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LES COLONS ET LES CAPITAUX DANS NOS COLONIES

Deux éléments, en effet, sont indispensables à la fondation des colonies : les colons et les capitaux. La France a-t-elle des colons ? A-t-elle des capitaux ?

Notre pays, dont la population est obstinément attachée au sol natal, où, d'ailleurs, à aucune époque, les familles n'ont eu beaucoup d'enfants, n'a jamais fourni, contrairement à l'opinion reçue, un grand

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nombre d'émigrants. Il en était autrefois comme il -en est aujourd'hui. Si au xvii* et au xvm" siècle, nous avons à peu près peuplé la Martinique, la Guadeloupe, la Réunion; si nous avons jeté quelques -centaines ou quelques milliers de colons dans plusieurs Antilles et surtout à Saint-Domingue, nous n'avons jamais, en revanche, peuplé la Louisiane et le Canada. La « Nouvelle France » notamment, ne recevait ni soldats pendant la guerre, ni colons pendant la paix : de 1700 à 1750, 4 000 émigrants débarquèrent au Canada, alors que plus de 100 000 s'établissaient dans les treize colonies de l'Amérique -anglaise ; en 1750, les futurs États-Unis comptaient un million d'âmes, alors que la population française du Canada et des groupes dispersés dans l'Ouest atteignait seulement 75 000 habitants *.

On sait la situation présente : 20 000 à 25 000 de nos compatriotes au plus s'expatrient chaque année, alors que l'on compte 2.60000 émigrants anglais, lioo 000 allemands, 170000 italiens, i3o 000 russes. Encore faut-il ajouter que le courant de cette faible «émigration se porte peu vers nos colonies.

En Algérie, où nous sommes établis depuis i83o, où la conquête est terminée depuis 1857, époque de l'expédition de Kabylie, on n'a recensé en 1896 que 253 426 Français d'origine (armée non comprise) à côté desquels vivent 55 519 naturalisés et 219^10

ï. Rameau de Saint-Père. Une Colonie féodale en Amérique : l'Acadie. Pion, éditeur, passim.

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étrangers, dont 160000 Espagnols et 35 000 Italiens *. D'autre part, il ne convient pas d'évaluer à plus de I 200, au maximum, le nombre des métropolitains qui viennent chaque année se fixer dans la colonie'. Tous les gouvernements ont cependant poursuivi le peuplement du pays par la « colonisation officielle » ; aujourd'hui encore, on transporte gratuitement lesémigrants ; on leur donne des terres ; on crée pour eux des « centres ». Les dépenses de colonisation ont varié dans ces dix dernières années, entre 2 900 000 et 2 200 000 francs ; de i83o à 1897

elles représentent un total de 170 millions. Certes,

et nous n'y avons pas manqué nous-même', — il faut tenir compte des difficultés du début, des tâtonnements, des erreurs ; il faut constater que le peuplement des campagnes se poursuit, que chez les Français d'Algérie la natalité dépasse celle des Français de la métropole*, que certaines régions sont riche»

I. Statistiques officielles discutées et mises au point par M. Lenormand. Le Péril étranger. J. André, éditeur. Paris.

a. L'administration algérienne, sachant les pitoyables résultats que devraient constater les statistiques de l'immigration, n*os& pas en publier. Elle consent seulement à nous apprendre ce qui est déjà une indication, qu'en six ans — 1894 à 1899 — il n*a été accordé que 63o concessions aux émigrants métropolitains.

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