‹ L'exploitation de notre empire colonialChapitre 92 sur 130 · LE RÉGIME DOUANIER DES COLONIES · texte numérisé non relu

LE RÉGIME DOUANIER DES COLONIES

•ses possessions. — Les colonies toutefois sont moins un débouché « direct w*"ïi[U'uiT débouché « indirect » pour nos indïïtJirlels. ^^"fitt^S sont thî ^nouveaux marchés' ouverts à rac- TnîlecSfRïîierciale des nations. — La théorie d'Adam Smith. — Sa justification par les chiffres^ du comraëfcë "entre la France et l'Angleterre.

Il faut renonc er au sys tème protecteur. — Avantages de la liberté^ "" • -

iV . — i^us n'accordons pas aux produits coloniaux les avantages du « pacte colonial ». — Injustice du traitement qui leur est réservé. — Les cafés de Galédonie. — Les seuls produits admis en franchTse sont les matières premières et les riz. — Condamnation du système de la loi de 189^2^ — Pourquoi iFlaut lui substituer celui de l'exeoiption.

V7 — Les^protccTionnistes veulent entraver le développement ^ industr iel de nos colonies. — Opinions exprimées par MM. Méline èl d'EstôufnctTe^'. ~ Observations présentées en faveur de la liberté agricole et industrielle de nos colonies. — Avenir industriel de nos colonies. — Primes et encouragements" qu il convient dliccofder à l'industrie coloniale. — Exemples donnés par les colonies anglaises. — Le « péril jaune » n'est pas à craindre.

YL — Les musées coloniaux d'Angleterre et de Hollande. — Service qu'ils rendent aux commerçants et aux industriels en relations avec les colonies. — Insuffisance de notre « Office colonial ». — Un Musée Colonial serait un précieux instrument de propagande coloniale.

On a fait observer depuis bien longtemps combien les contradictions sont fréquentes, même chez les esprits réfléchis, soucieux de ne pas manquer aux règles de la logique, dans le développement d'une idée ou la construction d'un système. Les exemples sont nombreux de ces contradictions parfois choquantes. Il en est une précisément que Ton rencontre dans l'étude des questions relatives à la mise en valeur de notre domaine d'outre-mer.

Un grand nombre de députés ou de sénateurs partisans de la « politique coloniale » et, ce qui est

plus, de nombreux « coloniaux » qui réclament comme nous-même, l'adoption de toutes les mesures propres k favoriser l'émigration des hommes et des capitaux, se trouvent cependant d'accord pour refuser à nos possessions la liberté commerciale, c'est-à-dire la jouissance d'un droit particulièrement propre à hâter le développement de leurs affaires. N'est-ce point là une étrange contradiction ? L'État, venant en aide aux colonies, encourageant les initiatives privées, favorisera l'établissement des colons, la création des jardins d'essai, la construction des travaux publics ; il donnera des concessions à des compagnies commerciales et d'exploitation ; il réorganisera les banques ou prendra part à leur constitution ; puis, en même temps il imposera à ses colonies un régime douanier absolument contraire à leur intérêt le plus certain. Il est vrai que, depuis dix ans, nous voyons des députés qui ont voté un jour des miUions pour l'amélioration des ports, adopter le lendemain des droits de douane qui auront pour conséquence de restreindre Factivité de ces ports. Tel est « l'état d'esprit protectionniste ». C'est ainsi que le régime douanier que la loi de 1892 a imposé à nos colonies, — l'Algérie et la Tunisie exceptées, — sera pour les générations à venir un sujet d'étonnement.

On sait que, d'après la doctrine, deux systèmes sont en présence en matière de douane coloniale ; celui du monopole et celui de la liberté.

Dans le premier, les colonies sont obligées d'assurer un traitement privilégié aux marchandises

LE RÉGIME DOCASIEa DES GOLOISUES 2*1 ï

métropolitaines et, en revanche, la métropole accorde un régime de faveur aux produits coloniaux. C'est le « pacte colonial » modernisé.

Dans le second, les colonies sont libres de s'approvisionner où il leur plait ; elles n'assurent aucune protection aux marchandises métropolitaines, et par contre, la mère patrie ne doit à leurs produits aucun régime de faveur. C'est le système anglais.

Le législateur français n'a pas fait son choix. Mais là n'est pas le reproche que nous lui adressons, car ni l'un ni l'autre de ces systèmes ne saurait être considéré comme un « bloc » qu'il faut accepter dans son entier. Les principes, pour être respectés, n'exigent pas d'être appliqués avec une intransigeance absolue : l'état économique de notre pays, celui de nos colonies ont leurs exigeances, dont il faut tenir compte. Ce que nous reprochons au Parlement c'est d'avoir imaginé une combinaison profondément injuste et irrationnelle : d'une part, en effet, dans le désir de favoriser l'industrie nationale, il a mis nos possessions dans l'obligation d'imposer aux marchandises étrangères des taxes très élevées, afin de réserver, dans une large proportion, leur marché aux importations métropolitaines ; — d'une autre, il s'est refusé à leur accorder un régime de réciprocité qui, cependant, n'aurait lésé en rien les intérêts des agriculteurs et des industriels métropolitains. Ainsi, les colons obligés de payer fort cher, du fait des droits protecteurs, les produits dont ils ont besoin n'ont pas le bénéfice d'importer en franchise dans nos

ports les cafés, les cacaos, les vanilles et autres denrées coloniales qui sont, après les matières premières, leur principale production.

« On aura de la peine à croire, a-t-il été dit, qu'un peuple qui passe pour spirituel se soit donné la peine d'acquérir un empire colonial pour le soumettre à un régime aussi manifestement absurde. »

Page 1