EFFECTUÉES A ANTINOE AU COURS DE L’HIVER
De nouveaux sondages faits au cours de l'hiver 1896-1897 sur divers points d’Antinoë et de ses environs ont permis de reconnaître les ruines de divers monuments. Un dégagement partiel en a été entrepris. Voici les résultats de ces recherches, classés dans l’ordre où les travaux ont été exécutés :
1° Substructions d'une chapelle d'Amenophis IV — Khou-n-Aten. —
A 600 mètres au nord du temple de Ramsès II, quelques éclats de pierre portant trace d’hiéroglyphes ayant été reconnus, douze puits de sondage furent pratiqués sur ce point. L’un d’eux, poussé à 3m, 50 de profondeur mit cà jour un mur de soubassement, au pied duquel se trouvait un linteau de porte avec l’inscription suivante :
Cartouche martelé de Khou-n-Aten, puis
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2° Temple d'isis.
L’emplacement de ce temple est marqué sur la carte de la Commission d'Egypte par celte mention : « Mur de granit ».
Près de la porte de l’est, un bloc de pierre affleurait le sol. Une série de sondages a déblayé la cour et le pro-naos d’un vaste temple romain, bâti tout entier en granit rose de Syène. Le diamètre des colonnes de la cour est de lm,25. Le fût est formé de deux tambours, mesurant respectivement 3m,60 et 3m,25. La base, posée sur une plinthe de 0m,40 de haut, pour lm,90 de côté, se compose de deux tores séparés par une gorge encadrée de listels, et donne un total 0m,52. Le chapiteau est corinthien et par exception de calcaire tendre. Haut de 2m,2o, il était autrefois doré. L eutrecolonnement est de 5 mètres d’axe en axe. L’archi-
ANNALES DU MUSÉE GUIME'f
Irave de granit aOm,98 de côté, ce qui donne une hauteur totale de 1 1 mètres pour l’ordre entier. Au pro-naos, les murs sont écroulés; mais les corniches du couronnement sont encore intactes. De granit, de même que les colonnes de la cour, elles mesurent 2ra,25 de haut. Au milieu des décombres gisait une statue brisée, représentant llsis romaine. Le buste est en assez bon état de conservation. Le travail est fruste, la tête coiffée du juchent , porte l’uraeus au front. Le modèle des traits tient de la facture saïte et de la manière romaine. Un manteau drapé en plis rigides est fixé sur la poitrine parle nœud isiaque, et sur le dos, un pilastre engagé se profile, ainsi que sur les statues de l’antiquité.
3° Temple de Sérapis (?)
Vers le milieu de l’avenue qui aboutit à la porte de l’est, un second temple de granit s’élevait autrefois sur la gauche. Là, un sondage ayant rencontré une colonne, le déblaiement commencé aussitôt a dégagé une partie d’une vaste cour dallée, entourée de portiques et aboutissant également à un pro-naos. Les proportions des colonnes sont un peu moindres que celles du monument précédent. La hauteur des fûts n’est que de 5m,90, le diamètre que de 0m,99. Les chapiteaux, également de calcaire tendre, sont les uns ioniques, les autres corinthiens. Dans le creux des sculptures, mieux conservées que celles du temple précédent, des traces certaines de dorure apparaissent; et cela explique l’anomalie singulière qui plaçait un chapiteau de pierre tendre, entre le granit de l’architrave et celui du fût. Le calcaire, plus poreux que le granit, était sans doute plus apte à recevoir et à garder la dorure. Au mur du pro-naos, de larges pilastres sont tlanqués de petites colonnettes engagées, mesurant 0m,45 de diamètre pour 3m,60 de haut.
Divers fragments de stèles votives, retrouvés dans les décombres donnent le nom de Sérapis, d’où l’identification proposée ici.
4° Le champ des offrandes .
Les découvertes faites sur ce point ont été relatées plus haut (voir page 30).
5° La nécropole gréco-byzantine.
Les dernières recherches faites au printemps ont porté sur la nécropole. Du cimetière d’Antinoë, quatre quartiers ont été fouillés. Tous
L’EXPLORATION DES RUINES D’ANTINOE
quatre sont situés à l’est de la ville, sur la lisière des contreforts de la montagne. Au nord-est, semble devoir être placé le plus ancien. Puis, progressivement, remontant vers le sud, s’étagent les quartiers grécoromains et byzantins; puis enfin ceux de l’époque copte. Les tombes de ces quatre groupes diffèrent sensiblement d’aspect. Celles du premier consistent en une petite chambre voûtée, bâtie en briques crues, dans laquelle est déposé un sarcophage de bois, sans ornements ni inscriptions. Quelquefois, le mort est simplement couché sur un plancher; le corps emmailloté de bandelettes. Dans le deuxième et le troisième groupe, cette chambre se réduit à une sorte de sépulcre maçonné, de la grandeur d’un cercueil. Deux ou trois dalles forment le fond; quelques autres les côtés; d’autresenfin le couvercle ; le tout soigneusement scellé au ciment. Ce caveau est généralement situé à deux mètres de profondeur dans les sables. A fleur de sol, un rectangle, tracé au moyen de briques crues posées à plat, marque la place du tombeau. Dans le quatrième groupe enfin, le corps est simplement déposé dans la terre, sans que rien le protège et indique l’endroit où il a été enseveli. Toutes d’ailleurs sont anonymes; il ne reste d’elles que l’emplacement où reposait le cadavre. Quelques indications de dates approximatives peuvent, à peine, être fournies par la nature des objets qu’elles renferment, et la destination de ceux-ci. Tout ce qu’on peut établir d’une façon certaine est que la nécropole, tout entière, appartient à la période qui va de la fondation de la ville par Hadrien , à la conquête de l'Égypte par Amrou, en l’an 20 de l’Hégire ; — 642 de notre ère — le quartier byzantin contenant des divisions atfeclées àla sépulture des officiers impériaux, alors que, dans les nécropoles chrétiennes postérieures à la conquête islamique, toute trace de l'autorité de Byzance a entièrement disparu .
L’aspect des corps diffère sensiblement aussi de l'un à l’autre de ces quartiers de la cité funéraire. Dans le premier, les morts sont généralement embaumés. Les objets qui les entourent appartiennent au rituel de la religion antique; rien n’y annonce les cultes de l’Olympe. Là sans doute, allaient reposer les Égyptiens de race. Dans le second groupe, les corps sont quelquefois entourés de bandelettes ou de suaires, maintenus par des liens, mais ne sont pas momifiés. Les sables les ont préservés pourtant, autant et plus, que les plus subtils aromates. Les chairs se sont des- Ann. G. 8
AN.NALES DI' MISEE GllMET
séchées, la peau s’est durcie. Surla face, un masque de plâtre peint et doré, où s'enchâssent des yeux d’émail se pose. Mais le plus souvent, le défunt est vêtu d’un costume semblable à celui qu’il portait de son vivant; les pieds chaussés de brodequins ou de sandales, les épaules recouvertes de la robe romaine ou du manteau asiatique, les modes d’Orient commençant déjà à s’imposer. Les objets retrouvés dans ces caveaux appartiennent au culte égypto-grec ou à la religion romaine. A la période byzantine, ce dernier genre de sépulture est le seul en usage. Chacun est revêtu du costume qu’il avait l’habitude de porter, costume fort riche souvent, et de couleurs éclatantes. Celui des hommes est identique aux modèles que nous montrent les vieilles fresques: manteaux longs, aux manches évasées sur la main, et bordés, sur tout leur pourtour, de larges bandes de soieries brochées ; jambières de drap pareillement décorées et brodequins. Celui des femmes se compose d’une chemise de tin lin, fendue sur la poitrine, avec empiècement brodé de semis de lleureltes, d’où descendent deux entre-deux, terminés par des médaillons s’étalant sur le sein ; d’une robe de laine, de couleur tranchante, rouge carmin, vert olive, jaune orangé, bleu turquoise ou lilas, ornée de galons et de passementeries brochées et d'un manteau de drap, à peu près semblable à celui porté par les hommes, à cette différence près, qu’il est souvent un peu plus orné. La coiffure consiste en une sorte de turban, fait d’une bandelette de lin, large de quinze à vingt centimètres, pliée en deux et cousue, après avoir été, au préalable, remplie d’éponges ou de crin. Les chaussures sont presque celles encore aujourd'hui en usage en Orient, bas noirs, le plus souvent brodés, et sandales rouges ou brunes, sans talons, quelquefois délicatement ouvrées, ou décorées de dessins dorés.
Les objets retrouvés dans ces tombes sont marqués d’une manière moins précise que ceux des tombes précédentes, au sceau d’une religion bien définie. Ils appartiennnent plutôt à la vie civile; ce sont des poteries, des bouteilles à parfum, des vases, etc.
Dans le dernier groupe enfin, les morts chrétiens sont vêtus comme les précédents ; mais les étoffes sont plus grossières, les broderies moins soignées, les accessoires moins luxueux. Par contre, la croix est partout présente, on la retrouve partout et toujours.