III. — Les Mastoïdites chroniques
Etant donnée la précision des résultats obtenus dans les cas de suppuration aiguë de la mastoïde, on pouvait espérer trouver dans la méthode radiographique des éléments importants de diagnostic et de pronostic susceptible de servir à la conduite thérapeutique des otorrhées purulentes chroniques. Il est peu de problèmes otologiques plus difficiles à résoudre et où la solution donnée importe davantage à l'existence même du malade. L'examen clinique le plus minutieux, la surveillance du malade la plus attentive ne mettent pas toujours à l'abri de surprises pénibles. Tout élément capable de nous apporter quelque lumière ne doit pas être négligé. Aussi, malgré son imperfection relative, pensons-nous que la radiographie peut apporter son rayon et le joindre au faisceau donné par l'observation clinique.
Parmi la douzaine d'observations que nous possédons, nous en donnons 7 avec les planches correspondantes et nous tenterons ensuite de déduire quelques appréciations.
Na Lucien MONTCHARMONT. Les complications auriculaires de l’otène. Thèse de Lyon, 1912.
Le Gta
OBSERVATION IX
Cette observation se rapporte à une jeune sourde-muette de 20 ans, qui entre dans le service de M. le Professeur LAN- NOIS, le 26 mai 1922, pour une suppuration chronique de l'oreille droite. On ne peut avoir de renseignement précis sur la nature de cette surdimutité ; probablement congénitale (syphilis ?), car une sœur de la malade présente la même infirmité. Une autre sœur est bien portante. Le père est mort jeune d'affection inconnue, la mère est en bonne santé, La malade ne présenta aucune maladie pendant son enfance.
Autant qu'on puisse faire préciser, l'écoulement d'oreille aurait débuté vers l’âge de 10 ans, avec une allure relativement aiguë (douleurs, écoulement abondant), puis persista avec des alternatives diverses : tous les deux ou trois mois, crise douloureuse suivie de l’augmentation de l’otorrhée, et s’accompagnant d’un peu de fièvre. Depuis longtemps on se serait aperçu de la fétidité des sécrétions.
L'examen otoscopique montre à droite le conduit auditif réduit à une fente verticale par le soulèvement en saillie globuleuse de la paroi postérieure, dont l'exploration au stylet révèle la consistance osseuse. À la partie antérieure de la fente, une masse polypeuse empêche de voir le fond. Ecoulement fétide, peu abondant. Un peu de douleur à la pression sur la mastoïide, au niveau de l’antre. Les deux labyrinthes sont inexcitables. ,
La radiographie est faite par le Dr ARCELIN, en position sagittale oblique et montre :
Du côté gauche. — Mastoide volumineuse, très pneumatique. On isole facilement une grosse cellule à la base de l’apophyse du volume d’une noisette, deux autres plus petites à la pointe, nettement séparées. D’autres petites cellules plus profondes, et dans l’écaille mastoïdienne. Caisse peu développée. Sur le négatif on reconnaît facilement les osselets, l’aditus étroit, très clair, aboutissant à un antre assez vaste entouré de cellules. La partie externe du labyrinthe est visible, notamment le massif osseux du canal semi-circulaire externe qui semble très dense, de même celui du canal supérieur..On ne reconnaît pas l’image du limaçon. Le conduit
auditif interne est à sa place normale. Une grande partie de ces détails ne se retrouvent malheureusement plus sur la reproduction ci-jointe (planche IX).
Du côté droit. — Image complètement asymétrique. La mastoide forme une saillie arrondie, globuleuse, à structure uniforme, faisant penser à une masse d'os compact. Gros épaississement et opacité de la paroi externe de l'antre et de l’'écaille mastoïdienne. À ce niveau, on voit une petite tache plus claire du volume d'une tête d'épingle en verre correspondant à une cellule. La région de la caisse est uniformément grise. On ne voit pas d'osselets. De même la région antrale, plutôt élargie. Antre et caisse communiquent largement par une bande grise : l’aditus qui semble très élargi. L'image du labyrinthe manque de netteté. ;
La radiographie permettait done de préciser l'importance des lésions osseuses au niveau de l’antre et de l’aditus, et confirmait l'indication d'un évidement.
L'intervention fut faite deux jours après. Après incision classique, on trouve un os arrondi, faisant saillie dans le conduit, sans épine de Heule et sans tache criblée. Cet os est absolument compact, éburné sur une épaisseur de 1 centimètre et demi. L'antre est profond et haut situé : il contient du pus fluide mélangé à de petites magmas caséeux, très fétide. La curette ramène des fongosités et quelques fragments de cholestéatome. L’aditus est très élargi. On abat sa paroi externe ainsi que le mur de l’attique. La caisse est pleine de fongosités saignantes. On ne trouve pas de restes d’osselets. Plastique (Kôrner).
À signaler, dans les suites opératoires, la formation exubérante de tissu conjonctif cicatriciel qui rapidement envahit toute la cavité opératoire et aui, bien qu'enlevé au cours d'une intervention ultérieure, se reforma cependant malgré la minutie des pansements pratiqués, processus que l'on ne peut mieux comparer qu'à la production d'une cicatrice chéloïde.
OBSERVATION X
Un jeune homme de 24 ans entre dans le service de M. le Professeur LANNoIs le 29 mars 1922 pour une otorrhée chronique bilatérale. Les lésions de l'oreille ont débuté dans la
PLaxcue IX
Observation IX. — Mastoïcde dans un cas d’otite suppurée chronique. — Trabéculation normale de la mastoïde du côté sain (B). Région antrale opaque et mastoïde compacte du côté malade (A).
(Gliché Annales des Maladies de l'Oreille),
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toute première enfance : le malade n’en a pas vu le commencement. Pendant quelques années, cependant, l'écoulement se serait tari. Il y à cinq ans, l'oreille droite retrouve son flux habituel suivie deux ans après par loreille gauche.
A l’examen : à droite, écoulement abondant et très fétide. Le malade se plaint de douleurs sourdes persistantes du côté de sa mastoïde ét la pression de la région antrale est sensible. A gauche, large perforation tympanique, pas de formations polypeuses de la caisse. Ecoulement peu abondant. Nous ne trouvons rien de noté sur les fonctions labyrinthioues. Weber droit. Rinne négatif à droite, faiblement positif à gauche.
La radiographie (Dr ARCELIN) montre :
Du côté droit. — Mastoïde volumineuse, mais apneumatique. Peut-être persiste-t-il deux cellules au niveau de la base de l’apex, l’une superficielle, l’autre profonde, mais léur contour n'est pas net et leur transparence réduite. Le reste de la mastoïde présente une teinte plus ou moins uniforme, d'aspect un peu pommelé. La caisse et la région antralé sont grisâtres et l’on ne distingue pas de détails.
Du côté gauche. — La mastoïde est également volumineuse. On trouve l’image d’une petite cellule à la base de l’apophyse, sous la corticale externe. A la partie moyenne, tache grisâtre apparaissant en plus clair et donnant l'impression d’une zone de tissu osseux plus raréfié au milieu d’un bloc compact. L'image de la caisse est floue. Maïs la région antrale est plus claire que de l’autre côté et l’aditüs se déssine (planthe X).
On peut donc déduire :
1° Structure compacte des deux mastoïdes. Il n’y a pratiquement plus d'images cellulaires ;
2° Lésions antro-tympaniques bilatérales, mais en confirmation des données cliniques, prépondérantes du côté droit, où l’on peut affirmer l'ostéite des parois de l’antre, de l’aditus et de la caisse.
On propose au malade un évidement des cavités droites qu'il accepte.
Intervention. — Evidement pétro-mastoïdien droit, le 31 mars 1922. La paroi externe de l’antre est formée par de l'os complètement éburné, sans traces de cellules. L’antre est à sa place normale, rempli de pus et de fongosités, sans cho-
lestéatome. Aditus élargi, dont on fait sauter facilement la paroi externe. La caisse et l’attique sont bourrés de polypes. La curette ramène le marteau, dont la tête est en grande partie détruite par carie. En descendant du côté de la pointe, on trouve d’abord une zone d'os moins compact, légèrement diploétique, mais ne contenant aucune cellule vraie. Le reste de la pointe est éburné. Plastique du conduit.
2 mars 1923. — On a l’occasion de revoir le malade : les deux oreilles ne coulent plus.
OBSERVATION XL
Une jeune femme de 21 ans entre le 26 janvier 1922 dans le service de M. le Professeur LANNOIS, pour une otorrhée chronique gauche qui s'accompagne de vertiges et de bourdonnements. -
L'otorrhée a débuté à l’âge de deux ans. Depuis longtemps la malade venait à la consultation externe à intervalles éloignés, son écoulement d'oreille revêtant un caractère intermittent. On lui avait constaté une large destruction tympanique. Le fond de la caisse était rouge, mais sans formations polypeuses. L'écoulement était peu abondant.
Depuis quelque temps la malade se plaint d'un état vertigineux léger, mais très pénible. L'acte de se baisser lui fait perdre l'équilibre. Elle se plaint aussi d'une hémicrânie gauche presque continuelle, aussi réclame-t-elle d'elle-même une intervention capable de lui supprimer ces troubles auditifs. Audition : O. D., normale ; O. G.,, 0. Weber gauche. Rinne gauche négatif. Schwabach gauche prolongé.
Radiographie (incidence sagittale oblique) (Dr ARCELIN).
Côté sain. — Mastoïde de volume moyen, pneumatique. Les cellules sont de dimensions moyennes assez nettement séparées. On en trouve jusqu'à l’apex. Image nette de la caisse, où l'on peut distinguer les osselets. Aditus étroit, bien limité. L'antre semble vaste avec nombreuses petites cellules périantrales. Labyrinthe visible.
Côté malade. — La mastoïde semble compacte. Quelques travées de tissu osseux plus dense. La paroi externe de l’antre, notamment, est épaisse et uniforme. La caisse est vaste, mais