DB LA MISE EN VALEUR DE NOS COLONIES LEUR SITUATION PRÉSENTE
Les destinées coloniales de la France et de l'Angleterre. —
L'Empire français et l'Empire anglais.
Deux éléments sont indispensables à la fondation des colonies :
les colons et les capitaux.
Les colons français. — Le peuplement de l'Algérie et de la
Tunisie. — Nos émigrants en Amériqae et particulièrement
en Argentine.
Les capitaux français. — Richesse de notre pays. — Ses
gros placements à l'étranger. — Ses faibles placements dans
les colonies.
Plan général de cet ouvrage.
Le rôle du gouvernement et de l'administration dans l'œuvre à
poursuivre de la mise en valeur de notre domaine colonial. —
L'initiative individuelle.
« On peut dire, a écrit Prévost Paradol dans la France Nouvelle, que depuis que la grande navigation a livré le globe entier aux entreprises des races européennes, trois peuples ont été comme essayés tour à tour par le destin pour être investis du premier rôle dans l'avenir du genre humain, en propageant partout leur langue et leur sang par le moyen de colonies
durables, et en faisant, de la sorte, le inonde à leur image. On aurait pu croire, au xvi* siècle, que la civilisation espagnole se répandrait sur toute la terre ; mais des vices irrémédiables dissipèrent bien rapidement cette puissance coloniale, dont les débris , couvrant encore un vaste espace, attestent la grandeur éphémère ; nous avons été essayés à notre tour, et la Louisiane et le Canada en ont gardé le mélancolique témoignage. Enfin est venue l'Angleterre, par laquelle le grand ouvrage s'est définitivement accompli, et qui peut aujourd'hui succomber elle-même, sans que son œuvre disparaisse et sans que l'avenir anglo-saxon du monde en soit sensiblement changé. »
Ces observations sont parfaitement exactes. L'empire colonial des Espagnols n'est plus; ils viennent de perdre leurs dernières provinces. Un fait demeure cependant qui perpétuera le souvenir de leur belle époque : 3o millions d'hommes parlent ou comprennent la langue de Cervantes aux Antilles, dans l'Amérique Centrale, dans l'Amérique du Sud et dans les mers du Pacifique. Pour la France, elle a perdu au siècle dernier ses possessions de l'Amérique du Nord ; son émigration, qui fut toujours faible, n'a pu constituer au delà des mers qu'un seul groupe important et dont la personnalité paraisse assurée, celui du Canada ; le très faible excédent de ses naissances sur ses décès ne lui permet pas d'essaimer dans le monde ; elle peuple trop lentement l'Algérie. En somme, notre langue, qui reste celle des diplomates de tous les pays, des savants et des lettrés, n'est guère