BATTEUSES
Une seule locomobile à vapeur figurait à l'Exposition, sortant de la maison Pilter ; elle était de la force de dix chevaux et mettait en mouvement la machine à battre qui attirait les visiteurs chez MM. Billard et Chabre, et qui dominait, par son ronflement sonore , tous les bruits de la foule.
Cette machine, dite batteuse Garett, grand travail, est fort connue ; elle a remporté des prix dans toutes les Expositions, dans tous les Concours régionaux de France : elle est jugée. Son travail est complet, sa rapidité vertigineuse ; malheureusement, elle marchait h vide à l'Exposition, ce qui ne permettait pas aux personnes qui la voyait pour la première fois de se rendre un compte exact de sa mar<2he et de ses divers fonctionnements.
Par sou volume, cette machine sera d'un emploi difficile, faute de routes, pour la: faire voyager de f^me
en ferme comme le font dans beaucoup de nos pays de France, les entrepreneurs de battage.
Mm. Deker et Mot avaient exposé des batteuses dont une avec secoueuse, mues par un manège à cheval, qui, bien que débitant moins, nous paraissent appelées à rendre de plus grands services par la facilité de leur transport, de leur manœuvre, de leur installation. Ces batteuses ne demandant pas ime grande force, le manège qui les met en mouvement peut, avec un seul animal, faire marcher simultanément un ou deux autres outils.
Il y avait aussi plusieurs batteuses à bras exposées par MM. Léon Caillât et Cie, d'Alger ; Rabouel, de Dély- Ibrahim ; une batteuse avec élévateur pour paille, de Pilter.
Les constructeurs algériens se sont distingués dans la construction des tarares : MM. Caillât et Cie, d*AIger ; Dolive, de Beni-Méred; François, de Beni-Méred; Guibert, de Mustapha ; Lemoine, de Marengo, rivalisaient avec les maisons de France Meugniot, Meixmoron de Dombasle, etc.
Pour les cribles et les trieurs, nous citerons MM. Alliez, deVAgha, et Vermorel, de Villefranche (Rhône) ; WaiteBurnel, du Havre.
Nous retrouvons encore les mêmes noms dan» les sections des concasseurs et des égrenoirs à maïs, des coupe-racines, des hache-paille.
Signalons, par une mention particulière, la machine à peigner et à filer le palmier de M. Granier, de Mustapha ; elle doit aider beaucoup au développement de cette industrie toute spéciale à l'Algérie.
PIIESSOIRS ET FOULOIRS
La culture de la vigne est nouvelle en Algérie ; comme conséquence, la fabrication du vin y est, il faut le dire, assez mal entendue, sauf quelques exceptions. Cependant, quand le vigneron a donné tous ses soins à de bons plants bien choisis, bien appropriés au sol, à son exposition, à son altitude, et quand enfin
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te raisin est mûr, il n'a plus rien à attendre de la lïature, elle lui a donné tout ce qu'il pouvait lui demander, le reste est son affaire. Si, avec de bons raisins, il trouve le moyen de faire de mauvais vin, il ne doit s'en prendre qu'à lui de la perte que sa négligence ou son ignorance lui cause.
Il ne faut pas craindre de signaler le mal, surtout quand il est facile de désigner le remède.
Pour beaucoup des vignerons actuels de TAlgérie, la culture de la vigne était chose nouvelle ; d'autres, nés dans des pays vignobles, quelques-uns dans le midi de la France, la plupart dans les contrées méri* dionales de TEspagne, ont apporté dans leur nouvelle . patrie les préjugés et les routines, pour trancher le mot, l'ignorance avec laquelle ils avaient vu opérer dans leur pays, ne se doutant pas qu'on puisse faire mieux ailleurs.
De là les mauvais résultats obtenus avec la môme somme de travail sur un sol qui se prête, merveilleusement à la viticulture, le découragement du vigneron, la méfiance du consommateur et le succès des fabricants de vin de Cette et de Marseille, qui continuent h nous envoyer les produits de leurs laboratoires quand l'Algérie devrait être à même de fournir à sa consommation, et à la veille de fournir à la France, éprouvée par le phylloxéra, des Vins qui seraient vite classés et appréciés par les marchands et les connaisseurs.
Lorquele raisin est jeté dans la cuve, tout n'est pas fini, et si c'est une science que de savoir fabriquer et conserver une bonne cuvée, c'en est une aussi que de tirer du fruit tout le produit qu'il peut donner ; il y a . là une question d'intérêt qni vaut la peine qu''on s'y arrête.
Quand, dans tous les vignobles de France, on fait encore aujourd'hui usage du pressoir et du fouloir, nous ne voyons pas pourquoi les vignerons algérien» se refuseraient à se seïvir de ces vieux outils chantés par tous les poètes de la vigne, Bordelais ou Bourguignons, d'autant plus que ceux que construit Tindustrie moderne sont loin de ces antiques et massive»
macMues où il fallait cinq ou six hommes à chaque barre du cabestan, et dont chaque tour de vis faisait gémir leâ poutres de la maison et craquer les ais de la table au marc.
Le via de la cuve est certainement le meilleur, mais si celui qui sort du pressoir emporte avec lui un peu de lamertume de la grappe, il est encore à préférer pour la consommation locale à tous les mélanges mystérieux qui se débitent dans les cabarets au grand préjudice de la santé publique.
Cependant, beaucoup de vignerons que nous avons eu occasion de visiter n'ont pas de pressoir. Nous comprenons qu'ils aient reculé devant l'installation de la vieille charpente de nos pères, que la rareté de bois convenables leur aurait rendue difficile ; maîe aujourd'hui ces instruments sont des meubles, ils ne sont plus scellés dans la muraille comme autrefois, leur manœuvre est facile, et ils arrivent à tirer du marc jusqu'à la dernière goutte de jus, en le rendant sec et en blocs à couper à la scie; ils ne laissent absolument h faire que le transport à l'alambic qui en extrait l'alcool.
Or, en culture, il faut tout utiliser.
Ce que nous disons pour le raisin, nous pourrons le répéter pour toutes les matière» oléagineuses, le» olives entre autres.
Des industriels français ont eu un jour l'idée d'acheter les résidus, des pressoirs à huile vieux systèmes ; ilsoat fondé à Nice un établissement dans lequel ils ont installé des pressoirs perfectionnés ; et tous les ans, ils se rendent sur le littoral de la Eîvière do Gènes, y achètent les résidus des pressoirs à huile que lea paysans, laissent pourrir dans les coins de. leur cour, ou qu'ils brûlent Thiver quand ils ne peuvent pas faire autrement. Ces résidus, qui s'obtiennent à vil prix, sont chargés sur des bateaux et amenés à l'usine où ils repassent sous le pressoir qui en fait sortir encore de 20 à 22 p. <»/o d'huile excellente. Ce n'est pas tout encore, car le tourteau qui reste, et qui ressemble h une pierre, est traité une seconde fois par des agenta
chimiques qui en dégagent jusqu'au dernier ratôme d'huile ne laissant plus qu^ane matière qu'on utilise comme combustible.
Si nous sommes entrés dans cette diagression, qui se rattache du reste à notre sujet, c'est pour bien faire comprendre aux cultivateurs l'avantage qu'ils ont à se servir de moyens perfectionnés leur permettant de ne pas perdre une parcelle àe la partie utilisable des produits qu'ih tirent de la terre. — Leur travail surle sol n'en est pas augmenté ; c'est le rendement, par conséquent leur bénéfice qui s'accroît.
Nous n'entrerons. pas dans les détailade construction des différents pressoirs exposés. Le principe variant peu, la forme est toujours à peu de chose près la même, seules les dimensions changent et nécessitent des pièces plus ou moins massives suivant le volume et la force ; chaque fabricant modifie un détail pour ne pas faire comme son voisin, et nous dirions presque que la seule différence sensible réside dans le plus ou moins de fiai de la fabrication.
Nous nommerons, dans cette section: M. Alliez, de l'Agha, — un pressoir à marc construit dans ses ateliers d'après le système de Bouchage.
. M. Cazeaux, de Mugron (Landes), — un pressoir à vin et à cidre pour presser la vendange.
M. Mabille (Billard et Chabre), — trois pressoirs de 5 à 16 hectolitres qui nous ont paru d'une solidité exceptionnelle ; — un fouloir à raisin,
Dolive, de Beni-Méred, — un fouloir à raisin de son invention.
Vigoureux, de Nîmes (Gard), — pressoirs à vin et à huile, fouloirs à raisin, fixes et mobiles, d'une grande simplicité.
Un fort joli modèle de pressoir à vin était exposé par M. Philibert d'Alger. Il sortait des ateliers de la maison M. Eybert fils et Cie ; c'est un type très réussi que nous recommandons aux vignerons.