RAPPORT DE M. MANGIN
La Commission avait pour mission d'examiner les titres que peuvent avoir aux récompenses du Jiiry les auteurs de travaux de reboisement.
Les travaux qu'elle a eu à examiner en première ligne sont les plantations d'essences australiennes et Ijarticulièrement d'eucalyptus. • . A ce mot d'eucalyptus, le nom de M. Ramel est venu à la pensée et sur les lèvres de chacun. C'est lui, en effet, qui, .ayant observé en Australie les propriétés bienfaisantes de cet arbre et ea croissance rapide, a pensé le premier, qu'en suite de la position qu'occupe sur le globe l'Algérie, par rapport à sa contrée d'origine, l'eucalyptus pourrait améliorer le climat de la Colonie et lui donner les bois qui lui font malheureusement défaut dans une si grande proportion. C'est aussi lui qui, par l'entremise de. MM. Newmann et liardy, fit faire en Algérie les premiers essais de plantation d'essences australiennes et commença ainsi la réalisation de la pensée quai avait conçue*
M. Trottier s'est fait en quelque* sorte Tapôtre dé ridée de M. Ramel, et Ta appliquée en grand et généralement avec succès.
La Commission a visité, 'tant à Hussein-Dey qu'au Fondouk et à la Maison-Carrée, les 37 hectares qu'il a plantés d'eucalyptus. Elle a vu toute une charpente faite en bois provenant de ses plantations. Il résulte de l'intéressante brochure qui lui a été remise par M. Trottier, que pour lui l'eucalyptus est jugé ; il est destiné à transformer le climat de l'Algérie et à donner à la France tous les produits qu'elle tirait autrefois des magnifiques futaies de chêne» etdesapins qui couvraient nos chères et regrettées provinces l'Alsace et la Lorraine.
M. Trottier s'est aussi occupé de l'éducation de l'acacia léiophilla au point de vue de Técorce à tan. Il en a planté 3 hectares à la Maison-Carrée. L'analyse qu'il.a fait faire de l'écorce de cette essence australienne démontre tout 1 intérêt qui se rattache à cette culture. L'écorce de cet arbre renferme quinze pour cent de tannin tandis que celle de chêne n'eu- contient que huit.
La foi de M. Cordier dans les eucalyptus n'est certes, pas moins grande que celle de M. Trottier; Mais, selon lui, nous sommes encore aujourd'hui dan^- la période d'étude. Les 24.000 plants qu*il cultive à la Maison- Carrée, à la Réghaïa ef à Aïu-Taya app^ieunent à 120 variétés différentes ;. chacune d'elles est l'objet d^ soins particuliers ;. il chercha par des moyens ingénieux, qu'il serait trop long de décrire, quel est le sol et le climat, la culture à donner à chacune d'elles et mesure consciencieusement l'accroissement qu'elles prennent chaque jour, en circonférence et en hauteur. Il ne veut pas,^ et bien; sagement selon nous, qu'on porte dès aujourd'hui un jugement définitif sur la qfialité de bois, dont les plus âg^s n'ont g'uère qu;e quatorze ans. et qui sont peut-être destinés^à vivre des siècles.
Les conséquences tirées des propriétés de l'eaca-lyptus venant d'Australie ne lui paraissent pas Cou-
cluantes, car il sait tous les mécomptes qu'éprouvent les forestiers en cherchant à acclimater les essences d'une région dans une autre qui leur semble cependant «e trouver dans des conditions climatériques similaires. M. -Cordier paraît devoir^ par ses consciencieuses, intelligentes et persistantes études, faire faire de grands progrès à la culture de l'eucalyptus.
Tel n'est paç le point de vue auquel se place M. Arles- Dufour, dont la Commission a admiré les 20.000 eucalyptus qu'il a plantés dans son domaine des Sources à rOued-el-Halleug. Saus «'occuper outre-mesure des hautes destinées qui l'attendent, M.Arlès-Dufour comprend tout ce que vaut a-ujourd^hui l'eucalyptus, et sait que la mission, en quelque sorte providentielle de cette essence, est de venir en aide aux colons^ en améliorant les conditions climatériques de la région qu'ils habitent et en leur fournissant, dans unç période extré* mement courte, les bois nécessaires à- leurs exploitations. Cet agriculteur distingué a donc choisi les variétés qui, d'après l'expérience, prospèrent d^ns les terrains que comprend son domaine, et a donné à ses plantations la disposition rationnelle et systématique qu'elles doivent avoir pour protéger les cultures contre Tjiction^ nuisible des vents du Sud et' de l'Ouest.
La Commission doit aussi mentionner les travaux faits par M. Armand Arlès-Dufour dans le bois de SO hectares attenant au domaine des Sources. Cette forêt, qui offrait un peuplement d'ormes, de frênes et de bois blanc, enchevêtrés de broussailles et de ronces, a été, par des travaux successifs et intelligents, transformée en des prés-bois. Ces travaux méritent d'être signalés, parce qu'ils démontrent qu'un propriétaire peut, sans nuire k ses intérêts, conserver des portions de forêts vouées, semble-t-il, au défrichenient à cause de leur situation sur des sols marécageux, et qu'il est cependant si utile deconserVer en nature de bois dans une contrée où la superficio boisée est si peu considérable par rapport à la surface totale.
M, le général Boissonnet a entrepris de rendre productive, par le reboisement, la partie rocheuse de &%
propriété d'El-^Bîar ; il poursuit cette tâche depuis dixneuf ans avec une persévérance digne des plus grands éloges, et ses plantations, qui comprennent 75.000 pins d'x\lep, sont aujourd'hui complètes et parfaitement réussies. Enfin, la Commission a visité les travaux entrepris par M. Laval autour de ses glacières situées sur les contre-forts de TAtlas qui dominent Blida. M. Laval est devenu propriétaire, vers 1860, d'une forêt qui offrait alors un peuplement de chênes verts malvenants, rabougris par suite de Tabroutissement et renfermant de vastes clairières complètement dénudées. Il a repeuplé ces clairières par des plantations de châtaigniers, de pommiers, de poiriers et d'arbres fruitiers de toute espèce, de sorte que ces lieux, jadis désolés, offrent aujourd'hui Taspect d'un luxuriant verger. M. Laval résolut ensuite de régénérer sa forêt, tout en en tirant le meilleur parti au point de vue industriel. Il fit v^enir des Cévennes des ouvriers ayant pour profession d'exploiter les taillis de chênes verts au point de vue de récorceà tan, et défendit par son énergie, contre l'envahissement des troupeaux des indigènes., les jeunes taillis qui, ayant aujourd'hui huit ans, sont devenus tout-à-fait défensables. Bien plus., il résulte du témoin gnage du service forestier local, que M. Laval, en sauvegardant ainsi sa forêt, a protégé d'une manière efficace la forêt communale de Sidi-el-Kebir, que l,es indigènes ne pouvaient atteindre qu'en trav-ersant celle qui lui appartient.
La Commission, en suite des considérations ci-dessus, a proposé à la Société d'agriculture, qui aratifié ses conclusions, de décerner une médaille d'or de première dlasse, grand module, à M. Ramel, introducteur de l'eucalyptus, et une médaille d'or à chacun des concurrents ci-dessus nommés qui ont tous un mérite égal quoique ayant poursuivi chacun un objectif différent.
DOMAINE DES SOURCES (OUED-EL-HALLEUa)
Les plantations qui ont été faites aux Sources .av,aient pour \)ut •
10 D'aBriter les cultures contre les vents desséchante d'Ouest et de Sud-Ouest ;
2° D'assainir, tant par leur ombrage que par les phénomènes inhérents à toute culture arborescente;
3° De fournir, dans un avenir rapproché, non-seulement les bois de chauffage et de construction nécessaires à l'exploitation, mais même des bois pour la vente.
Le premier résultat à atteindre étant l'abri, on a dû pcocéder aux plantations, en établissant des rideaux systématiquement orientés, du Nord au Sud et de l'Est à l'Ouest : ces rideaux consistent en trois lignes parallèl'es espacées de deux à trois mètres entre-rangs et de deux ài trois mètres sur rangs. Chaque année, on plante quelques lignes derrière le premier abri, en sorte que les jeunes plantations protégées contre le couchant et le midi, végètent dans de bien meilleures conditio;is que si elles eussent ét^ faites en rase campagne ;. les rideaux ont de six à quinze^ lignes d'éparaseur, l'espacement defi^nitivement adopté est de quatre mètres entre-r*ngs et deux mètres cinquante^ sur rangs, donnant ainsi i.OOO arbres à l'hectare.
La propriété des Sources se trouvant orientée du Nord * au Sud,, et ayant un« largeur moyenne de 1.500 mètres sur^ une longueur d-environ 4.000 mètres, il a suffi d'établir deux rideaux parallèles dans le sens de la longueur pour les protéger contre les veuts d'Ouest et du Sud-Ouest; un rideau planté sur la limite Sud et les plantations faites en bordure sur trois routes parallèles se dirigeant dans la même orientation, plus une plantation en bosq^uet de deux, hectares et coupiant la propriété dans la même sens, abritent le sol contre l'action desséchante des vents du Siid et du* Sud-Est. i
Bien que les premières plantations ne dépassent pas encore dauze à quinze mètres de hauteur, leur action protectrice^ Sd^ fait déjà sentir à plus de cent mètres sous le vent; tout porte à croire que dans dix ans les arbres auront atteint une élévation de vingt-cinq à trente mètres, et qu'ils protégeront alors efllcacement toute la surface de la propriété; c'est surtout au printemps, alors que la végétation a besoin de beaucoup d'humidité, que Faction tamisante des arbres 9e fait sentir, et c'est justement à cette époque que les grands vents de lequinoxe viennent absorber brusquement et en quelques heures les losées et
les averses, coucher les récoltes et briser les jeunes pampres des vignes.
Lors de l'invasion des sauterelles, on a pu remarquer que les vols, qui venaient tous du Sud-Ouest, étaient obligé* de s'élever pour franchir les rideaux d'arbres, et que les parties qui se trouvaient immédiatement derrière les rideaux étaient moins dévorées ; les arbres, cependant, n'avaient alors que six ou sept mètres de hauteur ; lorsqu'ils en auront trente ou quarante, peut-être auront-ils une action plus efficace sur ce terrible fléau ; en tous cas, ils serviront à appuyer les obstacles, tels que feuilles de zinc ou toiles, au moyen desquels on peut combattre efficacement ^'invasion des criquets.
Si l'influence de brise- vents aussi isolés que ceux qui se créent aux Sources est déjà sensible, que sera-elle lorsque toute la contrée avoisinante, imitant M. H. Chuffer, aura suivi l'exemple donné par M. Arlès-Dufour,
Sur sol perméable et sain, il convient de planter en octobre et novembre. Craignant l'action des .gelées, M, Arlès- Dufour avait longtemps hésité à adopter cette époque de l'année; mais la dernière gelée du 23 mars, pendant laquelle le thermomètre est descendu à 4 <> 8, n'ayant pas tué un seul des petits arbres plantés à la fin de novembre dernier, Tinsùccès n'est plus à craindre.
Les principaux avantages de la plantation d'automne sont: 1° la facilité d'avoir du plant, les semis de printemps réussissent beaucoup mieux que ceux de l'automne; 2*' les frais moindres pour la plantation, les pluies de l'automme assurant la reprise des arbres ; 3^ la facilité qu'on a de remplacer au printemps suivant les manquants^ les arbres remplacés entrent immédiatement en végétation, et, avec quelques soins de plus, ne sont pas dépassés et étouffés par les autres.
Dans les terrains humides ou compactes, les racines des petits arbres se développent plus péniblement ; une gelée . un peu forte tue immanquablement les jeunes arbres plantés à l'automne ; dans de telles conditions la plantation de printemps est seule possible.
Le terrrain bien labouré et hersé, puis jalonné, on fait creuser des trous ayant 40 centimètres de large sur 40 ^centimètres de profondeur et 60 centimètres de longueur ; les trous ayant pris l'air, et si c'est possible la pluie, sont recomblés en abattant les côtés de façon à ce que la terre
présente une surface travaillée de 60 centimètrea earrés \ la plantation a lieu quelques jours après ; Tarbre planté se trouve, après tassement des terres, à 10 ou 1& centimètres en contre-bas du sol environnant^ si la plantation a été faite à Tautomne, on donne au printemps un binage autour du pied, on le rechausse légèrement, puis on donne un labour superficiel qui rejette la terre près des pieds (labour de chaussage) ; k Tautomne suivant, on redonne les mêmes laçons, seulement comme le labour déchausse, on a soin, en binant, de tasser la terre avec le pied afin de soutenir le jeune arbre contre les vents et contre le détrempement du sol en hiver.
Le coût de la plantation peut s^établir approximativement comme suit :
Labour et hersage 30 francs,