‹ L'exploitation de notre empire colonialChapitre 67 sur 130 · V. DES COMPAGNIES PRIVILÉGIÉES AU SOUDAN FRANÇAIS · texte numérisé non relu

V. DES COMPAGNIES PRIVILÉGIÉES AU SOUDAN FRANÇAIS

Si nous n'avons pas hésité à formuler toutes nos critiques, ce n'est pas seulement dans le but de montrer qu'il serait sage d'améliorer les contrats signés avec les sociétés du Congo, c'est aussi parce qu'il importe de songer dès maintenant à l'avenir, — de préparer l'œuvre de demain. Pour avoir distribué les

I. Depuis quelques mpvs . les . directeurs de plusieurs sociétés congolaises se préoccupent de créer une Société spéciale de « Messageries fluviales » qui assumerait toutes les obligations imposées aUx différents concessionnaires en matière de navigation. .L idée est fort heureuse, et, de toute manière, il faut souhaiter qu'elle aboutisse. Cependant une question demeure : coniment sera constitué le capital de jqeiie société ? Avec de ^ Tai^gent nouveau » ou de « l'argent ancien » ? S'il est fait avec de « l'argent anéien », c'esi-à-dii-e piar dés <c contrib'utîons » des sociétés, prélevées sur ^eur. capital actiiel, )'oblig£)tioiQ de navigation ne cessen. pas d'être, pour ces sociétés, la lourde charge que nous dénonçons. Il conviendrait dohc que cette « Cômjpagnîe dés messageries fluviales » fut créée a,yeQ de if. l'argent nouveau » et obtînt, sous une forme ou sous une autre, une garantie d'intérêt de la colonie du Gabon -Congo.

' LES eONCESSIOÏ»îS AU SOUDAN IQ^

territoires du Congo, le ministre des Colonies n'a pas fini sa- tache. II est, en effet, dans la grande île de Madagascar, dans' ce l'interlaftd » du Dahomey, de la Gôte-d^Or, de la Guinée, dans les immensités du Soudan, des territoires qui pourraient être peu à peu concédés à de iiouvelles Compagnies privilégiées *.

Dès maintenant la commission des concessions a repris ses traivaùii:. Il n'est pas utile, toutefois, qu'elle se hâte, car il serait imprudent, pour diverses raisons,

v. J|, Il n'existe encore dans ces immenses territoires, bien peu exploités jusqu'ici, qu^ cinq compagnies privilégiées : la Compagnie de la tjazamàncc, celle de Kong (concession Verdier), cçlle; de rOuémérDahomey (décret du 17 septembre 1899), la Compagnie coloniale et des mines d'or de Suberbieville et de la côte Ouésl dé 'Madagascar, enfin, la Société franco -malgache de Bàyatoubé (décret du =9 juillet 1 899) .

La Compagnie coloniale et des mines d'or de Madagascar est plùs'rîdie Qu'aucune compagnie congolaise, puisque son capital es)t.de i5< millions». L& décrejt qui la ooncerne est du 28 mars 1899, mais ses origines sont plus anciennes, son fondateur M. Suberbie ayant obtenu du gouvernement hova plusieurs, concessions par traités. passés de 1886 à 1898. Cette antériorité de droits, ainsi que les services rendus au corps expéditionnaire de Madagascar eri 1896, ont même permis à la Compagnie d'ob- .teiûr du gouvernement français des privilèges plus étendus que 'ceux donnes aux sociétés congolaises.

C'est ainsi' que lés droits d'exploitation sur les territoires concédés (territoires des bassins de la JBetsiboka, de l'ikopa, etc.) rontj été pour une dur^e de 5o ans, et que le concessionnaire jotii4^jnsqu"àu 3 i décembre 1909 d'un privilège pour l'obteniion de permis de recherches ou d'exploitation dans les terrains d'alluvion compris dans son périmètre. D'autre part, la Compagnie s'engage à procéder à àes frais « à l'extension du port privé ». d.'A-inboanio qulelle a précédemment établi. Elle est, en revanche, autorisée à percevoir des droits d'entrée et autres dahsce poTt.

. Çauf les artides relatifs à ces dispositions particulières, le décret et le cahier des charges sont rédigés dans le même esprit c(àe les actes àiirètës '{ioùr les sociétés congolaises.

de distribuer la majeure partie de nos terres concessibles en deux ou trois, années. Si quelques-uns des capitalistes qui frappent en ce moment à la porte du ministre des Colonies pour obtenir des concessions au Soudan étaient éconduits, peut-être songeraient-ils à porter leurs fonds aux sociétés congolaises, dont le capital est si faible, et ce serait un grand bien. D'autre part, il convient d'observer les débuts de ces premières sociétés; il portera sans doute, pour le concédant comme pour les concessionnaires, d'utiles enseignements. Il est désirable, aussi, que la commission s'instruise encore afin de mieux faire dans l'avenir; elle gagnerait à s'inspirer des règles suivies à l'étranger, à entendre l'avis des hommes compétents. La tâche qui lui incombe est précisément grosse de difficultés nouvelles. Sans prétendre les relever toutes^ nous indiquerons celles qui s'imposent d'abord aux esprits attentifs.

Le Congo français était un pays neuf, inconnu, inexploré, où, peut-on dire, aucune maison de commerce n'était établie ; les populations très primitives qui l'habitent n'avaient encore noué avec les Européens aucune relation d'échanges. Toutes nos possessions africaines ne sont pas, fort heureusement, dans une situation aussi attardée. Dès lors, on conçoit que l'attribution de territoires considérables, et d'une sorte de monopole commercial, dans des pays connus, explorés, fréquentés régulièrement par des négociants, où, en un mot, l'initiative individuelle s'est manifestée, ne saurait être consentie avec la même facilité

LES co:ïcessio:vs au Soudan 201

qu'au Congo. Nous prendrons, à titré d'exemple, TAfrique occidentale.

De nombreux capitalistes, sollicitent, à l'heure présente, des concessions étendues au Soudan. Ils font valoir que si d'importantes maisons, françaises ou étrangères, sont établies sur les côtes, du Sénégal au Dathomey, l'arrière-pays est toujours libre, inexploité; que l'initiative individuelle sera longtemps impuissante à mettre en valeur les millions d'hectares que représentent ces terres nouvelles. Résumer aussi brièvement la question ce serait négliger de la faire voir sous tous ses aspects. S'il est vrai, en effet, que les négociants établis au Sénégal, en Guinée, à la Côte d'Ivoire, au Dahomey n'ont pas encore installé des comptoirs fort avant dans les terres, — : sauf toutefois certaines exceptions, — et qu'ils attendent pour le faire la construction des routes et des voies ferrées, on ne saurait conclure que leur rayon d'action ne dépasse jamais 5o ou 100 kilomètres dans l'intérieur. Leur force d'attraction est quelquefois beaucoup plus grande. Les noirs de l'Afrique occidentale comprennent les avantages du commerce; ils sont, chaque jour, plus désireux d'échanger les produits de leur sol contre les articles européens ; aussi organisent-ils tous les ans, à des époques régulières, au centre de la vallée du Niger, à 5oo ou 600 kilomètres de la côte, de grosses caravanes qui portent aux factoreries de Conacry, de Grand-Bassam ou d'Assinie, les produits riches du pays et notamment le caoutchouc. Serait-il possible, dans de pareilles conditions, d'interrompre

demain le libre trafic de ces caravanes? de signifier aux indigènes de telle ou telle région qu'ils devront, à l'avenir, réserver la vente de leur récolte à la société privilégiée qui aurait obtenu en concession les territoires sur lesquels ils habitent? De semblables mesures mécontenteraient justement les populations ; elles pourraient même engendrer des troubles. Voudraiton, d'ailleurs, enlever leurs clients aux sociétés actuellement établies? leur retirer le bénéfice du mouvement commercial qu'elles ont fait naître? Ce «erait gravement léser leurs intérêts et bien mal récompenser leurs efforts ; ce serait aussi provoquer de justes réclamations. L'initiative individuelle a fait dans l'Afrique occidentale une œuvre très appréciable ; ses progrès sont constants, bien que l'extrême insuffisance djBs moyens de transport soit partout un gros obstacle au développement des affaires. A la Côted'Ivoire, le mouvement commercial s^est élevé, en sept années, de 5700000 francs à 12 millions; en Gmnép, les échanges, qui ne représentaient que ymiilions r/2 en 1891, ont atteint 16800 000 francs en 1898. ■

: Cependant, on ne saurait prétendre que le capital représenté par l'ensemble des maisons françaises et étrangères, fût-il évalué à roo millions*, est suffisant pour assurer la mise en valeur de territoires aussi étendus dans un temps raisonnable. Il y a donc place

I. F. Bohn. — Rapport adressé au Président de la. commission des concessions. Imprimerie Marseillaise.

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