‹ L'expiation, ou, Cécile d'ErlanChapitre 10 sur 11 · CHAPITRE X\ll · texte numérisé non relu

CHAPITRE X\ll

Le lendemain Cécile se leva de bonne heure.

— Où allez-vous? lui dit son mari en la voyant prêle à sortir.

— Chez celle que je ne dois pas nommer . répondit-elle avec un sourire.

— Ne soyez pas longtemps absente . c'est tout ce que j'ose vous demander.

Il la suivit des yeux, le cœur plein de sentiments d'admiration et de repentir.

I..e mobile d'une vertu si constante, d'une charité si héroïque doit être bien puissant, se dit-il : il y a plus de courage dans de pareilles actions que dans tous les combats que j'ai livrés à l'ennemi : et la vie entière de cette i'emme adorable na-t-il pas été un combat perpétuel, dont la vertu est tou-

jours sortie victorieuse ! Certes ou la nature de Cécile est supérieure à la mienne , ou cette religion qui l'inspire lui prête des forces surhumaines.

Et toutes les pieuses sollicitations de Cécile , et toutes les instructions religieuses qu'il avait reçues dans sa jeunesse lui revenaient à la fois en mémoire , la grâce le pressait de toutes parts. Il se dit :

C'en est fait , je reviens à cette religion trop longtemps oubliée , à cette religion qui rend héroïque ce qu'il y a de plus faible au monde , une femme d'un caractère timide , et d'un esprit qui n'est pas au-dessus de l'ordinaire. Il ne peut y avoir de honte à pratiquer une loi marquée du sceau divin ; j'ai eu le courage du vice , pourquoi n'aui*ais-je pas celui de la vertu ?

Pendant que Monsieur d'Erlan prenait cette résolution salutaire qui devait combler de joie le cœur de Cécile , elle s'avançait vers la maison rouge, réfléchissant aux moyens de réussir dans sa charitable entreprise ; elle avait compris tout de suite que le chagrin d'être tombée si bas devait être une des principales causes de l'aliénation mentale de la malheureuse Elvire , et que le moyen de guérison le plus efficace serait sans nul doute de l'arracher à des lieux où tout lui rappelait l'excès de son avilissement, de lui rendre l'aisance et le

lùon-èliv, lu liixu iiiriiR' aïKiiR'l elle avait ('lé liabitiiée dôs l'enfance ; mais tout cela ne pouvait s'accomplir cpravec la permission de Ballliasai-, puiscjuil l'avait enchaînée à son sort par des liens indissolubles , (juoicpie la religion ne les eût point consacrés , et ce Balthasar était orgueilleux et entêté comme un démon , disait sa mère. Quant aux circonsUmces qui avaient amené une union si extraordinaire , Cécile n'avait \)as cherché longtem|)s à les deviner , la curiosité trouve peu de place dans un cœur où la charité abonde.

En arrivant à la maison isolée , elle reconnut Ihomme de la justice humaine, assis devant la porte.

— C'est vous , Madame , lui dit-il , qui êtes venue hier, et que j'avais rencontrée le matin: entrez donc . puisque l'affection que vous portez à une ancienne amie vous fait vaincre la peur que je suis habitué à inspirer.

— Comment a-t-elle passé la nuit? demanda Cécile à la vieille en lui faisant un salut qui gagna le cœur de cette pauvre femme , en flattant son amour-propre.

— Pas mal , dit-elle.

— Pourcjuoi ne pas la débarrasser de cette chaîne qui doit lui être si incommode? dit Cécile en s'approchant de la folle étendue sur son grabat.

— Diable ! non pas , dit la vieille , elle peut redevenir furieuse d'un instant à l'autre.

— Quand je suis ici qu'avez-vous à craindre? dit Balthasar d'un ton hautain ; cette dame a raison.

La vieille n'osa pas répliquer. Balthasar détacha la ceinture , la folle poussa un petit cri de joie en se relevant à demi.

• — Si tu bouges , prends garde à ceci , • dit le bourreau en lui montrant un fouet qu'il venait de décrocher du mur.

Elle se blottit dans la paille , baissant la tête-, en ramassant sur elle même ses membres tremblants , comme un chien qui rampe devant le maître prêt à le fustiger. Ce spectacle arracha à Cécile des larmes de compassion.

— Mon Dieu ! dit-elle , comme cette femme est mal couchée !

— Au diable ! me prenez-vous pour un marquis? répondit Balthasar. Chez son premier mari , Elvire avait sans doute un lit plus magnifique ; mais celui sur lequel elle allait être couchée, quand elle a consenti à être ma femme , ne valait pas celui-là, tout chétif qu'il vous paraisse ; du reste , ajouta-t-il , j'ai deux bons lits là-haut , l'un pour ma mère , l'autre qu'Elvire partage avec moi quand elle est dans son bon sens.

Tout Cl' que Crcilc voyait cl ciitendail lu faisait Irémir; elle se lut un iustanl pour prendre courage.

— iMonsieur , dit-elle ensuite , votre mère vous a dit sans doute que j'avais oilcrt de donner à Elvire tous les secours qu'exige sa position, voulez-vous me permettre de la faiie transjiorter ehe/ moi? j'appellerai des médecins, je pourvoirai à tout , et peut-être quelque jour

— Elle recouvrerait la raison , voulez-vous dire?

— Je l'espère , dit Cécile.

— Et alors , reprit-il avec un sourire sardonique, qui faisait mal à voir , croyez-vous que la cidevant marquise sera plus heureuse en se retrouvant la femme du bourreau? car elle est ma femme . ma femme légitime.

Cécile frémit de la justesse de cette réllexion.

— Vous vous taisez, ajoute-t-il, vous sentez que j'ai raison. Elvire alors rougirait de son mari , elle voudrait me quitter peut-ôtre , elle demanderait séparation ; et moi , j'y tiens , voyez-vous , parce que des marquises , n'en rencontre pas qui veut, surtout avec mon état , quoique dans ces derniers temps il en soit furieusement passé par mes mains.

Et il accompagna ces paroles d'un geste horrible. Cécile détourna la tête.

— Vous le voyez , dit-il en ricanant , je vous fais peur aussi ; mais vous êtes toutes comme ça , vous autres dames, vous épousez bien un officier qui tue avec l'épée , et qui tue mal , qui ne fait souvent que felesser et qui fait longtemps souffrir , tandis que Dous qui nous servons , aussi d'après les ordres de l'autorité , d'un excellent instrument qui ne manque jamais son coup , fi donc ! Elvire serait une ingrate si elle me quittait jamais , puisque je lui ai sauvé la vie en l'épousant ; mais , pour lui en ôter la tentation, toute folle qu'elle est, je la garderai.

— Vous voulez-bien au moins que je vienne la voir quelquefois? dit Madame d'Erlan , empressée de terminer cette étrange conversation.

— Comme vous voudrez , répondit Baltbasar , je vois bien que vous êtes une bonne dame.

— En attendant que je revienne , dit Cécile , je vais envoyer à Elvire un léger souvenir d'amitié.

— Que lui enverrez-vous ? demanda Baltbasar avec une avidité qui dénotait que l'orgueil n'était point sa seule passion.

— Un bon lit, répondit Cécile.

Et la jeune femme s'éloigna triste . m^s non découragée.

Deux heures après une charrette apportait à la maison rouge un lit de noyer fort propre , une pail-

lasse , deux bons matelas , des oreillers et des couvertures ; le gardon «jui la conduisait frappa de son fouet deux jxrands coups contre la porte , comme s'il eut craint de souiller sa main en la portant au marteau ; il aida à Balthasar à décharj^er tous ces effets , mais sans entrer chez lui , et en évitant de le loucher.

Cécile , rentrée à l'hùtel . y trouva Monsieur d'Erlan plongé dans de sérieuses réflexions; elle l'embrassa tendrement et ne lui parla point d"Elvire; ils passèrent dans une grande intimité le reste de la journée.

Vers le soir le docteur Thévenard , de retour de son voyage , entra d'un air joyeux dans la chambre où étaient Monsieur et Madame d'Erlan.

— Soyez le bien venu , notre ami , dit Cécile en courant à sa rencontre.

Elle s'arrêta à l'aspect d'un vieillard vénérable, ({ui accompagnait le docteur.

— Vous ne me reconnaissez pas? dit celui-ci à Madame d'Erlan.

— Ah ! c'est vous , Monsieur le curé , s'écria Cécile , je suis enchantée de vous revoii', je ne vous croyais pas en France.

— Je ne l'ai jamais quittée . répondit-il ; s'il y avait de méchantes gens dans notre pays , grâces à

Dieu ! les bonnes âmes n'y manquaient pas non plus; une brave femme m'avait caché dans sa cave, là je pouvais encore être utile à mon troupeau , et exercer quelques-unes des fonctions de mon saint ministère ; après cette retraite une autre , une caverne dans les rochers.

Et pendant que le curé racontait à Cécile de quelle manière il avait échappé à tous les dangers qui poursuivaient les prêtres pendant le temps de la terreur, le docteur s'était approché du commandant et causait avec lui à voix basse. Cécile tourna les yeux vers eux , ils se turent.

— Habitez-vous toujours votre ancienne paroisse ? dit-elle au curé.

— Oui , Madame , mais je suis si vieux et si infirme qu'on a été obligé de me donner un coadjuteur ; c'est un homme plein de mérite , je ne fais que ce que je peux , et je ne peux plus grand'chose maintenant ; je suis venu à Grenoble pour affaires.

— ' Je me flatte que vous y resterez quelque temps avec nous? dit Cécile.

— Je Tespère aussi , ajouta le commandant , Monsieur le curé nous a mariés , et j'ai fait jadis partie de son troupeau.

— Vous en êtes au moins une brebis égarée , mon cher , dit le docteur en riant.

— Ce scuU colles (jiie le lioii |»a.slL'ur «lijirjif sui ses épaules pour les rappoiter nu ItcicMil . dli I. curé d'uu Ion jrrave et doux.

Ils diuèreut ensemble, el ne se séjwnvrciit ijii assez tard dans la nuit.

Au point du jour Cécile st)rlit niystérieuseinenl (le riiotel pour éehapper à riu(|uisition du docicui. (jui , dans sa sollicitude toute paternelle , surveillait la santé de la jeune femme , et contrariait ipidquefois ses projets. Il l'avait trouvée très fatiguée la veille et lui avait conseillé de ne sortir cpie dans laprès-midi pour faire une iH'omenade en voiture : mais Cécile avait à cœur de poursuivre son œuvi-c charitable. Après avoir entendu la messe elle s achemina vers la demeure d'Elvire , et éprouva un sentiment de joie en la voyant convenablement couchée.

— Je vous remercie pour ma femme , dit Balthasar , elle se trouve très bien dans ce lit , la pauvre folle nous Ta répété deux ou trois ibis , et ce sont les seules paroles qu'elle ait prononcées depuis hier, de sorte que je commence à la croire plus malade que je ne pensais. Elle est oïdinaircment fort bavarde , et elle me paraît aujourd'hui bien abattue; peut-être l'ai-je frappée trop fort quand elle s'est jetée sur ce monsieur qui vous ac -

compagnait , mais que voulez-vous ? on n'est pas maître d'un premier mouvement, et puis je ne pouvais pas laisser étrangler ce Monsieur.

Cécile s'approcha d'Elvire , et lui tâta le pouls.

— Mon Dieu ! dit-elle , ma pauvre amie est bien malade en effet, il faudrait appeler un médecin.

— Je n'en connais pas , répondit Balthasar , je ne m'en sers jamais.

— Je vais chercher le mien, dit Cécile, vous n'avez pas non plus à vous occuper des remèdes ; je me charge de tout.

Et elle sortit.

Nul n'était plus capable que le docteur Thévenard de secourir sa nièce; mais comment la lui montrer dans une position pareille, sans déchirer le cœur du bon vieillard , et même consentirait-il à la revoir, lui qui depuis longtemps ne la regardait plus que comme l'opprobre de sa famille?

Cécile , plongée dans ses réflexions , marchait la tête basse sans s'occuper de ce qui se passait autour d'elle lorsqu'un homme l'arrêta par le bras en lui disant d'un ton bourru :

— Morbleu, Madame, il y a du plaisir à vous donner des conseils, vous les suivez bien exactement.

— Vraiment , docteur , je suis charmée de vous rencontrer , je pensais à vous dans ce moment.

— Eh ! Mailaïue , pensez à vous-même , \ oiis en avez besoin ; cet air humide ne vous vaut rien , toutes CCS courses vous fatiguent, voyez comme vous t^tes cssouflée.

— Mais non , pas trop , dit Cécile en souiiant : puis voih\ si longtemps que je suis ainsi sans empirer.

— Et moi , je vous dis que vous avez besoin de ménagements, je m'y entends peut-être; voyons, promettez-moi de m'écouter davantage à Tavenii'.

— Volontiers , dit-elle , pourvu que vous me fassiez une promesse.

— Bah ! dit le docteur en levant les épaules , est-ce que tout ce que je puis faire pour vous ne vous est pas promis d'avance ?

Cécile serra la main du docteur ; ces paroles l'avaient touchée, quoiqu'elles eussent été prononcées d'un air maussade.

— Il s'agit d'une pauvre femme folle et bien malade.

— C'est bon , c'est bon , venez toujours.

Et il lui donna le bras , marchant à petits pas pour lui éviter toute fatigue.

— Figurez-vous , docteur , continua Cécile , une femme jeune et belle encore , réduite au sort le plus affreux , privée de raison , presque dans la

misère , et mariée par un enchaînement de circonstances étranges , terribles sans doute , à l'homme de la ville , je ne dirai pas le plus méprisable , mais le plus méprisé , à un homme dont on ne prononce le nom qu'avec horreur, au bourreau enfin. Vous la connaissez.

Le docteur fit un mouvement de surprise.

Où puis-je donc avoir connu cette femme? dît-il.

— Où vous l'avez connue? Dans les plaines de la Bresse , belle et gracieuse enfant qui souriait à votre approche; vous l'avez connue charmante jeune fille , éclipsant ses compagnes par sa beauté ^ puis dans les salons de Paris , couverte d'or et de diamants, la tête ornée de fleurs et quelquefois aussi d'une couronne de marquise , qu'elle avait le droit de porter.

— De qui parlez-vous? s'écria le docteur.

— Vous l'appeliez votre chère Elvire , dit Cécile, à demi-voix et toute tremblante.

— Et vous osez me parler de cette créature, dont le déshonneur rejaillit sur mes cheveux blancs , dont les désordres honteux ont influé si fatalement sur votre existence !

— De grâce , mon ami , elle est si malade !

— Morbleu ! qu'elle crève , c'est ce qu'elle a de mieux à faire ; et vous , Madame , vous abusez de

i'aiiiitii' (|ik' je vous |»ortc , vous i}los bien iiic<»iijpréheiisilile , dit en s'éloijinanl k* vieillard iiriu-.

Cécile baissa la tèle , de grosses larmes roulèrent dans ses yeux , elle eoniprit (ju'elle n'avait rien à espérer de Tonele , au moins pour le niDinnU . mais, ne voulant point toute l'ois laisser la pauvre folle sans secours, elle se lit indicpier un médecin de la ville , lui exposa la situation d'Elvire , et le pria de donner ses soins à cette malbeureuse. Puis elle rentra à l'hôtel, où elle trouva le curé et Théodore, causant ensemble des choses du ciel , et sou cœur fut rempli d'une sainte joie. Elle bénit lu providence . qui lui avait envoyé ce bon vieillard tout exprès pour seconder les bonnes intentions de Monsieur d'Erlan.

— Vous le voyez , ma chère, dit celui-ci d un air grave , qui annonçait une résolution arrêtée ; je tiens ma promesse, je m'instruis de ce que je dois croire , votre exemple m'apprendra ce que je dol«; faire.

Elle passa avec eux le reste du jour , le docteur ne reparut qu'au dîner , il était soucieux et plus grondeur encore que de coutume.

Les deux jours suivants il lit un temps détestable , il tomba beaucoup de neige , Cécile se trouva souffrante et ne put sortir. Elle envoya savoir des

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nouvelles d'Elvire, on lui répondit qu'elle était toujours dans le même état. Le ti'oisième jour , de grand matin , un enfant , envoyé par le médecin , vint avertir Madame d'Erlan , que la pauvre folle était à toute extrémité. Cécile s'habilla à la hâte. En traversant la cour de l'hôtel elle rencontra le docteur.

— Où allez-vous de si bonne heure ? lui de-

manda-t-il.

— Venez lui pardonner , répondit Cécile , elle va mourir.

La voix de la jeune femme était si touchante , son regard si suppliant, que le docteur n'eut pas le courage d'y résister; il la suivit. Cécile courait plutôt qu'elle ne marchait vers la demeure d'Elvire, mais bientôt elle fut obligée de ralentir le pas , et le docteur l'atteignit ; il la regarda attentivement, son visage déjà mécontent prit une expression plus sombre encore, il lui offrit le bras sans lui rien dire. Ils arrivèrent ainsi devant la porte rouge, qui était entr' ouverte ; la malade avait été transportée au premier par le conseil du médecin , parce que le rez-de-chaussée était humide ; la chambre qu'elle occupait était petite , mais assez propre ; sa bellemère était assise auprès de son lit ; un bon feu pétillait dans la cheminée, car Cécile avait eu la

précaulioii (rtMivoyi'r du liois depuis qui' If liiujts s'éUiil ralhiu'lii ; diUiTcnles lioles ctaieiit étaltes sur la commode, les unes encore inUictes, d'autivs à moitié vides. Le docteur les examina attentivement, mais il semblait éviter de voir la malade. Cécile au contraire s'était d'abord approchée d'elle et lui avait pris la main. La pauvre folle était calme, ses yeux n'exprimaient plus ni colère ni méchanceté; mais son regard étaient éteint , et elle paraissait accablée de souffrance.

— Mon ami , venez dire ce que vous pensez de son état , dit iMadame d'Erlan au docteur.

Il hésita encore, entin il se rapprocha. Alors un homme qu'on n'avait point aperçu, parce qu'il était caché par le rideau du lit dans une ruelle obscure . se leva brusquement et se pencha pour mieux entendre les paroles du docteur , dont la physionomie trahissait une émotion péniblement contenue ; le mépris et la pitié , la colère , la honte . un reste d'affection s'y manifestaient à la fois ; la tendre compassion, la divine charité étaient empreintes sur le visage de Cécile. Les traits hideux de Balthasar , son regard fauve , attaché tour à tour sur la malade et sur le docteur, faisaient mieux ressortir encore l'expression angélique des traits de la jeune femme ; on eût dit le bon et le mauvais génie au chevet du lit de la mourante.

II se fit un long silence.

— Eh bien ! dit enfin Balthasar de sa voix rude.

— II n'y a plus d'espoir , murmura le docteur en détournant la tête.

Une espèce de rugissement se fît entendre, c'était un soupir que poussait Balthasar. Cécile leva les yeux sur le bourreau , cet homme éprouvait une douleur véritable. Madame d'Erlan en fut touchée , elle lui adressa quelques paroles de compassion ; et , tout ému de cette marque d'intérêt , l'hommeà qui jamais nul autre n'en avait témoigné, baissa la tête et pleura.

— Suis-je bête ! dit-il enfin un instant après en essuyant ses yeux du revers de sa manche.

Il paraissait honteux de sa faiblesse.

— Ne rougissez point de vos larmes, lui dit Cécile avec bonté, elles prouvent que vous avez un bon cœur.

— Un cœur de femme , vous voulez dire peutêtre? oh! non; car, voyez-vous, je lui aurais coupé la tête sans sourciller ; mais voir mourir comme cela, de sang froid

Cécile se détourna avec horreur.

— Venez , Madame , dit le docteur , votre pré^ sence est désormais inutile ici.

— Non , répondit-elle avec fermeté , je veux rester jusqu'à la fin.

— AliM's jo vmis laisse, <lil-il (11111 air dimpationcc.

— Kh bien ! piio/. le ciité «I»' venir' me rcjoiiHln' . (lit-elle avec douceur.

I.e docteur tira son portefeuille de s;i |)oche , en (UVliira une pajfo sur hupielle il cjci-ivit (|uel(jues mots au crayon , et la donna à porter à la mère de Balthasar, mais il ne sortit point. Au contraire . il ferma la porte, et venant se poser-les bras croisés devant le bourreau :

— Quand et comment avez-vous (^'[lousi!' Madam( de Sainl-Albain? denianda-t-il d'un aii' pres(pi( menaçant.

— Que vous importe , répondit Baltbasar . ei pourquoi me faites-vous cette question ?

— Parce que j'en ai le droit , reprit le docteur, elle est ma nièce , la fdle de mon propre frère .

— Elle m'a épousé volontairement , dit Halihasar.

— Ce n'est pas vrai , dit une voix qui lit tressaillir les assistants , je ne voulais qu'échapper à l'écbafaud.

La folle s'était levée à demi sur son lit. l'œil calme, le visage sévère, pâle et maigre comme un spectre (jui sortirait du tombeau ; elle regarda Cé'cile. jeta un cii perçant et se couvrit le visage de ses mains.

--- Grâce ! grâce ! s'écria-t-elle , vous venez vous venger , épargnez-moi.

— Calmez-vous , je suis votre amie , je vous aime , répondit Cécile.

— C'est impossible, je me souviens de tout maintenant, et pourtant , ajouta-t-elle en examinant Cécile avec attention , vous me regardez avec douceur, vous m'avez donc pardonnée? Au fait c'était un tyran, un monstre dont je vous ai délivrée.... Mais continua-t-elle d'une voix plus faible et qui s'éteignait progressivement , où suis-je? j'ai dormi

bien longtemps j'ai fait de mauvais rêves

des rêves épouvantables;.... c'était à en devenir folle comment êtes-vous ici?

— Tiens , Elvire , bois ce bouillon , dit Balthasar , ça te rendra un peu de force.

— Ah Dieu ! dit-elle en jetant un cri terrible et en repoussant la boisson : c'est donc bien vrai , je suis sa femme , je ne rêvais pas.

Elle ferma les yeux et retomba sur son lit.

— Elvire, chère amie, dit Cécile, je viendrai vous voir tous les jours , vous serez heureuse encore , priez le bon Dieu qui vous rendra la santé , le bonheur , car il est notre père à tous , il vous aime et il est tout puissant.

— Il ne reste aucun espoir, dit à demi-voix le

docteur, ijui ilait assis dans un roiii immol)ile et consterné , la raison lui est revenue , elle Ta loul entière dans ce moment, mais c'est la mort.

— Ma chère Elvire , reprit Cécile , n'avez-vous donc rien à confier à une amie (jue vous n'aviez pas vue depuis si lon^^emps? voulez-vous que nous ]>riions ensemble la Sainte-Vierge , comme au premier jour où nous nous sommes rencontrées?, Nous êtes faible, cai' vous avez été bien malade, unissezvous seulement à moi d'intention.

Elle récita la prière de saint Bernard; mais El vire ne pria point, elle continuait à tenir les yeux termes pour ne pas voir Balthasar , les muscles de son visage étaient fortement contractes , tous ses traits exprimaient un profond désespoir.

— Ne trouvez-vous pas , disait encore Cécile . qu'il est doux de prier ensemble , quand on a du chagrin surtout ; et qui n'a jamais eu de chagrin dans ce monde ! voulez-vous que je continue ?

La malade s'obstina dans son silence.

— Mon Dieu ! ayez pitié de cette pauvre créature, disait tout bas Cécile , lirez-la de cet état de stupeur pour qu'elle ait le temps de revenir à vous?

Elvire poussa un grand soupir.

— Mes forces m'abandonnent , dit-elle , je vais mourir, je sens que je vais mourir.

— Pensez au salut de votre ame , reprit Cécile , priez Dieu de vous pardonner.

— 11 est trop tard , répondit El vire d'une voix mourante.

— 11 n'est jamais trop tard , dit le curé qui était entré depuis quelques instants , la miséricorde de Dieu est infinie, dites si vous avez le repentir de vos fautes.

— Je me repens, dit El vire en faisant un dernier effort.

Le prêtre alors élevant ses mains vers le ciel prononça quelques mots au milieu du râle de l'agonie et du hoquet de la mort. Cécile et le docteur s'agenouillèrent , le curé récita les prières des agonisants ; et un quart d'heure après El vire rendit le dernier soupir. Son repentir était-il sincère? l'a-til justifiée devant le Seigneur? C'est le secret des justices éternelles.

ClIMMTIIi: Wlll.

Les jours qui suivirent cet événement se passèrent dans le recueillement et la retraite ; la triste tin d'Elvire produisit sur Monsieur d'Erlan une impression profonde , il écoutait le curé avec un eœui' docile, et n'opposiiit plus aucune résistance à l'action de la grtice.

Le docteur seul alla pour revoir Balthasar ; il se montra au retour plus soucieux (juc jamais ; mais il ne répéta point alors à ses amis ce qu'il avait appris de cet homme.

Quelques jours plus tard un vent tiède vint fondre la neige qui couvrait encore la terre . et la campagne commen(;a à s'embellir de fleurs cl de verdure, c'était le retour du printemps.

— Il faut fiiire une longue promenade , dit le

docteur d'un air joyeux , j'ai donné des ordres, une bonne voiture nous attend.

La gaîté avait aussi gagné Cécile.

— Serons-nous bien longtemps dehors? demanda-t-elle.

— Ne vous inquiétez pas , ma chère , dit Monsieur d'Erlan , qui semblait aussi partager la joie commune.

Ils prirent une route qui paraissait faite tout nouvellement, et le cocher les mena bon train.

Le temps était magnifique; cependant, après quelques heures , Monsieur d'Erlan baissa soigneusement les stores sous prétexte que le soleil était fatigant. La voiture roula plus rapidement encore, puis elle s'arrêta tout-à-coup.

— Où sommes-nous donc , dit Cécile en souriant, car je vois dans votre air quelque chose de mystérieux.

— Chez nous, ma femme chérie , s'écria Monsieur d'Erlan en l'embrassant avec tendresse , dans ce séjour que nous n'aurions jamais dû quitter.

Un domestique ouvrit la portière , le docteur radieux descendit pour offrir la main à Cécile , qui poussa un cri de joie en se retrouvant dans la cour du vieux château de Chandor.

— Ah ! dit-elle , je ne croyais plus le revoir ; ne

( 283 ) mavioz-vous i»as dit (luil avait été vendu comme l)ien national ?

— Nous l'avons racheté , dit le docteur , vous êtes chez nous, Madame.

Cécile serra la main de son vieil ami et se laissa conduire , elle ne trouvait pas d'expressions pour rendre tout te qu'elle ressentait en ce moment; tant de sentiments divers Vagilaicnt! Monsieur d'Erlan et le bon Docteur jouissaient de sa surprise et de son bonheur lorsque ce dernier jeta les veux sur elle , et dit en se frappant le front :

— Que nous sommes imprudents î les courses rapides, les émotions vives ne lui valent rien.

Cécile palissait et pouvait à peine se soutenir. Monsieur d'Erlan enleva sa femme dans ses bras et la porta dans le salon ; elle avait beaucoup de peine à respirer ; son cœur battit si fort et si longtemps que Monsieur d'Erlan et le docteur surtout on étaient consternés.

— Ne vous effrayez pas , leur disait-elle , c'est

l'excès de la joie Mon Dieu, ai-je mérité d'être

si heureuse !

Lorsqu'elle parut parfaitement remise, l'on passa dans la salle à manger, où fut servi, comme par enchantement , un déjeuner splendide , dont Cécile fit les honneurs avec beaucoup de grâce. Après

le repas elle voulut faire une promenade dans le parc , elle était alors calme et presque mélancolique ; appuyée sur le bras de son mari, elle s'avançait lentement, chaque site, chaque bosquet réveillaient en elle un souvenir , et elle se complaisait dans les douces images du passé , et l'on n'aurait pu l'y arracher qu'avec peine, mais toutes ces émotions usaient sa vie.

Au détour d'une allée ils rencontrèrent une grande partie des habitants du village, accourus au château pour les féliciter. Cécile les reçut avec son affabilité naturelle , les reconnut tous , causa avec chacun d'eux , et leur fit offrir des rafraîchissements. Quand le soir fut venu , le docteur , qui présidait cette fête de famille , désigna à chacun son appartement, et conduisit Monsieur et Madame d'Erlan jusqu'à la chambre qu'ils occupaient au commencement de leur mariage. Rien n'avait été changé dans cette pièce , ou du moins une main amie avait tout rétabli dans l'ordre accoutumé. Cécile retrouva tous ses petits meubles, son métier à tapisserie près de la fenêtre , sa bibliothèque de jeune fdle dans son cabinet d'étude , l'album où elle faisait sécher des fleurs , encore ouvert sur la table , tout jusqu'à la cage de ses oiseaux où se tenaient perchés , à côté l'nn de l'autre, deux beaux serins semblables à ceux

(firello soignait jadis. Cécile se sentit énuic jiis- (lu'aux larmes de toutes ces attentions délicates , et se jetant au cou du docteur :

— Je retrouve ici tout ce que j'aimais , lui ditelle, tout, jusiiu'à mon [>èi'e, car vous m'en tenez lieu.

— Et jamais père ne fut plus heureux que je ne le suis dans ce moment, réi)ondit le docteur.

11 se retira quelques minutes après , et Cécile , l'accompagnant jusqu'à la porte , l'embrassa de nouveau , comme si elle eût du le quitter pour longtemps , puis elle revint s'asseoir toute pensive à côté de laçage de ses oiseaux. Théodore s'approcha d'elle, il était grave et recueilli, toute sa physionomie exprimait un repentir véritable et une humilité pleine de noblesse.

— Ma chère femme , dit-il à Cécile , le jour de demain sera pour moi , je l'espère , un jour de bénédiction et de grâce , le grand jour de ma réconciliation avec le Seigneur; si je ne connaissais d'avance toute la bonté de ton cœur , je te demanderais de nouveau pardon de tous les chagrins que je t'ai causés ; mais je sais que ce pardon m'est accordé depuis longtemps, ma vie entière sera consacrée à te prouver ma reconnaissance.

Cécile serra la main de Théodore.

— Prions ensemble , lui dit-elle , Dieu seul mérite d'être imploré et de recevoir nos hommages.

Ils firent ensemble les prières du soir , puis Théodore se coucha et s'endormit d'un sommeil paisible ; mais le cœur de Cécile était trop plein pour qu'elle songeât à prendre quelque repos , son âme s'exhalait devant Dieu en soupirs d'amour et en actions de grâce.

— Vous avez comblé tous mes vœux , lui disaitelle , et votre servante n'a plus rien à désirer icibas ; tout ce que j'avais rêvé de bonheur sur la terre , vous avez daigné le réaliser , et cependant mon âme est triste encore , tous les biens de l'Univers ne sauraient la satisfaire depuis le jour oii, soulevant un coin du voile épais qui nous cache votre gloire . vous m'avez fait comprendre quelque chose du bonheur du ciel. Oh! quand est-ce que mon âme, dégagée de ce faible corps, s'élèvera jusqu'à vous? quand pourrai-je vous contempler face à face? quand pourrai-je vous aimer comme on aime dans les cieux ! . . . .

Lorsque les premiers rayons de l'aurore pénétrèrent dans la chambre , Monsieur d'Erlan s'éveilla . et, voyant sa femme agenouillée sur son prie-Dieu , il lui reprocha doucement de s'être levée de si bonne heure; car le visage de Cécile, coloré d'un

vit" iiicanial , lu' i>oii;iil aiiciiiiL' trace des t'ai i^^iies (111110 lonj^uc veille.

Tous (ieiix se rciulirent ensuite à l'église du village, où les attendait le curé. Théodore i-et;ut labsolulion de ses fautes, puis le prêtre célébra le saeriliec de la messe , les deux époux s'approchèrent ensemble de la sainte table , la contenance de Monsieur d'Erlan annonçait une conviction profonde et la résolution fortement arrêtée de persévérer dans la bonne voie ; mais le visage de Cécile était rayonnant de bonheur et d'amour , et les assistants contemplaient avec édilication un spectacle lùen rare encore dans ce temps, si voisin du triomphe éphémère de l'impiété.

Quand le saint sacrilice fut terminé , Monsieui d'Erlan s'approcha de sa femme, qui demeurait immobile au pied de l'autel , absorbée dans une espèce d'extase, il l'engagea à retourner avec lui . Cécile se leva et le suivit en silence. A la porte de l'église elle prit le bras de Théodore , et ils s'avancèrent vers le parc par des sentiers à eux bien connus. Le soleil du matin brillait de tout son éclat dans un ciel pur et sans nuage , la terre était couverte de fleurs printanières , la violette répandait son doux parfum , et les oiseaux gazouillaient dans les arbres parés de feuilles nouvelles. Théo-

dore goûtait une joie pure qu'il n'avait peut-être jamais connue , il pressait le bras de sa femme , guidant ses pas vers le bouquet de bois où se trouvait jadis l'autel de la vierge.

— Ma bien-aimée , lui disait-il , tu ne pourrais croire combien je suis heureux en ce moment. C'est au point que je ne puis comprendre l'aveuglement moral dans lequel j'ai vécu pendant ces douze années ; et cette félicité suprême , après Dieu, c'est à toi seule que je la dois cependant.

— Dieu se sert quelquefois des plus faibles instruments pour accomplir ses desseins , répondit Cécile.

— Quelle douce vie nous allons mener dorénavant , reprit Théodore , dans ce séjour où nous sommes nés , où nous avons passé nos jeunes ans , où je t'ai épousée ; nous ne nous séparerons pas de ce bon docteur , car je renonce au service , ma santé l'exige ; et , quand on a, comme moi, reçu dix blessures au champ d'honneur , on a assez fait pour son pays ; je peux vivre pour moi désormais , et en même temps pour faire du bien à mes semblables , car je veux que tout ce qui m'entoure soit heureux ; points d'indigents aux environs de Chandor, ce sera là mon luxe et mon passe temps. Tu me guideras dans le bien que je veux faire , ou plutôt nous

ajfiioiis (le concerl; riches ou jiaiivres, tous nos voisins nous béniront . iMirce (|ue nous serons Injus et serviablcs j»our tout le inonde , et nos doniesti- (jues nous aimeront eonnne leurs pères. De <juel lionlieur parlait nous allons jouir !

— Le bonheur parlait n'est pasdeee niond»-. «lil Cécile en serrant la main de Tliéodore; mais celui qui le cherche dans la vertu est sûr au moins d'en approcher ici-bas , et de le posséder dans le ciel. C'est là qu'il sera sans nuage , 6 mon bien-aimé : c'est là (jue ceux qui se seront chéris d'un saint amour se retrouveront sans crainte de se séparer jamais.

Comme elle achevait ces mots, ils arrivèrent dans le bosquet.

Les grands chênes n'avaient point été coupés . et formaient déjà leurs dômes de verdure; les rosiers avaient été entretenus avec soin , et leurs boutons étaient près d'éclore. L'oratoire subsistait toujours; seulement la statue de la vierge , qui avait été brisée pendant les jours de la terreur, avait été remplacée la veille par une autre plus grande et plus belle , et de grosses touffes de violettes , d'anémones et de lilas étaient placées devant l'autel. C'était une surprise que Théodore avait ménagée à sa compagne , elle s'aperçut de la joie de son mari , et l'em-

brassa tendrement ; puis , tombant à genoux aan^ une espèce d'exaltation pieuse , elle entonna d'une voix sonore son cantique à la vierge, le même qu'elle chantait tous les jours dans son adolescence : « Salut, reine des cieux, ô divine Marie. » Mais bientôt , abandonnant le rythme et les paroles apprises , elle ne fit plus entendre que des paroles inspirées , des élans d'amour vers le ciel , un chant sans modèle sur la terre , qui s'élevait toujours plus ardent et plus mélodieux ; et Théodore l'écoutait dans un ravissement ineffable , jamais il n'avait rien entendu de si sublime , et bientôt ce ne fut plus que des mots entrecoupés qu'il comprenait à peine , des soupirs d'amour , une voix qui s'éteignait par degrés , mais toujours pure et mélodieuse comme le son de la harpe éolienne , comme le chant du cygne , puis un silence complet. Cécile , appuyée sur le banc de pierre, demeurait immobile ; et , la tête gracieusement penchée sur son bras , elle reposait comme endormie.

Théodore la contempla quelque temps avec délices , puis il l'engagea à se relever ; Cécile ne bougea point ; il s'approcha d'elle , et la trouva pâle et sans mouvement ; il pensa qu'elle était évanouie, et la prit entre ses bras pour la ranimer de sa chaleur.

Dans ri' iinuiRMit le docuiir ilu'Vonartl arrivail au bos(iuet, atliiv |>ar le cliaiit cjuil avait entemiu.

— 0"<^'ll*^' iniiniulencc ! i-ria-l-il avant in^me (l'apeirovoir (atUo , il y a longtomits (juc je vous (lét'ontls de ehaïUer.

— Yenezà noire secours , eria .M(»nsieur (i'Erlan. elle a perdu connaissance.

Le docteur accourut, tàta le pouls de Cécile, appuya la main sur le cœur de la jeune femme , la regarda quelques minutes , et tondit en larmes...

Lange de Cliandor s était envolé vers le ciel ; Cécile était morte d'une anévrisme au cœur.

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