LA BANQUE D*OUTRE-MER
patronnée, soutenue par toutes les grandes banques, ne saurait en France arriver à la vie sans l'aide gouvernementale. Si les directeurs de certaines sociétés de crédit semblent disposés à prendre part à la fondation d'un établissement colonial, d'autres sont hésitants ; les affaires « françaises » ou « étrangères » suffisent à leur activité; ils craignent le nouveau; l'inconnu les effraye. D'ailleurs, quelle serait l'attitude de V Administration à l'égard de l'établissement qu'ils auraient créé ? Elle est trop puissante aux colonies, elle peut faire trop de mal pour que l'on ne se préoccupe pas de son attitude. Il importe donc, pour ces différentes raisons, que l'initiative vienne de l'administration même. Il faut qu'un ministre des colonies, — jouissant d'une autorité personnelle, — réunisse les directeurs des grandes maisons de banque, et réclame leur concours. C'est à lui qu'il appartiendra de vaincre les hésitations, de résoudre les difiQcultés, d'assurer l'entente commune. Il serait bon d'ailleurs, qu'un membre du gouvernement prît un jour l'engagement moral devant ceux qui représentent l'épargne française, qui la conseillent et la dirigent, de regarder favorablement les entreprises coloniales et de leur prêter partout son bienveillant appui. Une semblable attitude donnerait à tous la confiance nécessaire, effacerait de fâcheux souvenirs * .
I . La Belgique qui, sous l'heureuse impulsion de son roi, — servi d'ailleurs par quelques hommes de premier ordre, — poursuit depuis moins de quinze ans la mise en valeur du bassin du Congo, nous a déjà donné l'exemple de l'institution d'une
Le vœu que nous exprimons ici doit être d'ailleurs, complété, précisé :
Il est temps que l'administration coloniale prenne contact, ouvertement et sans fausse honte, avec les hommes d'aflFaires et les banquiers. Le ministre des Colonies ne doit pas seulement nommer des fonctionnaires ou des magistrats, assurer la relève des troupes ou suivre, avec son collègue des Affaires étrangères, des négociations diplomatiques ; il doit encore, surtout à l'heure présente, se préocccuper d'assurer l'outillage économique de nos possessions, de favoriser par toutes les mesures en son pouvoir leur mise en valeur. Et seuls, les capitalistes peuvent assurer cette mise en valeur. Dès lors le devoir des ministres, des gouverneurs, est de signer des contrats de travaux publics, de fonder des banques, d'accorder des concessions. La crainte des campagnes de presse, des accusations de concussion, a eu trop longtemps pour conséquence l'absolue passivité des ministres et des fonctionnaires, leur horreur de toute entreprise. Les capitalistes ne sont assurément ni des saints ni des missionnaires ; ils cherchent à gagner, ils prétendent
grande banque pour le développement des intérêts coloniaux. Un groupe important et riche, dont fait partie le colonel Thys, a fondé au capital de 3 a 5oo ooo francs « la Compagnie internationale pour le commerce et l'industrie » , dont le programme est des plus étendus, et qui a notamment pour objet « de créer, reprendre ou développer toutes les entreprises commerciales, financières, industrielles, agricoles ou forestières, principalement à l'étranger » ; de poursuivre l'octroi et l'exploitation de concessions ; de participer à la fondation des sociétés commerciales, industrielles, agricoles, forestières, etc.