement dans le monde entier. Tandis que les savants y goûtent une érudition étendue et sagace mise au service d'une philosophie vigoureuse et originale, les gens du monde, les consciences passionnées de vie intérieure, les femmes, y cherchent des liunières et des forces pour réaliser, en accord avec les idées modernes, l'idéal religieux. Il était à souhaiter qu'un ouvrage aussi universellement apprécié fût mis, ^hez nous-mêmes, à la portée de tous ; et c'est ce qui a lieu aujourd'hui grâce à la traduction très pénétrante, très vivante, ingénieusement exacte dans sa libre allure, qu'en donne M. Frank Abauzit.

Le point de vue où se place M. James marque dès Tabord la nouveauté et l'opportunité de son ouvrage. Les religions ont été largement étudiées aux points de vue théologique, philosophique, historique. Il n'a pas manqué de savants qui les ont envisagées en physiologistes et en médecins, et qui en ont fait ressortir l'élément névropathique ou hystérique. De nos jours, la sociologie a revendiqué les religions comme lui appartenant en propre, et les a traitées comme des phénomènes essentiellement sociaux. Diverses faces de la réalité donnée ont été, de la sorte, tour à tour vivement éclairées, et une connaissance de plus en plus complète a été obtenue. Mais outre Jes aspects que nous venons d'indiquer la religion

VI l'expérience religieuse

en présente certainement un autre, qu'il est impossible de laisser de côté. Traditions sociales ou manifestations pathologiques, les religioas sont, tout d'abord, des états de conscience, des formes de la vie intérieure, qui concernent spécialement le psychologue. Les documents relatifs à la religion abondent en descriptions minutieuses de ces phénomènes ; mais ces descriptions sont Tœuvre du sujet lui-même, présentant les choses telles qu'elles lui apparaissent : il reste à classer, analyser et interpréter ces données au point de vue de la science, c'est-à-dire avec une précision, une objectivité, une préoccupation des rapports de connexion causale, analogues à celles qui caractérisent les sciences physiques.

C'est à cette tâche, encore peu abordée, que s'est consacré le professeur James. Sa maîtrise en psychologie le désignait pour un tel travail. Il a, de plus, un esprit singulièrement ouvert et exempt de préjugés. Il entre avec autant de pénétration que de sympathie dans les pensées et les sentiments les plus divers. Elevé dans le protestantisme, il comprend en perfection les mobiles et le sens intime des pratiques du catholicisme. Il étudie, par exemple, l'ascétisme avec une liberté de jugement peu commune, démêlant en lui une expression du spiritualisme, une forme de la lutte et de l'héroïsme, qui, aujourd'hui encore, a sa place et son rôle dans la vie de l'humanité. C'est d'ailleurs sur le terrain le plus propice que s'exercent ces remarquables facultés de psychologue et de moraliste. La vie religieuse se manifeste en Amérique avec une intensité particulière. Plus qu'une doctrine, une tradition, ou une institution, la religion est, pour l'Américain du Nord, un élément de sa vie, une réalité concrète, où il puise la santé, la force et la joie. La seule contribution vraiment originale du peuple américain à la philosophie systématique de la vie, dit M. James, est le mouvement auquel se rattache ce qu'on appelle la Mind-cure, à savoir une philosophie religieuse.

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