L'INTÉRÉT DE LA PHONENDOSCOPIE DU FOIE
L'examen physique du foie est un des temps nécessaires de l’examen méthodique du malade.
La technique en est parfaitement réglée : percussion pour délimiter le bord supérieur ; percussion et palpation pour le bord inférieur.
Mais c’est un fait d'observation quotidienne qu'il n’est pas toujours facile d'exécuter celte technique. Il est difficile de délimiter le foie de façon précise lorsque le sujet est obèse et que sa paroi est particulièrement épaisse, lorsque le sujet est incapable de relâcher sa musculature abdominale, lorsque le sujet est un enfant hostile à tout examen.
Pour améliorer le rendement clinique de la palpation, Gilbert, Chauffard, Mathieu, Glénard et d’autres auteurs ont recommandé divers procédés de palpation. En appliquant suivant les cas les uns ou les autres de ces procédés on arrive parfois à lever les difficultés que nous signalions ; l’on est loin de les lever toujours.
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Et cependant pour apprécier l’état physique du foie l'examen clinique est capital: nous n'avons pas pour cet organe un examen radiologique aussi simple que pour le cœur ou l’estomac. Pour mettre en évidence son bord inférieur, il faut en effet insuffler le gros inteslin, ce qui est facile, mais il faut en outre que le côlon transverse soit situé dans l’étage sus-ombilical de l'abdomen, ce qui est loin d’être constant.
L'on conçoit qu’en présence de la difficulté de l'examen clinique et de l’infidélité de l'examen radiologique, nous ayons élé prêt à accueillir avec une attention particulière toutes les méthodes qui prétendraient délimiter le foie.
Nous en étions là de nos connaissances de la séméiologie physique du foie lors qu’il nous est arrivé de lire un ouvrage fort original et plein d’intérêt : L'Arthrilisme de SÉDILLOT.
Nous avons lu avec une extrême curiosité les phrases suivantes :
La palpation, une pression un peu appuyée nous renseignera sur son degré de sensibilité, mais pour-évaluer le volume du foie, pour mesurer sa hauteur en centimètres, après avoir marqué au crayon dermographique sur la paroi successivement sa limite supérieure et sa limite inférieure, j'ai aujourd'hui complètement abandonné les méthodes dont je me suis servi dans les premières années de ma pratique (percussion pour la limite supérieure, palpation et procédé du pouce de Glénard pour la limite inférieure) pour ne plus me servir que de la méthode phonendoscopique (p. 33).
.. Pour mesurer un foie mieux vaut se servir de notre oreille que de notre toucher (p. 33).
Des recherches très précises sur le cadavre d’abord, ensuite
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six années d'usage quotidien de la stétophonendoscopie sur le vivant m'ont prouvé qu'on peut mesurer exactement sur la ligne mamelonnaire la partie antérieure du lobe droit du foie qui se trouve en contact immédiat avec la paroi (p. 34).
Il y a les asthmatiques qui, passé 40 ans, ont souvent de l'emphysème localisé aux languettes pulmonaires. Comment chez
eux dès lors prétendre par la percussion déterminer la limite supérieure de la matité relative ?
Il y a les obèses qui ont une paroi très épaisse ; il y a les malades à tension abdominale élevée dont le côlon distendu masque à la percussion le bord inférieur du foie etc. Or chez tous ceuxlà au stéthophonendoscope le foie est aussi facile à mesurer
exactement que chez les sujets jeunes à parois minces, à poumons souples.
À condition qu’on me l'immobilise parfaitement, je suis toujours capable en moins d'une minute de mesurer la hauteur du foie du jeune enfant qui jette ses plus beaux cris (p. 39).
Ce livre nous montrait que les difficultés que nous trouvions à l’examen physique du foie étaient pleinement reconnues par un praticien qui s'intéresse particulièrement à cet organe — que ces difficultés pouvaient être levées en utilisant la méthode phonendoscopique — que la valeur de la phonendoscepie avait été confirmée par des « recherches très précises sur le cadavre ».
Nous n’avions de la phonendoscopie qu'une connaissance théorique pour l'avoir vue citée dans quelques ouvrages de séméiologie pulmonaire. Depuis dix ans que nous fréquentions les hôpitaux, nous n'avions jamais vu un médecin l'utiliser. Nous ignorions tout de sa valeur réelle.
Pour savoir si elle permettait réellement de délimiter le foie nous avons entrepris de l’étudier.
Nous croyons qu’il n’est pas sans intérêt de publier
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les résultats de nos recherches. En effet à la lecture des traités on constate que l'accord des auteurs est loin d’être fait sur la valeur de la phonendoscopie du foie.
Pour la plupart la méthode est sans valeur, c’est ainsi qu’on ne trouve même pas cilé l'examen phonendoscopique du foie dans le Traité de Charcot-Bouchard-Brissaud, ni dans le Traité d'Enriquez-Bergé-Laffite-Lamy, ni dans le traité de Sergent-Ribadeau Dumas-Babonneïix, ni dans la Technique clinique médicale de Sergent, ni dans le Diagnostic clinique de Martinet, ni dans le Traité de Enriquez-Laffite-Laubry-Vincent.
D'autres auteurs considèrent que la phonendoscopie du foie n’est pas à négliger. Dans le Traité de RoGER- WipaL-TEISsiER nous trouvons que :
La phonendoscopie a été également utilisée surtout dans cer-
tains cas où la paroi épaisse ou contractée laisse mal sentir les contours de l'organe.
Dans son livre la Séméiologie biliaire, PArTuRIER écrit :
Par le procédé phonendoscopique on arrivera à délimiter la tumeur vésiculaire,
Enfin Sédiilot et, au dire de Sédillot (La Clinique d'avril 1928), les médecins de Carlsbad et de Wiesbaden utilisent la phonendoscopie de préférence à la percussion et à la palpation.
En somme pour les uns la phonendoscopie est le meilleur mode d’exploration ; pour les autres c’est un procédé accessoire mais d’une certaine utilité ; pour les
autres enfin c’est un procédé dont on n’envisage même pas l’utilisation.
De ces auteurs aux opinions si diverses, qui donc à tort et qui donc a raison ?
Quand une méthode d’exploration physique se recommande par la simplicité de sa technique et qu’elle prétend fournir des renseignements importants, nous croyons que c’est faire œuvre utile que d'examiner sa valeur.
Nous allons voir d’abord dans un chapitre consacré à l’histoire que ce désaccord sur la phonendoscopie remonte aux débuts mêmes de la phonendoscopie. Puis dans les chapitres suivants nous étudierons une série d'observations qui permettent de juger la valeur de cette méthode.