ETAT
contrôle de l’activité des flottes marchandes. Cette conception est, d’ailleurs, parfaitement conforme aux règles de l’Economie Dirigée, qui s'imposent chaque jour davantage, et selon lesquelles il appartient à l’autorité gouvernementale d'orienter l’activité des grandes branches de l'Economie du pays au bénéfice de l’ensemble de la nation.
Ainsi, le rôle dévolu, demain, à l’Etat en France
sera considérable. Il lui faudra participer, dans une large mesure, à la reconstruction de notre flotte décimée par les hostilités. En effet, aucun armement, pas plus en France, d’ailleurs, qu'à l’étranger, ne sera à même de reconstituer son tonnage après les pertes massives subies par les marines marchandes des belligérants. En raison de la destruction partielle de nos chantiers de constructions navales, l'Etat français se verra, très certainement, dans l’obligation d’opérer à nouveau des achats massifs à l'étranger, malgré les inconvénients qu’entraînera fatalement une telle opération, et qui se traduiront par la surcapitalisa.tion de nos navires, conséquence de la hausse considérable de leur coût de construction qui ne peut manquer de se produire, au lendemain de cette guerre.
Mais l’Etat ne devra pas se limiter, comme il y à vingt ans, à prêter son concours pour combler .les vides creusés par la guerre ; il lui faudra, dans l’avenir, placer notre marine marchande dans des conditions qui lui permettent de se développer et qui mettent les armateurs à même d’équilibrer l'exploitation de leurs navires.
Or, il paraït certain que notre marine qui, jusqu’à présent, ne parvenait pas à obtenir des prix de revient équivalents à ceux de ses rivales, Se trouvera,
encore dans une situation défavorable par rapport à ces dernières. En effet, notre situation géographique et notre manque de fret de sortie seront toujours des causes de faiblesse. De plus, la reconstruction de notre flotte, qui devra s’opérer à la fin des hostilités, alors que le prix des constructions navales isera très élevé, entraînera encore une surcapitalisation de nos navires, ce qui constituera un facteur défavorable, par rapport à celles qui auront moins souffert ou qui bénéficieront de moyens de reconstruction moins onéreux. C’est un fait, d'autre part, que, malgré des aménagements récents, les conditions de travail en France ne permettent toujours pas une exploitation aussi avantageuse qu’à l'étranger.
Aussi, ne faut-il pas s'attendre à ce que notre marine de commerce soit en mesure, après la guerre, de disputer le fret international aux puissantes marines étrangères. Demain, comme hier, elle aura besoin d’un appui que seul l'Etat peut lui donner. Nous avons pu constater qu'elle avait acquis, jusqu'à la guerre, une position prépondérante dans nos trafics coloniaux, grâce à un certain nombre de dispositions heureuses prises par l'Etat. Néanmoins, sa part dans nos transports impériaux peut être accrue encore. Il conviendra, alors, de s’inspirer des très belles réalisations, qu'ont permis, au cours de ces dernières années, des mesures adéquates, jointes à des efforts coordonnés de la part de l’armement, des producteurs et (les importateurs. Il en sera de même sur les voies internationales où le concours de l'Etat sera non moins indispensable pour réserver à nos navires une part de notre fret et apporter une compensation: aux charges qui grèvent leur exploitation.
DE Det GA RÈS NE GITE PAS
Il faut constater, d’ailleurs, que ces mesures de protection sont étroitement liées à la réorganisation de notre vie économique et sociale, car le problème de la marine marchande est un problème d’ordre général ; le développement de notre industrie maritime dépend d’un ensemble de conditions qui sont à la fois d’ordre technique, économique, politique et adminjstratif.
Ainsi, puissamment soutenu par l'Etat, contrôlé par celui-ci, mais libre dans l’organisation interne de l'exploitation de ses navires, l'armement pourra constituer dans l’avenir, plus encore que par le passé, un élément primordial de la prospérité du Pays.