INTRODUCTION
La France, grâce à des circonstances économiques très favorables à l'élevage, à pu reconstituer en quelques années son cheptel fortement diminué du fait de la guerre. À l’heure actuelle, notre pays possède de nouveau des animaux: équins et bovins, remarquables par leur grande variété et leurs qualités, qui répondent entièrement à tous les besoins de la Nation et laissent même une certaine marge à l’exportation.
Il n’en est pas de même en ce qui concerne le mouton. Déjà, avant la guerre, on parlait d’une crise de dépécoration. Cette crise va s’accen- tuant, et le troupeau français est passé de 16.000.000 têtes en 1913 à 9.800.000 têtes en 1928. La France doit done, et de plus en plus, impor- . ter un grand nombre de moutons pour répondre aux besoins de sa consommation.
À côté de nombreux ovins envoyés à la Métropole par l'Algérie une moyenne d’un million par an depuis 1891:{(Ce chiffre est tombé . brusquement à 629.000 en 1927 et 429.000 en 1928, à la suite de conditions climatériques désastreuses pour l'élevage) il reste encore des débouchés sur le marché français pour les pays producteurs. Actuelle. | ment, beaucoup de moutons de l’Europe Centrale sont expédiés sur
La Villette.
Le Parlement s’est ému de cet état de choses, et lors de la discussion
du budget, en 8a séance du 12 décembre 1928, la Chambre des députés reconnaissait la nécessité d’encourager l'élevage du mouton en France et dans les Colonies.
En effet, et cela à juste titre, la France mise en état d’infériorité sur les marchés mondiaux par son change bas, s’éfforce de trouver dans ses Colonies eèt pays de Protectorat, les produits qui lui font défaut où qu’elle ne tire pas en suffisance de son sol.
Or, parmi les possessions capables de fournir à la Métropole une partie des moutons qui lui manquent, le Maroc Français doit occuper un bon rang.
. C’est en effet, à proximité de la France, un pays d'élevage et un pays
d'élevage ovin. Déjà en 1908, alors que la sortie des moutons était interdite, au moins par mer, le commerce du mouton et de ses dépouilles représentait le quart des exportations marocaines. En 1927, après une année de sécheresse ayant entrainé une forte mortalité, 7.711.818 moutons étaient déclarés à l’impôt du tertib (contre 9.248.558 en 1926). :
Ces chiffres sont certainement inférieurs à la réalité( la fraude fiscale est de tous les pays et le recensement exact impossible en beaucoup de tribus) Aussi, peut-on estimer que le Maroc possède un troupeau de près de 10 millions d’ovins, pour une population d’environ 5 millions d’habitants. Ce troupeau constitue une des richesses du pays et entre toujours pour une bonne part dans le commerce extérieur du Maroc.
En 1927, sur un total d’exportations de 851.390.000 francs, les sorties d'animaux et des denrées d’orgine animale ont porté sur 278.560.000 francs, c’est-à-dire bien près du tiers, dans lequel les ovins comptent pour:
MOUTONS 204.000 têtes estimées 20.420.000 PEAUX DE MOUTONS. 77.875 quintaux 27.800.000 LAINES EN SUINT 61.000 quintaux 53.250.000 LAINES LAVÉES 8.300 quintaux 8.240.000 DÉCHETS DE LAINE 8.150 quintaux 8.350.000 BOYAUX | | 2.307.000 —
L'élevage ovin participe donc à lui seul pour plus de cent vingt millions de francs sur le total des exportations du Maroc.
Cependant le tableau qui précède montre que les laines et peaux donnent plus de place dans le commerce extérieur que les moutons
eux-mêmes.
La présente étude a pour but d’examiner l'importance des exportations hors du Maroc des moutons sur pied, dans le passé d’abord, pour le présent ensuite, pour essayer de voir enfin si le Maroc pourra, dans l’avenir, réaliser en ce qui le concerne les vœux de Monsieur le Professeur Moussu lequel, dans un discours devant l’Académie d’Agriculiure, prononcé le 25 février 1925, souhaitait que notre Afrique Mineure devienne une immense bergerie de plein air, susceptible de déverser sa production sur nos marchés à viande et nos marchés à laine.