HORTICULTURE
Commliiiiloii
MM. Docteur BouRJOT, Président; Durando, Ghezzi, Hardy.
Tout eu admirant les collections d'arbres et de fleurs en pleine terre, en pots ou coupées, qui ont fait le plus bel ornenient des galeries et des cours, nous émettrons un regret qui a été partagé par tous les visiteurs, celui dç n'avoir pas vu un seul amateur prendre part au Concours qui était ouvert. Et cependant, combien en connaissons-nous qui n'auraient eu pour vaincre qu'à entrer en lice ! Ont-îls été retenus par une modestie exagérée, il faut bien ladmettre plutôt de supposer que, dans leur égoïsme, ils ont voulu garder pour eux seuls le parfum de leurs roses et de leurs œillets, les splendeurs de leurs collections depelargo^ niums.
Qaoi qu'il en soit, les pépiniéristes se sont seul* trouvés au rendez- vous. Mais il est de toute justice de reconnaître que la variété et le choix des produits qu'ils ont exhibés, a non seulement affirmé leur réputation, mais encore démontré combien étaient peu fondées les craintes qu'avait fait naître le décret interdisant Tintroduction en Algérie des plants d'arbres tirés des pépinières de la métropole. Contrairement à ce qu'ont prétendu certains arboriculteurs de France, nous croyons en effet, avec M. Dumas, qu'on ne pouvait trop multiplier les précautions contre l'introduction Am phylloxéra ; et lorsque nou« voyons des pépiniéristes algériens offrir comme M"** V® Rossier, d'Alger et M. Suire, de PHilippeville, toutes les essences d'arbres fruitiers, forestiers et d'agrément dans des conditions de belle venue et de bonne reprise qu'on ne saurait obtenir de sujets fatigués par un long voyage^ nous applaudissons volontiers à un autre point de vue, à une mesure qui a eu pour conséquence de donner un grand développement à une des industries locales les plus dignes d'être encouragées.
Nous allons parcourir rapidement les expositions faites par chacun de nos horticulteurs, mais avant, nous devons adresser toutes nos félicitations et tous nos remerciements au Jardin d'essai, qui, après s'être mis volontairement hors concours par un sentiment de délicatesse que tout le monde a su apprécier, a embelli les différentes parties de l'Exposition par l'envoi de nombreuses plantes en pleine terre et en pots.
Citons, notamment, la riche collection de Cinéraires variées qui entouraient le jet d'eau placé au centre de Tédifice, et dont l'ensemble présentait un coup d'œil enchanteur.
Collections de A/^ P Rossier. — L'établissement d'horticulture de M"® Rossier date de 1858 ; M"*^ Roasior est secondée par quatre fils, une fille et un gendre ; outre la pépinière du Hamma-Mustapha, elle a créé depuis quelque années une succursale à Boufarik. On y trouve cultivés en grand toutes les plan-
tea et arbres d'atiUté et d'agrément^ et nous sommes fatalement forcés d'en écouter la nomenclature.
Parmi les palmiers exposés, nous citerons les c/iantœrops humilis, excelsa, les cocos flexuosa, les torypha gebanga, les lataniaborbonica, lesphœfiix dactylifera, pumila^ senagalensis pouvant sej^vir à la décoration des appartements ; le latania borbonica est le palmier le plus recherché pour cette ornementation : sa culture est facile.
Comme plantes d'oî'nement intérieur, M***^ Rossier cultive aussi le strelitsia augusta et le réginœ, musacées du Cap de Bonne-Espérance aussi élégantes par leurs grandes feuilles radicales distiques que par leurs fleurs très bizarres, présentant des couleurs blanches et pourpres ou jaune orange et bleu^ comme la tête d'un perroquet kakatoès.. Ce genre a été dédié à la reine Charlotte d'Angleterre, née duchesse de Mecklembourg-Strelitz.
Les yuccas, draccenas, VagefOe gentitiiflora on Bonaparteajiificea, VAralia siebholdii, diflférentes espèces de Bégonias, dés plantes à suspensions telle que saxifraga sarmentosa, cor dy Une vivipara, linusia cymbalasia, tradescantia zebrina, japonica, etc. peuvent être employées au même usage.
Quant aux plantes d'ornement en pleine terre, il serait trop long de les énumérer : ciions seulement les genres abutilon, acacia, bignonia, cailistemon, cestrum, duranta, érythrina, eucalyptus, ficus, grevillea, hibiscus, jacaranda, magnolia, melaleuca, myoporum, pittosporum, polygala, raphiolépis, salvia, solanum, wainsonia, tecoma, weigelia^ wigandia.
Si nous passons maintenant aux arbres fruitiers, nous recommanderons spécialement parmi ceiîx des tropiques élevés en pots, le sapotillier, achras sapota de l'Amérique du Sud ; le cherimole du Pérou, anona cherimolia ; le papayer, cai^ica papaya de Tlnde ; le sambosier de Malacca, sambosa malaccensis ; l^avocatier, laurus persea onpersea gratissima des Antilles ; le figuier kake, c/îospyros kaki du Japon; le goyavier de CoXiley, ^psidiurn Cattlei/amtm de la
Chine et du Brésil ; le goyavier ordinaire, psidium pyinferum, de la Guyane; le goyavier de Chine, jDSidium sinensis, de la Chine ; le jamlongnie^ ^y^sygium , jambolamwi de l'Inde.
Enfin n'oublions pas de mentionner le néflier du Japon eriobothrya japonica, car lé feuillage de ce grand arbrisseau est ample et magnifique ; les fleurs ont une odeur suave rappelant celle de l'aubépine, et les fruits, remplis d'un jus agréable et acide, mûrisëëût de bonne heure au printemps, à une époque où les autres fruits sont rares.
Parnii les plantes grasses recherchées par bon nombre d'amateurs, plusieurs espèces de cactus, tels que cactus cereua, mamillaria, opuntia, crassula, kleinia, mesembryanthémiim, âempervivum, etc., se recommandent par leur belle venue, dô ïnôme que dans la fiamille des conifères, les Araucaria excelsa, A, Brasiliensis, A, Cooki, différentes espèces de podocarpuSy ainsi que plusieurs espèces de casuarina^ formant maintenant la famille des casuafinées.
Avant de quitter cette laborieuse famille Rossier, il convient de payer un juste houîmag^e à la mémoire de M. Rossier père, que la mort a enlevé trop prématurément en 1866 t homme très intelligent, actif j honnête, il a eu l'honneur d'accompagner Auguste i)ecandoUe, quand ce prince des botanistes a exploré la France pour recueillir les plantes quij desséchées par ses soins, devaient servir de type à la rédaction de la grande flore française par Lamarck et DecandoUe.
Collection de M. Suire de Philippeville, — -• En automne 1869, M. Suire, a créé à 100 mètres au midi de Philippeville, un premier jardin d'horticulture. Enè^été 1871, il en a créé un autre à 1,500 mètres, longeant d'un côté le chemin de fer^ et de l'autre le Saf-Saf : ce jardin consacré spécialement à l'arboriculture, est d'une contenance de 18 hectares.
Comme arbres à feuilles caduques ou persistantes, cet horticulteur pépiniériste expose, des fusains du Japon, (E'ôonymus japoniciis) se prêtant bien à la tonte très propre à former deâ haies que décorent à
lîautomne une quantité de jolis fruits rouges. Ces sujet?, ainsi que ceux qui suivent, forment des touffes de î« à I" 50 environ. Une collection d'althœa frutex (hibiscus syriacus) à fleurs simples et doubles de . couleurs variées ; deux touffes remarquables ne mesurent pas moins de 3 mètres de hauteur. Le Phila- . delphus coronarnus, appelé vulgairement seringat^ à od *.ur des plus agréables et regrettablement si peu lépandu dans nos environs ainsi que le Rhuscotinus, vulgairement 5 w mac /w6'te^, arbre à perruque, rapport à ses grains surmontés d'une aigrette formant des houppes paniculées à terminales grisâtres simti-lantune chevelure crépue ; les feuilles de cet intéressant arbuste, froissées, répandent une odeur très aromatique. En fait d'arbres résineux : des <w?/a biota, Ifs (taocus baccatcO* Un des avantages de ces derniers, trop peu répandus ici, est de se prêter à toutes les formes, eu les tondant 4suivant le besoin ; aussi en rencontre-t-on de taillés en boule, pyramide, ou formant de vastes girandoles, régulièrement étagées; par sa docilité aux formes diverses, on pourrait en former un ameublement complet propres aux grands parcs. Comme plants de pépinières à feuilles caduques, des robiniers, platanes, frênes, mûriers, peupliers, Qatalpas. Cette dernière et belle bignoniacée, assez rare parmi- nous est le plus bel ornement des pelouses, par ses grandes et élégantes panicules de fleurs blanches. Des ériables champêtres (acer cairmestris) ; aulne commun (alnu3 glutmosa) sujets de là 2 ans^ et de 3 à 4 mètres et plus d'élévation* et très vigoureux. Je citerai ensuite comme arbres intéressants se rapportant à la partie d'agrément, le tulipier de Virginie (liriodenarum tulipiferum), ainsi nommé rap- . {)ort à ses flenrs en clochettes pendantes, rappelant a fieur de tulipe. Le faux ébénier (cytisus laburmon), qui fait en France la beauté des jardins paysagers par ses nombreuses et belles grappes de fleurs jaunes, et dont les propriétés de nos contrées sont ^complètement dépourvues.
Comme arbres fruitiers: les diospyros kaki et
pubescens. Le premier de cea deux arbres surtout, tîïe son intérêt de son fruit, qui, de la grosseur d'une petite orange à pulpe charnue, rappelle par son goût celui de la prune et de Tabricot réunis. Les fruits de la seconde espèce sont moins appréciés à cause de leur saveur acre qu'un excès de maturité fait disparaître et rend délicieux. A la suite de ces arbres encore pea connus, figure une collection de pommiers et poiriers d'un à deux ans de greffe dont les scions sont très vigoureux ; puis quelques arbustes d'agrément tels que deutzia^ symphorineB, etc., en touffes de 1" 50 environ assez beaux.
Si une 'partie deai sujets qui précèdent laisse à désirer comme aspect dans leur ensemble, surtout quant au feuillage pour les végétaux à feuilles persistantes, à parties sujets à feuilles caduques ou arbres forestiers ou d alignement qui sont dans toute leur beauté, les autres doivent leurs flétrissures au long trajet qu'ils ont eu à subir ; il en est de même des conifères suivants, dont Tapparence, malgré certaines tige» desséchées, annonce la vigueur des sujets lors de leur levée de pleine terre, ce sont les àbies parmi lesquels YabiesvienneoTianmana, remarquable par ses grandes feuilles et ses verticilles de branches des plus réguliers ; puis les pins divers, tels qnepinus stùbus appelé vulgairement jt)m du Lord, variété à longues feuilles, haut d'un mètre. Le pin de la Taurîde, à feuilles rigides, d'un vert grisâtre et les pinus sylvestris, laricio (ou pin de Corse)^ pin noir d'Autriche (piiius austriaca), ainsi que plusieurs autres espèces moins importantes, closent l'exhibition de ce pépiniériste distingué.
Collection de M. Paul Fontaine, horticulteur à Blida. — Cet horticulteur présente quelques bouquets composés de fleurs de plantes vivaces, parmi lesquelles des bluets {centaui^ea cyanus) assez rares en Algérie ; un beau spécimen ^Araucaria excelsa âgé de 5 ans, uni casuariana tenuissima, puis quelques chamerops diverses variétés de Ch. humilis; une collection de patates remarquables comprenant seize espèces
distinctes ; des énormes gousses de fèves de m^raisr appelées fèves de Séville, des tubercules moyensà! Amorphophallu$ Riviesi, puis ceux de couleur rç-' sée, ridés, presquecylindriqfues, delà grosseur du doigf, de Voxalis crenata ;- cultivé comme plante potagère, des rhizomes de gloxinia longiflora, jolie plante k fleurs blanches longuement tut)ule?uses,- très parfumées ; une série de graines de plantes maraîchères et de fleurs^ bien épurées;- quelque^ courgettefs* de la Martinique ; uil rameau g^il^ni de superbes cônes de cèdre de l'Atlas, de longues gousses de doliques de Rio- Janeiro [caravalia species), un paquet de tiges :fteuries d'kiimortelles à fleurs violettes [gomphrenct globosa) ayant conservé malgré la dessication leur^ couleurs naturelles.
En mai 1874,> nous avions vu chez M. Fontaine une intéressante collection d'espèces et de variétés' d'œillets.
Collection de Af"® V^ Lemarié. — Les visiteurîJ ©nt surtout admiré, dans l'exposition de M"® V* Lema7 rié, les myosotis palu$tris{y\û^\xQmQXïi^ souvenezvous de moi), jolie miniature, peu répandue à Alger, qu'encadre gracieusement ta cp^erette d'une éclatante blanclietir déâ pots daria lesguéfïs'' créite fleur est plantée ; le géranium à fleuri blanches doubles, encore rare ; une caryophyllée [lychrtis flos cuculi) à fleurs roses doubles, charmatitef plante Vivace inconnue ici et qui mérite d'être répandue î des orpins (sedumte lephium), des rosiers, géraniums, pelarg'oniums, cynoglossum à feuilles dé lin (omphalodes linifolia) et à fleurs blanches, très propres aux tirordures des grande massifs ; des pétunia à fleurs doubles panachées, des pâquerettes à fleurs doubles d'uil blanc rosé, rappelant celle appelée la mère de famille ^ espèce prolifique très curieuse^ puis des chrysanthemum à grandes fleurs du plus bel effet.
j^me ye Lemarié, tipnt depuis plusieurs années un magasin de plantes en pots, rue Rovigo ; dans l'espace de deux ans, elle a eu le malheur de perdre son mari (passionné et habile horticulteur, jadis attaché au
Jardin des plantes de Paris), son gendre et sa fille qui lui ont laissé deux garçons ; elle a su s^armer de courage et persévérer dans sa carrière : elle inspire l'amour des plantes à ses deux petits-fils qui ontexppsé plusieurs fraisiers chargés de fruits.
Citons encore : M. Kling, qui avait envoyé de beaux raiforts ; à Alger, onne trouve pas toujours cette plante techerchée par les Anglais et autres habitants du Nord;
Le raifort, moutarde des Allemands, cochlèaria armoracia de Linné, est une crucifère vivace, indigène en Europe, dont on récolte les racines la troisième année : râpées, elles peuvent remplacer la moutarde ;
M. Goby, propriétaire à Coléa, qui a exposé des bambous (bambusa mitis) remarquables, car ils nq mesurent pas moins de 12 à 15 mètres de longueur, et 7 centimètres environ de diamètre vers leur base; line mention aussi à son lot d*oranges, plus remarquables comme variétés que comme grosseur ; à ses tubercules de patates et à de 'belles graines de ricin rouge (ricinus sanguinea), très recherchées aujourd'hui en raison, de l'huile que l'on en retire ;
M. Ch. Nicolas, propriétaire à Mondovi, pour sa collection d*aurantiacées, telles que cédrats, divers citrons, dont une variété à fruits petits, mais panat^hés; et des big^tradeg à gros fruits (citrus biga7*adia maxifna) ;
Enfin, M. Constant de Nerbonne, à Hussein-Dey, lin cultivé en grain.
En ce qui touche les fleurs coupées et en bouquets, Mesdames ne nous pardonneraient pas si nous nous .avisions d'oublier M™"^ V® Arnaud, qui depuis nombre d'années vient vendre chaque matin, sur la place de Chartres, les fleurs qu'elle cultive elle-même à Bellecour (Hamma), et qui peut à peine suffire aux demandes de sa clientèle, tant ce commerce, preuve indéniable de l'aisance qui se répand à Alger, pxend chajque jour d'importance.
Les botanistes ont pu aussi admirer le premier fascicule d'un important travail entrepris par M. Darando.
professeur de botanique qui se propose de former une coUectiou complète, feuilles jeunes et vieilles, fruits, fleurs et graines des deux cents et quelques espèces S! eucalyptus, tous originaires d'Australie, dont Texistence a été signalée. M. Cordier, comme nous Tarons déjà dit, cultive déjà cent dix-neuf variétés d'ewca^î/p/i^^dans sa propriété de la Maison-Carrée. Cependant une grande confusion règne encore dans les noms, qui ne pourra être dissipée que par la formation de la collection entreprise par M. Durando, travail long et difficile, et qui, bien que facilité par les excellentes relations que ce savant professeur entretient avec les principaux eucalypteurs, MM. Bouriier, Cordier, Trottier, Ifcamel, Rivière, exigera au moins douze mois de soins, en raison des époques différentes auxquelles fleurissent ces myrtacées.
I Pour terminer, une mention des plus honorables à M. Bernard, de TAgha, pour la confection à la fois élégante et solide de ses sièges de jardins, dont le dos curviligne se prête complaisamment à toutes les icflexions de la taille, et à M. Loridon, potier au Ruisseau: si aucune comparaison n'est possible entre les statues sortant de ses fours et la Vénus de Médicis, du moins sa collection de vases et ses motifs de balustrade peuvent, ainsi que se§ stèles et ses socles, concourir avec succès à 1 ornementation des jardins ; c'est une fabrication locale qui fera certainement des progrès et qu'on ne saurait trop encourager. *
Quant à M. Thouars, félicitons-le d'avoir su si biea plier le zinc et le cuivre à la reproduction de la nature. Ses fleurs, découpés et peintes avec goût„ attestent la main d'un artiste, de même que l'outillage qu'il emploie dénote un industriel habile. L'exportation de ses articles funéraires de salon ne peut que s'accroître, car à mesure qu'ils seront mieux connue, lesdits articles seront plus appréciés*