‹ L'exposition de Saint-ÉtienneChapitre 20 sur 49 · M. P.-G. COUFFIN HAL · texte numérisé non relu

M. P.-G. COUFFIN HAL

Ingénieur en chef des Forges et Ateliers de La Chaléassière.

manière normale, Goo ouvriers, et que dirigent, depuis la mort du fondateur, arrivée en 1877, MM. Biétrix et Couffinhal, on exécute les travaux métallurgiques les plus variés, pour les arsenaux de l'Etat, pour les mines, pour les forges, pour les usines à gaz et pour les industries diverses : machines à vapeur, machines d'extraction, d'épuisement, à agglomérer les houilles et les minerais, lavoirs à charbon, chaudières à vapeur, marteaux-pilons, moutons, grues et ponts roulants, machines soufflantes pour hauts-fourneaux, laminoirs, grues, cabestans, ponts à charpentes, estacades, appareils de chauffe, machines-outils, roues hydrauliques, locomotives, gazomètres, appareils d'électricité, etc., etc. Si j'écris tout cela, ce n'est pas plus ici qu'ailleurs dans le but de faire une réclame inutile et absolument illusoire de la part d'un écrivain sans autorité dans la question. Cette légère esquisse historique est pour moi un exemple de plus dans la démonstration de la puissance du travail et de l'intelligence, qui seule élève les hommes de la pauvreté à la fortune et de modestes ouvriers fait des industriels, dont l'œuvre enrichit et honore toute une région ; toute autre considération me laisse indifférent.

MM. Fourneyron montrent un ventilateur nouveau inventé par M. Mortier et qui a fait sensation parmi les ingénieurs. Cet appareil, à nombreuses palettes très courtes, présente une originalité d'action, dont la théorie est, m'assure-t-on, très étrange. Au lieu d'entrer par le centre pour s'échapper par la circonférence, l'air rentre par un côté de la circonférence, traverse tout le ventilateur et sort par le côté opposé. Le rendement étant superbe, le même, paraît-il, que dans le ventilateur Râteau, l'œuvre n'en est que plus intéressante et l'auteur y a autant de mérite. Qu'importent les règles et les lois, l'Académie et les écoles officielles, si la pratique l'emporte sur la théorie ; celle-ci ressemble, hélas ! trop souvent à la jument de Roland : elle a toutes les qualités, toutes les vertus ; mais elle est morte. D'ailleurs, la plupart des inventions ne sont-elles pas contraires aux formules du Codex du génie civil ? Quand Giffard fit son premier injecteur, sa merveilleuse découverte, qui est aujourd'hui employée dans toutes les machines à vapeur, fut qualifiée unanimement de folie, parce qu'elle était contraire aux lois de la physique. Le pauvre Goubet, qui le premier a réalisé le rêve fantastique du bateau sous-marin de Jules Verne, n'a-t-il pas à lutter cruellement à l'heure actuelle contre tous les bureaux de la Marine française, pour défendre son œuvre attaquée et repoussée parce qu'elle n'est point conforme aux théories nautiques officielles ? « E pur si muove », dit-il en vain, nouveau Galilée moderne. La science est infinie ; son immense domaine est loin d'avoir été entièrement exploré ; il a encore bien des parties aussi mystérieuses et inconnues que le Continent noir.

La Compagnie des Fonderies et Forges de l'Horme, qui, en dépit de son titre, ne s'occupe point exclusivement de produire du fer, de l'acier et des pièces de forges, mais possède d'importants ateliers de constructions mécaniques, fondées en 1868, expose dans la Galerie des Machines une presse à fabriquer des briquettes de houille ovoïdes, un moteur à vapeur de 20 chevaux, système Bonjour et deux machines à gaz, dite « Simplex » ; l'une du système Delamarre-Debouteville et Mallandin ; l'autre de la force de 40 chevaux, disposée pour marcher au gaz pauvre par le système Lencauchez-Buire.

La presse à agglomérés ovoïdes du système Robert consiste essentiellement en deux paires de roues tangentielles en fonte dure, calées sur deux axes horizontaux et sur la circonférence desquelles sont creusées des alvéoles qui doivent servir de moules. La matière à agglomérer, mélangée avec une proportion convenable de brai, dans un malaxeur chauffé par la vapeur, tombe par une trémie supérieure entre les paires de roues. Entraînée par leur

mouvement convergent vers l'intérieur, elle y est emprisonnée et se trouve soumise à une compression très énergique dans les alvéoles dont elle épouse exactement la forme. Les boulets ainsi formés continuent à suivre le mouvement et à la partie inférieure tombent d'eux, mêmes, sans l'intervention d'aucun démouleur mécanique. Tout cela est d'une grande simplicité. Une machine de ce genre, servie par un surveillant, un manœuvre et deux gamins, peut produire 5.ooo kilos d'agglomérés en une heure. Le moteur « Simplex » est un moteur du cycle Beau de Rochas exécutant les opérations suivantes dans une période de quatre courses consécutives : i° aspiration pendant une course entière du piston; 2° compression pendant la course suivante ; 3° inflammation au point mort et détente pendant la troisième course ; 40 refoulement des gaz brûlés hors du cylindre au quatrième et dernier retour. Il présente sur ses devanciers des particularités nouvelles, dans le mode d'allumage, dans le mélange du gaz, dans les régulateurs, dans la mise en marche, dans la marche aux carbures de pétrole et dans son application aux gaz pauvres. Pour l'allumage à l'étincelle électrique produite par un contact au moment voulu, les inventeurs ont substitué une succession ininterrompue d'étincelles, pouvant pratiquement être considérée comme une étincelle continue et jaillissant dans l'épaisseur même du tiroir. Le mélange de l'air et du gaz s'opère dans une boule extérieure placée contre le chapeau du tiroir; l'air arrive d'un côté et le gaz de l'autre à travers une soupape. Aspirés violemment par le mouvement du tiroir, les deux gaz se pénètrent et se mélangent avec une grande homogénéité. Les régulateurs nouveaux sont l'un à air et l'autre, basé sur le principe du pendule, avec un mode spécial d'application. Un moteur « Simplex » de 5o chevaux, fonctionnant sous une charge de 35 à 40 chevaux effectifs, consomme journellement, avec un appareil Dowson un peu faible, 23 kilogrammes de charbon anthracite anglais par heure, soit une consommation de o",66o à ok,58o par cheval effectif et par heure, tout compris. Un moteur de 16 chevaux, alimenté par du gaz de houille, fonctionnant sous une charge de 12 chevaux effectifs, consomme 65 mètres cubes pour 10 heures de marche, soit 55o litres par cheval effectif et par heure.

Les machines à vapeur du système Bonjour, construites par L'Horme, sont de deux types, machine à deux cylindres compound et machine simple à un seul cylindre ; toutes deux à condensation, avec détente à vapeur variable par le régulateur et fermeture rapide. Dans leur étude, on s'est appliqué à réduire leurs organes pour restreindre autant que possible l'emplacement occupé. On a porté au minimum le nombre des articulations pour diminuer les éventualités de déréglage et les variations dans la distribution causées par l'usure. Le groupement de toutes les parties a été combiné pour faciliter autant que possible la surveillance et l'entretien. La détente à vapeur du système Bonjour, que la Compagnie a adoptée pour toutes ses machines les plus perfectionnées, vise le même but, que les distributions à déclics, avec des moyens beaucoup moins compliqués et des organes moins nombreux qui, par leur robustesse, se prêtent aux grandes vitesses de rotation. Le système de distribution comprend d'abord un tiroir principal qui, actionné par un mouvement d'excentrique, assure avec précision les périodes d'avance, d'évacuation et de compression. A l'intérieur de ce tiroir, s'en trouve un autre dit tiroir de détente, qui a pour fonction de fermer rapidement l'orifice d'admission au moment voulu de la course du piston. Ce petit tiroir circulaire équilibre est relié à une tige qui peut se déplacer parallèlement à l'axe du cylindre et qui porte un petit piston à chacune de ses extrémités. L'un de ces pistons se meut dans un cylindre à vapeur et, par suite du mouvement alternatif d'un distributeur spécial, reçoit successivement la pression sur chacune de ses faces. Il est donc animé lui-

même d'un mouvement de va-et-vient, et ce mouvement, transmis au tiroir de détente, produit instantanément l'obturation alternative des orifices d'admission au cylindre moteur. L'autre petit piston fonctionne de la même façon dans un cylindre amortisseur à eau, placé à l'arrière de la machine, et il a pour but d'annihiler les chocs qui pourraient se produire à chaque changement de direction du tiroir de détente. Le distributeur qui commande le tiroir de détente est actionné par un mouvement elliptique, combiné avec une coulisse, dont la résultante est un mouvement angulaire variable ; ce mouvement obéit lui-même directement au régulateur. Quelle que soit la position de ce dernier, les admissions avant et arrière sont égales. Quant à la rapidité obtenue dans la fermeture, elle est absolument instantanée. Ce régulateur est étudié de telle sorte qu'au fur et à mesure de l'accroissement de la force centrifuge par suite de l'agrandissement du sinus de l'angle d'écartement des masses régulatrices, le moment de la masse centrale augmente proportionnellement, c'est une cause d'influence perturbatrice évitée. La différence de vitesse angulaire agissant seule sur le régulateur, il possède une stabilité parfaite, tout en conservant une sensibilité telle que l'appareil peut passer d'une position extrême à la position extrême opposée, sans que la vitesse varie d'une façon appréciable. Le mécanisme de détente permettant de varier l'admission de o à 70 p. °/0 de la course du piston par la seule action du régulateur, ce mécanisme, mis en connexion avec un appareil de ce genre, assurera au moteur une vitesse absolument constante, quelle que soit la puissance développée. La distribution qui vient d'être décrite est celle du petit cylindre des machines compound ou du cylindre des machines à un seul cylindre. Le grand cylindre des machines compound devant débiter intégralement le volume de vapeur d'étendue dépensée par le petit, et le volume de ce petit cylindre étant constant, il en résulte que le volume introduit dans le grand cylindre doit être également constant, quel que soit le travail développé par la machine. Il faut donc, au grand cylindre, que la détente soit fixe. En outre, le volume des cylindres étant dans le rapport de 1 à 3, il faut que la durée de l'introduction dans le grand soit le tiers de la course du piston. On la fait un peu plus forte pour être certain que la vapeur dépensée par le petit cylindre soit complètement absorbée par le grand. Cette distribution au grand cylindre se fait à l'aide d'un seul tiroir spécial, commandé par un seul excentrique.

La Compagnie des Fonderies et Forges de L'Horme, en envoyant à l'Exposition de Saint-Etienne cette série de beaux spécimens des travaux de ses ateliers de construction, a fait honneur à sa haute renommée et à la brillante situation industrielle qu'elle occupe depuis si longtemps dans la région de la Loire. Cet établissement métallurgique est, en effet, un des plus anciens. Il fut fondé en 1827, et son histoire n'en est pas une des moins intéressantes et des moins instructives, par l'exemple d'une prospérité toujours croissante, parallèlement à des progrès techniques et constants. Lcà aussi, on trouve, à l'origine, comme fondateur, une personnalité bien originale et typique; non plus un pauvre ouvrier, mais un fils de famille bourgeoise qui sut le devenir, pour doter son pays d'une nouvelle industrie. Voulant importer en France les Forges dites à l'anglaise, Joseph Bessy s'en allait stoïquement en Angleterre apprendre le métier. Pendant deux ans, il endossa la blouse et se fit successivement puddleur, lamineur, fondeur et forgeron. Quand il revint, il fonda à Saint-Julienen-Jarez la première forge à l'anglaise, d'où L'Horme est sorti. Malheureusement, il mourait peu après, emporté par une maladie cruelle, dans toute la vigueur de sa belle intelligence, à la veille de la réalisation complète de son rêve patriotique. Mais le nom de Bessy figurera éternellement a coté de ceux des Holtzer, des Petin-Gaudet, des Milleret, des

Germain Morel, des Revollier et des Neyrand, etc., les illustres fondateurs de la Métallurgie de la Loire.

MM. Sculfort et Fockedey, de Maubeuge, et Bouhey fils, de Paris, montrent un groupe fort compact de machines-outils pour travailler les métaux; la Compagnie régionale des moteurs à gaz Otto, quatre machines variées, de forces différentes, un moteur à pétrole et une glacière; M. Ginot, de Saint-Etienne, une machine à cambrer les bottines et une machine à vapeur verticale de 12 chevaux. Je n'aurai garde d'omettre dans cette énumération deux jouets mécaniques curieux, des réductions à une échelle enfantine des machines d'extraction des Mines du Cros, exécutées par un ouvrier mécanicien de cette Compagnie, M. Parrat; un filet de vapeur amené de la grande machine Biétrix les fait marcher fort allègrement. Si nous étions en Angleterre, sans doute aucun, quelque société de tempérance, au défaut dïune société savante, décernerait à cet exposant une médaille d'honneur. Se livrer à de pareils travaux de patience et d'ingéniosité vaut mieux qu'aller au cabaret, et peut être cité en modèle de vertu privée.

L'électricité règne en souveraine dans l'Exposition, apportant partout, dans les diverses galeries, dans les jardins, le mouvement et la lumière, sans bruit, invisible, mais régulière, calme et puissante, comme il sied à une des grandes forces de la nature, soumise à la direction du génie humain. Quel chemin immense elle a parcouru depuis moins d'un demi-quart de siècle ! Quelles merveilles elle a accomplies ! L'Exposition spéciale de 1881, au Palais de l'Industrie, fut une première révélation qui plongea dans l'étonnement le monde entier. 1889 a été une sorte d'apothéose. La lumière électrique éclairait l'Exposition entière jusqu'aux huttes de Canaques, aux tentes des Soudaniens, et, du haut de la Tour Eiffel, dominait fièrement Paris. Le Syndicat des électriciens avait organisé 4.000 chevaux-vapeur produisant un éclairage qui représentait le chiffre fantastique de i.5oo.ooo bougies. Et par combien d'applications variées et plus inouïes les unes que les autres l'électricité émerveillait les visiteurs ! Ici, elle faisait mouvoir invisiblement de gigantesques ponts suspendus dans l'immense Palais des Machines; elle actionnait des hélices et des grues puissantes. Là, elle opérait la séparation des minerais, soudait des métaux; ailleurs, elle produisait des phénomènes physiques troublants, jusqu'ici inconnus, et, entr'autres, réalisait la fameuse légende orientale du tombeau de Mahomet, tenant en suspension dans les airs, par de simples effets de répulsion, un anneau en cuivre massif de i5 centimètres de diamètre. Que réserve pour demain à notre imagination, comme surprises, cette magicienne infatigable ? Une puissante industrie s'est créée depuis quelques années pour exploiter le champ immense ouvert par elle à l'activité humaine. Aujourd'hui, l'électricité, dans toutes les expositions, tient une place considérable, prépondérante même. A Saint-Etienne, la nuit, dans la Galerie des Machines, c'est une lutte superbe de clartés joyeuses, entre les lampes à arcs de M. A. Bayon, constructeur à Lyon, actionnées par une machine à double circuit magnétique ; celles de MM. Eschieret, Fuchs et C'°, de Puteaux, fonctionnant deux par deux, en tension sur un courant de 100 volts, depuis 3 ampères ; et les lampes à incandescence de la Compagnie Edison, de MM. Guitton et Bertolus, qui ont l'attrait spécial de leurs pittoresques corroies de cristal aux délicates nuances. Dans les jardins, c'est une débauche d'électricités de tous genres, accrochées aux mâts encussonnés et oriflammés ; suspendues, comme des acrotères fulgurantes aux toits des.pavilT

AINT-ÉTIENNE

Ions et piquant d'étoiles les vélums des tentes-abris : d'autres incendient les nappes et les jets d'eau des fontaines de lueurs multicolores ou réveillent par des caresses lumineuses les Heurs des parterres. Puis, c'est la concurrence entre inventeurs pour la production et le transport de la force motrice, h des distances plus ou moins considérables. On ne voit partout, au-dessus des machines, que statistiques indiquant les distances kilométriques considérables parcourues, entre les stations de production et de consommation, par les fils de transmission ; diagrammes de puissance de volts et d'ampères.

Le Creusot expose une dynamo à courants alternatifs de 2.000 volts, une dynamo à courant continu, un électro-moteur de 1/2 cheval et des transformateurs. Un de ses ingénieurs, M. Favelay, est venu faire, à une réunion de la Société de l'Industrie minérale, tenue dans l'Exposition même, une communication sur ces nouveaux engins électriques et en défendre la valeur. JLes savants et les ingénieurs reconnaissant de plus en plus, disait-il, la nécessité d'employer des potentiels très élevés, atteignant plusieurs milliers de volts, pour une distribution complète d'énergie à une grande distance, le Creusot préconise les machines à courants alternatifs et les hautes tensions qui permettent de réduire beaucoup la section des câbles conducteurs en cuivre et par conséquent de faire une importante économie. Au moyen des transformateurs dont Gaulard et Gibbs ont été les premiers inventeurs et qu'on a depuis beaucoup perfectionnés, une somme énorme de fluide électrique à haute tension est, presque sans perte, transformée en une quantité considérable à une tension moindre. Un ampère de courant, à la pression de 2.000 volts, donnera, après avoir passé par les transformateurs, 20 ampères à la pression de 100 volts, sauf une légère perte appréciable à 2 ou 3 p. °/0. La conduite à haute tension peut être amenée jusque près du lieu de l'emploi. Là, un transformateur proportionne le courant à l'usage que l'on veut en faire. MM. Schneider et Cie en ont fait l'intéressante démonstration à Saint-Etienne, où leur dynamo de 2.000 volts, du système Zipernowski-Deri- Blathy, la seule de ce genre qui figure à l'Exposition, fait, au moyen de transformateurs, d'une simplicité extraordinaire, n'exigeant ni surveillance, ni entretien, marcher des métiers dans la section de la rubanerie et éclaire tout un quartier des jardins et plusieurs galeries. L'électromoteur d'un 1/2 cheval, un bijou de mécanique, qui pourrait être installé dans une pièce d'appartement, sur une table de luxe, actionne une machine qui fabrique des ressorts de sommiers.

L'ensemble électrogène de MM. Vf Biétrix et C'e fait concurrence aux machines à courants alternatifs du Creusot. Un moteur vertical à 2 cylindres compound, avec distributeur rotatif, actionne une dynamo de la Société des machines magnéto électriques Gramme, qui fournit 110 volts et i5o ampères. 12 électromoteurs de 1/4, 1/2, 1 et 2 chevaux, mus par l'électrogène, mettent en mouvement des métiers à fabriquer des étoffes, de la bonneterie, des toiles, font tourner des ventilateurs et des essoreuses, etc. La Compagnie Edison de Saint- Etienne, par son directeur M. Mortier, défend non moins énergiquement les courants continus et montre comme argument sa belle installation de l'Exposition.

Pendant que les électriciens, ayant, depuis les essais de M. Marcel Desprez, résolu pratiquement le problème de la transmission du travail mécanique à distance, se préoccupent d'aller puiser aux sources de forces naturelles, aux cascades, aux ruisseaux, aux torrents et même à la mer, l'énergie physique nécessaire à l'action de leurs dynamos et de leurs électromoteurs ; des ingénieurs non moins audacieux s'en vont quérir l'eau dans les montagnes, et

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l'amenant elle-même dans les ateliers, aux pieds des métiers et des machines-outils, font lutter de services industriels l'hydraulique contre l'électricité et contre la vapeur. MM. Guitton et Bertolus; Julien Etalait, directeur de la Compagnie « Electricité et Hydraulique de Charleroi », les Ateliers de constructeur de Vevey (Suisse), montrent des turbines familiales de 1/2 à 2 et 3 chevaux-vapeur, qui, au moyen de l'eau simplement dérivée des conduites ordinaires d'alimentation, actionnent des machines à coudre, des machines-outils, des tours, etc., et même fournissent une force motrice suffisante pour faire mouvoir des dynamos et engendrer l'électricité. Une turbine Dulait, d'une force de 3 chevaux, dont la boîte mesure o"',C)o de long sur o'",5o de large et o'n,6o de haut, inspire une dynamo portant à l'incandescence 25 lampes Swan, double carcel.

La municipalité de Saint-Etienne s'est fort intéressée à cette question si importante, au point de vue industriel et social, de l'utilisation des forces motrices naturelles à domicile, pour le fonctionnement des instruments de tissage et des petits ateliers d'armurerie et de mécanique. La ville, du côté du Sud, est entourée de montagnes d'une grande altitude, d'où sortent d'abondantes sources et de nombreux ruisseaux. Elle a capté et dérivé les uns et les autres dans deux immenses barrages établis à une altitude de 571 mètres au-dessus du niveau moyen de ville, et pouvant contenir une moyenne annuelle déplus de 55 millions de mètres cubes d'eaux, qui sont amenées par un aqueduc de 17 kilomètres de longueur, avec une pente de 35 millimètres par mètre. En 1882, un premier projet d'utilisation des forces hydrauliques fut demandé aux ingénieurs des ponts et chaussées, chargés à cette époque du service des eaux de Saint-Etienne. Dans le rapport adressé à la municipalité par l'ingénieur en chef du département, la force motrice brute était évaluée à 504 chevaux-vapeur. Recueillie sur des turbines et transportée dans la ville, elle devait se réduire à 189 chevaux-vapeur, réellement utilisables. En présence de résultats aussi médiocres, le projet fut abandonné. Mais, sous l'impulsion des idées scientifiques nouvelles, le même problème s'était posé un peu de tous côtés. Plusieurs villes, petites et grandes, situées dans des régions montagneuses, Genève, Zurich, Domène (Isère), Dieulefit (Drôme), Valreas (Vaucluse), Bourganeuf (Creuse), etc., avaient attiré l'attention publique et provoqué l'admiration par l'intelligence avec laquelle elles tiraient partie des ressources hydrauliques mises par la nature à leur disposition, pour transporter à domicile la force et la lumière. D'autre part, les expériences de M. Desprez sur le transport à haute tension des courants continus, l'invention des transformateurs ou générateurs secondaires permettant la transmission à grande distance des courants alternatifs, sans pertes sensibles, avaient modifié radicalement les données du problème et en rendaient la solution facile. En 1888, le Conseil municipal portait au budget une somme de 1.000 francs, destinée à l'étude de la question d'utilisation des forces motrices rendues disponibles par les travaux d'alimentation en eau de la ville de Saint-Etienne. Le rapport adressé au maire par l'ingénieur directeur du service des eaux concluait par les propositions suivantes : « Demander au Conseil municipal l'autorisation de prendre sur le crédit de 5. 000 francs votés pour les installations intérieures de distribution d'eau aux frais avancés de la ville, une somme de 3. 000 francs nécessaire à des essais de moteurs hydrauliques ; autoriser le service des eaux à préparer le projet d'adjudication de la fourniture des appareils hydrauliques pour l'éclairage électrique du théâtre. » Le maire nommait en même temps une commission spéciale ayant pour mission de procéder à l'étude des moyens à employer pour obtenir dans le plus bref délai possible la séparation des eaux ménagères des eaux industrielles et l'augmentation du volume des unes et des autres,

en prenant en considération les conditions à remplir pour que les eaux industrielles puissent servir en même temps à la production de la force motrice à domicile.

L'éclairage électrique du théâtre a été organisé, et MM. Guitton et Bertolus ont obtenu la concession. Ils ont installé à l'Exposition une petite dynamo de 5 chevaux, actionnée par une turbine fonctionnant sous la pression des eaux de la ville, représentant une chute de 40 mètres de haut. Cette turbine consomme de 7 à S litres d'eau par seconde et développe une force de 4 chevaux. L'éclairage complet de l'édifice comporte une autre turbine de même type, mais d'une force de 40 chevaux, qui fonctionnera sous une pression de 120 à 125 mètres, hauteur de chute dont on dispose à cet endroit de la canalisation urbaine avant toute prise de branchements particuliers. Il faut espérer que cette première démonstration publique sera bientôt suivie d'une application générale de l'emploi combiné de l'hydraulique et de l'électricité. Saint-Etienne y trouverait un nouvel élément de prospérité. Dans les chapitres précédents, on a vu que la vieille organisation industrielle de l'atelier familial était fort menacée, dans l'armurerie, par la fondation récente d'établissements mécaniques et que, dans la rubanerie même, le système de l'usine gagnait de jour en jour. Cette évolution doit avoir des conséquences économiques et sociales d'une grande gravité, en détruisant des traditions séculaires qui maintiennent la vie de famille, qui développent l'initiative privée et l'intelligence des ouvriers et, en leur assurant l'indépendance, les font participer, dans une certaine mesure, aux bénéfices des périodes de prospérité. Pourvu de force motrice naturelle à très bon marché actionnant ses métiers, ses machines-outils, et fournissant abondamment la lumière, l'atelier familial pourra lutter victorieusement contre l'usine. En attendant la réalisation de ce rêve économique et social, les électriciens tentent activement de faire pénétrer dans les intérieurs, dans l'atelier de famille, les applications domestiques diverses qui peuvent être déjà faites de l'électricité. On nous a exhibé des machines à coudre, des machines-outils qu'elle actionne ; voici maintenant, de l'invention de MM. Guitton et Bertolus, une série de petits appareils nouveaux, fort ingénieux : des bouilloires électriques, dans lesquelles en dix minutes on peut porter à l'ébullition un litre d'eau, avec une dépense insignifiante ; des fers à repasser électriques, qui évitent toutes les manipulations longues et ennuyeuses du repassage classique; une petite perceuse mobile, qui porte avec elle sur un chariot minuscule une dynamo munie de son rhéostat, et dont la constitution mécanique originale permet de placer l'outil ou la dynamo dans toutes les positions, même les plus critiques, que peut nécessiter le travail à exécuter.

Pendant que l'électricité marche hardiment à la conquête de toute l'industrie, le gaz lutte avec une énergie héroïque pour conserver sa situation et défendre sa fortune. Il perfectionne ses éléments d'action ; il multiplie ses sous-produits et cherche une nouvelle clientèle. La Compagnie du gaz de Saint-Etienne, à l'imitation de son aînée de Paris, en 1889, a voulu avoir à l'Exposition son pavillon spécial, que décore pittoresquement le soir un drapeau tricolore lumineux. Elle indique là, dans des salles diverses, fort bien aménagées, tous les services qu'elle peut rendre, dans la vie domestique, comme éclairage et chauffage. Ce ne sont que réchauds, rôtissoires, cuisinières complètes, lustres, suspensions, appliques, lampes, calorifères, cheminées, etc., pour installation de toutes fortunes, qui font la joie, l'admiration des ménagères et des maîtresses de maison. Des salles de bains contiennent des appareils variés, à chauffage presque instantané. Dans la Galerie des Machines, le gaz actionne de nombreux moteurs d'une puissance de 1 à 40 chevaux, construits par des établissements importants. On

a déjà essayé de résoudre ainsi dans les ateliers de rubanerie la question de la force motrice pour la petite industrie. La Société d'agriculture, industrie, sciences et arts du département de la Loire s'est fort intéressée à ces tentatives. En 1882, elle a visité officiellement un certain nombre d'ateliers et distribué des primes et des médailles d'encouragement. La concurrence créée aujourd'hui par l'hydraulique combinée avec l'électricité ne peut que développer ce système, en provoquant un abaissement sensible du prix du gaz. La classe ouvrière y trouvera bénéfice. L'administration a concédé une partie de l'éclairage extérieur et intérieur de l'Exposition à la Compagnie, qui exhibe là ses systèmes les plus nouveaux.

La grande industrie des Mines, la richesse de la région, ne pouvait se dispenser de prendre part à l Exposition de Saint-Etienne. L'abstention, décidée en principe dès la première heure, pour des raisons relativement plausibles, a peu à peu été abandonnée. Au fur et à mesure de l'achèvement des travaux d'organisation, les adhésions se sont multipliées et, en fin de compte, toutes les Sociétés sont aujourd'hui représentées au Treuil par des produits ou par des appareils d'exploitation. Si la place même avait pu être accordée libéralement, l'exposition spéciale des mines aurait insensiblement pris des proportions considérables, supérieures à ce qu'elle était en i88q, au Champ de Mars. On a dû la reléguer un peu à l'écart, derrière les pavillons de la Ganterie, de la Cordonnerie et des Appareils sanitaires. En présence de tant de documents épars, le regret vient immédiatement qu'on n'ait pu créer une section spéciale des mines. Elle eût été, sans doute aucun, une des attractions les plus originales de l'Exposition. Les administrations des Houillères se sont mépris complètement sur le caractère de l'intérêt que le public aurait pris à visiter une section de ce genre; l'objection, tirée du contact incessant de la population avec cette industrie, du voisinage des mines, n'avait aucune valeur. Une exposition est un peu comme un spectacle dramatique, où la reproduction de la réalité que les auditeurs ont constamment sous les yeux, leur est d'une joie ineffable et excite immédiatement leur enthousiasme.

Les houillères réunies de la Loire, de Saint-Etienne, de Villebœuf et du Cros ont élevé un portique pittoresque en charbons agglomérés par la machine Couffinhal des ateliers Biétrix et Cie de la Chaléassière. Çà et là, disséminés au hasard des concessions d'emplacement, se voient des « pérats » superbes, exposés par Firminy et La Péronnière ; des entassements de cokes pour hauts fourneaux et fonderies, fabriqués par les Houillères de Saint-Etienne avec du charbon non lavé de la i3e couche; des échantillons de charbon trouvé à 620 mètres de profondeur, au puits de la Pompe ; de grands amas de briquettes de tous modèles, pleines, perforées, cylindriques, ovoïdes, etc., des Houillères de Saint-Etienne, de La Péronnière et de La Chazotte. Plusieurs compagnies ont installé des cages d'extraction de systèmes nouveaux : une cage à trois étages superposés, portant ainsi six bennes ou trois tonnes de houille, à chaque cordée, munie d'un parachute de l'invention de M. Villiers, directeur des Houillères de Saint-Etienne, à ressorts Belleville et accompagnée pour la démonstration de ses avantages d'un fragment de guidage et d'un tronçon de puits ; une cage guidée en trois cables, de Beaubrun ; une cage de la Compagnie de Montrambert, à deux plateaux et huit bennes, portant 4 tonnes de houille, avec guidage en bois. Un ouvrier mineur, M. Cl. Achard, a exposé en réduction un parachute de son invention à action instantanée, pour guidage en câbles. Les ingénieurs des mines s'arrêtent volontiers devant cet engin pour l'étudier. M. Picard, dont les grands cintres de tunnels de la ligne de chemin de fer de Roche à Firminy figuraient avec honneur à l'Exposition de 1889, a envoyé les cadres du blindage en fer de la galerie

d'aérage du puits Mars, qu'il a terminé depuis cette époque, ainsi que des cercles plus petits pour soutènement de galeries ordinaires. M. Maximilien Evrard montre son laveur mécanique ; la maison Galland et Levet, de Chalon-sur-Saône, des treuils à vapeur pour mines ; Ruggieri, des explosifs nouveaux, magnétiques et à base de nitrate d'ammoniaque. Une des pièces d'exposition les plus intéressantes, se rapportant à cette section, est le plan-coupe du bassin houiller de la Loire, exécuté par M. Perrin, géomètre de la Société des Houillères de Saint- Etienne, et placé dans la Galerie des Machines. Rien n'est plus ingénieux pour expliquer au public la constitution géologique de ce bassin, sans avoir recours à des documents d'une technologie aride et obscure pour des ignorants en ces matières. Un plan topographique général, deTartaras àUnieux, couvre le fond d'une caisse oblongue, à parois peu élevées. Les périmètres d'exploitation de chaque compagnie, les puits, les fendues, y sont indiqués très visiblement. En travers de la caisse, sur ce plan, sont placées perpendiculairement des lamelles de verres qui portent en teintes conventionnelles toutes les coupes des terrains, de la houille, des failles, etc. Sur une des parois extérieures, est établie une autre coupe en long, suivant l'axe. La lecture de ce plan est on ne peut plus aisée et intéressante. L'étendue des concessions de mines, dans les deux sous-arrondissements minéralogiques de Saint-Etienne et de Rivede-Gier, n'est pas moins de 22.432 hectares. On a prétendu souvent, dans des documents publics, que le bassin houiller de la Loire était à la veille d'un épuisement complet; Michel Chevalier estimait, en 1867, qu'au train dont allaient les choses industrielles, les richesses charbonnières de la France auraient disparu dans cent ans. Le rapporteur général de l'Exposition de 1878 signale avec inquiétude cette redoutable échéance et recommande instamment l'économie de la houille. Or, les savants ingénieurs de la région sont en mesure de prouver que, dans les concessions de Rive-de-Gier, Saint-Chamond et Saint-Etienne, il y a encore comme stock reconnu ou à peu près certain, d'après les sondages et les déductions scientifiques, 90 millions de tonnes de charbon et comme réserves probables, indiquées par les prolongements géologiques des couches actuelles reconnues ou exploitées, plus de 100 millions de tonnes. Le bassin de la Loire n'est donc pas encore à la veille d'être vidé, malgré le développement considérable de l'exploitation actuelle.

En 1890, d'après la dernière statistique officielle, la production totale du bassin s'est élevée à 3. 532.1 52 tonnes, d'une valeur de plus de 40 millions de francs. Toutes les grandes compagnies ont vu, pendant cette période, augmenter le rendement de leurs concessions. Aux Mines de la Loire, de 299.227 tonnes en 1889, il s'est élevé à 348.020, soit près de 5o.ooo tonnes d'augmentation. Le dernier bilan social des Houillères de Saint-Etienne accuse en 1890 une augmentation du même chiffre sur l'exercice précédent. Dans la Société des Houillères de Montrambert et de La Béraudière, la production de 1890 dépasse de 62. o5o tonnes celle de 1889 et de 124.743 la moyenne des dix années précédentes. Aux Houillères de Rive-de-Gier même, on a constaté, en 1890, une augmentation de 2.000 tonnes. Chaque jour, les travaux, de plus en plus puissants, exécutés par les ingénieurs permettent d'atteindre la houille à des profondeurs extraordinaires. En 1890, dans la concession des Houillères de Saint-Etienne, au Grand-Treuil, on a foncé jusqu'à 625 mètres un puits neuf, destiné à atteindre la i3e couche ; le puits de la Pompe a été descendu au même niveau, pour la réalisation du même but. Aux Mines de la Loire, on recherche cette 1 3e couche. A Montrambert, un puits a été poussé jusqu'à près de 700 mètres, pour explorer des parties inconnues. Le déhouillement à 3 et 400 mètres de profondeur est devenu une opération courante, rendue aisée par les perfectionnements apportés dans l'aération et l'épuisement des eaux. Les obstacles

pour les vieux ouvriers fonctionne depuis 1873, alimentée exclusivement par le conseil d'administration. La pension, assurée à partir de 55 ans, est variable suivant l'emploi de l'ouvrier; elle n'est jamais moindre de 3oo et représente souvent le double. La compagnie, de ce chef, a dépensé, en 1 890, plus de 60.000 francs. Elle alloue annuellement de 6 à 8.000 francs de subventions à une caisse de prévoyance pour les employés, qui a reçu, lors de sa fondation, un don exceptionnel de 55. 000 francs. Deux cités ouvrières, comprenant 5o maisons, avec jardinets, qui se louent 120 et 180 francs par an, ont été bâties à Roche. La compagnie entretient, à Roche et à Firminy, deux asiles qui reçoivent annuellement 35o enfants ; une école professionnelle de filles et diverses écoles féminines de hameaux, dont la population est de 25o élèves en moyenne.

Les terribles catastrophes du puits Jabin, de Verpilleux, de Villebœuf sont d'hier, et la douloureuse émotion qu'elles ont provoquée est à peine calmée. Quel intérêt palpitant eût présenté pour tout le monde une exposition collective de tous les engins et systèmes employés non seulement par les compagnies du bassin, mais par celles des autres centres houillers de la France et même de l'étranger, pour l'aération des mines, pour la protection des ouvriers contre le grisou, contre les éboulements et contre les inondations ! J'ai rêvé, pour cette section des mines et pour tout cela, un pavillon original, représentant, par exemple, un vieux bâtiment de puits, aux formes pittoresques, dans sa rusticité primitive. Mais le regret de ce qui n'a pu être fait doit être atténué par la satisfaction de ce qui l'a été. Telle que les circonstances exceptionnelles ont permis de l'organiser, la section des mines est fort curieuse ; elle laissera, sans doute aucun, un souvenir précieux pour la science parmi les attractions et les merveilles de l'Exposition de 1891.

7e Livraison 20 Septembre 1891

LEXPOSITIONUDE S'- ETIENNE

KIOSQUE CANCAI.ON

Théolier et C\ imprimeurs-éditeurs Texte par M. Marius Vachon. Phototypie Chéri-Rousseau

Industries diverses

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