SOIES
Les plus grands efforts sont en ce nioment tentés pour rendre à la sériciculture l'importance à laquelle lui permettent d'aspirer le ùonib^e des mûriers actuellement plantés, la facilité extraoMînairè avec laquelle cet arbre se reproduit, la rapidité de son développement et un climat de tdus points propîe à lelévàge du ver-à-soie.
Les Chambres de commerce et d'agriculture ayant été invitées à rechercher les causes qui avaient cdnduit les colons à renoncer à la sériciculture ont été unanimes à déclarer que cet abandon devait être attribué, en majeure partie, aux difficultés que les producteurs de cocons éprouvaient pour écouler leur récolte à des conditions rémunératrices.
Pour remédier h cet état de choses, le Gouvernement général a pris, à la date du 2 mars dernier un arrêté attribuant aux éducateurs et aux exportateurs des primes s'élevant pour les cocons secs, grosse race, à 2 fr. 40 le kilogramme, et pour les cocons japonais ou petite race, également secs, à 1 fr. 60. Le quart de ces primes est accordé aux cocons frais. Par le même arrêté, f Etat s'est engagé à venir enaide, par des subventions, aux fabricants qui installeraient des filatures de soie réunissant certaines conditions.
D'un autt'e côté, l'honorable M. Jean Dolfus, exmaire de Mulhouse, après s'être assuré le concours gracieux de M. Alphonse Arlès-Dufour, a entrépris de propager en Algérie la lucrative culture delà soie, par la création de magnaneries modèles, la vulgarisation des meilleurs procédés d'élevage, la distribution dans les campagnes kip^it coûtant de graines de premier choix remboursafeles à la récolte, et la mise à la
disposition des intéressés d'un étouflfoir à cocons. Le choix fait par M. Dolfus d'un coopérateur aussi habile que l'est M. Vincent Visciano ne permet plus de douter du succès de la campagne de 1876. Jusqu'à ce jour, deux cents onces ou cinq kilogrammes de graines ont été placés et produiront selon toute probabilité, si la marche est normale, de sept à huit mille kil. de cocons. De plus, deux magnaneries modèles, qu on peut visiter gratuitement, ont été créés et installées, Tune à Coléa, à la maison communale, Fautre à Ban-Siam, près Birkadem, chez M. Vincent Visciano,
A l'heure ou nous écrivons, paraissent dans le? différents journaux de la localité des avis émanant de M. Dolfus annonçant aux sériciculteurs que les cocons leur seront payés à Alger : les milanais, 4 fr. le kilo ; les japonais, 3 fr. ; les doubles faibles et chiques, 1 fr., prix très rémunérateurs et de nature à encourager sérieusement la production. Abandon est fait aussi en leur faveur de la prime accordée par l'Etat.
MM. Visciano et NumaBothier ont exposé des cocons frais ; et divers propriétaires des environs d'Alger, de Tlemcen et d'Oran des cocons secs ; mais le grand intérêt de cette section a été l'ingénieux système inventé par M. Arlès-Dufour pour remplacer les rayons et les casiers en bois dans lesquels le jeune ver commence et termine son éducation. Outre Tinconvénient ' de coûter fort cher, les installations en bois exigeaient, après chaque campagne, un nettoyage; et des soins, dont la plus petite imperfection pouvait entraîner la perte de la fécolte suivante. Aujourd'hui, l'éducateur peut, en adoptant le système Arlès-Dufour, qui consiste à substituer aux planches des roseaux reliés entre eux par un simple fil de fer, construire lui-môme et presque sans frais, les casiers et les rayons qui lui sont nécessaires ; et comme grâce aux bon marché des matériaux employés, il a tout avantage à les renouveler chaque année, il évite ainsi tout danger de voir des appareils mal nettoyés conserver, pour les communiniqier* aux générations suivante '; des germes de maladie.
PRODUITS ALIMENTAIRES DITBRS
Les poissons, conservés en saumure ou en boite, occupent le premier rang parmi les produits alimentaires préparés en Algérie, aussi bien sous le rapport de l'excellence de la fabrication, que sous celui de Timportance prise depuis quelques années par cette industrie répandue sur toute la côte d'Oran à la Calle. Le relevé des opérations de la Douane, constate en effet que cette marchandise a donné lieu en 1874, à une exportation qui se chiffre par 5,836,126 kilos, alors qu'en 1870, quoique en grand progrès sur l'exercice 1869, elle atteignait seulement 2,219,025 kilogrammes.
Les sardines et les anchois en saumure, exposés par MM. Dimech et Schiaffino, d'Alger, de môme que les sardines en boîte de M. Aveline, de la Calle, peuvent rivaliser avec les produits similaires les plus en réputation de la côte Ouest de la métropole. Aussi passerions nous sans nous arrêter un seul instant devant les conserves de cette nature, fabriquées par une maison de Nantes, si un intérêt tout particulier ne fixait notre attention. L'inscription qui les surmonte apprend, en effet, que les sardines contenues dans les buîtes en fer blanc ou dans des bocaux (jui permettent d'en apprécier la grosse'ur, ont été- prises à l'aide de l'appât de sauterelles d'Afrique, inventé par M. le docteur Morvan de Douarnenez et son collaborateur M. Delas3alle. Saluons donc, avec tous les égards qu'il mérite, C3 modeste flacon rempli d'une matière noirâtre produite par la trituration des sauterelles desséchées, car elle nous représente, d'une part un emploi utile du locuste si redouté de nos agriculteurs, de Vautre un engin qui paraît destiné à suppléer avantageusement la rogue de Norwège et à sauver ainsi la principale industrie de nos laborieuses populations maritimes de l'Océan, sérieusement compromise par le prix toujours croissant du seul appât pbnnu pour la pêche de la sardine. Si les nouvelles expériences qui vont avoir lieu, confirinent les espérances qu'ont fait naître les résul-
tats aujourd'hui acquis, 57,000 sauterelles pêchées en un seul jour, tand|s que le plus beau qoup obtenu pendant toutes la campagne de Tannée précédente n'a été que de 42^000, M. le docteur Morvan aura rendu un senrice aussi signalé anx agriculteurs algériens qu'à nos pêcheurs. C'est ce qu'avait déjà compris, en 1875, la Commission de l'Exposition maritime et fluviale lorsqu'elle a honoré l'inventeur de l'appât de sauterelles, d'un diplôme d'honneur.
A côté des poissons préparés, nous devons encore sigpaier les conserves de tomates de M. Mercurin, de Ohéragas ; les fromages façon Brie de M. Rabouel, de Dély-Ibr^him ; les pâtes alimentaires au jus de viande de M. Leroux, de Bouferik ; la soubressade de M, Verger, de Rouïba. Quant aux chocolats fabriqués à Alger môme par MM. Muratorio et Sudan, ils méritent nne mentipn spéciale. Gréée seulement depuis un an, leijir usine a su prendre une place assez importante' pour que les produits qui en sortent fassent déjà une concurrence sérieuse aux chocolats métropolitains les plus justement renommés. Or, constater ce fait est le plus hel éloge que l'on puisse adresser à ces deux innovateurs avec oui rAlgérie partage le bénéfice résultant de la diflférepce qui existe entre les droits perçus sur les matières premières et ceux ajffectant la marchandise fabriquée. ^ * *
ESSEJîÇES AUX Fl^EURS DU PAYS. — PRODUITS PHARMACEUTIQUES
Les essences et les parfums de l'Orient ont joui, de tout temps, d'une réputation due à l'abondance et à la diversité des fleurs odoriférantes, que fait écloresans peine un climat privilégié. En s'implantant en Algérie, l'industrie française ne pouvait laisser aux indigènes le monopole de cette fabrication, et les détails fournis par M. Mares, dans le rapport relatif à la prime d'honneur, sUr l'usine créée à Rhilen par M. Gros, témoignent des progrès qu'elle a su réaliseï.
Dans le département d'Alger notamment, les envi-
. rons de Boofarik et de Ohérag^ ont été tpangfovmés en immenses parterres productife où on cultive, sur des milliers d'hectares, les plantes et les fleurs odoriférantes les plus estimées, oranger^ jasmin, rose, tubéreuse, verveine, violette, cassis origan et surtout le géranium rosat, dont la riehe moisson alimente de nombreuses fabriques.
Dans la première de ces contrées, h côté de M. Gros, nous citerons M. Ch. Leroux qui, s'inspirant des procédés tracés par le docteur Miergues, de la Faculté de Montpellier, s'est créé une spécialité en donnant pour base aux produits de sa, fabrication le principe hygiénique contenu dans la feuille de Veiœalypéus, dont il a su associer de la façon la plus agréable le parfum pénétrant à c^lui deB plantes ci^^desaus mentionnées.
Les nombreux visiteurs de l'Exposition ont tous pu apprécier la suavité incomparable de l'essence intitulée extrait d'odeur africain.
Dans le quartier de Chéragas, où domine la culture du géranium rosat, qu'exploitent en grand les trappistes de Staouéli, nous mentionnerons les distillearies de MM. Ardisson et «Queyrpy.
A la fois distillateur et parfumeur, M. Queyroy s'est, en. outre, attaché à la fabrication de quelques produits spéciaux définitiye;nent adoptés aujourd'hui par la mode, tels que la pomiTiade de Palmyre, Veau mêlanique, Veau de Diane, la poudre de Cléopâtre, etc. Ah ! si noua n'étions discret, combien de chevelures brunes ou blondes qui font votre gloire et notre admiration, ne pourrions-nous pas. Mesdames, appeler en témoignage des propriétés merveilleuses des cosmétiques que nous venons de citer ?
En dehors des cultures, le sol algérien fournit naturellement en abondance des plantes médicinales qui ne demandent, pour entrer dans le commerce de l'herboristerie et y prendre une bonne place, qu'une préparation intelligente. L'intéressante exhibition de M. Lauras, pharmacien à Alger, présentait une collection à peu près complété de cette richesse, piroduit spon* tapé du sol, capillaire, carme de Provence, scilte^ .
pariétaires^ garoUyStramoine, verveine, marî^ubé, lavandes^ bourrache, petite centaurée^ chicorée, cigûCf gi^nadier, ronces ^ fumeterie, coquelicots y mauves, etc., etc.
Oty veut-on savoir quel est, dans le commerce, la valeur de quelques-unes de ces plantes convenablement desséchées ?
Les fleurs de bourrache se paient 300 fr. le quintal .celles de verveine AQd fr., la petite centaurée de 60 à 80 fr., les fleurs de mauve 300 fr., les feuilles de la môme plante 60 fr., les feuilles de cigûe 100 fr., le* feuilles à^eucalyptus 75 fr. etc.
La pharmiacie et la droguerie locales sont loin, du reste, d'en faire fi, comme le prouvent les exhibitions de MM. Lauras, Isnardi, Juramy, Trastour et Liogier.
Parmi les produits pharmaceutiques fabriqués avec des plantes ou des racines du pays, nous citerons Templâtre tirée de la résine du Thapsia Gorgancia, d'un emploi très usité aujourd'hui et que M. Lallemand, pharmacien à Coléa, prépare à l'aide d'un appareil de son invention ; le faham algérien, nom donné par M. le docteur Miei^gues aux feuilles desséchées et légèrement fermentées d'une orchidée commune en Algérie, Voceros ayithropophoros qui, outre les services qu'elle rend dans les affections des organes respiratoires, peut être utilisée par la parfumerie et les liquoristes.
Dans un autre ordre d'idées, nous mentionnons encore la poudre pour teindre en noir fabriquée par M, Rivoire avec des écorces d'Algéïie ; la poudre insecticide de M. Liogier, l'onguent vétérinaire de M. Beudot; l'encre de M. Chabert, et epfin le liquide dit extincteur, inventé par M. Nony et qui paraît susceptible de combattre efficacement les incendies..
PEODUITS I>B l'eucalyptus
Le lecteur a pu apprécier dans le chapitre consacré à la sylviculture, la place que l'eucalyptus est appelé à prendre dans le reboisement de l'Algérie et préjuger
le rôle que son bois est appeléà jouer dans rindualrie. Si cependant,, quelques doutes lui restaient, un simple caupni'œil jeté sur les échantillons exposés et l'emploi qui en a été fait, suffira pour le convaincre que la qualification d'arbre providentiel donnée à l'eucalyptus n'a rien d'exag'éré.
Voici d abord les traverses de chemin de fer et les poteaux^ télégraphiques présentés par M. Rivière, Directeur *du Jardin-d essai ; tirés d'arbres n'ayant pas plus de cinq à six ans, ils réunissent comme taille, dureté et résistance toutes les qualités recherchées des couBtructeurs-
A c6té, on remarque un poteau télégraphique exhibé par M. Trottier ; injecté en 1873 et fiché en terre depuis cette époque, il est aussi intact que le jour où il a été mis en expérience.
Voici encore le tronc diin eucalyptus planté en janvier 1867, en terre rouge* du Sahel, par M. Paul Blanc, et dont la circonférence mesUre au moins 50 centimètres, te propriétaire a pris le soin d'en faire vernir la partie supériejxre, et l'éclat, que donne au bois cette préparation, explique la faveur dont il commence à jouir dans les travaux d'ébéniaterie.
Le nom de M. Ramel, placé au-dessus d'une modeste vitrine, réclame enfin toute l'attention du visiteur.
La salubrité du continent australien était depuis longtemps connue qu'on ^n ignorait encore les causes. A» la suite d'observations suivies. M, Ramel crut pouvoir l'attribuer en grande partie à la multiplicité des arbres de la famille des mvrthes, etrcalyptus et congénères ; mais lorsqu^il se fut trouvé en présence de l'eucalyptus globulus, frappé de l'értrange parfum qui s'en dégage en abondance, il n'hésita pas à le considérer comme étant un des agents les plus actifs propres à combattre l'influence paludéenne.
L'analyse d'abord, Fexj5érience ensuite, ont confirmé le» nirévisions de M, Ramel, ratifiées depuis par la grande voix du peuple. C'est par milliards que se plante aujourd'huil'eucalyptus dans toute&les contrées où il peut végéter.
Si aoiis examinons sueointemeut la vitrine de ce nuo^ d63te bienfaiteur de l'humanité, nous remarquons un fragment d'arbre, dont les racines s'enroulant comme un serpent, ont arrêté le développement du pivot ^t amené la mort du sujet ; c'est la meilleure démonstration qui pouvait être faite de lajiécessité de revenir dans la plantation de cet arbre à la théorie indiquée dès 1861 par son importateur et qui, sieUeeôtété suivie, aurait évité bien des déboires aux planteurs:
Au-dessus, nous voyons figurer un flacon contenant Veiicalyptolj si hautement apprécié déjà h Vienne; les cigarettes d'eucalyptus fabriquées avec desfeuiles préparée^ et pouvant être fumées soit seules, soit mélangées au tabac ; des échantillons de bois les plus précieux sous le double rapport de la beauté et de la durée. Ceux provenant de l'eucalyptus marginata sont surtout d'une beauté incomparable.
Un tonneau de.bois d'eucalyptus globulus, qui n'était pas destiné à l'Exposition, est aussi digne du plus^ grand intérêt, car il démontre que ce bois, perdant avec la dessication toute son odeur, pourra, les arbres étant parvenus à un développement suffisant, fournir au viticulteur les matériaux des fûts qui lui sont nécessaires et affranchir l'industrie du foudrier du lourd tribut qu'il paie encore à l'Etranger pour l'importation du bois de chêne de Russie.
Le dernier mot n'est pas' dit, d'ailleurs, en ce ,qui touche les emplois variés dje l'eucalyptus; son écorce même semble susceptible 'd'être utilisée dans la fabrication de la pâte à papier, Déjà ,on a pu tirer de la feuille et de l'écorce supérieure, un papier à cigarettes qui commence à être très estimé. M. Ramel, gui avait généreusement livré à la publicité la formule.de Veucalypïol, a pris un brevet pour les cigares, les cigarettes et le papier de feuilles d'encalyptus.
MM. Galtier, propriétaire à Boufarik,«et Ferrj^ propriétaire à Mascara, exposaient aussi diverses liqueurs d'eucalyptus. Mais le plus grand service qu^on puisse ren(ïr3à ces* produits est de n'en rien dire. Quanta
la parfumerie de M. Leroux, nous n'avons rien à ajouter aux éloges mérités dont elle a été Tobjet plus haut.
LIEGES
On comprend, en présence des splendides plaques de liège tirées par M. Broussais de la forêt dont il est propriétaire, dans les Beni-Kalfoun (environs de Palestro), le succès que les lièges algériens"^ ont obtenu à TExposition de Vienne et l'importance sans cesse plus grande que prend, dans le mouvement commercial, l'exportation de cettedenrée. Les liégesalgériens réunissent, en effet, toutes les qualités recherchées par Tindustrje : élasticité, flexibilité, graia serré des tissus, belle couleur légèrement rosée, longueur et épaisseur des plaques.
Les exhibitions de M. Portes, fabricant à Alger, et Cétran, négociant à Bône, ne donnaient toutefois qu'une^ idée incomplète de l'emploi du liège, qui, chaque jour, trouve de nouvelles applications industrielles.
L'abondance de ce produit permettra à TAlgérie d'alimenter, en grande partie; les fabriques locales et métropolitaines. Mentionnons aussi une préparation tirée du chêne, qtiercus sùber, qui peut remplacer avantageusement dans la toilette des enfents le lycopode que la France tire à gïand frais de Suisse et d'Allemagne. Ii'emploi de cette poudre, baptisés du nom' de Subêrine, est vi veinent recommandée par le docteur Brochardy directeur du journal spécial là Jeune-mère, et par le docteur Hamon de Fresnay, Si, comme tout porte è^ le supposer, i'usage de cette
{^réparation abordable à toutes les bourses, se répand, a découverte due à la maison Lang, de Paris, ouvrira à nos forestiers un nouveau débouché pour les décliets d'écorces inutilisables par l'industrie ordinaire.
CBAPITBE Vil