B) MAROC OCCIDENTAL
1° —— Aperçu Géographique: Le Maroc Occidental est caractérisé, dans son unité, par ce fait qu’il représente le versant Atlantique de l’Afrique du Nord. Mais il comprend des régions très variées comme aspect, comme richesse, comme climat. On y distingue en gros:
A. — Le Riff Espagnol au Nord, zône de montagnes qui, placée sous le Protectorat Espagnol, ne nous intéresse pas directement; ce pays est d’ailleurs très pauvre en
élevage.
B. — Le bassin du Sebou, vaste cuvette richement irriguée qui part des hauteurs de Taza, comprend les grandes cités de Fès et Meknès et se termine au bord de l'Océan par la large plaine du Gharb. Contrée qu’on a pu appeler le cœur du Maroc, c’est avant tout une région agricole.
C. — La Meseta Marocaine, appelée ainsi par comparaison avec le plateau Ibérique; c’est une étendue sèche et chaude partant des contreforts de l'Atlas jusqu’à l'Océan. La mer lui envoie quelques pluies et de la montagne coulent des fleuves, dont le principal est l’Oum er Rebia. En dehors de quelques zônes cultivées, le pays est aride et convient particulièrement à l'élevage du mouton.
D. — L'Atlas (Moyen et Grand), pays de montagnes, froid en hiver, très chaud en été, avec. de nombreux torrents. Il présente sur certains versants, àcôtés de forêts, de riches pâturages qui permettent l'élevage de nombreux bovins et ovins.
E. — Le Sous, région prédésertique au Sud de lAtlas. Plaine chaude, très sèche, il ne présente guère d'intérêt
Grâce à sa configuration géographique, le Maroc Occidental offre des ressources très variées. Son climat, par suite les productions végétales et animales, diffèrant beaucoup quand o n va de la côte à la montagne, de la vallée du Sebou à la Meseta.
Le pays, véritablement riche en certains points, surtout dans la vallée du Sebou, nourrit une population relativement dense de plus de 4.000.000 d’âmes et com-
prend de grandes villes dont certaines sont de fondation
ancienne, telles que Fès (81.172 habitants) et Marrakech (149.263 habitants), dont d’autres telles que Casablanca (306.608 habitants) prennent chaque jour plus d’importance.
2° — Population ovine: Le mouton étant, comme celà a été dit plus haut, une providence pour le Musulman, compose obligatoirement une part importante du troupeau du Maroc Occidental. Celui-ci cependant, comprend en outre un grand nombre de bovins. D’après les derniers recensements, en tenant compte des jeunes, exempts d'impôts, et des omissions, on peut estimer que le pays compte actuellement au moins 8.000.000 moutons.
De cet énorme troupeau, une part minime: 100.000 environ, revient aux colons Européens. Ce sont souvent des brebis sélectionnées dans le pays, croisées avec des béliers de provenance très diverses, où cependant le mérinos domine. Ces élevages sont encore trop peu nombreux pour avoir une influence quelconque sur l’ensemble de la population ovine marocaine.
L’Elevage indigène, pratiqué sur des régions très différentes les unes des autres, est très disparate et il faut une grande volonté de classification pour y retrouver les races berbère, barbarine et arabe, distinguées en Algérie. Encore doit-on avouer que le mot barbarin, qui désigne ailleurs le mouton à grosse queue, ne correspond au Maroc à rien de tel.
Grosso modo, on peut reconnaître:
A.— Une race longilique à garrot saillant et fanon développé, à face brune, à laine plus ou moins fine, de mauvaise conformation pour la boucherie, qui peuple le littoral et le bassin du Sebou.
B. — Une race bréviligne à dos large, à membres fins, de petite taille, à face rousse, à laine très grossière, très bien conformée pour la boucherie, qui vit sur le versant des montagnes. C’est le mouton berbeère dit« Chleuh», étudié et décrit par le Vétérinaire-Capitaine Marcenac. On peut le considérer comme ne faisant qu’un avec le mouton «Chleuh»> que nous avons décrit dans la population ovine du Maroc Oriental.
Mais cette division en trois races ne donne qu’un aperçu grossièrement simplifié du troupeau du Maroc. Occidéntal. Dans chaque race il faudrait admettre des variétés à peu près aussi nombreuses que le sont les tribus humaines, et dans ces variétés, il serait souvent facile de distinguer, du fait des croisements multiples entre les races, des individus tout à fait hétérogènes.
En résumé, il est presque aussi difficile de définir la population ovine marocaine que la population humaine, dans laquelle on rencontre, à côté de types nègres qui n’ont rien à envier aux Soudanais, des individus blonds aux yeux bleus.
3° — Quantités exportées: Devant un troupeau aussi considérable, auquel il faut adjoindre pour bien connaître les ressources en viande du pays, les chèvres( plus de deux millions) et les bovins (plus de un million et demi), sans compter la volaille extrèmement nombreuse dans tout le Maroc (plus de 80 millions de francs d'œufs exportés en 1927), on pourrait croire que chaque année une large portion de l’Elevage ovin est réservée à l’exportation, La règle qui veut que, en pays musuiman, la population ovine égale la population humaine, voit ici la balance pencher en faveur des ovins qui atteignent
DA
à peu près un chiffre double de celui de la population, et. permet d'espérer de nombreuses disponibilités.
Cependant, les statistiques citées plus haut indiquent qu’il n’en est rien. Permises seulement depuis 1920, les exportations de moutons du Maroc Occidental portaient en 1926 et 1927 sur le nombre relativement infime de 20.000 têtes annuelles. En 1928, le nombre de 5.000 têtes n’a pas été atteint.
4° — Destination des animaux exportés: Depuis 1920, des tentatives ont été faites pour créer entre Casablanca et Bordeaux un courant commercial de moutons comparable à celui des ports de l'Algérie vers Marseille. La ville de Bordeaux faisant pour sa propre consommation appel aux moutons Algériens importés sur le marché de Marseille, pour une part estimée à 40.000 têtes par an en 1924, offrait un premier débouché.
En 1924, l’Office du Maroc de Bordeaux ouvrait en cette ville un « Congrès du mouton Marocain ». Quatre ans après, en 1928, 1.100 moutons seulement étaient envoyés de Casablanca sur Bordeaux. (Dans la même : année, d’ailleurs extrèmement défavorable au commerce moutonnier, 500.000 moutons dont 120.000 importés du Maroc Oriental, avaient été exportés d'Algérie sur Marseille). On peut en conclure que jusqu'ici, les importations de moutons du Maroc sur Bordeaux sont presque
nulles.
La plus grande partie des moutons exportés du Maroc Occidental français est destinée à la zône Espagnole du Maroc. Cette région, pauvre en élevage, comprend des villes: Larache, Tanger, Ceuta, Tétuan, qui pour leur
ravitaillement font appel aux troupeaux des régions voisines. ;
Mais en dehors de la cherté actuelle des moutons dans tout le Maroc l'interdiction faite en 1927 d'importer des moutons dans la péninsule Ibérique, la pacification du Riff, diminuant l’importance du corps d'occupation, gros consommateur de viande, et facilitant le ravitaillement sur place des agglomérations, ont de beaucoup ralenti ce commerce.
Celà suffit à expliquer la diminution brusque des exportations de moutons dans cette direction. Après avoir marqué une tendance à s’équilibrer autour de Ï5 à 20.000 têtes dans les années qui précèdent, la consommation espagnole de moutons marocains tombe audessous de 4.009 têtes en 1928.
5° — Qualité de la marchandise exportée: Parmi les animaux expédiés en France, il en a été de ioutes races et de toutes conditions, depuis les mouions osseux du Gharb dont les bouchers de la Métropole ne veulent à aucun prix, jusqu’à des croisés Dishley-Mérinos, moutons castrés de trois ans, provenant de l'élevage d’un Colon de Moulay bou Azza.
D'autre part, une erreur assez commune a consisté à importer dans les pâturages humides des environs de Bordeaux, des moutons maigres provenant des régions très sèches. On espérait obtenir un engraissement très rapide des animaux; les expériences n’ont pas été favorables à cette attente. :
Il semble, comme l’a indiqué le Vétérinaire-Capitaine Marcenac, que les résultats les plus intéressants aient
-été obtenus avec des lots de « Chleuhs » et croisés « chleuhs-Tadlas > provenant de la région de Tadla, exportés enire 14 et 18 mois, castrés, clavelisés et engraissés avant l’embarquement.
En ce qui concerne les sorties vers la zône Espagnole du Maroc, il s’agit surtout d’un commerce frontalier, portant sur des moutons de boucherie, mais qui n’ont pas été préparés spécialement pour l’exportation.
6° — Pratiques commerciales: De ce qui précède, il découle que le commerce du mouton au Maroc Occidental, s’il a déjà donné lieu à d’intéressantes initiatives particulières, n’est pas encore organisé et le marché de moutons marocains de Bordeaux reste pratiquement à organiser.
Le jour n’est pas venu encore où, comme dans le Maroc Oriental des marchands spécialisés achèteront, pour les : envoyer méthodiquement pendant toute une saison sur la Métropole, après les avoir engraissés, des lots homogènes de moutons de boucherie.
Il convient pourtant d'indiquer les essais en ce sens pratiqués dans la Région du Tadla. S’ils sont poursuivis avec méthode, ils sont riches de promesses pour l’avenir.