LA SPÉCIALITÉ DE LA FRANGE
i3o fr. * ; en Allemagne, la tonne importée i48 fr., la tonne exportée 166 francs. Nos produits exportés contiennent donc, avec le moins de matière possible, le plus de valeur. Ce que la France vend principalement au dehors, peut-on dire, c'est sa marque de fabrique, c'est l'empreinte de son génie ; elle fait payer l'art de ses ouvriers^. Dès lors ses principaux marchés sont l'Angleterre, qui lui achète pour i milliard 24 millions de marchandises, la Belgique pour 5^9, l'Allemagne pour 394, l'Algérie pour 225, les États-Unis pour 210, la Suisse pour 202 ; puis, après ces gros consommateurs, viennent l'Italie, l'Espagne, la Turquie, la Hollande, etc. Ce sont les pays « civilisés », les classes riches ou aisées, qui consomment nos tissus de soie et de laine, nos vins, nos ouvrages en peaux, nos articles de Paris. La première préoccupation des hommes politiques, des membres du gouvernement,
1. Le chiffre de i3o francs la tonne à l'exportalion d'Angleterre parait bien faible en regard de celui de 290 francs à l'importation. On s'explique cependant qu'il puisse en être ainsi en observant que, sur les 44 079 000 tonnes exportées, la houille figure pour 87148000 tonnes, d'une valeur de 453 388 000 francs, qui représente environ 12 francs la tonne.
2. Tableau des principales exportations delà France, de l'Angleterre et de l'Allemagne en millions de francs :
France. Angleterre. Allemagne.
Tissus de soie.
Tissus de laine.
Vins. . . .
Peaux . . .
Laines. . .
Articles de Paris.
Tissus de coton Soies. . . . Confections. .
Tissus de coton. .
Articles en fer.
Machines. .
Drogues. . .
Houille
Sucre. . . ,
Articles en fer. .
Lainages. . .
Houille. . . .
Tissus de laine. .
i/io,4
Articles chimiques.
Cotonnades .
Filés de coton. . .
Fer
Fer
Machines. .
Filés de laine. .
lOi.i
Soieries . . .
298 l'exploit ATIO?J DE KOTRE EMPIRE COLO^LAX
devrait donc être de conserver à la France ces précieux débouchés, de les élargir par des traités de commerce, et ils ne devraient pas voir sans les plus grandes inquiétudes que, depuis l'inauguration de la politique protectionniste, notre situation décline, nos ventes diminuent. — Mais ceci est un autre sujet ; il ne faut point s'écarter du terrain, déjà trop vaste, assigné à notre étude.
.« La France, objectera-t-on peut-être, qui a jusqu'à ce jour approvisionné les « civilisés » ne pourraitelle pas profiter de ce qu'elle vient d'acquérir des colonies pour fonder chez elle des industries nouvelles, afin d'approvisionner aussi les Africains et les Asiatiques? La fondation de colonies importantes, en Amérique ou en Asie, n'a-t-elle contribué au développement 'de la grandeur manufacturière de l'Angleterre ? » Certes, peut-on répondre, la fondation d'un nouvel empire colonial modifiera, dans une certaine mesure, nos conceptions industrielles et commerciales, favorisera le développement d'industries aujourd'hui peu importantes ; mais il ne faut point oublier que la compétition entre les nations, la concurrence internationale en matière d'industrie et de commerce a déjà pour conséquence leur spécialisation. Il y a longtemps que la différenciation et la division du travail sont nées parmi les hommes et le perfectionnement du machinisme les ont beaucoup développées. Les nations se spécialisent à leur tour, chacune prenant une place particulière dans l'industrie humaine, chacune cultivant et fabriquant ce qu'elle est le plus apte à
LA CONCrRRE?îCE INTERXATIO^SALE 299
produire et à meilleur marché. Lorsqu'à notre époque, par exemple, les protectionnistes entreprennent de fonder dans notre pays l'industrie des cotonnades grossières à la faveur de tarifs douaniers établis dans nos possessions d'Afrique et d'Asie ils paraissent faire oeuvre imprudente, dangereuse, décevante. D'une part, en effet, il semble bien, qu'à l'heure actuelle, malgré les progrès très réels réalisés dans leur fabrication \ les industriels français ne peuvent l'emporter sur les Anglais que dans les pays où ils bénéficient d'un régime prohibitif, comme à Madagascar. D'autre part, il convient de prévoir que, d'ici peu d'années, ils rencontreront des concurrents plus redoutables encore : ce sont les Indiens, les Japonais, les Chinois.
On sait la révolution qui s'est commencée en Inde il y a plus de quarante ans. Quelques industriels et capitalistes anglais ont alors pensé qu'il était peu rationnel de faire traverser les océans au coton brut récolté dans la péninsule, de l'élaborer dans le Lancashire avec une main-d'œuvre de 5 à 6 shillings
I . Le cotonnier français refusait autrefois toute commande ne rentrant pas dans le genre habituel de sa fabrication et prétendait imposer ses articles aux noirs et aux. Asiatiques, au lieu de servir leurs habitudes et leurs goûts. Depuis quelques années, — incités précisément par les droits dont nous regrettons Tapplication, — les industriels des Vosges ont renoncé à ces anciens errements. Ils se sont plies, en toutes choses, et pour la filature, et pour le tissage, et pour V a apprêt », et pour le métrage, et même pour la marque, aux exigences de leurs nouveaux clients. Il ne semble pas que les Rouennais aient fait preuve d'autant d'initiative.
3oo l'exploitation de notre empire colomal
et de le transporter à nouveau pour le rapporter, sous forme de fils ou de tissus, aux consommateurs indiens qui auraient pu le travailler eux-mêmes, sur place, à raison de quelques sous par jour. Les premières manufactures se sont élevées entre i854 et 1860. Depuis rindustrie cotonnière n'a pas cessé de se développer. En 1897 on a recensé dans l'Inde plus de 4 millions de broches à coton et 260000 broches à jute. Le Japon, à son tour, est entré dans la voie industrielle : en 1898, les cotonniers y possédaient 890000 broches. Ces deux pays ne fournissent pas seulement une part de la consommation locale ; ils exportent sur la côte orientale d'Afrique, en Indo- Chine, en Chine'. On fabrique, en outre, dans Tempire du Soleil Levant des étoffes de laine et de soie, des parapluies, des allumettes, des machines et cent autres articles. La Chine n'est point aussi avancée que rinde ou le Japon ; cependant quelques manufactures sont déjà installées à Ou-tchang, à Changhaï, et l'on prévoit que cette dernière ville deviendra dans j)eu d'années, sous la direction d'ingénieurs européens, un grand centre industriel-.