‹ L'explication françaiseChapitre 1 sur 23 · VI AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

VI AVANT-PROPOS

On ne trouvera pas non plus dans ce volume beaucoup de remarques de détail sur le style et la versification. C'est que les explications des candidats ne pèchent plus par le dédain du détail. Autrefois toute explication tendait aussitôt à se transformer en leçon, et en leçon très générale. On ne savait pas regarder un texte de près. On ne le regardait que de loin, sous prétexte qu'on devait le voir de haut. Aujourd'hui les candidats ont été tellement mis en garde contre le bavardage, les lieux communs, les généralités bonnes à être placées partout, qu'ils se mettent volontiers tout de suite à faire des observations minutieuses sur la justesse d'une expression ou la valeur expressive d'une sonorité. Elles sont parfois fines, mais souvent elles retardent, elles empêchent les vues larges.

Ce qu'un examinateur obtient très difficilement aujoui'd'hui d'un candidat, c'est un jugement d'ensemble sur la valeur littéraire, psychologique, morale d'un texte plus ou moins étendu. On abusait jadis de l'explication dite u admirative », qui ressemblait trop souvent à celle de Mascarille : « Avez-vous remarqué ceci?... N'admirez-vous pas aussi cela? « Mais on a si bien dénigré devant les élèves ces enfantins jugements littéraires qu'ils s'abstiennent maintenant déjuger. Une s'agit pas de leur réclamer de nouveau les exclamations admiratives d'autrefois. Mais il faut demander qu'ils sachent donner d'un texte une appréciation d'ensemble, fondée sur la connaissance du génie de l'auteur et sur celle de l'esprit de son temps. Ajoutons : et sur l'intelligence des grandes lois de l'art. La valeur d'un récit de Racine ne se mesure pas à la même toise que la valeur d'un récit de Bossuet et de La Fontaine. Non seulement parce que l'un est Racine, les autres Bossuet el La Fontaine, mais parce que leur genre les soumet à des lois dilîérentes : un récit fait dans une tragérlie

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