HISTORIQUE
S’il est certain que le Maroc a toujours été, en conséquence même de sa configuration et de son climat, un pays producteur de moutons et en effet, Hérodote cinq siècles avant J.C. dit que l'Afrique du Nord est peuplée de nomades vivant de chair et de lait, c’est-à-dire des pasteurs, il est permis de croire que dans l’antiquité ces animaux ne donnaient pas lieu à un grand trafic, sauf, peut-être, en ce qui concerne leurs toisons, achetées par les comptoirs Phéniciens puis Romains.
Tout au plus, les différentes invasions ont pu entrainer à leur suite avec les éléphants d’'Hannibal, des troupeaux qui permettraient d'expliquer la parenté supposée de certains moutons marocains avec le mérinos espagnol. Encore ne faudrait-il pas éxagérer ce rôle des conquérants et c’est ainsi que le mouton Barbarin à grosse queue, venant de Syrie, n’a pas su s'implanter au Maroc derrière les armées d’Islam.
À une époque plus rapprochée, sous la domination Arabe, l'exportation des ovins a de tout temps été interdite par les Sultans, en vue de permettre la conser-
vation d’un troupeau suffisant pour les besoins rituels des Musulmans.
En effet tout Marocain doit, à certaines fêtes, sacrifier un bélier dans des conditions minutieusement déterminées.
Au surplus, le mouton représente pour l’indigène une véritable providence. Non seulement c’est sa viande préférée, habituelle, mais le suif lui sert de graisse alimentaire, ainsi que le beurre provenant du lait des brebis. La laine lui fournit en même temps que des vêtements chauds, rustiques ou luxueux le plus clair de son mobilier: tapis, tentures, matelas et coussins. On comprend dès lors, que des précautions aient été prises pour empécher la sortie d’un animal aussi précieux.
Cependant, du fait même de son caractère religieux, cette interdiction d'exportation n’a jamais porté sur le commerce des troupeaux entre les musulmans du Maroc Oriental et leurs frères de race et de croyance d’Algérie, à travers une frontière d’ailleurs mal précisée. Les grands pasteurs des Hauts- Plateaux Marocains pouvaient ainsi, par delà Oudjda, trouver des débouchés intéressants auprès des importantes agglomérations de Tlemcen et d'Oran. La conquète de l'Algérie entrainant une hausse des prix, de 2frs 50 la tête en 1830 à 10 frs en 1845, ne pouvait qu'encourager ce trafic.
Aussi, est-il permis de croire qu’en 1845, lors du premier envoi de moutons sur la France, moutons algériens se mêlaient à ceux-ci des moutons marocains. En tout cas, ce commerce ayant pris de l’extention, les moutonniers algériens, bien avant le début de l'occupation française du Maroc Oriental par nos troupes, achetèrent régulièrement de nombreux troupeaux dans ce pays, comme le montreront les statistiques citées plus loin.
Cette situation de fait fut régularisée entre le Maroc et la France par le Protocole de Paris signé le 24 juillet 1901, puis reconnu le 16 juillet 1906 par l’Acte d’Algé- siras (article 103.)
Des chiffres fournis par l’administration Alsérienne d’abord, par les Douanes Chérifiennes ensuite, sans tenir compte de la possibilité de sorties non contrôlées sur une frontière de plus de 400 kilomètres presque sans surveillance, donnent des indications précises sur l’intensité du commerce des ovins du Maroc sur l’Algérie.