‹ L'exploration des ruines d'Antinoë et la découverte d'un temple de Ramsès II enclos dans l'enceinte de la ville d'HadrienChapitre 27 sur 29 · LES TEXTES DE L'OBÉLISQUE BARBERINI · texte numérisé non relu

LES TEXTES DE L'OBÉLISQUE BARBERINI

Relatifs aux honneurs rendus a Antinous,

Comme si ce n'élait assez de toutes ces preuves matérielles, un texte connu depuis le commencement de notre siècle sous le nom d'inscription de 1 obélisque Barberini, tout récemment traduit parM. le D Erman1, venait en même temps fournir de nouveaux documents à la critique comparée et nous donner de précieux renseignements sur les honneurs rendus à Antinous.

Cet obélisque, qui aujourd'hui se dresse à Borne sur la place du Pensio, fut-il érigé par Hadrien dans sa capitale, ou fut-il rapporté d’Anlinoë par Marcellus? La question est encore, à cette heure, insoluble. Mais, même en admettant qu'il ail été élevé à Borne, les détails qu'il nous donne ont trait aux cérémonies du culte accomplies en Egypte; il ne saurait y avoir de doute à cet égard.

Tout d’abord, l'inscription nous apprend qu’Anlinoüs, revêtu des honneurs divins et identifié à Osiris, était vénéré sous le nom d’Osiris-Antinoüs et que son culte se confondait avec celui du dieu grand d’Abydos. L’apparition du nouveau dieu au ciel égyptien est exposée en ces termes : « Son cœur est en allégresse, parce qu'il a connu sa forme nouvelle; il voit son père Ilorus. Il respire les souffles de vie ; le seigneur de Chemounou, Thot, le maître de ce qui est écrit, rajeunit ses membres; la place de ses pieds est dans la salle de la double Mât. »

Voilà qui ne laisse place à aucune équivoque. Antinoüs a pris rang dans le panthéon égyptien. Le dernier paragraphe est particulièrement caractéristique. La salle de la double Mât est celle de la déesse de Vérité, où Osiris, entouré d’assesseurs, présidait au pèsement des âmes; ce qui prouve jusqu’à quel point était poussée l’identification. Antinoüs y prenait la place du dieu pour présider au jugement des morts.

Le paragraphe suivant décrit les cérémonies du culte antinoïte.

« On fait l’offrande sur les autels de l’Osiris-Antinoii s ; on place le rituel

1. A. Erman, Der Obelist des Antinous ( Mémoires de l’Institut archéologique allemand, t. XI, p. 113, 130).

L’EXPLORATION DES REINES D’ANTINOE

des dieux devant lui, chaque jour. On vient à lui de toutes les villes. Il est reconnu pour dieu par l’Égypte entière; il est adoré par les prophètes et les prêtres du midi et du nord, ainsi que par les Égyptiens. »

Ce second paragraphe ne prête, lui non plus, à aucune équivoque. Le culte décrit est le culte égyptien. Les prêtres du midi et du nord ne sont autres que ceux de la Haute et de la Basse Égypte ; les prophètes, ceux d’Horus et de Set. Un pèlerinage a été institué à Antinoë, en l’honneur du nouveau dieu, auquel prennent part les habitants de toutes les villes de l’Égypte, de même qu’autrefois ils s’étaient rendus au pèlerinage d’Abydos.

Passons maintenant à une dernière phrase, moins claire en apparence, mais que nous lâcherons d’expliquer d’une façon logique :

« C’est Antinous qui est Là, et qui repose en celte localité, qui est dans le champ adjacent de la dame puissante, Home. Là, se trouve un temple du dieu Osiris-Antinoüs, bâti en beau calcaire blanc, entouré de sphinx, de statues, ainsi que le faisaient les anciens et les Ptolémées après eux. »

Le premier membre de cette phrase peut être expliqué sans difficulté, si l’on admet que le monument auquel il est fait allusion soit situé en Égypte. Que ce temple ne soit pas réellement bâti par Hadrien, n’importe, l’usurpation ayant été, de tout temps, en Égypte le plus fréquent système de construction employé. Mais M. Erman, et d’autres après lui, se basant sur ce fait que l’obélisque Barberini aurait été érigé à Rome par Hadrien

— ce qui, encore une fois, n’est pas prouvé — croient devoir traduire le « champ adjacent de la dame puissante, Rome » par « le Champ de Mars », ce qui transporte d’un seul coup la sépulture d’Antinoüs fort loin de la rive du Nil...

Quelles raison ont-ils de traduire ainsi? J’ai beau chercher, je ne vois pas. Si l’on veut bien me permettre une comparaison, fort peu scientifique,

— j’en conviens, — mais tout à fait en situation, je ferai remarquer, qu’invariablement, lorsqu'il est question des tombes de nos soldats morts en Crimée ou en Syrie, on se sert de cette phrase : « Ils reposent là, dans le cimetière français. » Et cependant, cette terre où ils dorment n’appartient même pas à la France, alors que l’Égypte, province romaine, faisait partie intégrante de l'empire d’Hadrien. Pour moi, le « Champ adjacent de la dame puissante, Rome » ne désigne pas autre chose qu’un quartier égyp-

tien de la nécropole antinoïte, voisin de celui affecté aux sépultures de la population gréco-romaine de la cité.

Comment expliquer autrement le pasage précédent : « On vient à lui de toutes les villes de l’Égypte, il est adoré par les prophètes et les prêtres du midi et du nord »? Et ces pèlerinages de l’Égypte entière vers la tombe du dieu, dont les fouilles du Musée ont retrouvé l’offrande, n’auraient donc été qu’un simulacre, vers un cénotaphe vide? Et ce temple égyptien bâti dans le voisinage de la tombe du dieu, orné de sphinx et de statues aurait donc été également érigé à Rome? Car le texte est formel : « C’est Antinous qui est là; il repose en cette localité; là se trouve un temple , etc. ». Mais la basilique égyptienne d’Antinoüs a été retrouvée l’an passé, tandis que les fouilles pratiquées dans la Ville- Éternelle n’ont jamais mis la moindre ruine de style pharaonique à jour. Non, les résultats acquis par l’exploration d’Antinoë ont déjà confirmé deux des principaux passages de l’inscription de l’obélisque Barberini : celui relatif à l’existence d’un temple égyptien consacré au culte d’Antinoüs et celui relatif aux pèlerinages institués à Antinoë. El pour cela même, il y a tout lieu d’espérer que le vœu qui récemment aété émis en France, « qu’une fouille bien menée remît à jour le tombeau d’Antinoüs » sera prochainement exaucé, grâce à l’initiative du Musée. Mais encore une fois, c’est en Egypte que la fouille devra être faite, et non à Rome, au Champ-de-Mars.

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