Statistiques de
294 l'exploitation de notre empirf. colonial
Les tarifs de douane les plus élevés ne prévaudront donc point contre l'avance décidée que nos concurrents ont sur nous dans la fabrication de certains articles.
Veut-on en acquérir la certitude même? Il suffît d'étudier les conditions présentes de l'industrie des cotonnades qui, plus qu'aucune autre, alimente le commerce de l'Afrique et de l'Asie. L'Angleterre est la première manufacture de coton du monde; elle consomme annuellement en poids i milliard 800 millions de livres de coton brut ; elle active 4^900000 broches, alors que le continent européen tout entier n'en possède que 3i 35oooo, — sur lesquelles la part de la France n'est que de 4 000 000, — et les États- Unis 17 570000. Le fabricant du Lancashire qui ne cesse de réduire au dernier degré possible ses frais de production et ses prix ; qui s'ingénie chaque jour à trouver de nouveaux débouchés ; qui estime, suivant l'expression de la Chambre de commerce de Manchester, « qu'il ne saurait y avoir surproduction tant qu'il existera sur la terre des foules errant toutes nues », est assuré que tout ballot de fils ou de tissus qu'il manufacture sera vendu avec profit en quelque partie de l'Afrique, de l'Asie ou de l'Océanie. Comment l'industriel de Rouen ou des Vosges, qui ne
Provenance française
Provenance anglaise et indienne.
Fils. ...
Tissus. .
5i 000 fr.
9 65i 000 fr.
8 1 3/1 000 fr.
1 1 867 000 fr.
l'industrie anglaise du coton 295
fabrique les qualités coloniales que sur commande; qui ne les vend que grâce à des droits protecteurs incessamment surélevés ; qui réclame de nouvelles majorations au Sénégal et en Indo-Chine * ; qui s'inquiète à la pensée qu'un arrangement pourrait intervenir entre la France et l'Angleterre, mettant fin au régime de prohibition dont il bénéficie à Madagascar, — comment ce fabricant pourrait-il jamais lutter avec un semblable concurrent? Aujourd'hui même le traitement de faveur qui lui est assuré dans les colonies françaises suffit-il toujours à lui assurer un bénéfice? On peut se le demander lorsque l'on sait que les fabricants de fils et de tissus de la Normandie, du Nord et des Vosges se sont syndiqués, à différentes reprises, pour relever leurs prix de vente en France, en vue de faire produire aux tarifs protecteurs qu'ils doivent à M. Méline « tout leur efiet utile ». Grâce aux larges bénéfices qu'ils réalisaient ainsi sur le marché intérieur, ils vendaient à perte au dehors, leur surproduction, — en Angleterre, en Belgique, en Hollande... peut-être même aux colonies. Or, ils
ï . On a vu plus haut (p. a56, note i) que les cotonniers français sollicitent une augmentation du droit perçu sur les « guinées » étrangères importées au Sénégal. D'autre part, les industriels de Rouen ont demandé à M. Doumer, au cours d'une réunion à la Chambre de commerce (décembre 1898), l'augmentation des droits sur les filés en Indo-Chine, afin d'être mis en état de lutter contre les filatures de Bombay. 11 s'agissait, il faut le remarquer, non de l'augmentation des droits portés au « tarif minimum » mais de ceux inscrits au « tarif général », car les produits des colonies britanniques ne bénéficient pas dans nos colonies du « tarif minimum » comme les produits anglais.
ne le cachent pas, la surproduction, — conséquence fatale du développement immodéré de la production nationale provoquée par les tarifs de 1892, — menace de les ruiner s'ils ne parviennent pas à assurer son écoulement. Ainsi sont dévoilées les « combinaisons » qui représentent le fin du fin du régime protectionniste, — ainsi €st avouée, du même coup, l'impossibilité dans laquelle se trouve l'industrie française de lutter contre la « camelote » anglaise et allemande.
Il serait donc sage, au lieu de poursuivre avec une persistance aveugle une politique dangereuse, de reconnaître très franchement la vérité, l'évidence : c'est que les destinées de notre pays sont autres, c'est que ses principaux marchés ne sont point en Afrique et en Asie. Tandis que l'Angleterre et l'Allemagne font l'article de pacotille à un si bas prix qu'elles défient toute concurrence de la part de la France, celle-ci fabrique des objets plus soignés, de meilleure qualité, plus chers, mais qui ne conviennent ni aux « noirs » ni aux « jaunes ». En 1898, tandis que les importations de notre pays représentaient, au commerce spécial, en poids 26 883 000 tonnes et seulement 4 472 552 000 fr. en valeur, ses exportations étaient de 7 808 000 tonnes dont la valeur atteignait 3 5ii 000000 francs; — ce qui correspond à une valeur de r72 francs par tonne importée et de 449 fr^ïics par tonne exportée. La même année, la tonne importée valait en Angleterre 290 francs, la tonne exportée