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à la côte de Guinée ne remuant leur capital que deux ou trois fois par an, au plus, il n'est pas téméraire de penser que les concessionnaires de TOubanghi le remueront une fois à peine, ceux du M'bomou moins encore. L'Oubanghi, d'ailleurs, n'est navigable que pendant 6 à 7 mois de l'année; il ne peut porter que des vapeurs de faible tonnage ; plusieurs de ses affluents, ainsi que certains des affluents du Congo, encombrés d'herbes et de roches, sont presque innavigables ; il convient donc de prévoir des transbordements, des porteurs, des pagayeurs, puis deséchouages, des pertes, des vols. On évalue aujourd'hui que le transport d'une tonne du Pool à Banghi peut revenir à 1 000 francs. Dire que ces risques sont les seuls qu'une société doive faire rentrer dans ses prévisions, ce serait négliger en Europe, la baisse des produits importés que peut provoquer une active concurrence ; en Afrique, les guerres de tribus à tribus qui arrêtent le commerce, l'incendie d'une factorerie, la perte d'un navire, l'expédition militaire que nécessite tout à coup l'état du pays et pour laquelle le gouverneur réquisitionnera les porteurs et les bateaux.
Lorsqu'après quelques années la compagnie aura enfin assuré l'exploitation commerciale régulière du pays, et qu'ayant distribué des dividendes à ses actionnaires, elle pourra émettre des obligations avec chance de succès \ le moment viendra pour elle de
I, L'art. 4 du décret dispose : i® qu'aucune émission d'obligation ne pQurra avoir lieu avant que les trois quarts du capital
planter le café, le cacao, le caoutchouc, d'exploiter les forêts, peut-être de faire venir du bétail et des machines. Dans ces entreprises nouvelles, elle rencontrera de nouvelles difficultés, même dans le cas où un jardin d'essai lui aura fourni les plants, indiqué les meilleures espèces, communiqué les observations acquises par l'expérience. C'est ainsi que les directeurs de la société apprendront les soins que réclament les plantations et combien est difficile d'engager des noirs, d'obtenir d'eux un travail suivi ; ils verront encore quels mécomptes peut donner le transport des animaux ou des machines dans des pays malsains où les voies de communications flu-
viales sont insuffisantes ^
Si l'on veut bien réfléchir aux risques, aux aléas multiples que nous venons de rappeler, il est impossible de ne pas convenir qu'il est excessif d'exiger des compagnies concessionnaires qu'elles supportent les frais, les charges, les responsabilités d'un service de navigation ; qu'elles paient des contributions pour la police, pour la douane et des redevances pour
action aient été versés cl affectés à l'objet de la concession ; — 3° qu'il ne pourra être émis d'obligations pour une somme supérieure au double du montant du capital action.
I. M. de Lancssan cite, à ce sujet, dans son ouvrage : Principes de colonisation (Alcan, éditeur), un fait que nous relevons à titre d'exemple : En 1894, un colon français obtint, sur sa demande, afin d'éviter les frais onéreux des bateaux des Messageries, l'autorisation d'expédier au Tonkin, sur un transport de l'Etat, douze vaches et taureaux des Charentcs. Quinze jours après leur arrivée, tous ces animaux étaient morts. — Ce fut pour le colon une perte de 8 à 10 000 francs.
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roccupation du sol lors même qu'elles seraient en perte. Il faut aussi songer que, par la faute de la commission et des ministres, ces compagnies sont constituées à un capital beaucoup trop faible, presque insuffisant même pour assurer l'exploitation commerciale restreinte du pays ! ^
On objectera certainement que le tableau ici tracé est sombre, que le succès des Belges au Congo, l'empressement avec lequel ils ont engagé des capitaux dans les sociétés françaises, témoignent qu'il y a lieu d'espérer des gros bénéfices plutôt que de craindre des pertes. Pareille objection ne doit pas être négligée. Si nous avons insisté sur les risques auxquels sont exposées les sociétés africaines, c'est afin de montrer qu'une concession n'était point un magnifique cadeau, mais nous ne songeons à contester ni la richesse générale du bassin du Congo, ni la hausse des valeurs congolaises, et nous avons déjà dit que la plupart des sociétés belges distribuent à leurs actionnaires de gros dividendes. Il convient, toutefois, d'accompagner ces constatations de quelques remarques. Les Belges sont arrivés les premiers au Congo. Il y avait partout à ce moment, comme en réserve dans le pays, d'immenses quantités d'ivoire, de gomme, de caoutchouc; il était donc particulière-
I. Il convient de se rappeler sur ce sujet que nous ne pouvons traiter aussi longuement qu'il conviendrait, sans étendre encore ce travail, les notes i de la page 178 et 2 de la page 179 ainsi que ce qui est dit au texte de la page 190 sur les difficultés et les lenteurs des échanges au Congo.
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ment facile de réaliser alors d'abondante^ mpissoas. Les agents du gouvernement de l'État Libre, • — cela aussi doit être noté, — n'ont jamais cessé de prêter un concours très actif, — trop actif pourrait-on dire, — aux négociants. Les nôtres agiront-ils de même? Il est, en tous les cas, des choses que, très heureusement d'ailleurs, ils ne feront jamais. Les journaux anglais dénoncent plusieurs fois par an des faits coupables qui se passent au Congo. Quelquesuns paraissent malheureusement exacts : ici, des troupes sont envoyées contre une tribu qui ne fournit pas aux traitants le nombre de billes de;Ca.outçhouc qu'on exige d'elle ; ailleurs, les chefs sont fusillés ou mutilés parce qu'ils ne livrent pas tout l'ivoire qu'on attend d'eux ; partout les travailleurs noirs engagés pour 7 ans, sont traités comme des esclaves. A lire ces tristes récits on vient à se souvenir de l'histoire du nègre échappé de la plantation de M. Vanderdendur qui, amputé d'un pied et d'une main, dit à Candide : « C'est à ce prix que vous mangez du sucre en Europe. »
D'autre part, il faudrait demander si toutes les sociétés congolaises, placées dans ces conditions spéciales, ont certainement réussi, si toutes réussiront. Des exemples sont là, en effet, qui témoignent que de riches sociétés ont échoué en terre d'Afrique. La compagnie anglaise de l'Afrique orientale était ruinée lorsqu'on a racheté son privilège; plusieurs sociétés allemandes, grandes et moyennes, végètent en ce moment qui ont perdu une ou deux fois leur capital;
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dififérentes compagnies fraûçalses, ayant ou n'ayant point de concessions, ont disparu après quelques ^nées de vie. Ainsi, une société établie dans la Guinée française, a liquidé après avoir perdu 2 millions et alors qu'elle avait distribue 5 pour 100 de dividende pendant 3 ans ; une autre société installée dans la même région, — qui est riche cependant, — a mangé 7 à 8 millions; une compagnie qui est à Madagascar depuis plus de dix ans et y possède des domaines considérables, n'a pas réalisé encore des bénéfices proportionnés à ses débours ; des sociétés aujourd'hui prospères, — c'est-à-dire donnant 8 ou 9 pour 100 de leur capital, ce qui n'est pas un dividende exagéré pour les affaires africaines, — n'ont pendant longtemps rien ou presque rien distribué à leurs actionnaires,
« Certes il y a eu des échecs, et il y en aura encore, répondra-ton ; mais observez l'empressement avec lequel sont venus les capitalistes français lorsqu'ils ont été informés que le Congo allait être distribué : en quelques mois 100 millions de francs se sont offerts. La demande dépassait l'offre, le concédant était en droit de faire ses conditions. » Peut-être conviendrait-il d'objecter que le décret et le cahier des charges ont paru cependant effrayer les vieux négociants africains. Plusieurs maisons ou sociétés qui sont riches et jouissent d'un large crédit, qui ont des agents possédant l'expérience du commerce en pays noir, ne se sont point mises sur les rangs. On cite, d'autre part, certains groupes qui, après avoir poussé
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leurs négociations assez avant avec radministration des Colonies, se sont retirés sur le refus qui leur a été fait de modifier quelques-unes des dispositions du cahier des charges type. C'est ainsi qu'à l'exception de quatre ou cinq négociants déjà installés dans l'Ogowé ou le Congo, et qui étaient en quelque sorte obligés de demander en concession les territoires sur lesquels ils étaient établis ou situés dans leur rayon d'action, on ne compte guère parmi les nouveaux concessionnaires que des banquiers, des commissionnaires en marchandises, des industriels ou encore des négociants qui jusqu'alors ne faisaient pas d'affaires en Afrique.
Il est assurément très heureux que de a nouveaux venus » consentent à s'engager dans les entreprises congolaises, mais leur inexpérience n'est-elle pas une raison de plus pour qu'on ne les enserre pas dans de trop nombreuses prescriptions ?
Demander à un concessionnaire africain de représenter un groupe parfaitement honorable ; de constituer un capital en rapport avec l'étendue des terres dont il réclame l'attribution ; lui imposer le respect des droits des tiers établis avant lui, ainsi que ceux des indigènes ; s'assurer enfin, par un haut contrôle, qu'il use de ses droits sans en abuser, qu'il ne ruine pas les pays dont l'exploitation lui a été confiée, n'est-ce pas suffisant ? « Si les compagnies privilégiées sont possibles, a écrit M. Lavertujon, il ne faut pas seulement les souhaiter, il faut les susciter, leur faire un pont d'or. »
A ne payer aucune redevance, aucune contribution
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aux charges, le concessionnaire aura des chances plus nombreuses de succès. Peut-être réalisera- t-il en peu d'années de gros bénéfices ; peut-être fera- t-il fortune! Où serait le mal? S'il nous était donné de voir, dans ces lo, i5 ou 20 prochaines années, quelques centaines ou mieux quelques milliers de concessionnaires, de participants ou d'actionnaires s'enrichir dans les affaires congolaises, ne devrionsnous pas, à tous les points de vue, nous en réjouir? Le succès aurait ainsi récompensé les hommes entreprenants et d'initiative ; leur fortune ferait à nos possessions une nouvelle réclame; — il y aurait des « oncles d'Afrique » ! — elle convaincrait les incrédules, déterminerait les hésitants, et ainsi s'établirait un courant de colons et de capitaux; enfin, Tœuvre même des heureux pionniers, malgré ses imperfections ou ses abus, aurait donné une valeur à des terres qui n'en ont point aujourd'hui.
Qu'on ne l'oublie pas : ce que l'on doit désirer avant tout, à l'heure présente, c'est la réussite des concessionnaires qui, les premiers, ont eu confiance. Il importe peu, au fond, que la colonie du Gabon- Congo perçoive quelques centaines de milliers de francs en contributions ou en redevances; mais il importe beaucoup que les sociétés concessionnaires réunissent, distribuent de gros dividendes. Si, par malheur, elles végétaient ou disparaissaient après avoir perdu leur capital, la confiance dans les affaires coloniales, si lente à venir, si mesurée encore, s'en fuirait pour bien longtemps !
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Dès lors, le premier devoir de Tadministration est de se préoccuper, avant toute chose, de la réussite des sociétés congolaises. Elle favorisera un pareil résultat en renonçant à certaines clauses du cahier des charges; en ne cessant pas de l'appliquer, sous les différents ministères qui se succéderont, dans un esprit très libéral; enfin, en constituant sans retard une grande compagnie de navigation sur le Congo et ses affluents afin de décharger les concessionnaires des obligations qui leur incombent quant aux transports ' .