‹ L'explication françaiseChapitre 11 sur 23 · POLYEUCTE · texte numérisé non relu

POLYEUCTE

Que tout cet artifice est de mauvaise grâce ! Après avoir deux fois essayé la menace. Après m'avoir fait voir Néarque dans la mort, Après avoir tenté l'amour et son effort, Après m'avoir montré cette soif du baptême Pour opposer à Dieu l'intérêt de Dieu même, Vous vous joignez ensemble I Ah ! ruses de l'enfer 1 Faut-il tant de fois vaincre avant que triompher ?

Vos résolutions usent trop de remise ;

Prenez la vôtre enfin, puisque la mienne est prise.

Je n'adore qu'un Dieu maître de l'univers,

Sous qui tremblent le ciel, la terre et les enfers;

Un Dieu qui, nous aimant dune amour infinie,

Voulut mourir pour nous avec ignominie,

Et qui, par un effort de cet excès d'amour,

Veut pour nous en victime être offert chaque jour.

Mais j'ai tort den parler à qui ne peut m'entendre ;

Voyez l'aveugle erreur que vous osez défendre :

Des crimes les pltis noirs vous souillez tous vos dieux,

Vous n'en punissez point qui n'ait son maître aux

La prostitution, l'adultère, l'inceste, [cieux.

Le vol, l'assassinat, et tout ce qu'on déteste,

C'est l'exemple qu'à suivre offrent vos immortels.

J'ai profané leur temple et brisé leurs autels;

Je le ferais encor si j'avais à le faire.

Même aux yeux de Félix, même aux yeux de Sévère,

Même aux yeux du sénat, aux yeux de l'empereur.

Quand il a composé ce discours, Corneille s'est dit probablement ; « Avant de dénouer ma pièce, je A'ais la résumer brièvement aux spectateurs. Je leur en rappellerai les principaux événements et les principales scènes : les tentatives faites auprès de Polyeucte, la mort de Xéarque, le grand entretien de Pauline et de son mari. Je leur répéterai que le drame joué sur cette terre par des personnages de chair et de sang est le prolongement d'un drame surnaturel joué par des acteurs mystérieux. Dieu et son Ennemi. Je leur résumerai aussi les idées générales du poème : j'opposerai une dernière fois, et plus fortement, la morale chrétienne à la morale antique. »

Corneille s'est probablement dit encore : « Tout en résumant mon drame avant de le dénouer, je vais ranimer les sympathies des spectateurs pour mon héros avant de l'envoyer à la mort. Car telle est maintenant sa fermeté que peut-être commence-t-il à ne plus émouvoir. Je rappellerai donc ici par combien d'efforts douloureux il a acheté cette, fermeté. »

Mais Corneille s'est certainemsnt dit d'abord : « S'il importe que le dernier discours de mon Polyeucte soit comme un résumé de la pièce et réchauffe les sympathies du public envers le héros, une chose toutefois importe davantage : c'est que le personnage tienne, avant de quitter la scène, les propos qu'on attend de son caractère et de la situation. »

Ainsi fait Polyeucte.

Il parle ici comme un chrétien qui a une dernière Aictoire à remporter sur lui-même et dont la foi agissante voudrait convertir des âmes chères.

C'est dans ce double dessein que d'abord il rappelle la longue série d'assauts qu'il a soutenus : il cherche dans le souvenir des premières victoires à puiser des forces pour la bataille décisive ; et Pauline lui ayant proposé comme ud exemple à imiter l'empire qu'elle a su exercer sui* elle-même, il lui propose à son tour comm3 un exemple à imiter tout l'effort qu'il a du déployer contre la passion.

C'est aussi dans ce double dessein, celui de se donner une force nouvelle pour mourir et celui de préparer ses auditeurs à une conversion probable, quoique lointaine, qu'il fait ensuite une solennelle profession de sa foi.

La profession de foi est, on peut le dire, un morceau attendu dans une tragédie religieuse ^ Elle s'impose au poète. Il ne peut l'éviter. Il n'a garde, d'ailleurs, de se dérober à une tâche qui est pleine d'attrait, puisqu'elle est l'occasion de faire un brillant discours.

Mais encore ne faut-il pas briller hors de propos.

Écoutez la profession de foi d'Adrien, dans le Saint Genesl de Rotrou :

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