S'-ÉTIENNE
Ecole Professionnelle de Garçons de Saint-Etienne. Théolier et C", imprimeurs-éditeurs Texte par M. Marius Vachon.
Phototypie Chéri-Rousseau et fils.
Les Ecoles
l n'avait pas été décidé, dès le début, que l'enseignement public ferait partie de l'Exposition ; mais diverses institutions spéciales, l'Ecole régionale des arts industriels, les Ecoles professionnelles de jeunes gens et de jeunes filles, les Cours de la Bourse du Travail et l'Ecole des Sourds et Muets, ont tenu à y figurer. Malheureusement, des raisons ou des prétextes multiples n'ont pas permis de les réunir dans un même local. L'Ecole professionnelle de jeunes gens occupe un emplacement dans une galerie reculée, au milieu des produits de la chimie, de la parfumerie et de la distillation. Une vitrine modeste montre les travaux des Sourds et Muets, à côté de la corderie et des grillages en fer. L'Ecole régionale des Arts industriels s'est vu refuser impitoyablement l'entrée de°s Pavillons du Treuil et a dû organiser son exposition dans les bâtiments mêmes de l'école, au sommet de la colline Sainte-Barbe. Plus hospitalière que le Commissaire général, elle a donné charitablement asile, dans une aile de ces bâtiments, à l'Ecole professionnelle de jeunes filles Quant à l'Ecole professionnelle libre de jeunes gens, elle s'est abstenue. Dans les derniers mois seuls, la Bourse du Travail a timidement installé, dans la galerie du Mobilier, une petite vitrine contenant quelques travaux des élèves de ses cours de coupe et d'assemblage. Cette dissémination extérieure et intérieure des écoles, qui, dans une exposition industrielle, organisée par la Municipalité, semblait naturellement devoir y tenir une place d'honneur, n'a pas été une mesure heureuse. Elle paraissait témoigner publiquement à
leur égard une sorte d'indifférence, qui n'est point cependant dans les traditions ni dans les habitudes des administrateurs de la ville. Tous ceux qui s'intéressent ou qui collaborent à leur prospérité en ont certainement souffert, non point tant comme blessure d'amourpropre personnel, que dans leur ambition fort légitime d'un hommage éclatant, rendu, dans une occasion exceptionnellement opportune, à des institutions d'utilité publique, dont deux au moins sont ou doivent être les pépinières des bons ouvriers, des contremaîtres et des chefs d'industrie de la ville et de la région. En cette considération, elles avaient le droit de compter non seulement sur la courtoise bienveillance, accordée spontanément à tous les exposants, mais à une sollicitude empressée, qui pouvait facilement supprimer toutes les difficultés matérielles et donner aux écoles un emplacement digne d'elles et des œuvres qu'elles avaient à montrer à la population. Ce n'est point ainsi qu'on encouragera leur recrutement sérieux et qu'on les fera tenir en réputation incontestée et en haute estime. Scientifiquement, la place des établissements d'enseignement professionnel et artistique était à l'Exposition industrielle et, pour ainsi dire, en conception idéale, à l'entrée des galeries. Ne sontelles point le fondement de toutes les industries de la ville et de la région, de la Rubanerie, de l'Armurerie, de la Métallurgie, etc. ? Aucun des membres de la Commission d'organisation n'a donc lu l'éloquente page consacrée par Jules Simon à l'Ecole dans l'Exposition, comme conclusion du dernier chapitre de son rapport d'ensemble sur les opérations du Jury des récompenses de 1878? Elle est à reproduire tout entière pour rendre leurs regrets et même leurs remords plus cuisants : «Autrefois, on entendait dire partout : Travaillons! C'est le mot de l'humanité, mais on exprime à présent plus justement la même pensée en disant : Etudions ! C'est là en effet la forme la plus excellente, la plus éminente, la plus elîicace du travail humain. L'histoire des expositions nous conduit à cette conclusion par la route la plu sdirecte. En 1798, une exposition n'est qu'une exhibition; c'est un bazar, une simple accumulation de richesses; 1801, 1802, 1804, 18 19 ne sont guère autre chose. Ce sont des richesses en plus grande quantité, mais toujours des richesses et rien de plus. Les procédés scientifiques, les outils, commencent à se montrer seulement en 1834. C'est la philosophie du travail qui fait son apparition. Les hommes de métier, les savants de profession avancent pour les étudier; les contemporains peuvent se souvenir que la foule des visiteurs s'en éloigne. Non seulement elle ne les comprend pas, ce qui est assez naturel, mais elle n'en soupçonne pas la puissance et l'importance. Il faut des coups d'éclat comme le chemin de fer, la locomotive, le télégraphe électrique, la photographie, pour lui faire sentir que les destins de l'humanité se préparent dans les laboratoires des savants. Elle fait à cet égard son éducation lentement, mais elle la fait. A partir de 1 855, il y a dans les expositions un département scientifique. On expose en outre les appareils des transformations industrielles et même des spéculations purement théoriques, et la foule, sachant désormais que la découverte d'une théorie peut donner lieu à la découverte d'une industrie, s'arrête avec respect devant ces outils d'un nouveau genre. On ne se borne pas à lui montrer les instruments de la chimie, de la physique, de la géodésie, de l'astronomie, les collections de l'histoire naturelle; on étale sous ses yeux tout ce qui sert à la culture intellectuelle : les livres; non seulement les grands livres, qu'on ne peut lire qu'à la condition d'être déjà un savant, mais les livres de la foule, du vulgaire, ceux des enfants; le mobilier scientifique et scolaire, depuis le plus élevé jusqu'au plus humble. Elle sait à peu près ce que c'est qu'une université ; elle comprend ce que peut une école primaire. Les galeries scolaires sont visitées autant que les autres et par des gens compétents.. .A Londres, à Philadelphie, à Paris, il y a un groupe scolaire. Jamais ce groupe n'avait eu, dans l'opinion
publique, une importance aussi décidée, aussi considérable qu'en 1878. Jamais les récompenses de ce groupe n'avaient été aussi recherchées, aussi enviées. L'échelle est maintenant visible pour les plus ignorants, pour les plus inattentifs : le produit, l'outil, la machine-outil, le laboratoire, l'université, l'école secondaire, l'école primaire. On descend jusqu'à la salle d'asile, jusqu'à la crèche. Former l'intelligence humaine qui est maîtresse de la destinée humaine; l'alaiser, la fortifier, la dégager des préjugés, l'enrichir des meilleurs instruments et des meilleures méthodes. » Les organisateurs de l'exposition de Saint-Etienne sont donc restés en retard sur le siècle en n'y donnant pas à l'Ecole la place qui lui revenait par droit de conquête et de services publics. C'est en considération de cette lacune que j'ai tenu à consacrer ici un chapitre spécial aux institutions d'enseignement industriel et artistique de la ville de Saint-Etienne.
L'Ecole professionnelle de garçons a été fondée il y a dix ans. Le 17 juillet 1882, le Conseil municipal, sur la proposition de M. Duchamp, maire de la ville, en votait la création et affectait une somme de i3o.ooo francs pour l'installer dans un local appartenant à la ville, rue Michelet. 49.500 francs devaient être employés à l'aménagement du local, à l'achat du matériel et de l'outillage d'enseignement. Quand la délibération fut approuvée par le Ministre de l'Instruction publique, le conseil vota une nouvelle somme, i6.5oo francs, pour le traitement du personnel. L'école était inaugurée le 17 novembre, avec 54 élèves. Les travaux manuels, l'ajustage, la menuiserie, le modelage et le tissage commencèrent à fonctionner vers le milieu de l'année. L'école resta trois ans rue Michelet. Mais, dès le commencement de 1 883, la municipalité, prévoyant qu'elle ne pourrait pas lui donner toute l'extension désirable dans l'immeuble où elle était installée, étudia un projet de construction. Dans sa séance du 16 février, le conseil, sur la proposition du maire, acceptait le principe de cette décision et nommait une commission chargée d'en étudier les voies et moyens pour la réaliser rapidement. Le 12 mars, conformément aux conclusions du rapporteur de la commission, il adoptait le terrain de Chantegrillet , appartenant à la ville, pour l'emplacement de l'école et votait 405.000 francs, dont 320.000 francs pour la construction et 85. 000 francs pour l'achat de l'outillage ; il décidait en même temps que l'étude du projet serait mise au concours sur un programme préparé par l'administration municipale. Un premier concours n'ayant pas donné de résultat, un deuxième eut lieu le 18 décembre. Sur le rapport du Jury chargé d'examiner les projets des concurrents, le conseil adopta le projet, classé premier, de M. Bruno-Jouve, architecte de la ville. Les travaux de construction commencèrent en mars 1884 et se terminèrent en octobre t 885. Le transfert eut lieu le i5 du même mois. Les 4o5. 000 francs votés primitivement avaient été augmentés de 20.000 francs après le premier concours, puis de 33. 000 francs, par suite d'un dépassement de crédit dans l'achat de l'outillage. De plus, pendant le cours de la construction, l'architecte de la ville ayant donné sa démission, son successeur M. Lamaizière, sous l'administration de M. Madignier, maire, révisa le devis et, d'accord avec le directeur, proposa au conseil de voter un supplément de crédit de 120.000 francs, jugé nécessaire pour achever la construction. La ville de Saint-Etienne a dépensé ainsi pour cette école une somme de 578.000 francs en construction, mobilier, outillage des ateliers et matériel d'enseignement.
L'école est formée de deux bâtiments séparés par une vaste cour qui sert de lieu de récréation pour les élèves. Le premier, en façade sur la rue, dont il est séparé par un jardin,
à un étage, avec deux ailes en retour, est réservé à l'enseignement général ; il se compose de cinq salles d'études pouvant recevoir 60 élèves chacune, de cinq salles de classes, d'un amphithéâtre de chimie de 5o places, d'un laboratoire de chimie avec ses dépendances, d'un amphithéâtre et d'un cabinet de physique, d'une salle de manipulations pour l'étude de l'électricité, d'une grande salle de dessin, d'une bibliothèque et d'une salle de collection. Le deuxième bâtiment, d'une surface de 1.400 mètres carrés, comprend les ateliers, au nombre de neuf, pourvus d'un outillage considérable, dont l'installation n'a pas coûté moins de 140.000 francs. Ces ateliers sont: l'atelier d'ajustage pour les élèves des première et deuxième années, qui possède quarante étaux, huit tours à crochets, une machine à percer murale, une machine à percer à colonne et une petite forge pour la réparation des outils ; l'atelier d'ajustage pour les élèves des troisième et quatrième années, ainsi outillé : trente-quatre étaux, quatre tours à charioter et à fileter, un tour en l'air, un tour à décolleter, une machine à percer à colonne et une radiale, une machine à raboter, un étau limeur, une machine à mortaiser, deux machines à fraiser, une] machine à tailler les fraises de forme, une machine à rectifier après la trempe, deux marbres ; l'atelier d'armurerie, pourvu de sept étaux, deux tours à charioter, une machine à percer et une à raboter, un étau limeur, une machine à reproduction, cinq enclumes et cinq étaux, un tour à aléser, une forge à deux feux. Viennent ensuite l'atelier de forgeage avec trois forges, six enclumes et un pilon ; l'atelier de fonderie, l'atelier de menuiserie et de modèlerie, qui ne contient pas moins de vingt établis et de huit tours ; l'atelier de tissage, où vingt-trois métiers divers peuvent être mis en action ; l'atelier de teinturerie et l'atelier de modelage et de sculpture. Une machine à vapeur de la force de trente chevaux actionne les machines-outils. Tout l'établissement est éclairé à l'électricité par 2 70 lampes à incandescence et par une lampe à arc.
Les cours enseignés à l'Ecole professionnelle sont de deux ordres : les cours généraux communs à tous les élèves d'une même division, qui ont pour but l'instruction générale des écoles primaires supérieures, et les cours techniques. Les premiers embrassent les matières suivantes : français, orthographe, grammaire, lecture, récitation, style, instruction morale et civique, économie politique et notions de législation, comptabilité, histoire et géographie, mathématiques, arithmétique, algèbre, géométrie et géométrie descriptive, mécanique et technologie, sciences physiques et naturelles, dessin, écriture.
L'originalité spéciale de l'institution est dans l'organisation des cours techniques, destinés à fournir aux élèves les moyens de faire l'apprentissage scientifique et manuel d'un métier, but essentiel de l'école. En première année, les élèves passent dans tous les ateliers et s'initient au maniement des outils de travail du bois et du fer, de l'ébauchoir du modeleur et du ciseau du sculpteur. Après cette année d'essais, les élèves sont spécialisés, suivant les goûts et les aptitudes qu'ils ont manifestés; l'administration les répartit en conséquence dans les ateliers précités. Ils travaillent trois heures par jour manuellement, en deuxième année: quatre en troisième et cinq en quatrième ; et même, pendant le deuxième semestre de cette dernière période, on les gardé dans les ateliers jusqu'à sept heures par jour, afin de les entraîner graduellement à la journée ouvrière normale, qu'ils seront appelés à tenir le lendemain de leur sortie de l'école. Les élèves ajusteurs passent à tour de rôle dans l'atelier de forgeage, pour apprendre à fabriquer eux-mêmes leurs outils. Au commencement de la troisième année, ils se subdivisent professionnellement. Les uns font de la mécanique, d'autres de l'armurerie. Ils font également avec les élèves modeleurs un peu de moulage et de fonderie. Tous travaillent d'après leurs croquis ou dessins. En quatrième année, ils établissent le devis de leurs principaux travaux.
Comme les travaux manuels à 1 école n'ont pas pour but de produire, mais uniquement d'instruire pratiquement, les difficultés sont présentées aux élèves d'une façon méthodique, et le travail aux ateliers est facilité par un cours technologique. Dans ce cours, en ce qui concerne l'ajustage, par exemple, on décrit les principaux organes de machines, leur perfectionnement ; on donne des indications sur leur exécution et des formules pratiques sur leurs proportions. On passe ensuite aux machines où l'on retrouve ces organes. Dans le deuxième semestre de la quatrième année, on enseigne particulièrement la partie théorique du métier, c'est-à-dire qu'on fait exécuter des pièces présentant quelques difficultés dans le tracé, dans la disposition des machines-outils dont on doit se servir. C'est ainsi que les élèves ajusteurs sont tenus de tracer et de tailler des roues d'engrenage, soit à la main, soit à la machine; que les élèves menuisiers dessinent et exécutent un certain nombre d'appareils en réduction comme trémies, arêtiers, persiennes cintrées, escaliers de différents types. Ce travail a une grande importance parce qu'il ne s'apprend guère dans les ateliers de production et qu'il donne aux élèves l'habitude de tout déterminer géométriquement. Une partie des élèves mécaniciens s'occupent particulièrement de la construction des machines électriques et de leurs accessoires. Ils étudient les principaux enroulements et font des manipulations d'électricité industrielle. Les élèves de la section du tissage étudient la contexture des tissus, exécutent les principales armures, apprennent à se servir de la mécanique Jacquard, font de la mise en carte et du lisage, confectionnent quelques façonnés et analysent des échantillons. A mesure qu'ils se servent des métiers pour la pratique du tissage, ils en étudient la composition et le fonctionnement. On leur en fait l'historique, en insistant sur les principales modifications et sur les perfectionnements scientifiques qui y ont été apportés.
Le dessin est sévèrement enseigné en raison de son utilité pour les métiers. En première année, tous les élèves font du dessin à main levée pour s'habituer à manier le crayon et à juger des proportions. Ils dessinent d'abord, d'après des modèles muraux, des motifs à deux dimensions, puis, les principaux solides géométriques représentés par leurs arêtes ou contours en fil de fer et apprennent pratiquement les principales règles de la perspective. A partir du commencement de la deuxième année, l'étude du dessin est spéciale à chaque section ou groupe de sections. Les élèves mécaniciens et menuisiers, pendant le premier trimestre, font un certain nombre de constructions géométriques. Les premiers dessinent ensuite des organes de machines d'après les modèles en relief : ils en prennent d'abord le croquis qu'ils cotent avec soin, puis en exécutent le dessin avec la règle et le compas. Les seconds dessinent des assemblages, portes, fenêtres, meubles, avec détails ; étudient les ordres d'architecture et font les épures des principaux appareils exécutés en menuiserie : trémies, arêtiers, escaliers divers, etc. Les sculpteurs et les tisseurs font du dessin d'ornement et du dessin d'imitation.
Ce sont des spécimens de tous ces travaux que contient l'exposition de l'école. Les parois sont tapissées de dessins exécutés dans les diverses divisions générales et techniques. Le cours de composition décorative contient des études de fleurs et d'ornements géométriques, qui ne sont point dépourvus d'une certaine originalité et même d'une fantaisie délicate. L'enseignement y paraît aussi élevé qu'à l'Ecole régionale des Arts industriels. D'ailleurs, le professeur est le même ici et là. La classe de sculpture a exposé deux meubles d'une exécution excellente, notamment un cabinet avec cariatides et panneaux sculptés, qui fait grand honneur à l'élève dont il est l'œuvre. L'administration n'a pas hésité à exposer à coté du meuble le moulage en plâtre de l'original, d'après lequel le panneau de
milieu a été fait, tant le jeune sculpteur qui l'a reproduit a su habilement en reporter sur bois les mérites divers : la pureté du dessin, l'élégance des formes, la vigueur du modelé et l'esprit de la composition. Une vaste vitrine renferme une série considérable d'outils de tous genres exécutés par les mécaniciens et les forgerons, et que le directeur de l'école, M. Lebois, et la Commission de perfectionnement ont jugés assez remarquables par la précision et le fini du travail pour les faire servir à la formation d'une collection de modèles technologiques. Il y a là encore des spécimens de pièces de forge à leurs différents degrés de transformation sous le marteau, qui font bien augurer de la justesse de coup d'œil, de l'habileté de main et de la vigueur physique des jeunes gens qui les ont produites. Les menuisiers et charpentiers montrent des rampes d'escaliers, des toitures, des coupoles, des spécimens d'assemblages de toutes natures, des objets tournés de cent façons diverses: manches, chevilles de porte-manteaux, moulures, cônes, sphères, pieds de table, vis à bois, écrous, coquetiers, moutardiers, etc. Dans la section de. modelerie, se voient de nom. breux modèles de pièces de mécanique, de machines-outils, façonnées en bois, à donner l'illusion parfaite des originaux ou des pièces définitives. Les ateliers de tissage et de teinture ont fourni les éléments d'une vitrine avec des coupons de rubans, de velours et d'étoffes, avec des flottes de soies teintes de diverses couleurs, accompagnées d'échantillons des principaux produits chimiques, de toutes essences, qui entrent dans la préparation des bains de teinture.
L'exposition de l'Ecole professionnelle de garçons est, de tous points, fort réussie. Elle prouve avec éclat qu'on y travaille avec ardeur, d'après une méthode scientifique féconde, sous une direction aussi ferme qu'élevée dans ses principes et ses ambitions pédagogiques. Aussi, l'institution donne-t-elle des résultats superbes. Dans mes voyages de missions officielles, j'ai vu et étudié en Europe de nombreuses écoles professionnelles; peu m'ont paru plus sérieuses et plus brillantes que l'école de Saint-Etienne.
Actuellement, l'Ecole professionnelle est fréquentée d'une façon normale par 3oo élèves ; les bâtiments n'en pourraient recevoir plus; les ateliers ont tous leurs établis occupés et il serait difficile d'en augmenter le nombre. Depuis la création de l'établissement, 232 élèves sont sortis à la fin de leurs troisième ou quatrième années. Ce nombre équivaut à la moitié du total des effectifs des six premières promotions dont ils faisaient partie. Le déchet n'est donc point considérable; il tend même à diminuer d'année en année. Les élèves en question étaient ainsi répartis dans les sections professionnelles : ajustage, forgeage et armurerie, 1 36 ; menuiserie et modelerie, 38; tissage, 45 ; teinture, 4; modelage et sculpture, 9. Le nombre des élèves de la section de tissage tend cà croître. L'armurerie serait plus fréquentée, si renseignement comprenait toutes les parties de l'arme; le Conseil de l'école a adressé au Ministère du Commerce une demande de subvention pour l'organisation d'un atelier complet. A peu d'exceptions, tous les élèves sortis en troisième et quatrième années sont entrés dans les usines et ateliers de la ville et de la région, comme petits ouvriers, et quelques-uns comme dessinateurs; ceux de la section de tissage ont été réclamés généralement par les fabricants de rubans, comme commis de barre ou de recette. Les uns et les autres gagnent, dès leur engagement, de 2 à 3 francs par jour, malgré leur âge (16 ou 17 ans). On les apprécie fort dans les ateliers, en raison de leur instruction et de leur éducation, bien supérieures à celles des autres apprentis et petits ouvriers. La discipline sévère de l'école les a habitués à la régularité du travail, à l'obéissance et à la déférence pour les maîtres et les patrons. Ils ont appris leur profession par principes, pratiquement et théoriquement; ce que l'atelier ne peut
enseigner. Ils savent dessiner et sont en état de faire un croquis, de tracer une esquisse et de lire tout dessin, même compliqué. Le développement par l'instruction générale primaire de leurs facultés intellectuelles leur permet de comprendre facilement les travaux qu'on leur donne à exécuter et de saisir de suite la pensée inspiratrice du contremaître ou du patron. Les préventions qui avaient accueilli la fondation de l'école, dans les usines et les ateliers de la région, où l'on paraissait redouter la formation de jeunes gens ignorants de toute pratique, infatués d'une instruction spéciale et pleins d'ambitions hors de proportions avec leurs services, sont complètement tombées. A l'heure présente, la direction de l'école ne peut satisfaire aux demandes d'élèves de dernière année qui lui sont adressées de toutes parts par les chefs d'industrie, surtout par les établissements de métallurgie et de mécanique.
Les exceptions à l'entrée immédiate dans les ateliers ne sont pas moins honorables pour l'école. Des jeunes gens qui, parmi les 232, n'ont point suivi leurs camarades, 2 se sont engagés dans l'enseignement; 14 sont entrés à l'Ecole des Arts et Métiers d'Aix, où ils occupent les premiers rangs; en 1891, les nos 2 et 4 de sortie y ont été obtenus par deux d'entre eux; un troisième est le major actuel de la deuxième division. Cette année, dix autres ont été déclarés admissibles à cette école. Un élève s'est présenté au concours pour Cluny et vient d'en sortir avec une licence; un autre a subi avec succès l'examen d'entrée à l'Ecole polytechnique.
Particularité du plus haut intérêt : tous les jeunes gens qui ont suivi la carrière industrielle exercent, à deux ou trois exceptions, la profession qu'ils ont apprise à l'école. En outre, les élèves très rares, qui ont accepté des places d'employés sont sortis de l'école en première et en deuxième année. Ce sont là les preuves les plus incontestables qu'on puisse offrir de la valeur de l'enseignement professionnel donné dans l'établissement de Chantegrillet. Elles infirment hautement les sombres pronostics d'après lesquels l'institution ne devait produire que des jeunes gens réfractaires à l'atelier, des employés et des déclassés.
Comme on voit, l'Ecole professionnelle de jeunes gens était en mesure de faire grand honneur à la Ville dans l'Exposition industrielle; on n'a pas compris pourquoi les organisateurs l'ont ainsi dédaigneusement reléguée dans un des pavillons les plus reculés du Treuil.
L'Ecole professionnelle de jeunes filles expose à l'Ecole des Arts industriels les travaux de ses élèves, dans les cours techniques et les cours de dessin. Tout ce qui appartient à ces derniers est d'une faiblesse alarmante. Les produits des premiers témoignent d'un enseignement spécial plus sérieux. La broderie, la lingerie et la couture présentent même des pièces d'une réelle valeur d'exécution et d'un certain goût. Mais je ne crois pas être fort original en déclarant qu'une grande ville comme Saint-Etienne aie droit de réclamer une institution d'une tout autre importance, où l'instruction professionnelle soit plus élevée et plus variée dans ses applications, sans cesser cependant d'être pratique et populaire. Dans quelle école les arts décoratifs et les arts industriels sont-ils enseignés actuellement aux jeunes filles : Dans aucune. Et cependant, aujourd'hui, la femme peut trouver là des débouchés féconds à son intelligence et à son activité. Il est question d'organiser à l'Ecole régionale des Arts industriels un cours de dessin et de peinture sur fleurs pour les deux sexes. C'est déjà une petite réforme ; mais combien il y a plus et mieux encore à faire !
Les professeurs de l'Ecole régionale des Arts industriels, réunis en comité, ont tenu à devoir d'organiser une exposition générale des travaux des élèves, exécutés depuis 1889. L'année scolaire close, les galeries et les salles d'études ont été disposées pour réaliser cette idée
d'un intérêt exceptionnel, en raison de la coïncidence avec les projets de réorganisation administrative qui ont pour but de remédier a la décadence profonde de l'institution.
Les résultats des cours de rieurs et de composition décorative, pendant les années 1890 et 1 89 1 , paraissent supérieurs à ceux de. 1889. Il y a là quelques panneaux et dessins qui ne sont point dépourvus d'une certaine originalité et qui prouvent des études sérieuses : un éventail décoré avec des fleurs de pommiers sur fond jaune, une guirlande de fleurettes, un dessin de vitrail ancien, par. M. Décarli ; un coin de bordure, feuilles de palmiers et oiseaux, par M. Flachat ; des compositions de fleurs au naturel et particulièrement de roses pour papiers peints, signés Garde et Duclos, des dessins et aquarelles d'après nature et en stylisation de MM. Besson, Urietti, Touzet, Kybourg et Mayosson. Mais l'ensemble des travaux de ces cours témoignent d'une grande timidité générale; on n'y sent ni pétulance ni crânerie ni audace. Il est de toute évidence qu'on n'a point su insufler à toute cette jeunesse le feu sacré et lui mettre ce diable au corps, qui fait commettre des fautes, sans aucun doute, mais qui provoque des fantaisies charmantes, des inventions pittoresques et des conceptions originales.
' Les œuvres de sculpture décorative, très peu nombreuses, ne font point honneur à une grande école des arts industriels ; elles sont d'une banalité profonde, comme composition, et l'exécution prouve un enseignement peu éloquent.
..La classe de gravure sur' métaux, réconstituée, il y a quelques années, sur des bases nouvelles, constitue un des services les plus précieux de l'institution, par son utilité pour la renaissance de l'art décoratif dans l'armurerie. On a vu, d'après les renseignements publiés dans un des' précédents chapitres, qu'au xvnie siècle Saint-Etienne avait conquis une réputation universelle par ses. armes de luxe; la ville possédait des artistes incomparables dans la ciselure, la gravure, la damasquine et la sculpture sur bois. A la rupture de la Paix d'Amiens, en i8o3, , la défense d'exporter des armes et des pièces d'armes détachées fut très nuisible à l'industrie de luxe. La plupart des décorateurs quittèrent la ville pour aller à l'étranger ou durent pour vivre se livrer à d'autres métiers. Au commencement de la Restauration, une décadence complète s'était produite. En.1817, le Conseil général du département, s'émouvant de cette grave situation, votait une somme importante pour être distribuée en primes d'encouragement aux artistes de l'armurerie. La municipalité, de son côté, organisa des concours annuels; .un certain nombre d'oeuvres primées font partie des collections du Musée d'Art et d'Industrie. Tous ces efforts relevèrent l'Ecole stéphanoise, qui compta encore des maîtres : Ollagnier, Roule, .Rozet, Drutel, Claude Dubois, Berthéas, Verney-Carron, Gonon, Cessier, etc. Vers 1840, nouveau déclin . des arts décoratifs que signalait vigoureusement un membre de la .municipalité de cette époque, Riocreux : « L'abandon où étaient tombées les études du dessin parmi nous avait nécessairement amené la disette des artistes. La ciselure, la gravure et la sculpture de nos fusils semblaient n'être plus qu'un travail de routine et avaient cessé d'être des arts véritables. » . .....
il La réorganisation de l'Ecole de dessin, opérée à cette date, apporta quelques améliorations à la . situation ; mais ce fut sans, durée. L'enseignement de la décoration des armes tomba da'nsla décadence la plus profonde.; J'ai souvenir de la façon étrange dont il était organisé il y a quelques années. Les enfants qui se destinaient au métier de graveur, ciseleur ou incrusteur étaient admis sans aucun examen; on les mettait immédiatement à l'établi et ils apprenaient à manier le burin, sans avoir reçu préalablement aucune notion de dessin. Tout le travail qu'on leur conseillait consistait dans la copie à la plume de gravures quelconques, empruntées à la chalcographie commerciale ou aux journaux illustrés. Lors d'une visite à l'école, on m'en
montrait avec orgueil de nombreux exemplaires, comme témoignages du goût et de l'habileté de ces futurs décorateurs! Lorsque la municipalité réorganisa ce cours, en 1888, la connaissance du dessin fut exigée impérieusement comme condition d'entrée. Les effets heureux de cette innovation ne tardèrent pas à se manifester. L'étude des travaux de la classe appartenant aux années 1889, 1890 et 1891 en fournit la démonstration. Les gravures exécutées il y a trois ans, sous la direction de M. Guichard, sont médiocres. Le burin est mou, indécis; les lignes n'ont ni accent ni souplesse. On a la sensation très nette que tout cela n'est que la traduction pénible et monotone de dessins étrangers au graveur. Trois plaques seules qui représentent une [chasse au faucon, d'après Fromentin, un rinceau à dauphins et une composition légère à motifs de têtes de chiens ont quelque mérite d'exécution. En 1890, ce maître a disparu. M. Fontvieille lui succède. Il trouve des élèves pour qui le dessin n'est plus lettre morte. Le contraste entre les productions des deux années est sensible. Combien il y a plus de vigueur, de netteté et même de hardiesse ! Le graveur, qui a dessiné lui-même le motif à reproduire, lui donne tout son caractère, sans hésitations ni repentirs. Quelques petites pièces burinées par MM. Jourjon, Pontchardier et Gadon, font plaisir à voir ; elles ont de la grâce et de l'élégance. En 1891, les progrès sont encore plus évidents. Deux nouveaux élèves, MM. Limousin et Doniol, montrent des petits travaux qui font bien présager de leur avenir. Les œuvres des anciens témoignent d'une certaine habileté de métier et d'un talent de dessinateur, qui trouveront, sans aucun doute, leur emploi immédiat dans l'industrie stéphanoise. Un des élèves de la classe de gravure sur métaux, M. Dupré, est entré à l'Ecole nationale des Beaux-Arts; il se prépare au Concours du prix de Rome pour la gravure en médailles.
En résumé, l'exposition de l'Ecole régionale des Arts industriels vient à l'appui des vœux de réforme radicale, que forment tous ceux qui ont quelque souci des intérêts industriels et commerciaux de la région. Ce n'est point là ce qu'une institution de ce genre doit produire. La Chambre de commerce, dans son rapport d'ensemble sur les industries de sa circonscription, adressé en 1891 à M. le Ministre du Commerce et de l'Industrie, avait fort raison de faire à ce propos la déclaration suivante, qui est à méditer par la Municipalité : « L'Ecole régionale des Arts industriels, bien dirigée, bien organisée, pourrait rendre de grands services aux industries de la région, qui ne soutiennent leur vieille réputation que par leurs éléments artistiques. » Il y a à refaire complètement ce qui a été tenté, il y a quelques années, sous l'impulsion des mêmes idées, mais qui n'a point réussi. En 1886, la vieille Ecole municipale de dessin, fondée en i8o5, et réorganisée en 1840, recevait une nouvelle constitution. Une convention était intervenue entre le Ministère de l'Instruction publique et la municipalité de Saint-Etienne, pour la transformation de l'établissement en « Ecole régionale des Arts industriels». D'après cette convention, l'école est placée sous la haute direction du Ministre de l'Instruction publique et des Beaux-Arts, sans l'approbation duquel aucune modification ne peut être apportée à son budget, comprenant le personnel administratif et enseignant et les divers frais de matériel, ainsi qu'au règlement et au programme des études. Elle est soumise à l'inspection de délégués du Ministère de l'Instruction publique. Le personnel est nommé par le préfet, sur la proposition du maire, après avis de la direction des Beaux-Arts. L'administration de l'école est confiée à un fonctionnaire qui relève d'un Conseil supérieur de perfectionnement. Le gouvernement accorde à la municipalité, sur le budget de l'école fixé à 40.000 francs, une subvention annuelle. Aux débuts, l'enseignement de l'Ecole régionale des Arts industriels comprenait les cours suivants :
Eludes classiques. — i° Cours élémentaire de dessin ; 2° cours moyen de dessin ; 3° cours supérieur de dessin.
Cours spéciaux. - — 40 Géométrie élémentaire; 5° géométrie descriptive; 6° perspective; 70 anatomie ; 8° histoire de l'art décoratif; 90 physique et chimie; io° dessin géométrique.
Cours d'application. ■ — ■ ii° Composition, peinture et aquarelle; 120 modelage et sculpture ; 1 3° architecture usuelle ; 140 gravure sur métal et sur bois ; 1 5° mise en carte ; 1 6° tissage; 170 teinture théorique et pratique ; 180 mécanique; iq° chauffage.
En 1889, des modifications importantes ont été apportées à ce règlement. Les cours théoriques de géométrie élémentaire, de géométrie descriptive, de perspective linéaire, de dessin géométrique, de mécanique élémentaire, de dessin à main levée, de physique et de chimie élémentaires, de teinture théorique et pratique, de chauffage des chaudières à vapeur, ont été transférés à l'Ecole professionnelle de garçons. La création d'un cours de dessin et de peinture de la fleur où seraient admises des jeunes filles a été décidée. Cette réforme est un acheminement vers la transformation indispensable de l'Ecole régionale des Arts industriels, qui doit être, pour rendre des services, une école supérieure recrutant ses élèves dans les écoles universitaires et les écoles professionnelles de la région, avec un examen sévère d'entrée, écartant impitoyablement les non-valeurs et les fausses vocations. Sa mission idéale est de produire des artistes industriels et des ouvriers d'art : graveurs, ciseleurs, sculpteurs, peintres-décorateurs, architectes, dessinateurs pour les industries artistiques, pour la rubanerie, l'armurerie, la décoration intérieure. Dans ces conditions nouvelles, une sélection minutieuse s'impose, assurant non plus le nombre, mais la qualité des élèves. Le chiffre de trois et quatre cents élèves est bien illusoire, s'il n'est celui que de futurs fruits secs et déclassés^entrant dans la vie avec une instruction qui ne leur permettra pas de gagner leur pain quotidien ni de faire œuvre qui vaille. Cette réforme a été appliquée à peu près partout, et je crois pouvoir rendre un service en signalant sommairement ce qui a été fait à l'étranger à ce propos.
Les écoles de dessin et d'art, les écoles d'art décoratif ou d'art industriel constituent l'enseignement supérieur de l'art appliqué à l'industrie. Ces écoles doivent être catégorisées en trois divisions dont la démarcation n'est pas toujours très facile à établir, mais qui reposent cependant sur certaines différences d'organisme très caractéristiques. En Angleterre, on ne paraît vouloir imposer à l'école d'art d'autre mission que celle de former de très bons dessinateurs, à l'intelligence éveillée, à la main habile, qui se développeront ensuite artistiquement et professionnellement, au contact de la vie industrielle et dans la pratique de leur métier. Aussi, toutes les institutions, à deux exceptions près, portent-elles le titre simple d'école de dessin ou d'école d'art. Dans très peu on fait de l'application, même pour les professions qui se rattachent le plus directement à l'art et qui n'exigent point d'installations spéciales, telles que peintres en bâtiment, sculpteurs, ciseleurs, graveurs, etc. Cet exclusivisme est motivé par les mœurs industrielles anglaises, absolument opposées à toute ingérence directe de l'école dans l'apprentissage (1). Le plus grand nombre des écoles d'art décoratif du continent ont pour but
(1) Les industriels anglais paraissent unanimes à demander exclusivement aux écoles d'art de former de très bons dessinateurs, à l'intelligence souple, à la main habile. « Les jeunes gens, disent-ils, se développeront au contact delà vie industrielle et de la pratique de leur métier, sous la direction supérieure du patron et du chef d'atelier. C'est la condition absolue pour qu'une industrie ou une maison ait une originalité de production, pour qu'elle puisse créer des formes nouvelles et personnelles. » (Rapports sur les Musées et les Ecoles d'art industriel en Europe, par M. Marius Vachon, publiés par le ministère le l'Instruction publiqueet des Beaux-Arts. — Imprimerie nationale, 1890. — 5" volume, consacré à l'Angleterre, page 21 3.)
de donner aux jeunes gens une instruction artistique en vue de l'application de l'art à l'industrie. Ce sont des écoles d'art, d'un enseignement assez général, sans spécialisation déterminée au point de vue du métier de l'élève, qui, le plus souvent, ne fait son choix qu'à la lin des études, au hasard des engagements bien plus que d'après ses ambitions et ses aptitudes. En Belgique, les académies séculaires se transforment en écoles d'art décoratif et constituent des types fort intéressants, dont l'organisation peut être offerte en exemple. Pendant la première année des cours, les élèves reçoivent un enseignement du dessin et de la géométrie, commuu à toutes les sections. Ce cours est en quelque sorte un cours général préparatoire, organisé pour donner à tous les élèves une instruction artistique primaire, uniforme, qui les rende aptes à suivre fructueusement les cours suivants. Après cela, les jeunes gens se trouvent en présence des trois grandes divisions générales de l'art : peinture, sculpture et architecture. Us doivent alors faire un choix conforme aux métiers qu'ils doivent exercer. Les organisateurs de ce programme ont pensé qu'une spécialisation était nécessaire dès la deuxième année, afin que l'élève, pendant l'étude de l'application de l'art à son industrie, fût encouragé constamment à persévérer, l'utilité pratique de l'enseignement lui étant démontrée à chaque instant. L'expé. rience a prouvé en effet que si les deux tiers des élèves abandonnaient autrefois les académies, avant d'avoir appris quelque chose d'utile, la raison en était à ce fait qu'ils avaient eu le sentiment très net de l'inutilité, pour leur métier, du travail long et difficile auquel on les condamnait. Le système de la généralisation des études présentait, en outre, le grand inconvénient d'égarer beaucoup de jeunes gens dans un enseignement pur, sans application à l'industrie, et d'en faire ainsi de fort mauvais peintres, sculpteurs et architectes, alors qu'ils auraient pu devenir, avec un autre enseignement, d'excellents menuisiers, charpentiers et décorateurs. Les élèves qui témoignent de dispositions exceptionnelles pour la peinture, la sculpture et l'architecture^ passent ensuite, après des examens très sévères, dans des cours qui sont exclusivement consacrés aux beaux-arts.
Jusqu'ici l'Ecole régionale des Arts industriels est loin d'avoir réalisé les espérances que sa fondation avait fait naître. C'est qu'une institution, quelle qu'elle soit, ne vaut que par la valeur de la direction. Les programmes et les règlements ne sont rien ou bien peu de chose sans cela. Or, la direction de cette école, depuis sa création, lui a été cruelle, par une incapacité exceptionnelle, par une absence complète de généreuse passion pour le développement et pour la gloire de l'établissement, par l'indiscipline qu'une incurie chronique y a fait constamment régner. Aujourd'hui, l'Ecole n'a même plus de titulaire de cette fonction. Le dernier directeur, nommé provisoirement en 1890, a donné sa démission. Le Conseil général, la Chambre de Commerce protestent énergiquement contre une situation aussi néfaste qu'attristante. La Municipalité a le devoir impérieux de mettre sans retard à la tète de 1 école un homme intelligent, énergique, d'une grande autorité morale, ayant une haute conscience des responsabilités sociales de sa charge et ardemment soucieux de la prospérité de l'institution. Cette décision sera plus utile que la rédaction de nouveaux programmes et que des discours municipaux ou académiques. On va voir ce qu'on peut faire avec du dévouement et de la foi.
L'administration de la Bourse du Travail a, depuis trois ans, organisé des cours porfessionnels et gratuits, pour lesquels cette institution reçoit de la ville une subvention. Ces cours sont au nombre de 1 1 : arithmétique, géométrie et dessin, spécialement pour le bâtiment; coupe et essayage pour tailleurs d'habits, pour couturières et pour ménagères; coupe pour cordonniers; filetage pour tourneurs mécaniciens ; mise en carte pour tisseurs: école de
traits pour charpentiers; cours à l'usage des ouvriers mécaniciens; traçage à l'usage des chaudronniers. Les débuts de cette œuvre ont été durs. Il n'y avait pas d'argent; les professeurs faisaient défaut; la population ouvrière avait contre elle, suivant la tradition, des préventions et même de l'hostilité. Le secrétaire de la Bourse du Travail, M. Chalumeau, me contait un jour avec émotion la premières leçons données par les maîtres improvisés aux quelques ouvriers de bonne volonté qu'on avait pu recruter. En l'absence de matériel scolaire, les auditeurs étaient groupés le long des murs, à la mode orientale, leurs cahiers de notes sur les genoux. Au milieu de la salle, se tenait le professeur, debout, sans chaise, ni table, ni pupitre; le plancher servait de tableau noir. Le cours, quel qu'il fût, n'était point aisé à faire; la majorité, sinon la totalité, des élèves n'ayant jamais reçu les notions même les plus élémentaires des sciences qu'on s'efforçait de leur enseigner. Non seulement le professeur devait commencer « ab ovo » les rudiments, comme dans une classe d'enfants ; mais pour être compris, il lui était indispensable d'employer des expressions, des termes et des formules à la portée de tous. L'exemple suivait immédiatement la théorie, exemple successivement donné par le professeur et répété par chacun des élèves, afin que la démonstration pût avoir plus d'autorité et entrât plus profondément dans leur esprit. « Je necrois pas, ajoutait M. Chalumeau, qu'il eût été possible à un professeur de métier, même doué d'un dévouement et d'une patience inaltérables, de résister, au bout de deux ou trois leçons, à la pratique d'une pareille méthode. Les organisateurs de ces cours ne se sont point découragés; ils ont lutté avec énergie contre la pauvreté, contre l'indolence, contre les difficultés matérielles et morales de tous genres. Et aujourd'hui, la création, qui a reçu, de mois en mois, les perfectionnements nécessaires, fonctionne admirablement. En octobre de cette année, le registre des inscriptions et des fréquentations donnait une moyenne de 322 élèves, ainsi répartis : arithmétique, 32; géométrie et dessin (bâtiment), 21 ; géométrie et dessin (mécanique), 23; chaudronniers, i5 ; filetage (tourneurs et mécaniciens), 39; coupe (cordonniers), 17; coupe (tailleurs d'habits), 21; école de traits (charpentiers), 12; couturières, 45; ménagères, 39; mise en carte (tisseurs), 58. 9 professeurs donnent l'enseignement théorique et pratique. L'administration de la Bourse du Travail, en fondant ces cours professionnels du soir pour les ouvriers, a fait une œuvre vraiment démocratique, d'une haute portée sociale. La municipalité doit la subventionner aussi largement que possible : ce sera là de l'argent public bien employé. La population stéphanoise et les visiteurs de l'exposition étrangers au département n'auraient-ils pas eu un grand intérêt à trouver dans une galerie du Treuil, dans un pavillon spécial même, une vitrine, des tableaux graphiques, montrant l'organisation et les résultats superbes de cette institution nouvelle? N'y avait-il pas là une occasion exceptionnellement favorable de lui donner, avec une grande publicité, un encouragement officiel et peut-être de provoquer ainsi des générosités particulières et publiques, de nature à favoriser son développement ?
L'Ecole des Sourds et Muets, dirigée par les Frères des Ecoles chrétiennes, poursuit également une haute mission sociale, celle de donner à de pauvres déshérités de la nature une instruction générale et un métier. Elle est fort populaire à Saint-Etienne, où en tout temps, depuis sa fondation en 18 1 5, l'initiative privée et les administrations publiques ont assuré son existence et développé son action par d'abondantes libéralités. Annuellement, le Conseil général vote une somme importante pour l'enseignement professionnel, et la Préfecture entretient 14 bourses. L'établissement, construit pittoresquement au sommet de la colline Sainte-Barbe, dans un site d'où l'on a un panorama superbe de la ville et de ses environs,
Manufacture de Crayons, Marquise et C'°, de Saint-Paul-en-Jarez
contient 120 pensionnaires. Deux sections bien distinctes ont été établies: flea ouvriers- a* les écoliers. La première section comprend des relieurs, des cordonniers, des tailleurs des serruriers, des lithographes, etc. Les uns travaillent à la journée, les autres à leurs pièces ■ mais tous reçoivent intégralement leur salaire, sur lequel on prélève une modique pension' Pour la plupart, ce sont d'anciens élèves, devenus apprentis et ouvriers, et heureux de continuer leur séjour dans cette institution qui est pour eux une maison paternelle.
Dans la seconde section, les écoliers sont divisés en cinq classes de dix à douze élèves chacune. Tout leur temps est consacré à l'étude : la parole, la lecture sur les lèvres, la langue française et les diverses branches de l'enseignement primaire, comme dans les écoles ordinaires. La durée des études est de 6, 7 ou 8 ans, suivant les bourses accordées par les départements. L'Allier assure des subsides pour 6 ans; la Loire, pour 8 ans. Pendant les deux dernières années, les élèves sont exercés, chaque jour, à un des états pratiqués dans la maison, suivant le désir des parents et l'aptitude des enfants.
L'administration de l'école a tenu à prendre part à l'exposition; elle y montre son matériel d'enseignement, qui comprend : un livre-tableau pour l'enseignement collectif de l'articulation d'abord, puis de la lecture ; 20 un alphabet physiologique ou collection de photographies représentant l'aspect de la bouche au moment de l'articulation d'une voyelle ou d'une consonne; 3° un petit appareil pour initier le sourd-muet à la connaissance du temps présent; 40 un plus grand appareil pour apprendre au sourd-muet la succession des jours et les trois époques de la durée: le passé, le présent, le futur; 5° un tableau permettant de faire apparaître, à volonté, les noms des principales couleurs ; 6° un cours d'articulation ou guide du maître pour l'enseignement delà parole; 70 un manuel de l'élève pour la répétition des leçons données sur le livre-tableau; 8° un type de table elliptique pour favoriser l'enseignement et l'usage de la parole par la lecture sur les lèvres.
Toutes les institutions scolaires pour les industries de la ville et de la région, qui viennent d'être analysées sommairement comme organisme et fonctionnement, ont un complément scientifique dans le Musée d'Art et d'Industrie. C'est avec cet objectif que j'en ai entrepris la fondation, en 1889. A Saint-Etienne, ainsi qu'un peu partout ailleurs, on considérait un musée comme une institution de pur luxe, où deux fois par semaine les oisifs et les curieux, les femmes et les enfants, pouvaient venir passer agréablement quelques instants de loisir. Le programme du futur Musée d'Art et d'Industrie, développé dans des mémoires, des articles de journaux, des conférences faites à la Chambre de Commerce, aux Chambres syndicales patronales et ouvrières, fut présenté ainsi avec une grande netteté : « Le Musée d'Art et d'Industrie complète l'instruction générale et spéciale donnée dans les écoles de la ville et de la région, primaires, secondaires, professionnelles et artistiques. Il initie le public au bon goût, à l'amour de l'art, par un choix sévère d'œuvres de mérite, tableaux, sculptures, dessins, tapisserie, céramique, orfèvrerie, mobilier, etc. Les patrons, les ouvriers et les apprentis, dans toutes les industries artistiques et particulièrement dans la Rubanerie et l'Armurerie, y trouvent des modèles parfaits de composition et d'exécution, des éléments multiples et variés d'inspirations et d'études; les négociants, des documents industriels et commerciaux sur la production de la concurrence étrangère. » Le musée comportait, pour répondre à ce programme, cinq grandes sections : beaux-arts, peinture, sculpture, dessins ; 2°armurerie; 3° rubanerie; 4° arts industriels divers; 5° histoire naturelle. La nouvelle institution, inaugurée le 3 mai 1890, a reçu cette organisation aussi complètement que possible.
Dans la section de l'Armurerie, trois grandes divisions ont été créées : i" la canonnerie; 2° l'arme moderne, décoration et outillage; 3° le musée rétrospectif, armes et armures anciennes. En passant d'une vitrine à une autre, d'une salle à la salle voisine, on devait, à mon opinion, pouvoir suivre toute la filiation des opérations techniques, qui transforment la matière première inerte en une œuvre superbe du génie humain. Autrefois, les botanistes, sous prétexte de mieux voir et d'étiqueter plus sûrement les plantes, les immobilisaient dans la mort, sans se préoccuper, comme ils le font aujourd'hui, du mécanisme des activités, du fonctionnement des organes et des évolutions de la vie Les organisateurs des musées traitent généralement l'art industriel comme les savants traitaient la nature; ils ne le rendent pas vivant. Une méthode scientifique est une condition de succès pour un musée. Le visiteur s'intéresse toujours vivement à ce qui lui donne une sensation d'ordonnance logique et qui lui met matériellement sous les yeux la genèse d'une chose ou d'une idée. La canonnerie est dans l'armurerie la branche industrielle capitale. L'armurier a un intérêt de premier ordre à connaître, par des échantillons authentiques, toutes les variétés de fer et d'acier qui peuvent être employées comme matière première, tous les types de canons lisses, tordus, à damas, français, anglais, frisés, mouchetés, etc., dans leurs divers états successifs, en blocs, bruts, forés et éprouvés, et de toutes les provenances, afin d'en étudier les procédés de fabrication, les forces de résistance, etc. Il a donc été réuni là trois ou quatre cents pièces, toutes typiques, dont un grand nombre a été acheté à l'Exposition universelle de 1809, dans les sections étrangères. La section de l'arme moderne commence par une exposition des pièces détachées qui entrentdans la composition du mécanisme du fusil ; chaque genre classé chronologiquement depuis la platine à rouet de l'arquebuse du xvi° siècle, jusqu'aux platines de fusil sans chien datés de 1889. Les râteliers contiennent les principaux types de fusil de guerre, de tir, de chasse, classés ethnographiquement ; une vitrine est spécialement consacrée à l'histoire du pistolet et du revolver. L'exposition de 1889 a permis d'infuser des éléments nouveaux aux collections, qui possèdent aujourd'hui en exemplaires exceptionnels de qualité, de matière et d'exécution technique, puisqu'ils ont été faits spécialement en vue de l'étude des jurys, les fusils les plus récemment inventés, des Gruner, des Hammerless, des Scott, des fusils à platine triple verrou et à éjecteurs, des Wesley Richard, des Purdey, des Tramont, etc. Cette partie du musée est la plus complète et celle qui doit rendre le plus de services à l'industrie stéphanoise.
J'ai installé, dans cette section de l'armurerie, une collection de modèles pour la décoration des armes, en vue de prouver aux fabricants et aux artistes quelle variété inépuisable on peut, contrairement aux préjugés, apporter à cette décoration, non point seulement comme formes, combinaisons, mais comme procédés techniques.
La section rétrospective est formée, comme fonds, de la collection Oudinot, à laquelle il a été adjoint sous le second Empire, par voie d'acquisition, un certain nombre de pièces. Il y a là de très belles armes du xvic et du xvn° siècle, arquebuses à rouets, mousquets à mèches, poitrinaux à incrustations d'ivoire, d'or et d'argent; des épées anciennes de prix, neuf armures intéressantes et une armure de cheval en très bon état de conservation et d'une belle forme.
Dans l'organisation de la section de la Rubanerie, trois buts étaient à poursuivre : i° constituer des collections de modèles d'art pour les dessinateurs, et des collections technologiques pour les patrons, les ouvriers et les fabricants de métiers; 20 organiser une agence de renseignements industriels et commerciaux; et enfin, 3° faire un Musée historique de la Fabrique
stéphanoise. Jusqu'à ce moment, on ne considérait comme utiles éléments d études que les registres du Conseil des Prud'hommes, les carnets de fabrique et de commission, contenant les échantillons de rubans et de passementeries. Il y avait nécessité absolue de réagir énergiquement contre l'idée à peu près générale que c'était là l'unique musée à créer pour la Rubanerie. Je fis appel au concours du Ministère de l'Instruction publique et des Beaux-Arts pour en constituer un tout à fait différent. Si le Garde meuble national pouvait mettre à la disposition du musée une série de tapisseries anciennes, choisies dans les tentures où les maîtres décorateurs du xvne et du xviii0 siècle, Lebrun, les Serre, Baptiste Monnoyer, Biaise de Fontenay, Audran, Jacques, Coypel, Desportes, Gillot, Lemaire Cadet, Oudry, etc., ont placé des bordures, des encadrements, des arabesques, des rinceaux d'un si grand style et d'une si superbe originalité, ces œuvres donneraient aux artistes stéphanois le goût des hautes et sévères études. M. Comte, directeur des Bâtiments civils, concéda temporairement au musée onze tapisseries de ce genre. AuxGobelins, à Beauvais, dans les modèles modernes de Chabal-Dussurgey, de Dieterle, de Desroy, de Badin, de Lameire, de Galland, etc., on devait trouver de nombreuses pièces de nature à inspirer aux dessinateurs des idées nouvelles sur l'ornementation des tissus, sur la manière de traiter la plante et la fleur, dans leurs coloris et leurs formes, en vue de leur interprétation par le tissage. Les Manufactures nationales s'empressèrent de réaliser ce vœu. Pour nouer les premières relations artistiques avec l'Extrême- Orient, il a été consacré une somme importante à l'acquisition de broderies et de soieries brochées de la Chine et du Japon. Par un sentiment délicat de confraternité industrielle, un certain nombre de fabricants lyonnais ont voulu coopérer à l'organisation de la partie moderne de la section, par le don de leurs plus belles œuvres d'art. Quant au Musée de la Fabrique stéphanoise, les bases sérieuses en ont été fournies par les industriels et les artistes, qui ont pris part à l'Exposition universelle de 1889 et qui ont gracieusement offert tout ce que leurs vitrines contenaient de plus beau.
Ainsi constituée dans cette première partie des modèles, que complète une bibliothèque d'art annexée, la section est en mesure d'offrir aux artistes dessinateurs une masse importante de documents, où il n'y a pas sans doute de dessins à reproduire servilement, mais où ils rencontrent à chaque pas des exemples précieux de fantaisie, d'originalité, d'esprit et de goût, aussi sains que suggestifs, et qu'ils peuvent étudier en toute confiance, avec la certitude d'en tirer un grand profit. Dans mes conférences avec les membres du Syndicat de la Rubanerie, du Cercle des tisseurs et la Chambre syndicale des ouvriers passementiers réunis, la création d'une collection de métiers avait été approuvée à l'unanimité. Le Conseil municipal en avait également adopté le principe, mais il ne m'a pas été possible, à mon très grand regret, pendant le temps très court où j'ai été chargé du musée de mettre à exécution ce projet, ainsi que celui de la section des renseignements, commerciaux et industriels, sur le modèle de l'Exposition de la Soierie, organisée en 1889, comme préface au Musée d'Art et d'Industrie.
La section des industries artistiques diverses, céramique, verrerie, numismatique, orfèvrerie, etc., a reçu exclusivement une organisation technologique. On y peut étudier les transformations successives de la matière dans chacune d'elles, les procédés, l'outillage et enfin l'œuvre d'art définitive, éclose dans toute sa perfection, avec les variétés de formes, de couleurs que lui ont donné, dans les divers pays de production, l'imagination, le goût et l'habileté des ouvriers. Ces collections doivent ainsi non seulement servir à l'instruction spéciale des amateurs et des artistes, mais constituer le vrai musée de choses, complément indispensable de l'ensei-
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gnement primaire. L'article iel'du règlement du musée contient les dispositions suivantes : «Tous les documents industriels et artistiques, exceptés ceux dont le transport serait préjudiciable à leur conservation, fusils, pistolets, canons, ferronnerie, étoffes, rubans, orfèvrerie, livres d'art, dessins, etc., sont mis, à domicile, à la disposition des ouvriers, artistes, industriels, directeurs, professeurs et élèves d'écoles, justifiant de l'utilité que ces documents peuvent présenter pour leur instruction professionnelle. » L'autorisation de tenter l'expérience de ce système démocratique n'avait pas été obtenue sans difficultés. On paraissait craindre la détérioration ou la perte des objets. L'expérience a été concluante. Pas une pièce, après avoir circulé à travers les ateliers, après avoir passé entre vingt mains d'ouvriers, qui l'ont démontée, analysée, remontée, sur l'établi, n'est revenue au musée en mauvais état. Ce système de prêts extérieurs devaitêtre appliqué à toutes les écoles manuelles et professionnelles du département. J'avais résolu également de créer, dans toutes les autres villes industrielles de la région, des succursales du musée, où seraient faites des expositions temporaires et périodiques de tableaux, de dessins, de gravures, de moulages, etc. Plusieurs municipalités, celles de Saint-Chamond, Rive-de-Gier et Firminy, entr'autres, en avaient accueilli avec empressement la proposition, déclarant que rien ne pourrait être plus agréable et plus utile à leur population, très désireuse de s'instruire. Il ne m'a pas été possible de réaliser ces projets. Ainsi dans toutes ses parties, le Musée d'Art et d'Industrie doit servir exclusivement au développement du goût public et à l'instruction professionnelle et artistique pour les industries locales et régionales.
La municipalité, qui a consacré des sommes importantes à la création de cette institution nouvelle, en assurera, sans aucun doute, l'extention constante. Un Musée d'Art et d'Industrie qui s'arrête et s'immobilise est un Musée inutile et perdu.
i Ie Livraison
7 Octobre 1891