COLONIALE
Nous n'exprimerions pas notre pensée entière sur ce sujet si important des « capitaux aux colonies » et du « crédit aux colons » , si nous nous bornions à réclamer l'amélioration de la législation foncière
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tunisienne et la réforme plus ou moins complète des établissements pri>ilégiés qui existent aujourd'hui.
Jusqu'ici nous avons restreint notre étude aux conditions dans lesquelles est assuré le crédit à Tagriculture. C'est d'ailleurs la question la plus urgente, car les intérêts du commerce et de Tindustrie semblent suffisamment ser\is à l'heure actuelle. La Banque de la Guyane, la Banque du Sénégal dont le privilège sera prochainement étendu, la Banque de Flndo- Chine avec ses succursales, la Caisse agricole de Tahiti ne cessent d'étendre leurs affaires et le moment n'est pas encore venu de créer au Gabon-Congo ou à Madagascar des banques privilégiées d'émission et d'escompte. Mais il est une autre question que nous ne saurions passer sous silence. Il importe, dans l'intérêt du développement général de nos colonies que le gouvernement se préoccupe, sans retard, de la fondation d'un établissement nouveau, dont Tutilité est certaine, qui déjà devrait exister et que nous appellerons ici, pour lui donner un nom, « la Banque d'Outre-Mer ».
Il est une constatation qui s'impose : depuis moins de vingt ans, le gouvernement de la République a augmenté notre domaine de la Tunisie, du Tonkin, de l'Annam, du Soudan, du Dahomey, du Congo, de ^ladcigascar ; dans le même temps, Topinion a paru pretulre quelque conscience des destinées coloniales iïo 1.1 France, tandis que des esprits curieux et entrepirniinls s'informaient de la valeur des anciennes colonies et des nouvelles, envisageaient les profits
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que les émigrants et les capitalistes pourraient retirer de leur exploitation. Cependant aucune Banque, aucun établissement de crédit n'a été fondé pour fournir à cet empire les capitaux indispensables à sa mise en valeur. La création de la Banque de l'Indo-Chine remonte à 1876 ; celle du Crédit foncier d'Algérie, — organisé d'ailleurs en dehors de l'intervention gouvernementale, — à 1880. Depuis, rien n'a été fait, ni même tenté.
Les ministres, les administrateurs, s'imaginent-ils qu'il soît possible à de rares colons, possesseurs d'un faible pécule, et à quelques hommes hardis, disposés à engager leur fortune dans des entreprises nouvelles, de transformer, seuls et sans aide, des pays neufs, barbares et incultes en des provinces riches et commerçantes? Dans les discours, à la fin des banquets ofiîciels, on aime à dire : « La colonisation est l'avenir de notre pays. Jeunes gens, toutes les carrières sont encombrées en France : allez aux colonies. » Mais on n'apporte aucun encouragement, aucun conconcours effectif à l'initiative individuelle. Bien plus ! elle est quelquefois entravée. Or, nous l'avons dit à plusieurs reprises, l'œuvre coloniale est trop considérable, trop lourde comme « mise en train » pour que l'initiative privée, abandonnée à ses propres forces, parvienne à la bien engager, et surtout dans un délai assez court. Les esprits sérieux, les « coloniaux », savent que, dès maintenant, des centaines d'entreprises peuvent être fondées dans nos provinces africaines et asiatiques, puis aussi en Calédonie, à Tahiti,
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en Guyane. Us observent, d'ailleurs, le mouvement très décidé qui s'est produit en faveur de nos colonies depuis une dizaine d'années : l'Ecole des mines de Saint-Étienne, l'École des contre-maîtres d'Alais, plusieurs écoles d'agriculture dirigent sur nos possessions nombre d'anciens élèves ; cinq à six Chambres de commerce se sont réunies pour organiser, il y a trois ans, une importante mission d'étude, dite « mission lyonnaise » qui a visité l'Extrême-Orient; des particuliers commencent h envoyer dans nos colonies leurs enfants et* leurs capitaux ; ils forment des projets, constituent des sociétés d'étude ; déjà les villes de Lyon, Marseille, Roubaix, Bordeaux, le Havre, Paris, ont engagé avec tionfiance des sommes importantes dans des entreprises de tout genre en Algérie-Tunisie, à Madagascar, en Indo-Chine, au Congo. Mais pour que ce mouvement contitue, pour qu'il s'accentue, pour que cette « mise en train » soit le point de départ d'une large période d'activité et de profits, il est indispensable qu'une grosse institution de crédit soit fondée, assez forte pour soutenir les sociétés coloniales qui, le plus souvent, ne disposent pas d'un capital suffisant, et aussi pour assurer aux hommes intelligents et actifs, hardis et entreprenants les capitaux dont ils ont besoin.
Tel serait le rôle de la « Banque d'Outre-Mer ».
Dans notre pensée, elle devrait être fondée sur les bases, — élargies, — qui ont été adoptées pour la Banque de l'Indo-Chine, c'est-à-dire par tous les grands établissements de crédit de Paris, par toutes
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les maisons de banque réunies dans une pensée commune. Instituée sous de pareils auspices, recommandée par ses patrons à leur clientèle, assurée de l'appui moral des principales Chambres de Commerce, la nouvelle Banque réunirait sans peine un capital de 3o à 4o millions : car, dès le premier jour, la <( Banque d'Outre-Mer » doit être riche. Elle aurait deux objets principaux : d'une part, — et ce serait le moindre malgré son importance, — elle pourrait soit placer les emprunts publics des colonies, soit leur consentir directement des prêts ou des ouvertures de «crédit pour une durée de peu d'années; d'une autre, elle prêterait largement son concours aux entreprises agricoles, forestières, minières, industrielles, commerciales, de travaux publics ou de navigation engagées dans les colonies. Ici le champ serait très vaste et cependant il est facile d'en déterminer les lignes générales : la Banque d'Outre-Mer, faisant un choix parmi les affaires qui lui seraient apportées, étudierait celles qui lui paraîtraient mériter attention ; elle participerait à leur fondation, elle les soutiendrait; elle créerait des « filiales » ; d'un autre côté, — et sans négliger naturellement de s'assurer des garanties, — elle ouvrirait des crédits aux commerçants, aux planteurs, aux industriels, aux entrepreneurs de travaux publics, aux sociétés d'exploitation. On juge les services considérables que rendrait une institution fondée en vue de ces opérations, et pour prendre un seul exemple, on voit le précieux concours qu'elle pourrait donner aux nouvelles sociétés congolaises
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qui abordent vaillamment, mais avec de trop faibles capitaux, une belle œuvre coloniale. Sagement dirigée par des hommes compétents, tenue hors des influences locales et des considérations de personne, se refusant aux spéculations pour ne s'intéresser qu'aux affaires saines et sages, la Banque d'Outre- Mer poursuivrait un but national. Elle prendrait en peu d'années dans le pays une grande influence morale. Alors elle ne contribuerait pas seulement à la mise en valeur des colonies par ses interventions directes, ses participations, ses ouvertures de crédit, mais encore en faisant paraître aux capitalistes timides, ou hésitants, — car il faut toujours en revenir à eux, — que les entreprises coloniales sont, dans l'état actuel du monde, suivant le mot de Stuart Mill, une des meilleures affaires dans lesquelles on peut engager les capitaux d'un vieux et riche pays.
Quel sera le rôle du gouvernement vis-à-vis d'un semblable établissement de crédit?
On ne doit solliciter pour lui aucun privilège, et notamment on ne demandera pas qu'il reçoive le droit d'émission dans une ou plusieurs de nos colonies. D'un autre côté, on ne saurait consentir à ce que son directeur soit à la nomination du ministre ; son indépendance en souffrirait, et la Banque d'Outre- Mer, — qui, de même que toute société ou maison de banque, fera des affaires, courra des risques, — ne doit engager en rien la responsabilité de l'État. Ainsi, elle doit être absolument libre. Mais, hélas ! une institution riche et puissante, telle que celle que nous concevons,