AMÉLIORATIONS
1° Sur les animaux :
Au cours du siècle dernier, les éleveurs furent victi-. mes d’une illusion. Ayant vu des races perfectionnées il leur sembla qu’introduites chez eux, elles réaliseraient un progrès. Les essais effectués en ce sens, aboutirent à un échec. Il est compréhensible que des races à
Rire
haut perfectionnement ne peuvent s'adapter que pro- $ressivement et $râce à des modifications du sol et des cultures.
î Des essais de croisement furent entrepris avec de nombreuses races. Les éleveurs désiraient. augmenter les trois aptitudes, travail, viande et surtout le lait. Les croisements avec la race Brune des Alpes augmentaient la production laitière, mais ne se prêtaient pas à la production de bons bœufs de travail. Les reproducteurs Parthenais ne résistaient pas à la crise d’acclimatement. Le taureau Limousin permet d’obtenir par croisement industriel d’excellents veaux de boucherie.
Le croisement Tarentais-Aubrac a donné des résultats satisfaisants mais n’a pas été assez bien poursuivi. Trop souvent ces bêtes Tarentaises étaient brutalement lâchées en commun avec les bovins indigènes sans amélioration des conditions d’existence.
Devant ces échecs ou demi-échecs faut-il proclamer la haute valeur de la sélection et nous livrer exclusivement à elle ?
Il conviendrait tout d’abord de savoir vers quelle spéculation l’exploitation bovine doit être dirigée. Sur ce point les éleveurs ne sont pas d’accord. Ils veulent obtenir à la fois du lait, du travail et de la viande. Certains abandonnèrent le lait et la production fromagère ce qui est sage et témoigne d’un progrès possible. Aussi firent-ils de jolis veaux sevrés à 6 mois et destinés à la boucherie. À ces éleveurs nous dirons de conserver la race d’Aubrac pour produire des bœufs de travail et de faire du croisement industriel avec le Limousin pour !a boucherie, ceci lorsqu'ils auront réalisé les améliorations nécessaires. Ainsi nous touchons le cœur du problème. Pour pouvoir améliorer le ‘bétail de l’Aubrac,
lé
DRE à LEE
il faut d’abord une transformation du milieu, une évolution du système de culture permettant une alimentation et une hygiène meilleures. Les éleveurs pourront alors importer des races plus perfectionnées. L’aptitude à la boucherie sera immédiatement accrue, nous ne pouvons négliger cette importante production. Le lait ne sera jamais produit en $grande abondance, tandis que les animaux de travail feront lonstemps besoin. Or il est plus facile d’allier travail et viande, que travail et lait.
C’est pourquoi après accroissement de la production agricole, surtout du point de vue fourrage, le problème persisterait, mais offrirait des solutions plus faciles pour l’apport d'individus améliorateurs de la race autochtone.
Aussi adopterons-nous la position suivante. Si l’éleveur veut du lait, qu’il se livre au croisement continu Tarentais-Aubrac. S’il désire du travail et de la viande qu'il s'adresse au croisement industriel Limousin-Aubrac, mais pas au croisement continu. De cette façon ï! y a persistance de la race pure et possibilité de retrouver cette rusticité appréciable dans un pays tel que
lAubrac.
Nous avons déjà signalé les erreurs qui sont commises quant à la reproduction. Une certaine discipline devra remplacer le laisser-aller actuel. Que l’éleveur donne à ses taureaux le temps de faire leurs preuves ! À 3 ans, hélas ! L’heure de la réforme sonne pour le taureau qu'il soit bon au mauvais. Le préjugé « Parents vieux donnent naissance à des créatures chétives » sert d’ars$ument. On oublie qu’un taureau de 7 ans a gardé toute sa valeur de reproduction, il n’est pour cela qu’à considérer l’élevase anglais pour s’en convaincre. Beau-
coup d’exploitants devant des éleveurs plus évolués ou des zootechniciens reconnaissent ces faits, mais ne cherchent pas à y remédier.
Devant une telle inertie, que pourrait-on faire ? L'institution d’un Herd-Book de la race d’Aubrac fut décidée en 1831 puis abandonnée et reprise plusieurs fois. Les éleveurs, dans un bon mouvement, faisaient inscrire leurs animaux. Par la suite aucun contrôle ne pouvait être effectué sur la date des naissances, la qualité des produits, etc... On a abandonné définitivement le Herd-Book.
Le syndicat d’élevase présente un intérêt certain. Dans ce pays où l’individualisme règne en maître, cette organisation a peu de chances de réussir, maïs peut-être pourrait-on parvenir à l’organiser. [l pourrait essayer de reconstituer les livres Sénéalogiques, d’effectuer le contrôle laitier, et permettre l’acquisition de bons reproducteurs à moindre frais. Certains syndicats d’élevage ont été créés en 1931. Ces ors$anismes ont déjà apporté beaucoup de bien, mais il est triste de constater que les adhérents ne constituent qu’une infime, minorité.
L'Etat pourrait-il prendre les directives de l’éleva- $e bovin dans l’Aubrac. Nous répondrons non. Qu'il se contente d'améliorer et de créer des voies de communications. Les éleveurs auront alors la possibilité d’améliorer leur terre,’en faisant venir des engrais, semences, machines agricoles, et d’écouler plus facilement leurs produits animaux.
La plus habituelle ingérence de l’Etat se traduit par des primes (concours de reproducteurs). Au fond ce système revient à encourager la race locale ou à favoriser certains croisements. Or, il y a en France « trop de
Rae.
petites râces qu’un amour-propre local exagéré et déplacé maintient sans grand profit » (PONS). Il y aurait intérêt à réduire le nombre de ces races et à n’en encourager qu’une dizaine. |
Mais ceci ne pourra être réalisé que dans un lointain avenir. Il faudrait pour cela des subventions réelles et efficaces, une tutelle effective et surtout intelligente de la part de l'Etat, ce qui paraît difficilement réalisable.