‹ L'Exportation des moutons au MarocChapitre 11 sur 15 · A) MAROC ORIENTAL · texte numérisé non relu

A) MAROC ORIENTAL

1° — Possibilité d'augmenter le nombre de têtes exportées: Monsieur le Vétérinaire Trouette, Chef du Service de l’Elevage en Algérie, a longuement étudié le commerce d'exportation des moutons de ce pays. Dans un rapport intitulé « Considérations statistiques sur l’Elevage en Algérie », en 1914, il montrait que le chiffre des exportations annuelles portait sur un peu plus du dixième du cheptel ovin, concluant ainsi. « Cette exportation annuelle de plus du dixième du troupeau, constitue, aux yeux de quelques-uns, un danger pour notre cheptel et ils demandent sa limitation. Leur opinion n’apparait pas comme bien fondée.

» En ce qui concerne le troupeau de grande transhu-

mance, les territoires sur lesquels il évolue semblent avoir atteint leur maximum de capacité, car. et l’absence de points d’eau rend inutilisables des régions très étendues et pourvues cependant d’excellents pâturages. Or, le troupeau transhumant fournit la majeure partie des animaux envoyés dans la Métropole. Cette exportation est donc pour lui une opération régularisatrice, qui le décongestionne plutôt qu’elle ne le diminue. Elle maintient son éffectif au taux optimum pour les ressources alimentaires actuellement disponibles ».

Le commerce d'exportation ovine du Maroc Oriental étant entièrement lié à celui de l’Algérie, et du département d'Oran en particulier, tout ce qui vient d’être dit concernant l’Algérie s'applique admirablement au Maroc Oriental.

Il a été montré plus haut que le Maroc Oriental exportait une moyenne de 150.000 moutons par an, ce qui dépasse en effet un peu la proportion indiquée du . dixième du troupeau, et cette exportation annuelle ne parait pas devoir diminuer limportance de l’éffectif ovin, qui oscille uniquement sous le coup de la succession des périodes de disette et des périodes d’abondance.

D'autre part, il n’y a guère lieu d’espérer voir croître le nombre des exportations. Il faudrait pour celà augmenter d’abord le nombre des moutons. Or, le pays a, comme le dit M. le Vétérinaire Trouette, atteint son maximum de capacité. Celà explique l’énorme mortalité qui frappe le cheptel dans les années de sécheresse, dès que, faute de pluies, les pâturages escomptés ne se couvrent pas d'herbe en temps voulu. Aussi la création de nouveaux points d’eau, ouvrant la possibilité d’atteindre des

terrains de parcours actuellement inutilisables, aurait plutôt pour effet (éminement souhaitable, celà, est certain) d'améliorer les conditions d’existence du troupeau, dans des conditions variables avec l’importance et la position des réserves d’eau mises à leur disposition, qu’il s'agisse de barrages ou de citernes, que d'augmenter l’éffectif de ce trou peau d’une façon très sensible.

29 — Possibilité d'améliorer la qualité des moutons exportés: À défaut d’une augmentation dans le nombre de têtes de moutons expédiées chaque année du Maroc Oriental sur la France, on peut espérer une amélioration de qualité, et par suite une plus-value des moutons exportés. |

Les Européens, habitués aux races volumineuses et précoces de notre Continent, sont toujours tentés de substituer ces races aux races locales. En fait, les colons installés dans le pays ont obtenu des résultats intéressants dans des exploitations agricoles, grâce au croisement de brebis du pays avec des béliers mérinos. Mais cette production, qui ne suffit pas à la demande de la consommation locale, ne touche pas l’exportation.

On peut dire que jusqu'ici, aucun essai de croisement améliorateur n’a été tenté sur les Hauts- Plateaux Marcains. Cette année, trois béliers Crau-Tunisiens viennent d’être introduits par les soins du Service de l’Elevage, dans un troupeau de brebis choisies, au centre du plateau, à Tendrara. Ces béliers, de petite taille, ont fait l’admiration . des indigènes éleveurs par leur belle conformation et aussi leur solide cornage. Il faut attendre les résultats de cette expérience.

Mais si l’on admet que le troupeau est le reflet du

pays, il faut avouer que les animaux locaux,. adaptés. à. des conditions d’éxistence très sévères, sont, NE remarquables tels qu’ils sont. Il n’en faut pour, :preus.;(| ve que ce fait qu'ils ont été désignés pour, améliorer ds$o: Huions des Hauts-Plateaux Algériens, vivant. dans. un, api milieu semblable.

Obligés à marcher sans cesse pour trouver lèur nou"? ture ne buvant plus en temps de sécheresse qu’un jour” sur deux ou un jour sur trois, une eau saumâtre, dans une *! atmosphère surchauffée; subissant des chûtes de neige” tous les hivers, ils résistent à des rigueurs qu’on ne peut” songer imposer à des moutons issus de pays plus ie sb

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Quand à améliorer les conditions ‘déxistence! de la”ré2°}" gion, il n’y faut pas penser. La création d’abris éét'impos-' 4 sible dans un pays ouù le troupeau ne peut boire et he ger que s’il se déplace presque sans arêt. La végétation ‘° ne se prète guère à la création de réservés fourragères *? car en dehors de l’alfa, les herbes des Hauts-Plateaux; ne dépassent pas le sol de plus de dix à quinze centimè-;.,::.

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On découvre bien chaque année une plante nes pays très sec donne des pâturages remarquables: Mais ° : cette plante qui prospère au Maroc tant qu’on Ka 8 dans les jardins d’essai, ne se montre pas supérieure à la flore locale, lorsqu'on l’abandonne dans, le te À

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ces régions, consiste dans la création,l’aménagement et l'amélioration des points d’eau. En cette voie, on a fait bien peu jusqu'ici. C’est cependant, en vérité, le seul moyen pratique de faciliter un peu la vie des nombreux : troupeaux périodiquement exposés à mourir de soif ou de faim, si comme celà se voit en l’état actuel des choses, ils sont à certains moments de l’année obligés de se rassembler autour des rares poinis d’eau persistant. ‘ Ils dévastent totalement les terrains de parcours environnants, faute de pouvoir aborder de vastes étenduesoù l'herbe, non pâturée, reste abondante, parce que l'eau de boisson indispensable ne s'y trouve pas.

Néanmoins, il est évident que le mouton des Hauts- Plateaux est perfectible. :

Si les moutons Beni-Guil sont les meilleurs moutons d’exportation de l’Afrique du Nord, celà ne tient pas seulement au hassard. Il ne fraudrait pas céder à la tendance de déprécier les aptitude de l’éleveur indigène.

En réalité, le pasteur des Hauts-Plateux, depuis des siècles, vit avec son proupeau, En perpétuels déplacements, il ne possède en dehors des chevaux, chameuax et ânes, bètes de somme qui portent la tente, le grain et la réserve d’eau dans des peaux dé chèvre goudronnées, que des moutons. Ces animaux constituent son unique fortune et son son seul souci.

Aussi les nomades ont-ils acquis par expérience une connaissance profonde de tout ce qui touche le mouton et son élevage. C’est ce qui explique la facilité avec laquelle ils ont su présenter sur les marchés, après que le courant commercial avec la France a été bienétabli, des lots de (haouli), moutons jeunes en bon bon état, sou-

vent Castrés et toujours homogènes, alors que les fa: veurs Musulman vont plutôt vers le (Kebsdh), vieux bélier lourdement chargé de cornes et présentant au plus au point tous les caractères du mâle.

Seul, un sens net de leurs intérêts a pu modifier chez les indigènes la pratique des coutumes ancestrales. C’est dans cette voie qu’il faudrait les encourager d'améliorer toute indiquée, à celui qui se proposerait d'améliorer le mouton du Maroc Oriental, consisterait à favoriser l’extension de la variété( Archa ). aux dépens de variétés moins bonnes comme productrices de laines et comme pro-ductrices de viande (Zoulay et Tousimet).

Jusqu’à présent, si les indigènes se sont engagés dans cette voie, celà aura été simplement de leur propre gré.

Le seul effort que le Protectorat ait consenti pour contribuer à l’amélioration du mouton dans le Maroc Oriental a consisté dans la création de ( Concours de l’Elevage Ovin) institués chaque année; l’un à Berguent ou Taourirt, l’autre à Guercif. À chacun de ces concours 3580 francs de primes sont distribués 36 béliers choisis parmi les plus beaux du territoire. Celà fait en tout 72 animaux qui, après avoir parcouru souvent une centaine de kilomètres pour parvenir au lieu du concours, rapportent à leur propriétaire 100 francs en moyenne. Si l’on se propose d'améliorer par ce seul procédé une population de plus d’un million de moutons, le but n’est pas prêt d’étre atteint.

Heureusement le seul bon sens suffira aux indigènes pour sorienter vers le type Archa la sélection de leur troupeau. Ainsi verrions-nous croitre encore la grande estime qu'ont pour les moutons de l’Oriental, les moutonniers oranais.

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Encore pourrait-on croire que ce troupeau n'est pas

suffisant pour répondre aux besoins du pays, puisque chaque hiver le Maroc subit une « crise de viande ». Cette crise a eu pendant l’hiver 1928-1929 une allure grave, car la viande de boucherie de qualité franchement mauvaise a atteint, dans toutes les villes du Maroc, un prix égal ou même supérieur aux cours de France. Et même il a fallu faire appel aux importations pour satisfaire la clientèle aisée des centres et pour subvenir aux besoins des troupes d’Occupation.

Cependant, si l’on compare au point de vue élevage le Maroc qui parait déficitaire, et l'Algérie qui exporte des moutons, on voit que le Maroé pour une population d’environ 5.000.000 d’âmes, èn majorité musulmanes, possède un troupeau de 8.000.000 de moutons, alors que l'Algérie avec 5.800.000 habitants très semblables comme genre de vie à ceux du Maroc, entretient actuellement moins de 6.000.000 de moutons.

Le troupeau Algérien, très inférieur en nombre au troupeau Marocain a donc suffi en 1928 aux besoins d’une population supérieure à celle du Maroc et a pu en outre, malgré une année très défavorable à l’élevage, envoyer sur la France une quantité fort importante d’ovins. Monsieur le Vétérinaire Trouette dans | « Eleveur Nord- Africain du 20 février 1929 » indique que la population Algérienne a consommé en 1928; 1.400.000 moutons et que les exportations dans la même année ont porté sur plus de 400.000 moutons. (Non comptés les moutons marocains et tunisiens transitant par l’Algérie).

Il est très difficile d’estimer, même approximativement,

la consommation annuelle en moutons de la population marocaine.

À titre de simple indication, on peut citer les chiffres fournis par « L'Annuaire de Statistique Générale du Maroc » de 1926, donnant le nombre d’ovins abattus

dans les abattoirs des principales villes du Maroc, pour l’année 1925:

Villes Nombre d'habitants Moutons abattus en 1926 en 1925 Casablanca 106.608 124.637 Fés 81.172 79.700 Meknès 29.930 49.199 Marrakech 149.243 109.454

Il faut tenir compte de ce fait que la population rura,le que la misère rend souvent à peu près végétarienne, consomme normalement beaucoup plus de viande de chèvre que de viande de mouton.

En fait, ayant la réputation d’être un pays d'élevage, avec un cheptel qui dépasse de beaucoup en importance ses besoins, le Maroc suffit mal à sa consommation. Sur ce point, comme sur d’autres, il mérite bien le titre de « Pays du Paradoxe » qu’un littérateur lui a donné.

De par le jeu des saisons, d’avril à septembre, les animaux: ovins, caprins et bovins trouvent en abondance leur nourriture sur les terrains de parcours. A cette époque de l’année, on peut dire qu’il est difficile de trouver sur les marchés une bête maigre. Dès qu’avec le printemps l’herbe pousse drue, le bétail marocain, dont la faculté d’engraissement est remarquable, prend de l’embonpoint et le ravitaiilement en viande du pays est assuré

très facilement.

Mais les vents désséchants de l'été, suivis presque sans

transition par les premiers froids de l'hiver, réduisent

dans des proportions considérables les ressources alimentaires du pays. Les troupeaux ne mangent plus guère que bien juste ce qu’il leur faut pour ne pas mourir de faim, et les animaux maigrissent à l'automne à peu près aussi vite qu'ils ont engraissé au printemps.

Si la mauvaise saison se prolonge, la mortalité frappe le cheptel; cependant ces pertes sont en général moins importantes que ne le déclarent les propriétaires; sans quoi il n’y aurait probablement plus un animal vivant au Maroc.

En hiver, ne peuvent fournir des bêtes de boucherie sur les marchés marocains que les trop rares éleveurs qui disposent de réserves fourragères en quantité et qualité suffisantes, pour obvier au manque d’aliments sur les terrains de parcours.

La viande atteint alors des prix très élevés. On abat des animaux maigres et parfois tout à fait cachectiques (les bergers marocains ont l’habitude de tuer, pour manger le peu de chair qui leur reste, les bêtes exténuées de misère). Les brebis, qui ont la faculté commune à toutes les femelles de conserver plus longtemps leur graisse, sont tuées de préférence aux mâles, et les femelles pleines, possédant cette faculté à un plus haut degré, ne sont en général pas épargnées. Il en résulte un appauvrissement du troupeau, sacrifice qui ne suffit pas d’ailleurs à satisfaire les besoins de la population.

La courbe ci-contre, tracée d’après les abatages meusuels d’ovins à Marrakech, la ville la plus peuplée du Maroc, pendant l’année 1927, illustre bien l'allure saison-

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On voit que, de moins de 3.000 têtes en janvier, la consommation de la ville s'élève au-dessus de 12.009 têtes en avril, mai et juin, pour retomber bien au-dessous de 3.000 en novembre et décembre, alors que la population restait sensiblement identique.

Une courbe de même allure serait obtenue en prenant des chiffres portant sur une autre année ou sur une aulr0 ville.

On peut en conclure que le déficit en bétail du Maroc ést plüs apparent que réel. Le manque de viande dont souffrent les consommateurs pendant les cinq mois d'hiver, ne signifie pas que le cheptel du pays est insuffisant. La pénurie vient de ce fait que les troupeaux ne sont plus, en cette saison, capables de fournir des bètes de boucherie. Les premiers beaux jours qui remettent en état l’ensemble du troupeau, mettent fin chaque année à cétté crise, dont la nature est qualitative et non quantitative.

Pour remédier à cet état de choses, il faudrait constituer chaque année au Maroc des réserves fourragères, en quantité au moins suffisante pour maintenir en état d’embonpoint, durant la période critique, les animaux nécessaires à la consommation locale pendant l'hiver. Les hauis prix qu'atteignent les bètes grasses au cours de la mauvaise saison, encourageront certainement les éleveurs dans cette voie.

Si les habitudes du pays s’y prêtaient, on pourrait renverser les données du problème et abattre pendant la bonne saison, pour la mettre dans des réserves frigori-

fiques, la viande nécescaire au pays pour la durée de

l'hiver. Cette solution serait sans doute la plus simple, si elle pouvait s’adapter aux coutumes des habitants du Maroc,

B. — Production du mouton pour l'exportation: Il est évident que, puisque pendant cinq mois de l’année le Maroc ne peut qu’à grand peine, et non sans pertes, alimenter son troupeau, une augmentation du cheptel se traduirait par une aggravation de la crise qui sévit chaque hiver. : j

D'autre part, les contrées agricoles du Maroc, et en premier lieu toute la région de la vallée du Sebou, dès qu’elles auront multiplié et les abris et les réserves fourragères, abandonneront progressivement les moutons, comme celà est constaté dans tous les pays d'élevage, pour se consacrer aux bovins.

Dans ces conditions, il ne faut pas éspérer voir dans un accroissement de têtes la source d'animaux d’exportation. Tout au contraire, il est plutôt à prévoir dans un délai assez rapproché, la diminution du cheptel ovin marocain au profit du cheptel bovin.

Cependant, puisque la crise saisonnière de la viande dont souffre le Maroc ne vient pas du manque d’animaux, mais bien de la maigreur périodique de ceux-ci, il est certain que l'exportation de la Métropole, pendant la bonne saison, d’un nombre important de moutons, n’aurait pas pour résultat d’entraver le ravitaillement local.

Au contraire, comme nous l’avons vu pour l’Algérie et le Maroc Oriental, le commerce extérieur enlevant une portion sensible du troupeau aux mois d’abondance, soulagerait d’autant les terrains de parcours à végétation

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