FONDERIES, FORGES ET ACIÉRIES DE SAINT-ÉTIENNE ; ACIÉRIES ET FORGES
de firminy; holtzer et cie; déflassieux frères; brunon, etc., etc.
ans l'angle droit de la Galerie des Machines, en pénétrant par la porte Sud, se trouve l'exposition des Fonderies, Forges et Aciéries de Saint-Etienne. Le pavillon spécial qui la contient ne manque pas d'originalité. Le milieu en est occupé par un trophée pittoresque, ainsi composé : sur une plaque de blindage en acier, d'une épaisseur de om,35, de im,8o de largeur et 2m,2o de longueur, sont dressés quatre canons bruts de forge de 14e/"11 et de 8 mètres de hauteur environ, qui supportent une tourelle belge, en acier moulé. Entre les quatre canons, est suspendue une hélice à quatre branches, également en acier moulé, un tour de force de fabrication, paraît-il, en raison de la forme et des dimensions de la pièce. Autour de ce trophée central sont disposés : un manchon pour canon de 2>2c/m, une frette, tourillon pour canon de 34c/m ; un corps d'affût pour canon de 14e/"1 ; une plaque de blindage en acier pour tourelles; des canons de 90°/™ et de g5c/m; des tôles chromées et des tôles en acier spécial, ayant supporté les tirs réglementaires ; un grand disque d'acier et des tôles travaillées pour l'industrie privée. Les produits dans lesquels cet établissement est renommé sont ainsi représentés par des spécimens superbes et de belle allure. Bien que de création relativement récente et avec un capital peu élevé, — quatre millions de francs, — les
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Fonderies, Forges et Aciéries de Saint-Etienne ont réussi à se créer rapidement, dans le bassin de la Loire, une très belle situation, et à faire ficre figure à côté des autres établissements métallurgiques de plus ancienne existence. La compagnie a été fondée , le 19 septembre 1 865, en société à responsabilité limitée et au capital de 1.900.000 francs. La transformation en société anonyme, opérée le 12 novembre 1S67, porta le capital à 2.5oo.ooo francs, puis à 4.000.000. La compagnie est dirigée par un conseil d'administration^ à la tête duquel est M. Aynard, député du Rhône, président de la Chambre de Commerce de Lyon ; les fonctions d'administrateur délégué sont confiées, depuis 1876, à M. Ch. Cholat, ancien élève de l'Ecole polytechnique ; et M. Harmet a succédé , comme directeur des travaux techniques, à M. Barrouin, le vrai fondateur de l'établissement. L'usine principale est située dans la banlieue de Saint-Etienne, au Marais, et couvre une superficie de 70.000 mètres carrés. Environ i.ôoû ouvriers y sont occupés d'une façon permanente.
On nous cite constamment, dans un but fort louable d'encouragement, sans doute aucun, l'esprit d'entreprise audacieux des Anglais et des Américains, des Allemands mêmes, en matière d'industrie et de science ; plus j'entre dans l'histoire des grands établissements de la région, à propos de l'Exposition de Saint - Etienne, plus les preuves d'un génie inventif, d'un tempérament hardi, d'une énergie irréductible, dans les hommes qui les ont créés et développés, se multiplient. Hier, Saint-Chamond en offrait le témoignage éclatant; aujourd'hui, c'est Saint-Etienne; demain, j'en montrerai vingt autres, ailleurs. La dernière ferme de la toiture de son usine à peine rivée, la Compagnie des Aciéries de Saint-Etienne expédiait au polygone de Vincennes des plaques de blindage de cuirassés et demandait des épreuves officielles. Ces épreuves eurent lieu immédiatement et donnèrent des résultats tout à l'honneur de Saint-Etienne. Il lui en vint des commandes importantes pour le cuirassement de « La Victorieuse » et de « La Triomphante » de la marine française, du « Principe Amédéo » et du « Comte Verde » de la marine italienne. Cela n'était point le fait d'administrateurs timides et routiniers. En 187 1 , la Compagnie proposait au Ministère de la marine française de nouvelles frettes à tourillons, fabriquées par un procédé spécial qu'elle venait de faire breveter, et des frettes à canons en acier puddlé enroulé. Dans les frettes à tourillons, les tourillons sont faits en amenant, par des martelages habiles et des pressions puissantes, le métal à la forme qu'ils doivent avoir, de façon à assurer la continuité des fibres dans des plans perpendiculaires à l'axe des canons. Quant aux frettes à canons, l'enroulement est obtenu au moyen d'une seule barre d'acier puddlé. Les essais de ces deux nouveaux produits furent assez satisfaisants pour que le ministère admît Saint-Etienne à fournir, concurremment avec Saint-Chamond, toutes les frettes en acier puddlé nécessaires à la marine. En même temps, le gouvernement italien lui commandait les frettes pour les canons de 32c/m, en construction à l'arsenal de Turin. Mais la circonstance où la direction a montré le plus d'énergique audace et de confiance superbe dans le génie industriel national, est quand elle a entrepris d'enlever à l'Angleterre le monopole de la fabrication des bandages en acier pour locomotives et tenders.
Pendant longtemps, tout autre idéal s'effaçant devant la volonté d'éviter des ruptures en service, le métal doux était imposé par tous les cahiers des charges. La douceur du métal n'empêchant pas toujours les ruptures et conduisant à des écrasements ou à une usure rapide et irrégulière, les Chemins de fer commencèrent, après 1878, à demander des aciers plus résistants. On essaya des bandages durs tirés de gros lingots sectionnés, des bandages trempés à l'huile, etc.. Parmi les fournisseurs de ces bandages, une usine anglaise, Vickers,
prit bientôt une place prépondérante, et pendant quelques années, trois grandes compagnies françaises lui demandèrent une quantité considérable de ses produits spéciaux. Les bandages étaient caractérisés par une résistance de 65 kilos par millimètre carré, et un allongement de i5 à 18 p. % ; i's supportaient trois à quatre chocs d'un mouton de 1.000 kilos, tombant de 10 mètres de hauteur, alors que les cahiers des charges anciens présentaient des chocs de 1.000 kilos à 4"', 400. Il était patriotique et habile de chercher à assurer à l'industrie française la fourniture de ces bandages en acier supérieur. Les Aciéries de Saint-Etienne l'entreprirent résolument et obtinrent ce résultat, à la suite d'essais contradictoires très concluants.
Les 5, 6 et 7 décembre 1882, la Compagnie de l'Est fit des essais au choc et à la traction sur six bandages Vickers et six bandages de Saint-Etienne. Les douze bandages résistèrent aux chocs de 1.000 kilos à 10 mètres et donnèrent à la traction des résultats à peu près pareils; mais l'avantage resta, en fin de comparaison, aux produits français. En 188 1, la Compagnie du Midi commanda à Saint-Etienne des bandages similaires, avec un essai à la presse, précédant l'essai au choc. Les résultats furent remarquables et, depuis cette époque, la Compagnie du Midi a en service une quantité considérable de ces bandages. La Compagnie de l'Ouest n'avait pas hésité spontanément, dès 1879, à s'adresser tout d'abord à l'industrie française pour obtenir des bandages supérieurs et sa décision avait fait faire de grands progrès à nos métallurgistes. Mais, n'ayant pas obtenu aux essais une satisfaction complète des nouveaux produits, elle dut, à regret, s'adresser de nouveau à Vickers. Quand les Aciéries de Saint-Etienne prouvèrent, en 1 885, à cette compagnie que leurs bandages n'étaient pas inférieurs à ceux des Anglais, l'Ouest lui confia la fourniture de tous les bandages supérieurs pour locomotives et tenders. L'Orléans, qui avait été aussi des premières à demander aux usines françaises des bandages durs, s'arrêtait définitivement, en 1 883, au même type.
La fabrication des bandages est faite, aux Aciéries de Saint-Etienne, dans les conditions techniques les plus sévères, destinées à en garantir la perfection. La teneur en soufre et en phosphore ne dépasse pas trois dix millièmes. L'acier fait sur sole acide doit sa pureté à l'épuration au four à puddler des fontes employées pour la fabrication des massiaux, ces fontes étant déjà aussi pures que possible. On obtient des massiaux ne contenant pas un dix millième de soufre et un dix millième de phosphore. Aussi la société peut-elle se vanter de n'avoir jamais eu, dans les fournitures faites à l'Orléans, à l'Ouest, à l'Est et au Midi, un seul bandage cassé à l'essai au choc et une seule rupture en service. Le résultat d'ordre général obtenu par sa courageuse initiative est qu'aujourd'hui le monopole des bandages pour locomotives et tenders a été enlevé aux Anglais et que les millions nombreux que ce monopole faisait passer outre Manche restent aujourd'hui en France, où ils sont dépensés en salaires aux ouvriers et en dividendes aux actionnaires. Cette conquête n'est point banale.
Saint-Etienne a enlevé également aux Anglais un autre monopole industriel, celui de certains procédés de forgeage, qui assuraient à leurs produits une supériorité incontestée, entre autres le forgeage sur mandrin. Pour y arriver, elle a modifié son outillage et l'a rendu plus puissant et plus rapide. En 1888, un marteau-pilon de 5o tonnes, pouvant être même porté à 75, et de 5 mètres de course, était construit dans ce but. La chabotte ou enclume pèse 32o tonnes et l'écartement des jambages n'est pas moindre de 6 mètres. On veut opérer le forgeage sur mandrin. L'opération est intéressante et fort pittoresque. Le lingot sortant de la lingotière est refroidi avec les précautions les plus minutieuses ; on le perce ensuite en son
centre, au moyen du tour, d'un trou suffisant pour l'introduction d'un mandrin en acier forgé. La partie la plus mauvaise du lingot, celle du cœur du bloc, disparaît d'ores et déjà par cette première opération. Le mandrin sert à mettre le lingot dans le four et à le prendre, après chauffage, pour être conduit sous le marteau-pilon de 5o tonnes. La première préoccupation qui vient à l'esprit, quand on songe à cette double opération du réchauffage et du pilonnage, est que le mandrin, en s'échauffant trop, va forcément faire corps avec le lingot et que le forgeage, intervenant là-dessus, emprisonnera le mandrin dans la pièce. Il n'en sera rien. L'habileté des contremaîtres chargés de la surveillance et de l'entretien des fours de réchauffage, la rapidité du forgeage, grâce à un mécanisme très ingénieux, permettront d'éviter en toute sécurité ces éventualités, qui entraîneraient des pertes matérielles considérables. Ce que je signalais déjà à Saint-Chamond, à propos du pilon de 100 tonnes, d'une illusion obsédante d'automatisme mystérieux de la matière, dans la manutention des blocs cyclopéens d'acier, soumis au martelage, est peut-être ici, à Saint-Etienne, plus saisissant encore. Huit hommes, en tout, desservent le marteau-pilon, et trois seuls s'occupent spécialement du forgeage. Des combinaisons singulièrement originales permettent de se servir de la pression hydraulique sur le chariot porteur de l'outil d'amarrage et d'opérer cet amarrage même mécaniquement. Sous le marteau-pilon , la pièce tourne plus rapidement que le simple morceau de fer que tient sur l'enclume la tenaille du forgeron. Dans l'opération du trempage, qui suit le forgeage, et dont l'importance n'est point à mettre en relief de nouveau, les ingénieurs des Aciéries de Saint-Etienne ont apporté des modifications personnelles d'une haute valeur technique. Ils ont inventé la trempe centrale, à l'eau, pour les tubes, les canons et les manchons de grande longueur. Au moyen d'un appareil spécial breveté, un courant d'eau froide ascendant est envoyé dans l'intérieur du tube. Les premières couches atteintes sont ainsi les couches intérieures, et toutes les autres, en se refroidissant, viennent se mettre en tensions utiles sur les premières. On répartit ainsi d'une façon rationnelle les effets produits par la trempe, résultat qui ne peut être obtenu par le procédé ordinaire, laissant certaines zones en tension et d'autres en compression.
Cette invention a soulevé, dans le monde industriel, une vive agitation, quand elle a été pour la première fois appliquée. On en a contesté les avantages et nié le principe scientifique ; mais les ingénieurs de Saint-Etienne estiment que les seules objections sérieuses qu'on leur a faites jusqu'ici portent exclusivement sur les difficultés pratiques de répartir les tensions préalables utiles, suivant une loi nettement déterminée, et ils n'en persistent pas moins à employer la trempe centrale, la nouvelle méthode continuant à donner d'excellents résultats, constatés par les essais et par les épreuves.
La compagnie applique également un procédé spécial, breveté, dans la fabrication des obus, à grande capacité, dont l'Exposition montre de superbes et nombreux spécimens. Ce procédé permet de faire des obus creux aussi longs que les officiers de la Marine et de la Guerre le désirent et en laissant à l'ogive la quantité de matière jugée nécessaire pour que la masse de métal, sur ce point de l'engin, soit assez forte pour percer, tout en contenant une quantité importante de matières explosibles. Pour cette fabrication, on prépare une ébauche, en acier forgé ou moulé, percée aux deux bouts en conservant à une extrémité une partie pleine. Cette ébauche est laminée sur un mandrin en acier et étirée ensuite à la dimension voulue. Puis, la pièce est portée avec rapidité à l'extrémité du train où un arracheur retire instantanément le mandrin. La tourelle belge, qui surmonte le trophée central du pavillon des Aciéries de Saint-Etienne, témoigne de l'importance prise dans leur usine parla fabrication des pièces
en acier moulé. Cette fabrication, — dont l'industrie métallurgique de la Loire a historiquement l'honneur, puisqu'elle a pris naissance à Terrenoire et que 1878 en montrait les premiers spécimens, dans l'exposition de cette compagnie, alors dans tout l'éclat d'une prospérité industrielle prodigieuse, — est aujourd'hui devenue courante, grâce aux progrès scientifiques et techniques, dont chaque usine du bassin peut revendiquer une part plus ou moins considérable à son actif. Celle des Aciéries de Saint-Etienne est prouvée par des travaux de grand mérite. Déjà, en 1889, elles montraient, au Champ de Mars, un gouvernail et un étambot pour le croiseur 1' « Alger », une selette d'affût de canon de 27 centimètres, du système Canet. Des pièces énormes, d'une exécution difficile, entr'autres deux corps d'affûts pour canons de 32 centimètres et 14 centimètres, accompagnent, en 1891, la tourelle belge. Depuis l'Exposition de 1889, c'est surtout du côté des blindages de vaisseaux que les Aciéries de Saint-Etienne ont, en industrie militaire, développé leur production. L'outillage qu'elles ont créé dans ce but leur en permet l'exécution, dans toutes les dimensions que peuvent rêver les ingénieurs de la Marine. Pendant la campagne actuelle, janvier-août, l'usine a été occupée à des commandes, en types divers, fer et acier, dont le chiffre atteint trois millions et demi de francs. Elle livre à la Marine des tourelles cuirassées en acier pour le « Dupuy de Lôme », le « Magenta » et le « Neptune ». La fabrication des tôles, dans laquelle Saint- Etienne a conquis une réputation universelle incontestée, continue à constituer la production commerciale la plus importante de la société. Elle possède quatre trains de laminoir avec dix fours à réchauffer et quatre fours à recuire. Par suite de l'agrandissement récent de l'aciérie, elle est en mesure de couler et forger des lingots de 60 à 70 tonnes et d'atteindre une production de 25. 000 tonnes par an. Ces tôles sont de divers types, dont l'Exposition offre d'intéressants spécimens, tôles de chaudières, tôles en acier chromé, tôles de protection « spéciales de Saint-Etienne ». Pour les tôles de chaudières, elle a comme clientèle plusieurs compagnies de chemins de fer : Le Paris - Lyon - Méditerranée, l'Orléans, le Midi et la Compagnie italienne du chemin de fer de la Méditerranée.
L'acier employé est un acier Martin provenant de fontes de la Loire, de fers fins puddlés et de riblons d'acier choisis. Ces matières d'une pureté reconnue subissent encore une épuration sur la sole basique du four Martin, en opérant comme s'il s'agissait de matières impures et en produisant du laitier basique enlevé une ou deux fois par opération. On obtient ainsi des aciers extra-doux ne contenant pas plus de 2 à 3 dix-millièmes de soufre et de phosphore, ce qu'il est impossible d'obtenir sur sole acide. La Marine française emploie les tôles en acier chromé, de 4, i5, 20, 3o et 60 millimètres, donnant en général de 90 à 100 kilog. de résistance avec 9 et 10 p. % d'allongement, et les tôles de protection, « spéciales de Saint- Etienne », fabriquées avec un métal dur, non cassant, possédant dans une assez forte proportion les qualités du métal chromé et pouvant être livrées à moitié prix.
Les expériences multiples faites par le contrôle de la Marine ont montré que les tôles de ce métal à 5 millimètres étaient équivalentes à des tôles de 4 millimètres en acier chromé. Des casemates ont été construites avec des tôles de cette qualité, ainsi qu'un grand nombre de masques pour canons. En vue d'une fourniture au Japon, des essais ont eu lieu, le 11 avril 1888, au champ de tir d'Echujima. Les résultats des tirs faits avec le fusil Ruban de 8 millimètres et le fusil Mauser furent jugés si satisfaisants que ce métal a été admis par le Japon pour les tôles de protection ; c'est ainsi que les Aciéries de Saint-Etienne ont livré, en tôles d'acier, « spéciales de Saint-Etienne » de 25 millimètres d'épaisseur, les plaques de pont du croiseur « l'Hashidate » construit au Japon.
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Des essais sur des flasques d'affûts fabriqués avec cet acier ont démontré l'avantage qu'il présente sur les aciers ordinaires employés pour cet usage.
La tôle en acier ((spéciale de Saint-Etienne », à 9 millimètres d'épaisseur, arrête absolument la balle du fusil Lebel, comme l'ont prouvé les épreuves ordonnées par le Génie. On a fait procéder à des séries de tir sur deux plaques prises au hasard dans un lot de cinquante plaques acier spécial. On tira sur chacune d'elles des teux de salve de cinq balles à cinquante mètres. Les empreintes produites ont été insignifiantes, moins de 1 millimètre de profondeur, et aucun renflement ne s'est produit de l'autre côté de la plaque, dans la partie correspondant au point d'impact.
Les Aciéries de Saint-Etienne livrent au commerce des aciers faits au four Martin basique et laminés, de toutes dimensions, pour taillanderie, pour aciérage, socs, limes, coutellerie, armes de guerre, canons de fusils, etc. La production des aciers de grand mill et de petit mill est de 10.000 tonnes par an.
Cette compagnie est très prospère. Il y a là un bel exemple de ce que peut, en industrie, une administration sage et prudente, modeste, mais énergique, souvent hardie, cherchant exclusivement dans une fabrication irréprochable le moyen de parvenir.
En face du pavillon des Fonderies, Forges et Aciéries de Saint-Etienne est celui des Aciéries et Forges de Firminy. L'exposition n'en est pas moins importante comme pièces métallurgiques de dimensions colossales ; elle est plus variée en spécimens des divers genres de fabrication, auxquels cette société se livre, depuis de longues années, avec un succès toujours croissant.
Les Aciéries et Forges de Firminy figurent parmi les plus anciennes usines de la région; elles ont été fondées, en 1854, par F. -F. Verdié. Après avoir été transformées en société en commandite, elles fonctionnent actuellement, sous la direction de M. Hugot, comme société anonyme, au capital de 3 millions de francs, représenté par des actions au porteur, entièrement libérées. L'établissement, installé dans la ville de Firminy et occupant une superficie de 3i hectares, comprend : un haut-fourneau muni d'appareils Whitwell, dont la production journalière atteint 90 tonnes (c'est le seul qui fonctionne actuellement dans la région); un cubilot Rollet; deux fonderies Siemens-Martin, comprenant huit fours à fondre avec gazogènes et fours à réchauffer correspondants; trois fours Siemens à fondre l'acier au creuset; un grand atelier de moulage d'acier; un atelier de puddlage , comprenant 20 fours à puddler pour aciers naturels et fers fins, avec marteaux-pilons, etc.; des halles de laminoirs , comprenant deux gros mills , deux moyens mills, un train cadet, deux petits mills, avec leurs fours à réchauffer, etc. ; deux fours à cémenter; quatre martinets d'étirage; quatre marteaux-pilons à ressuer et à corroyer les aciers fins; une halle pour laminoir à bandages et fabrication de centres de roues; une tréfilerie avec train de serpentage; une halle pour grosse forge, comprenant douze marteaux-pilons depuis 1 tonne jusqu'à 3o tonnes, avec fours, grues, forges à bras, etc. ; un
M. F.-F, VERDIE, Fondateur des Aciéries et Forges de Firminy.
atelier pour la fabrication des ressorts de chemins de fer et de carrosserie; un atelier pour la fabrication des outils industriels et aratoires; un atelier pour la fabrication des essieux de charrettes et de carrosserie; un atelier pour la fabrication des enclumes et bigornes en acier fondu; un atelier de montage, de tournage et d'ajustage; un atelier d'entretien, comprenant tours à cylindres, ajustage, modèlerie, mouleries de fonte et de bronze, chaudronnerie, charpenterie et un laboratoire de chimie avec un atelier pour essais physiques. Les usines sont reliées à la gare de la ligne Paris -Lyon -Méditerranée par un embranchement à voie normale, complété par un réseau de petites voies ferrées de 8 kilomètres de développement,, desservies par quatre locomotives, qui pénètrent dans tous les ateliers jusqu'au pied des fours. Les moteurs à vapeur sont au nombre de 58 et les chaudières, de 62 ; cet ensemble représente une force de plus de 3. 000 chevaux. Le chiffre des ouvriers employés dans les usines atteint 2.000, en temps de production normale.
La maîtresse pièce de l'exposition de Firminy est l'ossature de gouvernail du cuirassé d'escadre le « Valmy », en ce moment en construction dans les ateliers des Chantiers de la Loire, à Saint-Nazaire ; elle mesure 5 mètres de hauteur, 4"', 70 de largeur et son poids ne dépasse pas 3. 000 kilos. La compagnie présente cette ossature de gouvernail comme un des plus beaux types qui se puissent voir du moulage d'acier, offrant à la fois des dimensions considérables et une grande légèreté dans l'ensemble, comme forme et comme poids. Firminy s'adonne spécialement à cette fabrication de l'acier moulé, qui a pris, dans ces dernières années, un grand développement ; il y a acquis une brillante réputation. Pendant le dernier exercice, 1890, sa production, de 200 tonnes en 1888, a atteint i.5oo tonnes. Il fabrique couramment toutes sortes de pièces pour constructions et mécanique. Son pavillon ne contient pas moins de 37 spécimens variés : une aile d'élice de paquebot; un corps de presse hydraulique pour les tourelles cuirassées du « Pelayo » ; une entretoise de cylindre pour machine marine ; un centre de roue de locomotive du type Paris-Orléans; un dos de godet de drague du type Panama; un bâti d'embarcation ; un collecteur pour chaudière multitubulaire ; un corps de pompe; un coulisseau de machine à vapeur; des roues d'engrenages cylindriques et coniques, de wagonnets, de bennes pour houillères, de brouettes, etc.; des versoirs et avantcorps de charrues, des fourreaux d'essieux pour tramways type de Saint-Etienne, etc. Cette faveur accordée à l'acier moulé est justifiée pleinement par ce fait, d'une grande importance en mécanique, que la force de résistance des pièces en acier moulé est deux fois supérieure à celle des pièces en fonte.
Après l'ossature de gouvernail du « Valmy » et le corps de presse du « Pelayo », viennent, comme pièces importantes, en matériel de guerre : un tube pour canon de go millimètres de campagne, deux frettes à tourillons pour canons de 120 millimètres et de 16 centimètres (marine). Firminy a cependant produit des tubes de calibre plus élevé, tels que des éléments de canons de 240 millimètres, pesant 6.000 kilos, et des frettes à tourillons déplus de 1.000 kilos. Il y a là aussi des projectiles en acier chromé. La Société a fait recevoir plus de 4.000 pièces par la Marine française, depuis le calibre de 10 centimètres jusqu'au calibre de 42 centimètres ; elle a livré également plusieurs lots importants à la Marine royale d'Espagne et cà la Marine britannique. Outre les obus en acier chromé, elle fabrique aussi des projectiles en acier supérieur forgé et en acier coulé. Un obus de rupture de 34 centimètres, en acier chromé, du poids de 417 kilos, suspendu à un fil d'acier pour corde de pianos, de 2 millimètres d'épaisseur, fait l'étonnement joyeux du public ; les visiteurs ont peine à croire à la réalité d'une démonstration palpable de résistance, qui leur paraît bien plutôt un phénomène. Firminy, sûr de la qualité de ses produits, n'a pas hésité à se mettre hardiment en concurrence publique
avec l'Angleterre et l'Allemagne, qui avaient la réputation de pouvoir seules fournir les cordes de pianos de première qualité. Il provoquait récemment des expériences comparatives, en présence des grands facteurs parisiens, notamment avec les cordes célèbres de Hougton et Webster et de Poehlmann. Aujourd'hui, les Erard, les Pleyel, les Gaveau, les Bord, etc., se fournissent exclusivement à Firminy, qui exporte en Belgique, en Suisse, en Italie, en Espagne, en Russie, en Amérique et même en Allemagne. Quand le génie commercial de notre pays sera à la hauteur de son génie industriel, nous n'aurons pas à redouter beaucoup de rivaux au monde.
Près des obus et des canons se voit un réservoir à air comprimé pour torpille automobile, dont, par une attention délicate des ingénieurs, une partie d'avant a été découpée, pour qu'on en puisse étudier l'intérieur.
Quant au matériel des chemins de fer et tramways, les spécimens sont nombreux. L'Exposition nous montre un bandage de locomotive, qui ne mesure pas moins de 3m,i25 de diamètre et un autre de 2m,77. Des bandages de moindre dimension pour wagonnets, des essieux et des ressorts de suspension de tous types pour chemins de fer, tramways et houillères, soit à l'état définitif, soit ployés à froid sans trace d'accidents, pour en montrer l'énergie de contexture, sont groupés çà et là, fort pittoresquement, en trophées, en panoplies, en pyramides, en tableaux, etc., accompagnés de ressorts de carrosserie, à pincettes, demi-pincettes, en C, d'essieux à patins, cintrés, coudés, etc. Sur le sol, s'étalent des outils d'agriculture, des versoirs, des socs, des plaques de charrues, des reilles simples et doubles, des enclumes et des bigornes de 25 formes variées, des bielles de locomotive, des glissières, des arbres moteurs à manivelles et coudés pour moteurs à gaz, etc ; des pioches et des haches pour le génie militaire; desoutils démineurs, de carriers, de tailleurs de pierre, deforgerons, d'ajusteurs et de chaudronniers. Des vitrines contiennent des échantillons des minerais deMokta et delà Fragua (Espagne), employés par la compagnie ; de fontes diverses, ordinaires, fines, de moulage, spiegel, au ferrochrome, désulfurées, épurées; d'aciers fondus au creuset pour outils, etc.; de fils de fer pour ressorts de meubles, baleines de parapluie, pignons d'horlogerie, toiles métalliques et grillages. Cette exposition est ainsi une véritable encyclopédie métallurgique ; l'on y passe avec intérêt un long temps à étudier toutes les transformations innombrables que peuvent subir industriellement le fer et l'acier.
J'ai dit qu'il ne serait point difficile de montrer, en dehors de Saint-Chamond et de Saint-Etienne, vingt exemples d'un grand esprit d'initiative, dans la population industrielle de la région. Après Sireuil, Firminy, sous la direction de Verdié, a été la première usine à appliquer le procédé Martin-Siemens pour la fabrication, par grandes masses, de l'acier fondu sur la sole d'un four spécial chauffé au gaz. Firminy a procédé également, avant tous les autres établissements métallurgiques, aux expériences pratiques du four Siemens au gaz, pour la fusion de l'acier au creuset. Le puddlage a reçu là des perfectionnements importants par le brassage mécanique, permettant de réaliser des économies considérables de main-d'œuvre et de combustible, tout en rendant moins pénible le travail des ouvriers. Des innovations ingénieuses et d'une haute valeur technique y ont trouvé un accueil immédiat : la compression de l'acier, le pilonage atmosphérique, le réchauffage des fours par le système Bicheroux, etc. Aussi, les Aciéries et Forges de Firminy ont-elles été toujours fort prospères et, d'année en année, elles ont vu croître le chiffre de leurs affaires. De 5 millions en 1 885, ce chiffre s'est élevé en 1 888 à 6.33i.8oo francs, en 1889 à 7.372.600 francs et en 1890 à 8.238.900 francs.
AINT-ÉTIENNE