I. — Le type morphologique mastoïdien
Les épreuves types que nous avons reproduites (PI. I et PI. IT) se rapportent toutes deux à des mastoïdes pneumatiques. On saït qu'il n’en est pas toujours ainsi : nulle région osseuse n'offre une plus grande diversité morphologique que celle qui nous intéresse. Elle est le point de contact de deux tissus embryonnaires d'origine différente, de deux forces opposées: la lame épithéliale invaginée du pharynx qui pénètre et modèle la masse mésodermique pétro-mastoïdienne préexistante. Selon la prédominance de l’une ou de l’autre résultera le type anatoimique de la région. Tous ces faits sont connus et depuis Jongtemps anatomistes et chirurgiens nous ont donné de ces variations structurales une classification admise dans ses grandes lignes. Nous citerons plus particulièrement les beaux travaux anatomiques de ZUKERKANDI, COHEATLE, MouRET, aujourd'hui classiques, qui permettent de distinguer :
Les apophyses diploétiques pures, rares (type infantile de CHEATLE).
Les apophyses pneumo-diploétiques, les plus fréquentes chez l'adulte normal.
Les apophyses pneumatiques, avec leurs différents degrés de pneumatisation.
Les apophyses compactes, éburnées ou scléreuses, variété dont la nature est très discutée et sur laquelle nous reviendrons.
Nos recherches radiographiques personnelles sont encore trop peu nombreuses pour que nous puissions apporter à ce sujet des éléments capables de modifier le pourcentage, généralement admis, de ces diverses catégories.
Mais on peut penser quelle facilité apporte le procédé technique que nous proposons dans l'étude de ce problème en permettant à peu de frais la multiplicité des examens en série. Nous avons vu les résultats auxquels étaient arrivés certains auteurs étrangers, LAw, BECK, LOGAN-TURNER (1).
Une autre question importante se pose. Le fait que nous serons obligés en clinique de confronter les images des deux régions mastoïdiennes pour surprendre les modifications anatomiques dues aux lésions, implique que nous admettons la symétrie morphologique des deux temporaux chez le même individu. Les traités d'anatomie sont muets à cet égard. Dans les quelques travaux spécilaux que nous avons pu consulter, les auteurs admettent comme possible l'inégalité de structure entre les
(1) Voir Chapitre I.
OS
deux côtés. Mourer (1), par exemple, à propos d’un cas qu'il décrit, pense que le fait est assez fréquent. Nulle part nous n’avons trouvé une statistique globale permettant d'établir un pourcentage.
Par contre, dans plusieurs travaux étrangers sur la radiographie de la mastoïde, nous avons trouvé des indications un peu plus précises.
STEWART proteste contre l'opinion générale qui admet la symétrie des deux os et dit que pour 15 % des cas ii existe des différences parfois considérables.
Law, qui semble avoir pratiqué un grand nombre d'examens, conclut à la symétrie dans la très grande majorité des cas (il ne donne pas de chiffres).
BARKLAY et MILIGAN aboutissent aux mêmes conclusions remarquant toutefois que si d’un côté il existe des lésions inflammatoires chroniques, on rencontre généralement une mastoïde à type « scléreux ».
Beck, sur 300 examens radiographiques, constata dans tous les cas, sauf un, une identité complète de structure. Le fait même lui semble quelque peu inattendu, étant donnée l’asymétrie habituelle qui règne dans la structure des os de la face.
PLAGEMANN et LANGE parlent de symétrie à peu près constante.
L. TuRNER, dont le matériel de recherche s’étendit à 1.000 crânes de races différentes, conservés au Musée anatomique d'Edimbourg, admet que dans 88 % des cas les deux mastoïdes sont de structure semblable. Les 12 % des cas restant montrant soit une légère dyssymétrie (dis-
(1) Mourer. Etudes sur la structure de la mastoïde, Annales des Maladies de l'Oreille, 1913, p. 150.