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CHAPITRE VI

CRITIQUE DE LA MÉTHODE ANATOMO-CLINIQUE APPLIQUÉE A L'ÉTUDE DE LA PHONENDOSCOPIE

Le jugement sévère que nous avons porté sur la valeur de la phonendoscopie est essentiellement basé sur des recherches anatomo-cliniques.

Nous pensons que, lorsqu'un procédé d'exploration prétend renseigner sur l’état anatomique des organes, la valeur de ce procédé ne peut être jugée que par la méthode anatomo-clinique.

Trois auteurs refusent d'appliquer cette méthode à la phonendoscopie ; ce sont Bianchi, May et Rouquet.

Il nous faut donc examiner leurs critiques car, sielles sont justifiées, toutes nos recherches sont sans valeur et nos conclusions irrecevables.

N'ayant pas pu prendre par nous-même connaissance des travaux de Bianchi, nous analyserons ses critiques d’après la thèse de Four. Four réfute ces critiques au fur et à mesure qu'il les expose :

Bianchi nous dit que les viscères après la mort subissent de notables modifications de volume, de position, de rapports, de consistance. Qu'importe |! on les retrouvera avec ces modifications pourvu qu'ils remplissent toujours la condition nécessaire pour cela c’est-à-dire qu'ils soient en contact avec la paroi.

Seulement Bianchi ajoute qu'ils ne sont pas en contact avec la paroi parce que « presque toujours, entre: la paroi percutée et le viscère qui doit vibrer sous le coup, se trouve interposée une large couche de gaz mauvais conducteurs, comme chacun

sait, des vibrations et par suite des sons ». La réponse paraît

simple. Quand il y aura cette couche de gaz mauvais conducteurs il arrivera ce qui arrive sur le vivant quand l'organe qu'on veut déterminer n'est pas en rapport immédiat avec la paroi, c’est qu'on ne pourra obtenir les limites du viscère et par suite il sera impossible de rien conclure pour ou contre la méthode. Mais ces limites nous les obtenons la plupart du temps sur le cadavre aussi bien que sur le vivant et, comme sur le vivant encore, élles reproduisent à peu près la forme anatomique de l'organe, Nous sommes donc en droit de conclure que, si cette couche de gaz peut exister, elle n'existe pas « presque toujours » comme le dit Bianchi, mais quelquefois seulement ou que, du

moins si elle existe effectivement « presque toujours » elle n’est

pas bien génante pour l'examen.

: Par suite nos expériences sur le cadavre nous paraïssent avoir toute la valeur désirable pour permettre de juger sainement la question.

À notre avis la réponse de Four réfute pleinement la critique de Bianchi.

May et ROUQUET, ayant pris connaissance de l’article de BouverET, écrivent en tête de leur mémoire :

Obtenus sur le cadavre ces résultats ne nous paraissent valoir que pour le cadavre. L'absence des mouvement respiratoires qui supprime la dépendance fonctionnelle du poumon et de la paroi, la diminution de la tension alvéolaire, l'arrêt de la circulation,

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les modifications parenchymateuses cadavériques changent trop notablement les conditions acoustiques du système pour que les expériences de Bouveret puissent être considérées comme décisives. Il est impossible de conclure du cadavre au vivant et le meilleur argument dans ce sens nous paraît apporté par le fait que les modifications phonendoscopiques constatées pendant la vie des malades ne se retrouvent plus sur la table d’autopsie.

Et RouqQuerT, donnant dans sa thèse le protocole d’autopsie que nous avons cité au chapitre précédent, écrit en tête de ce protocole.

On ne retrouvait pas sur le cadavre la grande augmentation de l'aire phonendoscopique si nette pendant la vie.

Cette observalion est à vrai dire la seule critique solide que nous ayons trouvée de l'application de la méthode anatomo-clinique à la phonendoscopie. Mieux que les hypothèses de Bianchi et les raisons logiques de May et Rouquet, cette observation jette un doute sur la valeur de la méthode suivie jusqu'ici.

Malheureusement cette observation est unique. May et Rouquet n’ontfait qu’une seule fois cette confrontation des deux examens. Ils ont eu pourtant une seconde autopsie (obs. 85) ; il aurait été intéressant de pratiquer sur le cadavre un dernier examen phonendoscopique.

L'étude complète de cette seconde observation nous aurait appris s'il y a ou s’il n'y a pas normalement de différence entre l'aire phonendoscopique observée sur le cadavre et celle qu’on observe sur le vivant. Il est possible que la réduction de l'aire phonendoscopique soit un phénomène normal.

Pour ne pas surestimer l'importance critique de

l'observation de May et Rouquêt il faudrait auparavant résoudre cette question. Ces deux auteurs ne l'ont même pas envisagée.

À notre avis celte observation ne permet pas de condamner la méthode anatomo-clinique.

Nous avons démontré que la phonendoscopie ne met en jeu que la paroi. Il est vraisemblable que la paroi thoracique du cadavre est moins bien tendue que la paroi du vivant. La paroi moins tendue vibre moins bien et l’aire phonendoscopique est plus petite.

L'observation du vivant et l'observation du cadavre étudient des phénomènes de même nature mais de degrés différents. Il s’agit dans les deux cas de phénomènes de paroi. La paroi est mieux tendue sur le vivant que sur le cadavre d’où la discordance qui sert de base à l'argumentation de May et Rouquet.

Il semble donc impossible sur cette simple constatation de rejeter la méthode anatomo-clinique.

Personnellement nous avons pratiqué la phonendoscopie du foie de sujets vivants et de cadavres. Nous n'avons jamais observé pour le foie la discordance que May et Rouquet signalent pour le poumon.

En somme il est légitime d'appliquer la méthode anatomo-clinique à l'étude de la phonendoscopie. Les con-

clusions que nous avons apportées en nous basant sur

cette méthode sont entièrement recevables.

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