ETIENNE
Théolier et C", imprimeurs-éditeurs
Texte par M. Marius Vachon
Phototypie Chérc-Rousseau et fils.
L'Agriculture
ET
L'Horticulture
éprenant habilement le système général d'organisation des grandes expositions parisiennes, la municipalité de Saint- Etienne a eu l'excellente idée d'annexer à l'Exposition industrielle un grand concours régional agricole et une exposition horticole. L'Agriculture et l'Horticulture sont en effet deux belles et puissantes industries qui, dans le département de la Loire, font vivre près de la moitié de la population. La célèbre parole de Sully n'a point encore perdu toute sa valeur : « Labourage et pâturage sont les deux mamelles de la France. » Mais, depuis le grand ministre d'Henri IV, la figure allégorique de la nation, pour conserver sa pittoresque et expressive image, serait plus exactement celle de l'Artémis d'Ephèse, dont la poitrine couverte de nombreuses mamelles indique la fécondité variée et inépuisable, et dont le corps
Une des causes principales de la progression constante de l'agriculture régionale est la transformation radicale de la plaine du Forez, par les grands travaux d'assainissement et d'irrigation qui y ont été exécutés depuis une trentaine d'années. Dans cette plaine, mesurant 62.000 hectares et divisée en deux parties par la Loire, le sol s'élève de chaque côté du fleuve jusqu'aux pieds des massifs, à raison de 12 à 18 pieds par kilomètre. La faible inclinaison du sol, le mauvais état des cours d'eau, encombrés par les terres et parles graviers descendus des monts du Forez et du Lyonnais, l'imperméabilité du sous-sol de nature argilo-siliceuse, avaient fait, jusqu'à ces dernières années, de la plaine une des régions de France les plus insalubres et les plus stériles. Les traditions d'exploitation rurale avaient aggravé cette funeste situation topographique. Les paysans, de temps immémorial, transformaient un dixième de la superficie générale en marais et étangs artificiels, pendant deux années consécutives, consacrés à l'élevage du poisson, et, pendant deux autres années, après assèchement, à la culture des céréales. On comptait, au commencement du siècle, 871 étangs. De 1 835 à 1845, une statistique rigoureusement établie avait permis de constater que, dans 27 communes, la mortalité s'élevait à 5 p. °/0 de la population et que, dans les autres communes plus salubres, les habitants étaient, la majeure partie de l'année, atteints de fièvres intermittentes ou pernicieuses qui les rendaient incapables de tout travail. En 1825, le Conseil général avait ordonné des études d'assainissement, mais ce n'est qu'en 1857 que l'administration supérieure adopta les premières bases de l'opération : le dessèchement des étangs insalubres, le curage des cours d'eau et l'ouverture de fossés et canaux d'écoulement. Un premier syndicat, ayant pour programme l'assainissement du bassin de la Mare, était constitué en 1859 ; on en formait un deuxième, en 1866, dans le bassin du Vizezy; en 1881, dans le bassin de la Loise et en 1 885 dans le bassin de l'Onzon. La répartition des dépenses a été établie ainsi : 3/6 pour les propriétaires intéressés, 2/6 pour l'Etat et 1/6 pour le département. Ces syndicats ont abouti à la suppression de 216 étangs. Six autres sont en voie d'organisation et vont se mettre à l'œuvre sur d'autres points de la plaine.
L'établissement du canal d'irrigation du Forez complète l'œuvre d'assainissement par la suppression des étangs et des marais. Ce canal, concédé à perpétuité au département de la Loire, en 1 863, et dont les travaux complets s'élèveront approximativement à 7 millions, doit, au moyen de larges artères, de sous-artères et de rigoles, distribuer des eaux d'irrigation jusqu'aux points les plus élevés de la plaine. On estime que, le canal terminé et l'irrigation étendue à 8.000 hectares de terres, suivant le programme, la plus-value des propriétés sera de 24 millions de francs. Quant au département, la vente des eaux lui rapportera par an près de 3oo.ooo francs, sans compter le bénéfice pour l'Etat et pour lui de l'augmentation des impôts. L'opération sera donc aussi brillante au point de vue financier que féconde en résultats d'ordres social et économique. Les fièvres paludéennes ont déjà disparu complètement dans un grand nombre de communes et sont devenues moins fréquentes et plus bénignes dans les autres. Grâce à ces conditions de prospérité, les concours et les comices agricoles annuels comptent toujours une clientèle considérable et sérieuse.
Le concours des Mottetières a réuni 200 participants, qui ont présenté 5o chevaux, juments, poulains et pouliches, 120 animaux de l'espèce bovine, 40 de l'espèce ovine et 5o de l'espèce porcine ; 3oo instruments d'agriculture et 100 produits divers. Tout cela était pittoresquement et confortablement installé dans le grand marché aux bestiaux que la ville
— Il7 —
a fait édifier il y a quelques années près de l'abattoir, dans le beau style élégant, svelte et hygiénique, que Baltard a inauguré aux Halles Centrales de Paris et dont il a été fait depuis tant d'applications heureuses dans les gares de chemins de fer, dans les marchés publics et dans les constructions des expositions universelles. Ce concours a été l'occasion de l'expérience la plus complète et la plus concluante de la supériorité de cette architecture. Sutune superficie de 6.000 mètres carrés, par une température presque sénégalienne, pendant quatre jours, une moyenne de 5. 000 personnes ont stationné dans cet édifice contenant environ 3oo animaux. Or, l'odorat le plus délicat n'aurait pu être offensé par une odeur quelconque et l'Harmonie de la Maison paternelle de Saint-Genest-Lerpt, qui a donné un concert public le jour de l'ouverture, n'a point eu à subir la moindre concurrence d'une de ces symphonies que Zola a si onctueusement décrites dans le « Ventre de Paris ». Même pour des visiteurs sans passion pour l'agronomie, venant là satisfaire cette douce propension à la flânerie joyeuse qu'engendrent inévitablement les périodes d'expositions, le spectacle était pittoresque et original. Il y avait plaisir à voir tous ces beaux spécimens des races bovines, les taureaux énormes, superbement indifférents, dans leur placidité olympienne, à toutes les admirations caressantes des passants et du Jury ; les vaches, apaisées par leur fécondité exubérante, ruminant avec philosophie et rêvant avec leurs grands yeux doux. Dans des boxes spacieuses, les éleveurs montraient des types variés des deux races chevalines en usage dans la région, races dites de demi-sang et races dites de gros trait, aux robes luisantes de santé, et dans la plénitude de leurs formes vigoureuses. Enrubannés et couverts de caparaçons aux couleurs violentes, bleu, rouge, pourpre, que décorent des étoiles et des monogrammes en crysocale ou en papier doré, les moutons et les agnelets blancs, frisés, évoquent le souvenir des sacrifices à Cérès, dont les peintres galants du xviue siècle nous ont laissé des représentations si gracieuses. Devant les brillants sujets de la race porcine, tout en chair savoureuse, les vers truculents de Monselet reviennent à la mémoire :
Car tout est bon en toi : chair, graisse, muscles, tripe !
On t'aime, galantine, on t'adore, boudin.
Ton pied, dont une sainte a consacré le type,
Empruntant son arôme au sol périgourdin.
Eut réconcilié Socrate avec Xanthippe.
Ton filet qu'embsllit le cornichon badin
Forme le déjeuner de l'humble citadin.
Et tu passes avant l'oie du Frère Philippe.
Mérites précieux et de tous reconnus !
Morceaux marqués d'avance, innombrables, charnus !
Philosophe indolent, qui mange et que l'on mange !
Comme dans notre orgueil nous sommes bien venus
A vouloir, n'est-ce pas, te reprocher ta fange ?
Adorable cochon ! Animal roi ! Cher ange !
Sur de longues estrades sont rangés, en ordre admirable, de nombreux harnois de gueule, inspirant des appétits pantagruéliques : fromages, beurres, miels, saucissons de Lyon, d'Arles et de ménage, salaisons, charcuteries fraîches, etc.
Le concours des animaux d'espèce bovine a été le plus important, celui qui, par le nombre des exposants et des sujets, excitait le plus d'intérêt et d'ambitions. On s'occupe d'abord de la race de Salers, qui descend des sommets du Cantal. Les types en sont superbes. La taille est haute, l'encolure puissante; si la tête paraît un peu courte, le front a une conformation très développée; le corps, arrondi, présente un poitrail vigoureux et large, des flancs énormes; la
robe est d'une belle couleur rouge vif, avec poils brillants, fins et souples. M. Farmond a obtenu, dans cette catégorie, tous les premiers prix pour les mâles de i à 2 et de 2 à 3 ans, et pour les génisses de 1 à 2 ans. Les deuxièmes pour les génisses de 2 à 3 ans et les vaches laitières, ont été attribués, celui-ci à M. Paluy et celui-là à M. Thoral. Les autres lauréats ont été MM. Mercier-Lenègre, Giraudet, Romeron, Rouillât, Reymond, Félix Pètre et Pierre Chanal.
Venaient ensuite les races Tarentaise et Schwitz, d'une physionomie très caractéristique. On louait fort ces petites bêtes à la tête fine, sveltes, élégantes et dont les paysans de la Loire apprécient de longue date les qualités de laitière, la résistance au travail et les facultés de reproduction. Aussi les lots en étaient-ils très nombreux. Le Jury, dans les sections des animaux de 1 à 2 ans et de 2 à 3 ans et des vaches laitières, a accordé les premiers prix à M. Caubet-Villers, les deuxièmes à M. Giraudet, à la Maison paternelle de Saint-Genest-Lerpt et à M. Desmaroux, auquel ont été décernés, en outre, les premier et deuxième prix des génisses de 1 à 2 ans et le deuxième des génisses de 2 à 3 ans. Les lauréats dans la section de la boucherie ont été : MM. Clavaron, Sève-Reymondier et Grillet.
Dans la catégorie de la race du Mézenc, quatre éleveurs, MM. Michel Chaneac, Pierre Chanal, Martin et Eyraud se sont partagés les prix offerts. Les premiers, pour animaux mâles de 1 à 2 ans et de 2 à 3 ans, ont été donnés à M. Michel, qui exposait des sujets superbes présentant toutes les qualités typiques de la race : vigueur, robustesse, tête puissante, rappelant par la conformation celle du bison d'Amérique. M. Martin et M. Chaneac ont eu les seconds prix. Le lauréat principal dans la division des génisses de 1 à 2 ans, de 2 à 3 ans et des vaches de plus de 3 ans a été M. Chanal. Le Jury réservant le premier prix de la division des animaux de boucherie a décerné le deuxième à M. Eyraud. Les lots de cette catégorie ont fait l'admiration des visiteurs. La race du Mézenc est très renommée pour la saveur de sa chair et pour sa puissance lactifère. Son élevage constitue dans la région du Mézenc une florissante industrie. L'exposition de ses produits magnifiques aux Mottetières m'a rappelé un curieux épisode de son histoire, dont je trouve le récit dans mes notes d'un voyage à travers le Velay. Il y a quelques années, le Ministère de l'Agriculture, en mal de nouvelles réglementations administratives, s'avisa de faire remanier l'organisation des concours régionaux. Un Congrès d'agronomes fut convoqué dans ce but. A la suite de longues délibérations, le Congrès décida que la race du Mézenc serait désormais exclue, dans les concours, de la catégorie des races pures, en raison de sa bâtardise. Cette décision provoqua une vive émotion parmi les éleveurs de cette région, qui avaient pris l'agréable habitude de remporter partout périodiquement les prix les plus élevés; elle était de nature à les ruiner complètement. La Société d'agriculture du département et la corporation des éleveurs expédièrent à Paris délégations sur délégations, pour faire rapporter le funeste règlement. On les renvoya de Ponce à Pilate et de Pilate au fameux Congrès, devenu forcément invisible, puisqu'il s'était dissous, sa cruelle mission remplie. En vain, tous les journaux firent une campagne ardente et les pétitions les plus énergiques se multiplièrent. Le fait accompli primait tout et la race du Mézenc se voyait par ordre impitoyablement exclue de tous les concours généraux. Un incident imprévu devait provoquer la solution favorable, vainement sollicitée. Un jour, un savant allemand vint au Puy pour voir le célèbre « homme fossile de Denisew, bien connu de tous les anthropologues, et pour étudier lesvolcans éteints de la contrée. Le directeur du Musée de la ville, qui était en même temps président de la Société d'agriculture de la Haute-Loire, le vénérable M, Aymard, aujourd'hui décédé, tint à faire à l'illustre
— ii9 —
voyageur les honneurs des collections anthropologiques et ethnographiques, très précieuses que possède cette institution. Dans un coin d'une salle, au plafond, le savant aperçoit une tête de bœuf; il la considère fort attentivement et, au bout de quelques instants de cette contemplation, il prie M. Aymard de vouloir bien la faire décrocher, afin de pouvoir l'examiner de près. Le directeur du musée s'empresse de déférer au désir de son hôte, monte sur un escabeau, enlève l'objet et le place sur une table. Il suit fiévreusement les sensations variées de surprise, d'admiration et d'inquiétude que trahit le visage du savant. Il connaît bien cependant sa tète de bœuf; c'est lui-même qui l'a apportée du Mezenc, qui l'a disséquée, préparée, et suspendue au plafond de cette salle de son musée. Que peut avoir ce grave et illustre confrère en histoire naturelle à observer ainsi attentivement cette pièce anatomique ?
— Oui, c'est bien lui, s'écrie tout à coup avec enthousiasme le visiteur, c'est bien lui !
— Qui, lui ? pense tout haut M. Aymard, de plus en plus intrigué.
— Oui, mon cher confrère, oui, c'est bien lui que je cherche, mon « bos primigenus », réplique-t-il, en se tournant, le visage radieux, vers son interlocuteur et en lui serrant vigoureusement les mains.
— Quoi, un « bos primigenus » ?
— ■ Rien moins que cela!
— Vous en êtes certain?
- — Aussi certain que je vous vois.
— Vous le certifieriez publiquement ?
— Avec plaisir. Depuis longtemps, je cherchais partout le « bos primigenus », sans le trouver. Or, le voilà; c'est bien lui : os frontal très développé...
— Alors, si c'est le « bos primigenus », permettez que je vous embrasse.
Et ce disant, sans attendre une réponse, M. Aymard se précipite au cou du savant allemand et le presse entre ses bras à l'étouffer. Celui-ci, qui ne s'attendait guère à trouver chez un simple conservateur d'un Musée de province, perdu dans les montagnes, un enthousiasme aussi expressif pour le « bos primigenus », reste tout ébahi de cette rapide et énergique accolade.
— Ah! c'est le « bos primigenus » ! nous avons le « bos primigenus » ! et l'on nous exclue des concours, s'écrie M. Aymard d'une voix tonitruante et furieuse, en frappant à coups redoublés sur la table où repose la tête du bœuf; nous sommes le « bos primigenus » et l'on a l'audace de nous traiter de bâtards ! Ah ! vous ne voulez pas de notre « bos primigenus » !
— Pardon, pardon, mon cher Monsieur, réplique le savant allemand, de plus en plus stupéfait. Mais si vous voulez me le céder, à n'importe quel prix, je l'emporte de suite. Un « bos primigenus » que j'ai vainement cherché jusqu'ici dans tous les musées du monde.
— Vous voulez cette tête ? Je vous en fait volontiers cadeau, et si vous en désirez d'autres pour vos amis, parents et connaissances, je vous en donnerai autant qu'il vous plaira. Voulez-vous un « bos primigenus » vivant, en chair et en os ? Je vous l'expédierai en Allemagne à mes frais.
Le visage de l'Allemand se rembrunit; son hôte assurément le mystifie. Un « bos primigenus » vivant! alors que pas un musée n'en possède un seul disséqué. M. Aymard s'aperçoit immédiatement de la méprise, conte en détail ce que je viens de rapporter : l'interdiction officielle de tous concours de la race du Mezenc, sous le prétexte qu'elle n'est qu'une race bâtarde. C'est au tour du savant d'éclater de rire, aux dépens du Ministère de l'Agriculture. Il offre gracieusement une attestation [écrite de sa main et signée, avec l'énumération de tous ses titres académiques et universitaires, qu'il a reconnu dans la tête de
bœuf du Musée du Puy le type authentique du « bos primigenus ». M. Aymard accepta avec empressement la proposition.
Le lendemain même, le directeur du musée était au Mézenc. Il convoque à une réunion tous les éleveurs et leur fait part de la découverte scientifique du savant allemand. Puisque la race du Mézenc est indiscutablement une race pure, il faudra bien que le ministère la réadmette officiellement dans les concours. « Préparez-vous à aller au prochain concours de Lyon », conclut-il énergiquement. Si l'on acclama M. Aymard, je vous le laisse à penser; on le porta en triomphe.
Au jour fixé pour la convocation des exposants du concours de Lyon, une quarantaine d'éleveurs cévennols, accompagnés de toutes les plus belles têtes de bétail qu'on avait pu trouver dans la région, prenaient le chemin de fer. Quand on vit arriver, M. Aymard en tête, cette bande de solides paysans, la mine fière et quelque peu impertinente, dans leurs plus beaux habits, précédant un troupeau de cinquante bœufs, à l'allure puissante, au poil luisant, aux cornes enrubannées, des bravos enthousiastes les accueillirent. Mais la consigne était formelle; on ne pouvait les admettre au concours. M. Aymard provoqua immédiatement une réunion des membres du Jury, des délégués du Ministère de l'Agriculture, et, muni du précieux brevet, qu'il avait eu soin de faire approuver par des savants du Muséum d'histoire naturelle de Paris, il plaida si chaleureusement la cause de ses compatriotes, que le préfet du Rhône fit immédiatement rapporter la décision ministérielle. Les éleveurs du Mézenc remportèrent presque tous les prix du concours. Voilà comment un savant sauva de la ruine une grande industrie agricole. Qu'on plaisante donc désormais ceux qui s'occupent des temps préhistoriques, des cités lacustres, de l'âge de pierre et de l'âge de bronze, qui ramassent des petits cailloux et qui organisent des musées!
Quant aux races charolaise et nivernaise, très en faveur dans la région, où elles ont contribué puissamment à l'amélioration de la race locale dégénérée, elles étaient représentées à l'Exposition de Saint-Etienne par de nombreux et fort beaux sujets. Dans la division des animaux mâles de i à 3 ans, le Jury a distingué ceux de MM. Petin et Pierre Balzat, de Savigneux, qui ont obtenu les premiers prix; de MM. Jean Reynaud, de Nervieux ; Vernay, de Saint-Martin-de-Doisy, qui ont obtenu les deuxièmes. Dans la division des génisses et des laitières, les récompenses se sont ainsi réparties : premiers prix à MM. Bouchet, de Merlieux ; Servajean, de Saint-Maurice ; Danière, de Vougy; deuxièmes prix à MM. Charles Garnier, de Nervieux ; Danière, de Vougy; Raynaud, de Nervieux. Les lauréats du concours des animaux de boucherie ont été, par ordre de prix : M. Félix Petit, de Saint-Menoux, et M. Garnier. Enfin, pour la catégorie des races françaises ou étrangères autres que celles ci-dessus dénommées, le Jury a donné les premiers prix, dans les diverses sections, à MM. Claude Thoral, Gravier et Bourgeat; les seconds à MM. Félix Petit, Garnier, Magnier et Magand.
Dans la catégorie de l'espèce chevaline, pour les races de demi-sang, des pouliches de 2 ans ont valu « ex aequo » un premier prix à MM. Henri Garnier et Lafont ; des juments saillies en i8gi et âgées de 3 ans. un premier prix à M. Bouchet et un second à M. Henri Garnier; des juments suitées, âgées de 4 ans, un premier prix à M. Emonet et un second à M. H. Garnier. Quant aux races de gros trait, les lauréats ont été, pour les juments saillies en 1891, M. Girard (deuxième prix) et pour les juments suitées de 4 ans, M. Tissot (deuxième prix). L'énumération complète des prix pour les espèces porcine, ovine, galline et léporide, pour les produits de la ferme, figurera aux annexes de la publication.
Le concours comprenait, en outre, une exposition importante d'instruments et machines agricoles. Il y avait là, en très beaux exemplaires de fabrication et en modèles très varies, des charrues, des herses, des scarificateurs et extirpateurs, des semoirs mécaniques à raies et à la volée, des faucheuses, des moissonneuses, des faneuses, des houes à cheval, des sarcleuses et semeuses, des appareils de culture de la vigne, pour l'arrachage des racines et des tubercules, de l'outillage pour chemins de fer agricoles, rails, voies, wagonnets. La série des instruments d'exploitation intérieure de la ferme n'était pas moins nombreuse et remarquable. On ne voyait que tarares, trieurs, décuscuteurs, hache-pailles, coupe-racines, dépulpeurs, concasseurs et aplatisseurs, ustensiles de laiterie, barattes, écrémeuses, malaxeurs, matériel d'écuries, d'étables, de bergeries, etc. Des expériences publiques de charrues, de herses et de râteaux à cheval, dans un vaste terrain au Marais, servant de champs d'études à la Société d'agriculture de Saint-Etienne, complétaient cette exposition. Les organisateurs du concours avaient eu l'heureuse idée d'instituer une section de l'enseignement agricole dans les écoles primaires. Cette innovation a donné d'excellents résultats. Les exposants étaient nombreux et le Jury n'a pas eu à distribuer moins de sept médailles d'or, de vermeil et d'argent, à des instituteurs : MM. Gay.de Saint-Genest-Malifaux ; Maillard, de Mesvres ; Dubuis, de Sainte- Colombe; Maisonneuve, de Planfoy ; Lonjan, de Sail-sous-Couzan ; à MM. Jacques Barrelon, de Rochetaillée, pour une collection complète de plantes et graines fourragées, et Souchu- Pinet, constructeurs, pour une collection de petits modèles d'instruments agricoles.
Dans ce chapitre, une mention spéciale doit être faite de l'exposition spéciale des phosphates métallurgiques des Aciéries du Creusot, convertis en engrais phosphaté, exposition organisée dans la Galerie des industries diverses, au Treuil, section des produits chimiques. La chimie agricole démontre aujourd'hui, d'une façon irréfutable, que le fumier traditionnel constitue un engrais de fort mauvaise qualité et n'est plus qu'un préjugé scientifique, qui doit exclusivement sa vitalité à l'esprit de routine des paysans. 100 kilog. de fumier donnent exactement à l'analyse 1.600 grammes d'éléments fertilisants utiles, acide phosphorique, potasse, chaux et azote. Or, ces quatre éléments, qui emmagasinent pour ainsi dire la force végétative, se trouvent à l'état complet et isolé dans des engrais chimiques, naturels ou fabriqués. Un émule des Pasteurs, des Dumas, des Chevreul, etc., comme bienfaiteur de l'humanité, M. Georges Ville, a prouvé, au cours de quarante années d'expériences, que, par leur emploi, il est facile de fabriquer méthodiquement et à peu de frais toutes les plantes de la création. Et le terme de « fabriquer » n'est point impropre ou simplement utilisé dans un but pittoresque; il est d'une exactitude absolue. Des tables de rendement basées sur les résultats de ces expériences permettent de calculer avec une précision mathématique la quantité de fertilité de chacun de ces éléments pour tel ou tel produit agricole. Les fontes traitées par les aciéries qui pratiquent le procédé de fabrication connu sous le nom de procédé basique ou procédé de déphosphoration contiennent une certaine proportion de phosphore, 2 à 2,5 %, que les opérations métallurgiques concentrent dans une masse fluide surnageant le bain d'acier. Le phosphore de la fonte s'y retrouve à l'état d'acide phosphorique associé avec de la chaux, de la magnésie, de la silice, de l'alumine, des oxydes de fer et de manganèse, etc., dans des proportions qui varient, suivant les exigences de la fabrication, entre ces trois dosages :
Acide phosphorique 12.60 1 5 . 98 17.25
Chaux 45.o5 44.98 45.08
Magnésie b.3o 5.09 i.5i
Silice 10.80 10.00 9.20
Protoxyde de fer i3.8o i5.22 '6-74
Protoxyde de manganèse 6.00 5.68 4.65
Acide sulfurique , o.5o 0.12 0.57
Divers, alumine, etc 4>95 2.g3 5. 00
joo. 00 100.00 100.00
Or, l'analyse chimique des végétaux donne dix éléments organiques : soufre, acide phosphorique, chlore, silice, fer, manganèse, magnésie, chaux, soude et potasse; quatre éléments minéraux : carbone, hydrogène, oxygène et azote. Quelle merveilleuse analogie de constitution ! Le Creusot, dès l'emploi de la méthode basique pour la fabrication de l'acier, s'avisa d'utiliser pour l'agriculture les quantités importantes d'acide phosphorique ainsi produites; il fit les premiers essais en 1886. L'opinion acréditée parmi les agriculteurs exigeait que l'acide phosphorique ne fût réellement profitable à la végétation qu'à la condition d'être introduit dans les fumiers sous une forme déterminée : superphosphate, ou phosphate de chaux précipité, ou phosphate soluble; les premières tentatives des métallurgistes se portèrent donc sur la transformation des sous-produits ; mais en raison des frais qu'elle entraînait, l'agriculture eût tiré peu de parti des scories de déphosphoration, si de nouvelles études ne fussent venues changer la face de la question et prouver que l'acide phosphorique de ces scories pouvait être utilisé directement par les plantes. D'après les nombreuses expériences faites dans des cultures diverses, les phosphates métallurgiques s'emploient avantageusement dans tous les cas où on a besoin d'acide phosphorique pour la reconstitution des terres trop longtemps cultivées au fumier seul, sans apport suffisant de matières phosphatées, pour la mise en valeur des terrains en défrichement, des sols tourbeux, pour l'amélioration des sols siliceux et argileux, des terrains calcaires insuffisamment pourvus d'acide phosphorique, etc., etc.
Par l'acide phosphorique, le fer, la magnésie et le manganèse qu'ils contiennent, — tous éléments qui, d'après les dernières études, jouent un rôle important au point de vue de la résistance des vignes françaises au phylloxéra et de l'adaption à notre sol des cépages américains, — ils semblent devoir être tout particulièrement utiles à la viticulture.
Les phosphates métallurgiques conviennent à presque toutes les cultures : le blé, l'avoine, le seigle, l'orge, le sarrasin, le maïs, les prairies naturelles et artificielles, les betteraves, les pommes de terre, le colza, les carottes, les topinambours, etc., etc.
L'agent de MM. Schneider et Cie a eu l'heureuse idée d'exposer une collection de plantes, trèfle, luzerne, blé de Turquie et raigrass, obtenues dans des caisses et représentant « au vif » trois séries d'expériences : terre vierge, engrais de fumier et phosphates métallurgiques. Les plantes de cette dernière série offrent en volume et en hauteur le double des deuxièmes, qui elles-mêmes étaient déjà supérieures de 5o p. °/0 aux premières. Une réduction pittoresque de l'outillage d'une aciérie au Creusot montre comment sont obtenus les phosphates métallurgiques, également présentés dans leurs divers états, avant et après la mouture et le tamisage. Il faut espérer, pour les progrès de l'agriculture, que cette vitrine du Creusot n'est point restée inaperçue des nombreux paysans de la région, qui ont visité l'Exposition industrielle.
Pendant le temps que les agriculteurs tenaient leurs assises aux Mottetières, les horticulteurs convertissaient en jardins enchantés la place Villebœuf, à l'extrémité opposée de la ville. Ce concours régional d'horticulture, dont le commissaire général était M. Treille, a obtenu le plus grand succès : 5o horticulteurs et pépiniéristes y ont pris part et le chiffre des visiteurs a atteint 3o.ooo. Il comprenait huit sections: i° culture maraîchère; 2" arboriculture; 3° viticulture; 40 plantes de serres; 5° plantes vivaces et annuelles; 6° rieurs coupées; 70 industrie horticole; 8° produits agricoles, céréales.
L'exposition de la culture maraîchère offrait à l'admiration des visiteurs des séries de légumes, des pommes de terre, des cucurbitacées, de proportions phénoménales, parmi lesquelles on remarquait les produits de MM. Sanglard, d'Izieux; Roche, jardinier des dames de Saint- Vincent-de-Paul, à Saint-Etienne; Rougeot, de Villars; Duplany, d'Izieux; Favre, de Lyon; Jacques Barrelon, de Rochetaillée ; de Mme veuve Chapoton et fils; de la Maison paternelle de Saint-Genest-Lerpt. La Société générale d'horticulture de la Loire montrait là, avec un orgueil justifié, les résultats superbes obtenus dans le champ d'expériences qu'elle a organisé, en 1889, sur un terrain inculte de 4.000 mètres carrés, situé derrière le Palais des Arts, à 56o mètres d'altitude. Elle y avait 6 variétés de betteraves à salade, 14 d'oignons rouges et blancs, 2 de salsifis noirs et blancs, 10 de carottes rouges, i5 de céleris, 7 de betteraves, 52 de choux divers, 36 de laitues, i5 de radis, 1 1 de chicorée, persil, cerfeuil et cresson, 20 de pois à casser, 3o de haricots, 12 de courges, 12 de melons et 8 de tomates, 3o de fraises, 175 de pommes de terre.
Dans la section d'arboriculture, les célèbres établissements Sénéclauze ont fourni les principaux éléments de l'exposition. M. Elie Seguenot, qui les dirige aujourd'hui, continue les grandes traditions du fondateur de la maison et maintient par sa production la haute renommée conquise par cet homme éminent, qui, en i83i, dota la région d'une industrie nouvelle, en créant ses pépinières de Bourg-Argental. Audacieux et énergique, Sénéclauze s'était fait en arboriculture toute une théorie scientifique inédite, fruit d'études profondes et d'expériences nombreuses, dont l'application industrielle lui avait paru immédiatement un objectif fort sérieux. Il noua immédiatement des relations commerciales avec tous les pays du monde pour importer en France des essences exotiques, qui lui semblaient de nature à y prospérer. On lui attribue ainsi l'acclimatation du groseillier cerise, du cèdre argenté de l'Atlas, du noisetier impérial de Trébizonde, de conifères du Mexique, de la Californie, du Caucase, de Mandchourie, etc. En 1849 et i85o, il entreprenait hardiment, dans les contreforts des Cévennes, aux environs de la République et du Grand-Tournant, la plantation de 54.000 arbres, destinés à protéger la route nationale. En 1 86 r , il reboisait le mont Pilât avec 100.000 épicéas ; en 1862, le Cotaviol, près du Bourg-Argental, au moyen de 40.000 pieds d'arbres. Le Jury de l'Exposition universelle de 1867 déclarait la collection de ses arbres verts la plus complète et la plus belle du monde. M. Sénéclauze est mort en 1869. M. Elie Seguenot a exposé des arbres, des pins, des cèdres, des houx, des arbustes à fleurs persistantes, des arbustes à feuilles panachées, des arbres fruitiers, des arbres pour reboisement, etc.
Des trétaux, se développant sur une immense étendue de terrain, autour de la place Villebœuf, contenaient des milliers de fruits variés, dont les plus remarquables portaient des étiquettes aux noms de MM. Valla, d'Oullins; Richet, de Montbrison; Jacquet, de Neuville-
sur-Saône; Préfol, de Saint- Galmier: Ollier, d'Aurec; Colonie de Saint-Genest-Lerpt; Chichivieux, de Saint-Etienne; Marthourey, de Saint-Etienne; Richer, de Montbrison ; Delcros, de Saint-Etienne; et Seguenot, de Bourg-Argental.
Dans la section de la viticulture, il y avait plaisir à voir les belles collections de raisins de toutes nuances et de toutes espèces, les séries de bouteilles emplies de vins blancs, roses et rouges, affichées fièrement avec multiples indications de provenances de la région de la Loire : Saint-Ghamond, Saint-Romain-le-Puy, Saint-André-d'Apchon, Mallevai, Chavanay, Renaison, Cellieu, Chuyer, La Chapelle, Saint-Germain-Laval, Saint-Just-sur-Loire, La Tour-en-Jarez, Unieux, etc., à donner l'illusion d'un grand département vinicole. La dernière statistique officielle mentionne 17.226 hectares de vignes, produisant 344.520 hectolitres de vins, classés comme d' « assez bonne qualité ». J'ai vu fonctionner les jurés, au moment de la dégustation des crus variés, soumis à leur verdict. Us en paraissaient sans amertume ni regrets. Le plaisir d'une heureuse ingestion et parfois même la gaie béatitude qu'engendre la caressante lampée d'un vin généreux et parfumé, se lisaient sur leurs visages épanouis. Plaise aux dieux qu'ils donnent à la Loire de belles cuvées; on aime encore le vin dans ses villes et dans ses campagnes. L'ouvrier et le paysan le préfèrent à la bière la plus blonde et la plus savoureuse. Et ils ont bien raison. Le vin seul met le rire aux lèvres, illumine le cerveau, réchauffe le cœur et fait la vie aimable et féconde.
Deux vastes tentes de toile blanche avaient été disposées pour recevoir les plantes de serre, constituant la quatrième section. Trois industriels les occupaient : M. Gattel, M"'e veuve Chapoton et fils et M. Defélix. L'exposition du premier comprenait des espèces nombreuses de haut prix, d'un grand caractère décoratif, en parfait état de formes et d'effiorescence. Au centre, d'immenses alsophilas, superbes fougères d'Australie, dressaient leurs stipes élevés, portant à leurs sommets des frondes pittoresques; des anthuriums lingidi, de la tribu des oronthées, étalaient leurs grandes feuilles palmées, d'où se hisse fièrement une haute tige couronnée d'une fleur naviculaire d'un pourpre éclatant. Puis c'étaient de beaux philodendrons, aux larges feuilles, dont les bords sont si étrangement festonnés; des astrapœa Wallichi, sous lesquels Paul et Virginie auraient pu aisément abriter de la pluie leurs têtes rieuses. Une importante collection de caladiums présentaient les variétés les plus admirables par l'originalité des dessins et la multiplicité des tons et des nuances, sur leurs feuilles si curieuses, tantôt longuement pédonculées, tantôt sagittées, ou hastées ou peltées, toutes à inflorescence odorante. M"10 veuve Chapoton et fils montraient une magnifique espèce de fougère, le cibotium princess, aux longues tiges veloutées, d'une forme fort élégante et d'une courbe très gracieuse; des alocasia zebrina, sous genre des aroidées, plante indienne, arborescente, à troncs épais, rappelant, par la disposition des nervures et des taches de couleur, la peau d'un serpent; des billbergia, du genre des broméliacées, originaires des régions tropicales de l'Amérique, où elles vivent en parasites sur les troncs d'arbres, et dont les feuilles sont ligulées, ensiformes et spinescentes sur les bords et, qui produisent une fleur, en forme de plumes, qu'on dirait découpées dans un ruban de satin rose. On voyait là encore, comme curiosités horticoles, un nidularium Meyendorfii, dont la fleur bleue repose dans une vasque de bronze, qui semble sortir d'une fournaise, tant la couleur des feuilles qui la forment est d'un rouge incandescent à leur base pour se terminer à leur sommet par un vert d'une patine superbe; un népenthès, orchidée étrange, d'une physionomie plaisante, qui porte, à l'exttémité de ses
feuilles à lame elliptique, une nervure médiane, se prolongeant en un long lacet enroulé, que termine une ascidie conique, d'une parfaite ressemblance avec une pipe alsacienne. Les coleus, aux feuilles charnues de toutes nuances; les crotons dont les nervures dorées produisent des dessins si curieux sur leur fonds vert éclatant, les bégonias, les dracœnas ou plus exactement les cordylines, les caladiums, formaient là, comme dans l'exposition précédente, des massifs superbes. M. Defélix a présenté en coleus quelques variétés qui ont fait l'admiration des amateurs : un Marie Guillot, fond rose avec taches brunes et à lisérés verts; un Triomphe de Luxembourg, fond marron avec lisérés verts; un nouveau type fond vert tendre avec pointillés marron ; en bégonias, un Rex Léopoldina à très vastes feuilles de nuances exquises, et une série de cactus aux formes les plus fantastiques. Une mention spéciale est due également au lot de bégonias Varsovie, roi de Lahore et Charles Harwey, exposés par M. Lucien Galmiche, de Grand'Croix.
La cinquième section, — Plantes vivaces et annuelles, — formait la décoration du jardin, dessiné sur les plans de M. Félix Barjon ; les pelouses avaient été divisées entre les exposants, fort nombreux. M. Raymond, de Saint-Chamond-Lavalette, occupait de vastes carrés avec ses géraniums, dont la Beauté poitevine, le Gustave Widmann, la Mistress Polock étaient fort admirés; avec ses pétunias doubles, blancs, violets et roses; avec ses dahlias magnifiques, où l'on distinguait particulièrement le prince de Galles rouge, à larges et épaisses pétales, le Georges Lefèvre, blanc et violet à stries rouges, le duc Decazes, jaune d'or avec colerette rose dégradée. Il est vraiment curieux que de la fleur primitive du dahlia variabilis, à simples petites fleurs, au disque jaune, avec un modeste rayon de demi-fleurons rouge sombre, le génie des horticulteurs ait pu extraire ces variétés innombrables, d'une si grande richesse de tons, où la gamme entière des couleurs se retrouve, nuancée à l'infini, le bleu seul non conquis ! M. Guille, de La Rivière, luttait avec succès par ses géraniums Bruant, Secrétaire Nicolas, Ville de Lausanne et Leviathan, abondamment fournis de fleurs colossales, aux teintes opulentes. M. Laurent Galmiche, de Grand'Croix, montrait une fort belle collection de fuschias ; M. Rivoire, de Lyon, une série d'œillets superbes ; Mme veuve Chapoton et fils, des séries importantes de pétunias et d'amaranthes. Les plantes de pelouses n'étaient pas en moins grand nombre. Des massifs d'hydrangeas, d'abutileums, d'erythrines, de la plus belle venue, en pleine floraison luxuriante, portaient la marque de M. Gattel. Mme veuve Chapoton et fils avaient disséminé çà et là, à la grande joie de l'artiste paysagiste ordonnateur de ce jardin improvisé, des groupes de plumbagos, de rocheas falcata, d'hibiscus sinensis grandiflora, d'hortensias, de musas et de cannas.
Quant aux Fleurs coupées, une galerie immense leur avait été réservée; elles ont fait, pendant la période de leur efflorescence complète, la joie des visiteurs. Il y avait là, exposée par M. Berdiel, de Chazelles-sur-Lyon, une collection de glaïeuls de toute beauté, aux couleurs les plus luxuriantes et les plus tendres ; des dahlias de provenance lyonnaise, d'une multiplicité infinie de formes et de nuances nouvelles. Un rosiériste eut pu, certainement, faire une étude complète de la rose, sur les innombrables variétés que montraient MM. Dubreuil et Gamon, de Lyon; Marthouret, de Charpenay; et Ollier, d'Aurec, etc.
La section des Produits agricoles contenait, entr'autres, une collection fort intéressante de 5o variétés d'avoines et de blés de diverses sortes, obtenues à 1.000 mètres d'altitude par M. Barrelon, de Rochetaillée ; une deuxième comprenant 80 variétés de froment, seigle et avoine, et 3o variétés de maïs, récoltées dans le champ d'expérience de la Société d'Horticulture de la Loire.
Le grand succès du Concours régional horticole de 1891 témoigne du développement de l'horticulture dans la région. Le nombre des industriels et des amateurs s'est tellement accru depuis quelques années, qu'on a projeté d'organiser à Saint-Etienne des expositions annuelles. Une Société générale d'horticulture de la Loire a été créée en 1884 et compte actuellement plus de 200 membres. A Montbrison, une autre Société, de fondation ancienne, groupe environ 100 horticulteurs de la plaine du Forez.
L'architecture moderne des jardins a transformé de la manière la plus heureuse la physionomie des villes, petites et grandes, industrielles et bourgeoises du département. Partout, aujourd'hui, on trouve des avenues plantées d'arbres, des quinconces, des squares et souvent des parcs. Saint-Etienne possède actuellement quatre places publiques, converties, depuis plus ou moins longtemps, en jardins, d'un caractère décoratif assez réussi. La place Marengo même peut être tenue pour une des plus originales créations de ce genre qui existent en province. L'artiste qui en a dessiné les bassins, les pelouses et les massifs a fait preuve de goût et d'ingéniosité. Pendant la belle saison, l'ornementation florale, distribuée généreusement, ajoute au charme de la verdure et des eaux vives des notes joyeuses de couleurs et de parfums. Le square de la place du Palais des Arts forme au Musée et au cirque de plantations dans lequel il est bâti une avenue superbe. Le succès du jardin improvisé sur la place Villebœuf, pendant le concours horticole, aurait, m'assure-t-on, inspiré le projet d'établir là un square, qui serait une pittoresque entrée pour le cours Fauriel et pour le Jardin des Plantes, avec lequel il se fondrait, supprimant définitivement ce désert de pierres et d'immondices, qui n'est rien moins que plaisant pour les promeneurs désireux de gravir la colline ombreuse, d'où l'on a un si beau panorama de la ville et des montagnes. Il faut espérer la réalisation de ce projet dans le plus bref délai. L'emplacement de l'Exposition industrielle du Treuil sera également occupé désormais par un vaste jardin public, qui conservera à ce quartier ouvrier, jadis si triste, quelque chose de la gaieté et du luxe, qu'il a eus pendant une partie de 189t.
On ne saurait trop créer de jardins et de squares ; c'est là de l'argent public bien employé. Pour me servir d'un aphorisme populaire, en le modifiant un peu, il vaut infiniment mieux que les municipalités fassent appel aux jardiniers qu'aux médecins et aux apothicaires. Les jardins publics sont les poumons des villes; elles respirent par là. Dans une grande cité industrielle comme Saint-Etienne, la population tout entière passe la majeure partie de sa vie dans les usines, dans les ateliers et dans les magasins. Il faut qu'en les quittant, aux heures de repos, elle puisse faire abondamment provision d'oxygène. Les Anglais, qui sont gens fort pratiques en matière d'hygiène sociale, ont depuis longtemps reconnu la nécessité de créer, dans et autour des villes, ces réservoirs à air pur pour la population. Au cours de ma dernière mission officielle en Angleterre, en 1889, j'en ai étudié de nombreux exemples. Manchester est entouré d'une ceinture de parcs; dans deux, l'on a même eu l'idée originale de ionder des musées et des bibliothèques, où tout ce qui peut former le goût de l'ouvrier, l'initier à l'art, lui donner des notions de science, est réuni avec le cadre le plus pittoresque et le plus attractif. Il en est de même à Sheffield, à Birmingham, à Glascow. La générosité de quelques citoyens intelligemment philanthropes et la sollicitude des municipalités y mettent gratuitement à la disposition des habitants des parcs incomparables et des collections artistiques et scientifiques d'une richesse peu commune. A Leeds, à Nottingham, à Bradford, etc., d'immenses terrains ont été achetés ou sont loués par les municipalités pour servir aux jeux populaires de law-tennis, de crocket, de polo, de foot bail, etc. A Edimbourg même, la plupart des collines environnantes sont la propriété de la ville, qui en fait l'acquisition, pour y interdire
de bâtir, afin de conserver aux habitants des lieux publics de promenade à travers champs, en toute liberté. J'ai rêvé bien souvent de voir un jour prochain une municipalité de Saint-Etienne, ardemment préoccupée de la santé des ouvriers, acheter, pour en faire un immense parc public, certaines parties des fraîches vallées du Furens, du Janon, ou bien quelques-unes des collines ensoleillées qui entourent la ville. Ce serait là du vrai et fructueux socialisme.
Le culte de la fleur est devenu populaire. Sur la place de l'Hôtel-de-Ville et sur la place du Peuple, de mars à novembre, des marchés permanents offrent à la foule qui passe, aux femmes coquettes, aux modestes ménagères, aux petites ouvrières éveillées, la tentation caressante de fleurs coupées, de fleurs en pots, de plantes d'appartement et d'arbustes décoratifs. En toutes saisons, même par les hivers les plus rudes, les devantures de nombreux magasins présentent aux yeux ravis le spectacle joyeux d'un printemps perpétuel. Le Midi, d'octobre à juin, envoie là, comme à Paris, ses roses, ses jacinthes, ses giroflées blanches et rouges, son réséda, ses violettes des quatre saisons, ses anémones, ses anthémis et ses mimosas. Le lilas de Vitry-sur-Seine, le muguet de Neuilly, le cyclamen de Versailles et de Sarcelles, la parme de Bourg-la-Reine, etc., y fleurissent comme aux « montres » les plus luxueuses des grands boulevards parisiens. L'orchidée compte même des fervents. Ce culte de la fleur est le corollaire naturel de l'évolution du goût public vers les productions du luxe et les œuvres d'art. Nous devons le saluer comme une forme charmante de la Renaissance artistique provinciale.
9e Livraison
4 Octobre i8qi
i8qi
Théolier et C", imprimeurs-éditeurs.
Dessin de MM. Berthon et Docaruue Texte par M. Marius Vachon.
Phototypie Chéri-Rousseau ci lils.
Les Beaux-Arts
oici l'Exposition des Beaux-Arts. Elle était le complément indispensable de l'Exposition industrielle. Malheureusement, l'exiguïté de l'emplacement affecté à cette dernière, dans le quartier du Treuil, n'avait pas permis de réunir les deux sections, ce qui a été fâcheux pour Tune et pour l'autre. Contiguës, elles auraient échangé leur clientèle, à leur profit mutuel, et pour le développement du goût public. On a dû faire élever, pour les Beaux-Arts, place Dorian, un bâtiment spécial, dont les matériaux, comme ceux des pavillons du Treuil, étaient importés du Champ de Mars de Paris. L'Exposition close, ce bâtiment sera transformé en marché aux fleurs permanent. La métamorphose ne manquera pas d'originalité ni de poésie. Après les Heurs peintes, les fleurs naturelles ; après la nature morte, la nature vivante.
Le Comité d'organisation a pu réunir 5*9 tableaux, 84 dessins, aquarelles et pastels, et 37 sculptures, qui ont été installés, en quatre grandes salles, avec goût, dans d'excellentes conditions de lumière. Il ne faut point chercher là de grandes œuvres de maîtres, de toiles sensationnelles des salons parisiens antérieurs; les délégués du Comité, chargés du recrutement des exposants n'ont point eu d'aussi ambitieuses visées. Discrets et timides sans doute, ils se sont paisiblement contentés de recueillir des études et des esquisses dans les ateliers des artistes en renom, qu'ils invitaient à participer à l'Exposition. Le public a paru en éprouver
quelque déception. Aujourd'hui, les noms des artistes de talent, qui constituent l'Ecole française, ne sont point ignorés de la province ; un certain nombre ont même acquis assez de gloire pour lui être familiers. Il n'eut pas été certainement indifférent aux Stéphanois de pouvoir admirer quelque œuvre de Bonnat, de Delaunay, de Puvis de Chavannes, d'Henner, de J.-P. Laurens, de Bouguereau, de Carolus Duran, de Jules Breton, de Détaille, de Cazin, de Lefèvre, deGérome, de Gustave Moreau, de Vollon, d'Hébert, etc. Mais n'oublions point le philosophique proverbe : « Quand on n'a point ce qu'on désire, il faut se contenter de ce que l'on a. » Eh ! mon Dieu, nous ne sommes point encore trop à plaindre : Parmi ces cinq cents tableaux, il y a de fort bonnes choses, et même on y trouve quelques morceaux délicats, savoureux, qui sont, sans contredit, un fin régal d'amateurs.
M. Français, l'illustre paysagiste, a envoyé deux petites toiles : Un coin du port de Gênes et Nymphes au bain {le soir). Dans une étude sur les Beaux-Arts à l'Exposition universelle de 1878, Charles Blanc écrivait, avec une pointe de regret mélancolique : « Français, qui fait de si merveilleuses études, ne les a jamais exposées : il ne montre au public que des tableaux qui ont traversé son esprit ou qui sont le reflet de ses souvenirs. » Les Stéphanois auront été plus heureux que les Parisiens. Ces deux toiles ne sont rien moins que des études, d'une exécution superbe, et qui offrent, dans sa fleur la plus tendre, le talent poétique du vieux maître, sous deux aspects très différents. Les Nymphes au bain appartiennent à la manière idyllique et tendre de Français, qui comprend tant d'œuvres exquises et de grand style : Les Nymphes de la Jérusalem délivrée, Orphée, le Bois sacré, le Lac de Némi, Daphnis et Chloé, Jardin antique, etc. A l'exemple de Corot et de Diaz, cet artiste dessine avec habileté les figures mythologiques ou idéales et sait les placer dans des paysages virgiliens, dont la lumière et les ombres, savamment disposées, donnent aux formes nues un charme mystérieux, pénétrant. Suivant une tradition constante qu'About signalait malicieusement, dans son Salon de i8S3, comme une fort ingénieuse méthode d'exposition, M. Français oppose, à cette étude de pastorale antique, exécutée dans les tonalités tendres, une esquisse, où il a mis toute la verve exubérante d'un coloriste, enivré de soleil et de lumière. Un coin du Port de Gènes est une joyeuse fanfare de notes vibrantes. Au premier plan se dresse pittoresquement un promontoire de rochers, garni de maisons, aux murs hâlés, aux toits rouges, aux volets verts, surplombant une mer d'un bleu de saphir en fusion, que paraissent accentuer par contraste les voiles jaunes et rouges des bateaux et des barques qui la sillonnent. Le ciel aussi est bleu; au fond apparaissent, dans une brunie d'or, les silhouettes vagues des palais et des docks. Tout cela caresse l'œil, sourit à l'imagination et donne à la fois le plaisir d'une esquisse hardiment enlevée dans une journée heureuse de travail fécond, et la jouissance d'une œuvre écrite avec conscience, pour un amateur féru de précision topographique. A quelle date appartient cette étude superbe ? Elle est d'une fraîcheur juvénile, en même temps que d'une science consommée. Avec des artistes tels que M. Français, sur qui les années n'ont aucune prise et dont la verte vieillesse a les enthousiasmes de la jeunesse et les énergies de l'âge mûr, les problèmes de chronologie ne sont point faciles à résoudre. L'âme ne vieillit pas : Là est le privilège divin des œuvres de maîtres qui représentent plus ce qu'ils ont senti que ce qu'ils ont vu, de rester éternellement d'une fraîcheur d'impression inaltérable.
Charles Blanc raconte qu'il rencontra un jour Français, qui lisait l'Odyssée, en se promenant. « Cela est bien, lui dit-il, et, après tout, il n'est pas inutile, même à un paysagiste, de lire Homère, Théocrite et Longus, car l'impression optique et la topographie ne font pas à
— ni —
elles seules un paysage de maître, vous le savez mieux qu'un autre. Il y faut cette muette éloquence à laquelle songeait le poète antique, lorsqu'il laissa tomber ces mots mystérieux et si mal compris . Sunt lacrymœ rerum : Il y a des larmes dans les choses. » Le critique ne donne pas la réponse que lui fit M. Français; mais elle est aisée à connaître : toutes ses œuvres en sont le témoignage. Millet, lui aussi, lisait Homère, auquel il ajoutait l'Evangile, et, dans sa modeste demeure de Barbizon, il avait placé pieusement des moulages de la frise' du Parthénon. Il n'est personne encore, comme ces grands naturalistes, pour savoir aimer et comprendre l'antiquité. Aussi, le grand peintre des paysans, un jour, pouvait-il écrire éloquemment et en toute sincérité : « Il en est qui me disent que je nie les charmes de la campagne; j'y trouve bien plus que des charmes : d'infinies splendeurs. J'y vois, tout comme eux, les petites fleurs dont le Christ disait : Je vous assure que Salomon même, dans toute sa gloire, n'a jamais été vêtu comme l'une d'elles. Je vois très bien les auréoles des pissenlits et le soleil qui étale là-bas, bien loin par delà les pays, sa gloire dans les nuages. Je n'en vois pas moins dans la plaine, tout fumants, les chevaux qui labourent, puis, dans un endroit rocheux, un homme tout errené, dont on a entendu les han ! depuis le matin, qui tâche de se redresser un instant pour souffler. Le drame est enveloppé de splendeurs. Cela n'est pas de mon invention, et il y a longtemps que cette expression « le cri de la terre » est trouvée. »
Delacroix, qui fut le génie artistique du romantisme, que la postérité, dans laquelle il est entré glorieusement au lendemain de sa mort, place aujourd'hui aux côtés de Victor Hugo, — l'Art et la Poésie du xixe siècle, — celui qui inspirait aux Classiques des terreurs si profondes et des colères si violentes, qu'ils accusaient de sentir le soufre de l'enfer, fut pendant toute sa vie un passionné de l'antiquité, des poètes de la Grèce et de Rome, un amoureux de Racine qu'il appelle « notre Jean » et de Corneille, autant que de Shakspeare et de Dante. A vingt ans, il écrit à son ami Pierret : « Je suis tout surpris de me voir pleurer sur du latin. La lecture des anciens nous retrempe et nous attendrit ; ils sont si vrais, si purs, si entrants dans nos pensées ! » et il lui traduit la sixième églogue de Virgile.
M. Roll nous donne la sensation d'un artiste qui, lui aussi, aime la terre, les paysans et les animaux. Il a envoyé à Saint-Etienne une étude de tête de bœuf, qui est vraiment superbe. Paul Potter, le grand animalier hollandais, n'aurait pas rendu avec plus d'expression la physionomie caractéristique de ce beau type de race charolaise, à la tête si fière, au fauve pelage, luisant de fraîche santé et de juvénile robustesse. Le bœuf de M. Roll est un vrai bœuf bien vivant, représenté au naturel, avec son caractère et sa physionomie propres. La peinture loyale et sévère dit nettement ce que le peintre a observé et analysé. Depuis longtemps, j'aime en lui cette belle conscience d'artiste, qui s'est constamment manifestée par une recherche patiente et active de la vérité, par l'amour de la vie, sans aucune immobilisation dans un genre ou dans une manière. Les visées sont toujours hautes et embrassent tous les rêves de l'esprit. A la Grève des mineurs, ce poème sombre, où le peintre, malgré sa jeunesse, sut, avec une âpre éloquence, traduire le cri de la misère ouvrière, succède le Cortège de Silène, hymne de la chair, où fleurissent les carnations claires et roses, et qui fait songer immédiatement à un moderne Jordaens, épris ardemment de mouvement et de lumière. Vient ensuite le 14 Juillet, audacieuse fantaisie de coloris, inspirée par le truculent spectacle de la vie populaire parisienne. En 1884, c'est un retour aux œuvres sévères de la première heure, le Chantier de Suresnes. Mais si la vie dure, pénible, en forme le thème, la gaie clarté du plein air, la joie du travail fécond, donnent à la composition une physionomie souriante. On
ne peut dire que l'artiste, rêvant d'un maître quelconque, ait cherché dans l'œuvre du passé une inspiration ; le champ d'observations et d'analyses qu'il a librement choisi est la vie ouvrière contemporaine, avec la variété inépuisable de motifs, de types, de physionomies qu'elle présente. Le même salon, où cette vaste page artistique est admirée, contient une fantaisie magnifique, pleine d'audace et d'originalité, simplement appelée VEtude. C'est tout autre chose que le tableau précédent, comme idéal et comme exécution. On y voit une belle femme nue, dans toute la splendeur de ses formes juvéniles, jouant avec un taureau. Ah ! la belle page d'art, la pièce superbe de maîtrise! Cette figure de taureau, superbe de vie et de force, bien digne de justifier par sa beauté la passion d'une Pasiphaé, victime de la vengeance de Vénus et de Neptune, prouve, comme celle de l'Exposition stéphanoise, que M. Roll est un animalier fort habile. La vache qui sera peinte peu après dans le tableau de Manda Lamétrie ne démentira point cette appréciation, formulée unanimement dès cette Etude. Je n'analyserai point l'œuvre entier de l'artiste, œuvre déjà considérable et d'une grande variété: En Normandie, les portraits de M. Damoye, de M. Alphand, la Guerre, l'Eté, Marianne Offrey, Roubey, Cimentier, etc. ; ce serait hors de propos ; mais il m'a paru opportun de montrer par une rapide esquisse, si le Comité de l'Exposition a eu l'excellente idée de faire l'acquisition de ce magistral morceau de peinture pour le Musée d'Art et d'Industrie, que le nom de M. Roll est de ceux qui brillent dans un catalogue de collection publique. Les Roses dans un paysage, du même artiste, est une étude exquise, d'un coloris superbe, qui devrait prendre le même chemin. La peinture de fleurs est en honneur à Saint-Etienne ; on pourrait facilement faire un plus mauvais choix de modèle à proposer à ceux qui la pratiquent, soit au point de vue de l'industrie, soit en vue de l'effet décoratif, ou comme « art d'agrément ».
M. Luminais expose deux œuvres importantes : La Fin d'un roman, qui figurait au Salon de 1890, et l'Enfant prodigue. Deux raffinés de l'époque de Louis XIII sont venus vider une querelle dans une clairière. L'un d'eux, un jeune cavalier, en pourpoint rose, est resté sur le pré, atteint en pleine poitrine d'un coup d'épée mortel. Des moines d'un couvent voisin sans doute, que l'on est allé informer de l'aventure, sont accourus; ou, peut-être, dans leur promenade viennent-ils de faire la découverte du cadavre. L'un ausculte le corps, pour reconnaître s'il a encore quelque souffle de vie, un autre s'apprête, en cas d'affirmative, à faire prendre un cordial au blessé. Un troisième s'est mis à genoux et prie Dieu avec ferveur, alors que le plus jeune, très effrayé, détourne les yeux. Dans le fond, à travers les arbres, on en voit venir deux en toute hâte. La composition est suffisamment dramatique par le spectacle du duelliste, qui probablement est mort, par le contraste philosophique de ce jeune homme, en costume très élégant, qui vient de se faire tuer pour l'amour d'une belle, avec ces moines austères et pieux. L'exécution présente les qualités de dessin et de coloris que M. Luminais prodigue dans ses tableaux, quelque sujet de fantaisie, comme la. Fin d'un roman et Y Enfant prodigue, qu'il traite en dehors de ses habituels tableaux de genre historique, inspirés par les anciennes chroniques de la France et de la Gaule, qui ont fait son renom et même sa popularité.
M. Comte, un des doyens de la peinture française, a envoyé un Corps de garde de Louis XIII, peinture honorable, qui figurait au Salon de 1867, en même temps que le Henri III pendant l'assassinat du duc de Guise, auquel elle est bien inférieure comme composition et comme coloris. Cette réapparition d'une œuvre, qui date de 25 ans, dans un
milieu, même relativement moderne, comme l'est une exposition où la production locale et régionale tient une très grande place, permet d'apprécier le chemin parcouru par l'art depuis un quart de siècle. M. Comte a été, de iS5i à cette époque, un peintre à la mode, dont la gravure, sous toutes ses formes, popularisait les productions. Qui n'a vu aux vitrines des éditeurs d'estampes, même encore actuellement en province, Henri III et le duc de Guise acheté en i856 par l'Empereur et placé dans un des salons du château de Saint-Cloud; François Ier et la duchesse d'Etampes visitant l'atelier de Benvenutto Cellini, du Salon de 1857; La Récréation de Louis XV ; Eléonore d'Esté, veuve de Erançois de Lorraine, duc de Guise, faisant jurer à son fils Henri de Guise de venger son père, assassiné devant Orléans, par Poltrot de Méré, que possède le Musée de Lyon ? Tout cela a eu un vif succès. Le public trouvait en M. Comte un successeur à Paul Delaroche, qui venait de mourir en pleine gloire, successeur, sans aucun doute, de moindre envergure artistique que l'auteur du Cromwel ouvrant le cercueil de Charles Ier, de Y Assassinat du duc de Guise, du Cardinal Richelieu et Cinq-Mars, mais s'inspirant du même idéal et employant les mêmes procédés. Cette peinture anecdotique paraît aujourd'hui bien creuse et fort inutile. L'intérêt mélodramatique, pittoresque ou sentimental, a disparu, emporté dans le mouvement des idées nouvelles; il ne reste plus que le travail de métier, qui apparaît alors de fort médiocre qualité, sans vigueur, sans originalité et sans science. Le Corps de garde Louis XIII n'offre même point l'attraction d'une curiosité rétrospective, car, hélas ! en province, pour beaucoup de peintres qui font des tableaux de genre et pour le plus grand nombre des amateurs qui en achètent, Paul Delaroche et Ary Scheffer sont encore des maîtres, et leur école est la première du monde. On parle volontiers de Delacroix et de Courbet, de Millet et de Rousseau ; mais l'admiration en est toute platonique. Il n'y a pas encore en province beaucoup d'amateurs, qui s'enthousiasmeraient pour un beau morceau de nu, pour une draperie savante, pour une expression de haut idéal. La littérature dans l'art leur inspire seule de l'intérêt.
De M. André Brouillet, le peintre austère de La Leçon clinique à la Salpélriere, du Paysan blessé, etc., je trouve là un morceau savoureux, d'un coloris étincelant, d'une lumière joyeuse, dénommé Le Papillon. Une jeune fille blonde, vêtue de blanc et de violet, armée d'un filet de soie bleu, poursuit dans un jardin, au-dessus des fleurs, un papillon mordoré. Tout est frais, tendre, délicat, clair et ensoleillé. Peu importe le sujet. Analyse-t-on littérairement le rayon lumineux qui, entrant dans votre chambre, par la croisée entr'ouverte, y apporte le premier sourire du printemps ? Discute-t-on scientifiquement sur le parfum et sur la couleur du bouquet de roses, dont une main amie fleurit le coin intime de votre salon ?
M. Raffaëli s'est fait représenter par deux esquisses truculentes, qui n'ont pas dû peu effarer les bons bourgeois : une Géante de foire montrant son mollet et les Courses en Angleterre, fanfare en rouge majeur. Par contre, ceux qui aiment la haute fantaisie dans le picaresque se sont gaiement esbaudis, car rarement l'artiste original, qu'on a pu surnommer, avec raison, le Millet de la banlieue parisienne, a laissé plus libre carrière à son pinceau hardi et turbulent. Dans ce salon, tapissé de tant de pudiques compositions de demoiselles, de mornes académies de professeurs pour pensionnats et de sombres natures mortes d'amateurs, M. Raffaëli a paru produire l'effet d'Yvette Guilbert venant dire dans une réunion de famille, avec son ingénuité épicée : // était un petit serpent, Les Quatre ^Etudiants, et Le Fiacre. Le contraste est d'une ironie exquise. Mais ce plaisir spécial savouré, le regret me
vient que le peintre des Chiffonniers et des Carriers n'ait point exposé, dans ce milieu industriel, quelques-unes de ces études d'ouvriers et de pauvres diables suburbains, d'une si haute allure et d'un si puissant caractère. Cela eût été sensationnel. Croit-on que Germinal soit resté indifférent aux Stéphanois? Ils y ont pris grand intérêt, et l'impression en est toujours vibrante.
M. Sergent, le peintre militaire, montre une fort belle page, d'un grand caractère dramatique: Le Soir d'une victoire, la Moskowa 1812; elle illustrerait d'une façon éloquente quelques uns des chapitres de Grandeur et Servitude militaires, d'Alfred de Vigny : une haute pensée est exprimée par une peinture énergique et brillante.
Le Comité a encore invité, comme peintres de genre et en possession de notoriété, M. Pierre Carrier-Belleuse, qui a envoyé Plus rien! un vieux chanteur des rues se morfondant sousia
neige, l'estomac, le ventre et les poches absolument vides; M. Grolleron, dont le Dépôt sacré — un soldat blessé remettant avant de mourir le drapeau de son régiment au prêtre qui l'assiste dans une ambulance gardée par l'ennemi — émeut, aisément les âmes sensibles; M. Landelle que la Judith, une excellente étude d'atelier, et la Petite fille de Bethléem, recommandent chaleureusement aux courtiers de tableaux pour familles patriarcales; M. L. Deschamps, qui a répondu par une esquisse, Résolution, représentant son modèle féminin habituel, accoudé sur une table et enveloppé d'une étoffe rouge. Il y a là, de M. Aimé Perret, Le Médecin de campagne, un tableau qui, sans valoir La Cinquantaine, Le Saint Viatique, du Musée du Luxembourg, Le Semeur et Le Bal champêtre, ne manque point de mérite ni de caractère. Un jeune garçon vient de quérir au village le médecin. La neige couvre la terre, a entassé les congères et effacé les chemins. Le brave homme, enveloppé dans sa pelisse, le chapeau sur les oreilles et les yeux, suit son guide, mais non sans inquiétude sur la sécurité de la route qu'il lui faut prendre. Le garçon, à la mine fort délurée pourtant, bien que transi de froid sous sa veste courte, ne paraît guère réussir à le rassurer. Le paysage d'hiver est d'une mélancolie profonde; les physionomies des deux personnages sont très finement observées et exprimées avec esprit.
Plus rien, par M. Pierre Carrier-Belleuse
Les paysagistes et les naturistes sont plus nombreux. Je retrouve là, de M. Busson, le Village
de Lavardin (Loir-et-Cher), qui a figuré à l'Exposition universelle de 1889, et Vile des peupliers près de Montoire (Loir-et-Cher). Ces deux tableaux sont charmants." Rien n'est plus gai' plus souriant, par le coloris délicat, par la composition pittoresque, par l'atmosphère lumineuse et douce, que ce coquet village de Lavardin aux toits rouges, étage et enfoui dans la verdure des arbres, comme dans un nid, avec sa calme et limpide rivière du premier plan, que va traverser un troupeau de vaches. On pourrait lui mettre, comme épigraphe ces vers de Theuriet, d'une saveur si champêtre :
O mon village, à travers
Les prés verts Grimpent tes logis en pente ; Un ruisseau bordé d'aubiers,
A tes pieds.
Court dans la sauge et la menthe.
... La rue en serpentant
Va montant Vers l'église qui s'élance, Avec ses clochers moussus
Au-dessus Des boulingrins où l'on danse.
M. Damoye, le poète des grandes plaines aux moissons dorées, aux champs de colzas et de trèfles en efflorescence, des étangs glauques, des ciels vastes et profonds, où les rayons de soleil couchant trouent les nuées blanches, montre deux points de vue pittoresques et attendris de cette Seine de l'Ile-de-France, qui lui est si familière, La Seine à Carrières et La Seine à Nanterre.
M. Defaux n'a pas envoyé moins de cinq études et esquisses, dans lesquelles son talent fin et gracieux, habile aux colorations claires et tendres, précis dans le dessin, a traité, avec une grande variété de tonalités et de physionomies, des sujets différents : La Mare, L'arbre mort dans la forêt de Fontainebleau, Ma basse-cour, Une petite famille et Montigny.
M. Charles Beauverie, le peintre ordinaire du Forez, ne pouvait manquer d'exposer quelques paysages à motifs tirés de cette plaine, qui lui a inspiré tant d'œuvres originales. Pendant une saison d'été, il a planté son parasol sur le territoire de Poncin. C'est d'abord un coin de foire dans le village, qui le tente et qu'il reproduit avec une verve spirituelle. En 1 883, About reprochait assez durement à ce paysagiste de trop s'abandonner à la fantaisie et de ne point se préoccuper assez du dessin. Si l'illustre écrivain vivait encore et qu'il eût à rendre compte, dans une de ses étincellantes études d'art, des nouveaux tableaux de Beauverie, il constaterait galamment que sa sévère critique n'est plus aujourd'hui de circonstance et il prendrait plaisir à décrire cette scène de la vie publique aux champs. Vingt détails observés avec précision et pris habilement sur le vif en sont plaisants et pittoresques. Tous ces groupes de paysans, de paysannes et d'animaux se meuvent, avec une ordonnance parfaite, suivant leur allure particulière et caractéristique, dans un paysage plein de lumière qui met tout en valeur exacte et en clarté de plein air : les figures, les maisons et la vénérable église du village, au clocher rouge, flanquée des ruines imposantes du vieux château féodal. Le Ruisseau à Poncin montre ce qu'il y a de tendresse délicate dans le pinceau du paysagiste. Dans la Terre, M. Beauverie s'est élevé, de la peinture aimable et souriante, de la bucolique gracieuse, à la haute poésie
Un coin de foire à Poncin, par M. Ch.-J. Beauverie.
sévère. Il a peint le paysan bêchant son lopin de terre, sous la pluie qui tombe dru sur ses larges épaules, simplement recouvertes d'une légère blouse bleue, le paysan décrit par Victor Hugo :
Sa haute silhouette noire Domine les profonds labours.
On sent à quel point il doit croire A la fuite utile des jours.
Sa face maigre et hàlée n'a d'yeux que pour la terre qu'il remue péniblement et dans laquelle, demain, il ensemencera une récolte nouvelle. L'œuvre a un grand caractère et je ne saurais trop louer l'artiste de cette heureuse incursion dans le domaine des Millet, des Lhermitte, etc., en l'encourageant à la renouveler souvent.
M. Balouzet a été séduit, lui aussi, par les paysages de Poncin et en a rapporté deux compositions intéressantes : Un Soir d'automne et Les Bruyères. Cette dernière n'est pas sans une certaine poésie, avec ses grands sapins, qui détachent leurs pittoresques silhouettes sur un fond de soleil couchant, dont le ciel et les champs sont tout illuminés en rouge doré d'un effet puissant.
De M. Léon Barillot, un de nos meilleurs paysagistes animaliers, qui ne goûterait les deux envois Y Eté en Normandie et Avant l'orage, ce dernier particulièrement, d'une exécution précieuse? Les nuées noires chargées de pluie courent dans le ciel bas; le berger se hâte de faire rentrer son troupeau. Une rivière est à franchir pour gagner la ferme, dont on aperçoit, sur l'autre rive, derrière la saulée,les bâtiments gris. L'opération ne s'accomplit point aisément :
les vaches, immobiles, prennent plaisir à sentir la rivière leur caresser les jambes; d'autres, avec délices, boivent avidement l'eau fraîche courante ou tondent de la langue à la dérobée une touffe d'herbes. Tout cela est d'un grand charme champêtre.
M. Brissot de Varville, le peintre attitré des moutons, l'émule de Jacques, a exposé un Intérieur de Bergerie, composition très aimable, où il représente une jeune bergère, portant dans ses bras une botte d'herbes fraîches, où les pavots, les trèfles, les boutons d'or, les marguerites des prés piquent la verdure de jolies taches de couleur; elle va la jeter dans la crèche devant laquelle se pressent des moutons impatients. Dans un coin, des poules et des coqs picorent le fumier. Le spectacle est plaisant; on s'y intéresse, car l'artiste s'y montre vigoureux coloriste et dessinateur habile.
Un élève de Français, M. Léon Boudot, a peint au bourg d'Hièvre, dans le Doubs, deux fort jolis paysages, qui représentent l'un la campagne en automne et l'autre le ruisseau qui coule dans une pittoresque vallée. La couleur en est très fraîche et le sentiment dénature, très intense.
Aux Salons parisiens, j'ai toujours suivi, avec un intérêt croissant, les productions de M Edmond Yarz. Bien que méridional, il apporte dans la conception du paysage un certain sentiment poétique, empreint de grâce délicate, une recherche des tons clairs, tendres et discrets, qui sont plus communs aux artistes du Nord. Ses deux envois Matinée de Mai et Les Premières gelées accentuent de plus en plus cette manière. Aux premières heures d'une belle journée de printemps, alors que le soleil, encore timide et paresseux, n'a point chassé toute la buée nocturne, qu'il y a aux feuilles nouvelles des arbres, aux brindilles d'herbes, aux corolles des fleurs, des gouttelettes de rosées, un paysan chemine déjà dans un chemin creux, entre un champ de trèfles rouges et un verger de pommiers en fleurs, conduisant un attelage qui traîne un char, plein de foin nouveau, frais coupé. Les Premières gelées sont une esquisse de premier jet audacieux, où l'artiste a tenté, non sans succès, de peindre l'aspect fantaisiste que donnent aux champs, pendant l'effiorescence de l'arrière-saison, les précoces morsures de l'hiver.
Un petit tableau exquis de M. Guillon initie à la poésie des nuits d'hiver à Cannes, sur cette merveilleuse côte d'azur, où la clarté mystérieuse d'un ciel toujours pur semble un long crépuscule pâli. M. de Knyff, le peintre belge, a envoyé Le Soir dans les prés, très fine esquisse de paysage de la Campine, dans lequel il a mis quelques-unes de ces jolies vaches rousses, tachetées de blanc, qu'il excelle à peindre.
Les Glaneuses, de M. Georges Laugée, sont, comme d'habitude, de fort belles filles plantureuses et hautes en couleur, vêtues d'étoffes voyantes, qui donnent toujours de la vie aux champs une idée aussi idéale que pantagruélique. La crise agricole n'a jamais sévi cruellement dans les régions où il a planté son parasol. Cet optimisme irréductible n'est pas fait pour déplaire.
Sur la Falaise, de M. L. LePoittevin, est une excellente page de paysage, composée avec une originalité charmante. Au premier plan, la terre normande toute fleurie; les herbes,
les plantes et les fleurs ondulent sous la brise de mer parfumée. Au second, on voit une anse couverte de goémons et de varechs, un coin d'océan bleu, et de hautes falaises crayeuses, qui contrastent vivement de tons accentués. La sensation de coloris réjouit.
Nous la retrouverons plus intense encore dans les deux tableaux exposés parM. J.-B. Olive et dont les motifs sont pris à la Méditerranée : L"Ile de Maire, aux environs de Marseille, et Le Port de la Joliette, à Marseille. Trois rognons de rochers pelés, aux tons roux calcinés, émergent de la mer bleue et se profilent sur le ciel de saphir : c'est tout; et la toile semble éclater de couleur. La réalité présente ces effets lumineux truculents. Devant ce tableau et en face du Port de la Joliette, j'ai encore la sensation vibrante, éprouvée en pleine mer, sur le pont d'un bateau en partance pour l'Orient, du prestigieux panorama de la ville et des rives de la rade, tout empli d'incandescences, de pétillements de lumière, noyé dans les reflets de la mer, du ciel et des montagnes. C'est bien là, dans le port neuf, le grouillement incessant des taches rouges des bateaux et des barques, piquant et rayant le bleu profond de l'eau ; les grandes stries blanches des jetées et des môles, qui ressemblent à des ruisseaux de pierre, coulant lentement des masses énormes des quais et allant se perdre au milieu de la mer. Déjà, la ville étagée sur les flancs de la montagne n'offre plus que des silhouettes indécises que dominent seules les formes sveltes de Notre-Dame de la Garde, où la statue de la Vierge rappelle immédiatement à l'imagination l'Athena Promachos de l'Acropole d'Athènes, dont le casque à l'aigrette dorée servait de phare aux marins.
M. Allègre, lui aussi, a voulu peindre ce port de Marseille, qui est la joie et la tentation obsédante de tous les coloristes. Aimant sa ville natale aussi passionnément que M. Olive, ily a réussi ; son tableau est une de ces œuvres qu'on sent immédiatement avoir été caressées et poursuivies, du commencement à la fin, avec amour. Elève de Vollon, comme son compatriote, il n'a pas une facture moins vigoureuse, un coloris moins éclatant et moins solide. Dans le second tableau qu'il a exposé, En Provence, éclate une verve méridionale, qui met de l'esprit, de la vie et de la gaieté partout, aux maisons rousses, aux oliviers grêles, aux routes poudreuses et au ciel brûlé.
Quel contraste offrent les deux marines de Mme Elodie La Villette : Marée basse à Quiberon! et Entrée de la petite mer de Gavres (Morbihan). Plus de soleil incandescent, de lumière rose, de brumes dorées, de taches rouges, d'azur et de saphir. Le ciel est bas et lourd; la mer, d'un vert sombre et épais; les rochers sont gris et mornes; les vagues ne les caressent plus ; elles leur livrent des assauts furieux et obstinés, qui semblent mettre dans l'atmosphère une humidité glaciale et une brume compacte. L'artiste sait habilement exprimer, dans toute sa tristesse grandiose, cette poésie de l'océan.
Un artiste norwégien M. Grimlund a exposé un paysage des côtes de la Norwège, qui est une chose exquise d'originalité et dont la fantaisie apparente répond à la plus scrupuleuse exactitude ethnographique. Au cours d'un voyage dans le pays des fiords, j'ai pu constater, ainsi qu'il le représente, combien, aux approches du pôle nord, l'air est plus pur, plus translucide, donne aux objets un relief plus puissant, aux perspectives des horizons plus lointains , plus précis, et baigne les yeux d'une lumière plus fraîche que dans nos contrées. Les crépuscules, qui durent de longues heures, ont des clartés blanches, caressant délicatement la terre et les
horizons. Sous les rayons du soleil, que tempère toujours la brise de mer, la sève des arbres et des plantes n'est jamais tarie; la verdure conserve son éclat tendre des éclosions printanières. Sous l'impression des légendes Scandinaves, nous croyons la nature de ces régions brumeuse, sévère, écrasée sous un ciel bas et toujours humide, pleine de forêts mystérieuses et sombres. La réalité réserve des déceptions aux: tempéraments mélancoliques. La terre est gaie et le soleil radieux. La composition de M. Grimlund, qui représente un coin de mer, aux eaux d'un vert léger et transparent, sur lequel le ciel met des reflets bleus délicats, et où il y a un ponton de bateau et une cabane de pécheurs aux tons rouges, donne cette sensation charmante et imprévue.
M. André Rixens nous présente une étude de marine fort agréable ; M. Zuber, un paysage parisien, très intéressant, La Seine, un jour de neige. Je signalerai encore, comme artistes parisiens qui ont envoyé à l'Exposition stéphanoise, soit des tableaux, des études et des esquisses, où ce qu'on peut appeler galamment une simple carte de visite: MM. Albert Aublet (Village de Fenestre, Auvergne, et La Chapelle Sainte-Barbe, au Tréport) ; Armand Beauvais {Novembre); Paul Berton {Matinée d'octobre et Avril dans les bois); M. Bergeret {Les Nèfles, esquisse de son tableau de l'Exposition universelle de 1889, et Les Confitures ; Paulin Bertrand {Le Matin au bord de la mer et Le Petit Sentier); Eugène Chigot {L'Etang de Venelle); Julien Dupré (Sous les arbres); Norbert Gœneutte {Lecture); Isenbart {Le Doubs à Torpes et Les bords du Doubs, près Besançon) ; Maillard {Fais le beau, scène de famille); Charles Mengin {Tête d'étude); Moreau de Tours {Jeune mère, Communiante et Jeunesse); Nozal(Z,<3 rivière le Tard, à Saint-Pair, près Granville) ; Paul Pér aire. {Le Marais, environs d' F ssonnes, et Le Vieux Moulin, bords du Morin); Ernest Quost {Coquelicots et Coucous); et de Vuillefroy {Vaches au bord de la mer).
Dans une publication que je pourrais qualifier d'intérêt local, il est séant, à propos des Beaux-Arts, comme il a été fait pour les industries diverses, de consacrer des écritures spéciales aux artistes de la région, qu'ils s'en soient éloignés pour courir la gloire et la fortune à Paris, ou qu'ils continuent à y travailler, paisiblement et sans ambition de popularité ni de siège à l'Académie.
M. José Frappa, en dépit de ses nom et prénom à physionomie espagnole, est un pur Stéphanois ; il a conservé du terroir l'accent le plus vibrant ; il parle gaga comme un armurier de l'Heurton ou un passementier de la Pareille et chante du Babochi aussi bien que Croizier etChapelon. De l'Ecole de dessin, où il avait brillamment suivi tous les cours, y compris celui du dessin de fabrique, il entra à l'Ecole des Beaux-Arts de Lyon, devint ensuite élève de Ch. Comte, l'auteur de Henri III et du duc de Guise, et se lança hardiment dans la vie artistique parisienne. Dès ses débuts, il se fit connaître comme peintre humoristique, dans la manière de Biard et Chevillard. Ses Moines lui conquirent une certaine originalité, qui le mit hors d'école. Sans abandonner ses types habituels, il faisait toutefois des incursions intermittentes dans la peinture sérieuse. C'est ainsi qu'il peignit la Mort de saint François d'Assise, un des meilleurs tableaux du Musée de Saint-Etienne. Une évolution radicale s'est produite peu à peu dans sa manière, le jeune artiste nourrissant des ambitions plus élevées que celle d'une popularité de peintre exclusivement rabelaisien et pantagruéliste. Le portrait féminin le
tentait avec obstination ; il s'y est résolument consacré, et, aux derniers Salons, au Palais de l'Industrie, puis au Champ de Mars, il a exposé des œuvres d'une exécution sévère, qui ont été fort appréciées. L'esprit de notre compatriote ne perdait point cependant tous ses droits. De temps à autre, une composition d'une gaieté aimablement gauloise rappelait que le peintre de la Main-Chaude n'avait point fait vœu définitif d'austérité. C'était Le Mariage de raison, puis Le Mariage d'amour, deux toiles satiriques d'une ironie de contraste délicieux, exécutées dans une manière claire et colorée d'un grand charme. Venait ensuite Un bureau de nourrices, scène pittoresque, d'un naturalisme souriant. L'Exposition de Saint-Etienne contient ce tableau, qui a beaucoup plu par sa bonne humeur et par son excellente exécution. Il est accompagné de quatre autres, le Portrait de l'Abbé Vanel, Mineurs à la sortie du puits, Dormeuse et Paquita. Ces deux derniers sont des figures féminines, de fort belle venue, d'un chaud coloris et d'un dessin serré, dans la manière nouvelle de l'artiste. Le portrait de l'Abbé Vanel peut donner matière à quelques critiques pour l'emploi de tons de chair d'un rouge violent, pour le fond de tableau trop romantique ; mais combien l'artiste a fait vivante la tête de son modèle ; avec quelle précision il en a reproduit le regard fin et spirituel. Tous ceux qui connaissent l'éloquent orateur sacré de Saint-Germain-des-Prés, le causeur charmant et plein de verve, conviendront, sans réticences, qu'il n'a rien été omis de sa physionomie si caractéristique et qu'on l'a représenté très fidèlement. Quant au tableau des Mineurs à la sortie du puits, M. Frappa a fait complètement buisson creux, dans cette tentative de peinture réaliste d'un sujet emprunté à la vie ouvrière stéphanoise. Evidemment M. Raffaëli a hanté notre compatriote. Il y avait là, sans contredit, pour un peintre-poète, un thème de tableau séduisant dans ces deux types de mineurs qui montrent, sous la lumière crue et triste d'un paysage de Montrambert, leur face pâle, marbrée de taches de charbon, leurs grands corps ballants, pesamment las d'une nuitée laborieuse, leurs costumes poudreux et humides. Mais l'œuvre était difficile à réaliser dans toute sa poésie d'une tristesse si grandiose. Il ne reste à M. Frappa que l'honneur, qui n'est point mince, de l'avoir hardiment tenté. Notre peintre est, par tempérament, énergique et tenace. Il prendra, sans doute, un jour prochain, une revanche sur le même terrain. Si cette critique amicale peut l'y encourager, je ne la regretterai point.
M. Noirot a eu de moins hautes visées. Paysagiste, il s'est intéressé à la physionomie pittoresque d'une mine et il a peint le Puits Montmartre à Saint-Etienne, se contentant de prendre pour modèles la vieille recette en planches et la butte houilleuse sur laquelle elle est juchée. Il a fait de cela un fort bon morceau de peinture, d'une solide facture, et un paysage original. Le jeune artiste roannais est incontestablement doué d'une passion très vive pour la nature sévère. Il paraît se complaire plus volontiers aux motifs de paysages abrupts, sauvages, où il y a matière à des tonalités sombres, à des contrastes violents, à des silhouettes et des profils mouvementés, qu'aux sujets calmes et limpides, ensoleillés et fleuris. Le Saut du Perron en témoigne. C'est une page d'un drame de la nature. Entre deux hautes berges rocheuses, mornes, crevassées, tapissées de mousses noires et d'arbustes rabougris, la Loire se rue, torrentueuse, furibonde, écumante, rongeant les rives du fleuve et roulant avec fracas les pierres et les cailloux qui obstruent son chemin. Le lieu est sinistre; le bruit est horrible et l'absence de tout être vivant, homme ou animal, rend encore le spectacle plus émouvant. M. Noirot a fait là une œuvre à la fois fortement pensée et peinte avec conscience et vigueur. Le Terroir de Saint-Maurice est dans la même manière, moins âpre cependant,
mais la valeur d'art n'en égale point celle du premier paysage. Le Musée de Saint-Etienne a fait, avec une subvention de l'Etat, l'acquisition du Saut du Perron; on ne peut qu'approuver cet acte administratif : Il en a fait d'autres moins heureux.
M. Gagliardini n'a rien de l'humeur dramatique de M. Noirot. Quoique né de parents stéphanois, à Mulhouse, son tempérament de race italienne le conduit instinctivement au pays du soleil, lui fait aimer la lumière et la couleur. Son Petit Port méditerranéen est une fanfare éclatante de blanc, de bleu et de rose. Ziem lui-même, dans ses fantaisies vénitiennes, n'a pas souvent atteint ce diapason aigu. Il en est resté quelque chose dans l'œil et sur la palette du paysagiste visitant l'Auvergne et croquant prestement un coin de village. Mais, vous avez eu beau intituler cela Plein midi, monsieur Gagliardini, on ne vous en croit guère, et l'on fredonne intimement à votre intention, la satirique chanson de Nadaud :
Si la Garonne l'avait voulu Lanturlu,
lie aurait coulé en Auvergne. On se croirait bien plus volontiers devant quelque coin ensoleillé de la Côte d'azur ou des Alpilles provençales.
M. Ducaruge tient le juste milieu entre les noirceurs pittoresques de M. Noirot et les exubérances ensoleillées de M. Gagliardini. L'entrée des Gorges de la Semène et le Sous-bois à Lente (Drôme) sont conçus et exécutés dans une note toute gracieuse, pleine de clartés délicates et de verdures attendries. La lumière y est douce et le soleil sans intempérance ni indiscrétions. La tradition de son maître, Harpignies, le Tibulle de l'Allier, guide l'artiste vers les paysages calmes et souriants, aux ruisseaux limpides et paisibles, aux clairières ombreuses, aux ciels bleutés, parsemés de nuées blanches.
Voilà pour les paysagistes foréziens. Ils tiennent fièrement leur place dans l'école française et font grand honneur à leur pays natal.
M. Séon s'est mis à bonne école, celle de Puvis de Chavannes,un des plus illustres peintres de ce temps, qui a ressuscité le grand art de la décoration murale des maîtres de la Renaissance italienne. A ses débuts, l'influence de l'auteur de Pro Patria Ludus et du Bois Sacré cher aux Muses parut obsédante. J'ai conservé très nettement le souvenir de son premier envoi important au Salon de 1 88 r , qui représentait La Chasse et La Pêche. Pour cette raison, la critique lui fut sévère; mais elle l'avait remarqué, ce qui était déjà une bonne fortune et la constatation d'un certain mérite. Peu à peu, la personnalité du jeune artiste s'est dégagée des formules de l'atelier et, quand la ville de Paris ouvrit le concours pour la décoration de la mairie de Courbevoie, il obtint la commande avec une composition d'un caractère très décoratif, qui, à l'Exposition universelle de 1889 lui a valu une deuxième médaille. M. Séon a envoyé à Saint-Etienne un tableau qui porte le titre de Les Fleurs. Dans un pré fleuri, des jeunes filles se promènent et font des bouquets. Elles sont vêtues le plus modestement du monde de robes de couleurs discrètes et sans ornements. Les visages ont pour tout attrait la fraîcheur et la grâce de la jeunesse. Elles sourient ingénuement et s'égayent avec naïveté de la beauté et de l'abondance des fleurs qu'elles cueillent. La composition tout entière, — paysages, figures, ciel, — est tenue dans une tonalité discrète et dans une recherche de simplicité, à la manière d'une fresque. Il s'en dégage une impression délicieuse de tendresse et de calme. C'est là incontestablement l'œuvre d'un poète délicat.
M. Chapoton peint les fleurs avec une rare habileté et dans un grand style. Son œuvre ne disparaîtra point. Il n'a pas exposé moins de six tableaux, dont je ne retiendrai que ceux qui ont la fleur pour sujet : Végétation cultivée, végétation inculte, Les Roses en été, et Roses sur pied. Tout cela est vivant, coloré et frais. M. Chapoton travaille fréquemment pour la fabrique de rubans, qui trouve à cette collaboration artistique honneur et profits.
Quelques autres exposants doivent être mentionnés pour des tableaux de fleurs et de natures mortes, qui ne manquent point de mérite : MM. E. Brosse, Claudius Badinand, Chaverot, Macle, Jean Zacchéo, Durafour, M"es Crétinon et Nicolas.
M. Passepont nous montre une composition décorative pittoresque, d'une dénomination exotique charmante, Fleur de roseau. Le sujet en a été pris à l'exquise fantaisie dramatique de Mme Judith Gautier, La Marchande de Sourires. Le joli visage d'une ravissante mousmé japonaise, vêtue de satin broché, s'encadre joyeusement dans un berceau de fleurs orientales, peintes avec goût, dans une note délicate de coloris. M. Gérard a exposé une étude vigoureuse de duelliste et un excellent morceau de nature morte : Le Pot-au-jeu.
Deux portraits de M. Joanny Faure ont beaucoup plu aux Stéphanois. L'un représente M. Gérentet, ancien président de la Chambre de Commerce de Saint-Etienne et l'autre un compatriote, dont le souvenir est affectueusement conservé au plus profond du cœur par tous ceux qui l'ont connu, M. Auguste Théolier. Le catalogue de l'exposition ne porterait point la mention d'élève de J.-P. Laurens qu'au premier aspect du Dante et Giotto, de M. Aubin Hervier, la certitude en viendrait au spectateur, pour peu qu'il ait aperçu un tableau de l'auteur de Y Interdit, des Emmurés de Carcassotine, du Pape et V Inquisiteur, etc. C'est toute la manière du maître, le même coloris, les mêmes attitudes, les mêmes gestes. A cette école sévère et laborieuse, M. Hervier a appris un bon métier; il sait composer et il sait peindre.
Qu'il s'émancipe donc hardiment et fasse œuvre personnelle, en pensant par lui-même et en ne gardant étroitement de J.-P. Laurens que ses nobles ambitions, sa probité professionnelle et son profond respect de l'art.
Je tiens à signaler encore, dans la section de peinture de l'Exposition, les envois de M. Chorlier {Portrait de femme en toilette de soirée), de Mlles Verchère, Elise Prébet et Chapuson, et parmi les aquarelles, pastels et dessins, la série des paysages de M. Ducaruge, les sépias de M. Henri Gonnard, Panorama de Royat et Le Puyde-Dôme, les superbes études de fleurs de M. Rivoire, les cartons de figures de M. Séon pour la décoration de la mairie de Courbevoie, L'Etang en Dauphiné, de M. Appian; le portrait du fils de M. le baron de Rochetaillée, par M. Ogier ;V Hiver, de M. Paul Colin; Le Clair de lune à Menton, de M. Adolphe Guillon ; L'Ocrerie à Auxerre Portrait du fils de m. le Baron de Rochetaillée, et Le Chemin du Ru d'Arnus à Auxerre, de xM. Passepont ; le paysage de Saint-Rambert-sur-Loire, par M. Firmin Rogier ; La Liseuse, de M. Albert Maignan ; Blés au bord de la mer, par M"10 Estelle Bergerat ; Fête Dieu et Gibier, de Mme de Champs-Renaud ; En reconnaissance et Signaux en escadre, de M. Léon Couturier ; Le Crépuscule, quai du Louvre, de M. Henri Darien.
La section de sculpture est peu importante. Les œuvres originales ont été presque exclusivement exposées par des artistes de la région. M. Eucher Girardin a lu les vers de Rolla :
Ses longs cheveux épars la couvrent tout entière, La croix de son collier repose dans sa main, Comme pour témoigner qu'elle a fait sa prière. Et qu'elle va la faire en s'éveillant demain.
Cette délicieuse figure de jeune fille a inspiré à l'artiste une statue couchée, qui traduit heureusement la poésie de Musset. Il y a mis de la grâce et de la tendresse. La Brodeuse foréçienne, du même sculpteur, est pittoresque. Un haut relief de plâtre, de M. Victor Zan, dédié aux mineurs de la Loire, et représentant Les Victimes du grisou, attire vivement l'attention par ses proportions colossales. Le ciel de la galerie de mine s'effondre, écrasant les ouvriers. Ce n'est plus qu'un enchevêtrement horrible de morceaux de buttes, de blocs de charbons et de membres humains. Le sculpteur a énergiquement besogné pour donner à son oeuvre un caractère tragique, et, ma foi, à tout prendre, l'œuvre est fort honorable. Une tentative aussi audacieuse et poursuivie avec tant de résolution, dans un milieu réfractaire à l'art sévère de la grande sculpture, m'a vivement éînu. Deux autres envois de M. Zan, les portraits de M. Leroux et du R. - P. Champagnat, sont intéressants. M. Mathelin a fait également deux bons portraits en buste du chansonnier Pierre Dupont et de Berthelier. Les portraits de famille en médaillons, exécutés par M. Charles- Louis Picaud, se font remarquer ; le travail n'en est point banal. M. Decarli, professeur à l'Ecole régionale des Arts industriels, expose une statue de saint Joseph, en marbre, d'une bonne exécution, un buste d'homme en albâtre et une sculpture décorative représentant une guirlande de fleurs. J'ai plaisir à signaler encore parmi les exposants de cette section : MM. Induni (buste de M. l'abbé B...); Calderari (deux panneaux déterre cuite peinte); René Cottanceau (buste de MUe C...); Lamberton (portrait en terre cuite et Un forgeron) ; Pagny (à Pierrot et Louise Sieffert), Scetto (buste de M . J. Vincent) et MUc Laure Coutan (deux terres cuites Confidence et Moisson de fleurs).
ioe Livraison
1 1 Octobre 1 89 1