DÉPENSES COLONIALES EXTRAORDINAIRES
raient-ils, constituçraient-ils des réserves? Pourquoi recourraient-ils à l'emprunt pour faire des dépenses extraordinaires ? Déjà la France s'est obligée à payer les (c dépenses de souveraineté » ; elle sera généreuse et payera d'autres choses encore !
Les colons ne se sont point trompés ; les Français contribuent largement aux dépenses ordinaires et extraordinaires de leur domaine d'outre-mer.
Nous parlerons d'abord de ces dernières parce qu'il eSît en matière de travaux publics deux faits bien caractéristiques, qu'il faut rappeler :
Le Conseil général de la Réunion envisage, vers 1875, que la construction d'un port à la Pointe des Galets et d'une ligne ferrée reliant ce port aux quartiers producteurs de l'île, aurait pour la mise en valeur du pays d'heureuses conséquences. Il s'adresse à la métropole et celle-ci, — tout naturellement peut-on dire, — répond à la demande des colons. L'État traite avec une compagnie et la charge des travaux. De 1877 à 1898, le Trésor a déboursé de ce fait plus de 36 millions et demi, et chaque année figure au budget une somme d'environ 2600000 francs, représentant les intérêts dus aux obligataires de la compagnie, — intérêts qui ont été garantis pour une période dé 99 ans*. Quant à la colonie, ses charges
I. La Compagnie du port et du chemiD de fer de la Réunion ayant fait faillite, TËtat doit exploiter à sa place et tenir ses propres engagements.
sont minimes et elles prendront fin bien avant celles de l'État, car elle s'est seulement engagée à verser pendant trente ans une annuité de 160000 francs. — Second fait : Quelques années plus tard le Conseil général du Sénégal observe que la construction d'un chemin de fer reliant Dakar à Saint-Louis augmenterait le mouvement général du commerce et hâterait la mise en culture de la province du Cayor. Aussitôt il se tourne vers le Parlement, sans d'ailleurs offrir de concourir, en quelque manière, aux dépenses, et les Chambres n'hésitent pas à mettre à la charge des contribuables cette nouvelle entreprise. Elle a coûté au Trésor, depuis le commencement des travaux jusqu'à la fin de 1898 une somme totale de 4i 272000 francs et d'autre part, elle exige actuellement l'inscription au budget d'une annuité d'un million pour garantie d'intérêts et frais d'exploitation*. Pour la colonie, dont les finances sont prospères et qui bénéficie chaque jour des avantages que lui procure la voie ferrée, elle n'a jamais avancé ni donné un centime !
La somme de 36654835 francs payée par le Trésor à la fin de 1898 se répartit comme suit : i^ une somme de 4 millions versée pour le service des « intérêts intercalaires » en vertu de la convention signée avec la compagnie concessionnaire ; — 2° 12 annuités versées de 1886 à 1898 pour « garantie d'intérêts » et « déficits d'exploitation » et montant ensemble à 32 654 835 francs.
I. La Compagnie du chemin de fer de Dakar à Saint- Louis a fourni pour la construction de la ligne 5 millions ; l'Etat i4 320 698 francs. D'autre part, l'Etat a payé au titre de la garantie d'intérêt, depuis la mise en exploitation jusqu'au 3i décembre 1898, une somme de 36950897 francs.