UN DONATEUR PRESENTE PAR SAINT JEAN-BAPTISTE
( Musée du Louvre )
lelte des Beaux-Arts
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prodiKiions du maître, à part, peiit-ôtro, un pou plus de délicatesse dans le procédé. Le saint Jean est pri'S((iu:' identique à celui d'un des volets de Vienne. De même, l'un dos anges placés aux côtés de la Madone oITre. en souriant, une pomme à l'Enfant Jésus.
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(Catlii'drale Je Lubook.)
Cotte donnée, on lo sait, se répète vingt fois dans les peintures de Memling. De mémo, nous vnyons roparailro, avec les couleurs l'éelles, sur un tableau appartenant au prince do Liechtenstein, lo saint Antoine figuré on grisaille sur lo volet extérieur droit du petit triptyque de sir John Donne.
Au point de vue do la recliorclio des origines artistiques de Memling, il importe de signaler spécialement un tableau de maître
inconnu, invoqué par M. Weale comme ayant inllué sur Gérard David : le Mariage de sainte Catherine conservé aujourd'hui au musée do Bruxelles. Cette peinture appartint, à dater de 1489, à l'église Xotre-Danie de Bruj^es. Elle était autrefois classée, à Bruxelles, parmi l'école allemande et, malgré tout, elle détonne quelque peu dans le milieu où elle se produit. Dans cet ensemble, à certains égards très remarquable, où la Vierge, comme dans le tableau de Gérard David, est environnée de saintes, il importe de
[iK POSITION HE ClKiIX l'Ai; 11 A N S MEMLlXl (Collection (lo M. R. von Kaul'maiin, Borlin.)
signaler l'identité presque absolue du groupe de Marie et de l'Enfant, avec le groupe correspondant du l'etable du duc de Devonshire. Les rencontres de ce genre ne sont point fortuites'. A rapprocher les deux créations, on hésite à envisager celle de l'inconnu comme inspirée par l'autre.
Qu'on ne nous en veuille pas d'omettre ici l'analyse des pages grandioses de Memling répandues dans les collections belges et où celles de Bruges occupent le premier rang. Celles venues de loin, que le hasard a un moment rapprochées, sollicitent les premières
1. La MaJeli'ine, comme le faisait observer M. huraiul-Gréville, est exactement la même figure que celle qui représente la même sainte dans la Mine au tombeau de Ror'er van der Weyden, de la galerie des Offices.
notre allenlion, non pa^^ qu'elles soient supérieures, mais à cause de l'intérêt qu'elles éveillent. Tout le monde connaît le Mariagp de sainte Catherine de l'hôpital Saint-Jean; peu de personnes avaient eu, jusqu'ici, l'occasion de voir sa réduction appartenant à M. Léo-
l'UKTKAlT U lluMME, PAU 11 A X S M L M LI X I.
(Musc'e do la Haye.)
pold Goldschniidl, de Paris. Il est certain que les changements apportés par le peintre ont amélioré la composition. Le donateur y apparaît dans le champ même du lahleau; un paysage admirable remplace le fond d'architecture. Les anges, tous deux musiciens, sont plus gracieux aussi. C'est, en un mot, une œuvre nouvelle et puissante dans ses étroites dimensions.
Que Memling ait appartiMiu aux citoyens aisés de Bruges, on
s'en ctoiino jieu à mesurer sa fort une à l'éleiidue de sa clientèle. S'il lia\;iilla pour les églises, il travailla aussi pour les oratoires. La (juanlilé de ses petites Madones accompagnées d'anges ou de donateurs est surprenante. Toutes relèvent d'une même donnée. Leur dimension varie moins que leur qualité, laquelle fait croire parfois à l'intervention d'auxiliaires, M. Justi en a retrouvé jusqu'au fond de la chapelle des Rois catholiques à la cathédrale de Grenade. Plusieurs figuraient à l'exposition de Bruges, prêtées par le prince de Liechtenstein, par M. Tliieni, par le duc d'Anhalt. par M""' Stephenson Clarkc. (li'llr drrnièrc nous parait duvoir. pr(''cisément, être la répéliliim de la peinture indiquée par M. Justi. l'armi les }ilus précieux envois de l'étranger figurail \'Aiino)i-
I. A .M I J II T , LE P É 11 E É T E K N E L E .\ T O L 11 É D A .\ G ES, L' E N F E H , LA \ A M T 1; PAR II A N S M E M L I X 0
(Must-e de Strasliourg.)
dation appartenant au prince Rad/.iwili, de lierlin. ()n assuri' que le cadre primitif de cet exceptionnel morceau portait, sur le chanfrein, la date 1 iS2, considérahie dans la vie du maître, antérieure d'une couple d'années à l'aclièNenienl du portrait ihi ii(iuii;nu'stre .Miireel, morceau capital, faisant partie du retable de saint Christophe, saint Maur et saint Gilles, que nous i-cqiroduisons.
Rompant avec la formule établie par les Italiens, Memling place la Vierge debout. Elle est vêtue d'une robe llottantc, de couleur blanche légèrement nuancée de bleu, et d'un manteau bleu. Elle s'est levée lespectiunisement à l'appariliun du messager céleste, vêtu d'une chape tissée de pourpre el d'ur. Au-dessus de sa tête plane le Saint- Esprit ; elle se sent défaillir. II<mix anges la soutiennent avec des témoignages de joie et de respect. Leurs robes aux nuances tendres, lilas et blanc irisé, s'harmonisent avec leurs ailes bleues et vertes. L'intérieur où se passe la scène, le lit aux courtines rouges, la crédence avec ses menus accessoires, tout l'ensemble de la di>po-
Hans Memling pm.x
GUILLAUME MOREEL, BOURGMESTRE DE BRUGES AVEC SES C[NQ F1LS ET SON PATRON. GUILLAUME DE MALEVAL
yolcl g.jtichc Ju Iripirquc .le S,uilt-Chrislaplic (Miiscc lie Bruges,)
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sition, l'elYel même, sont nouveaux pour nous. Si le coloris a moins d'éclat, en revanche il a plus de douceur et ajoute au charme de la scène, la plus gracieuse qu'ait trace'e le pinceau de Memling.
Comme Fromentin le dit. « Memling copie et il idéalise ». Ses personnages sont peints d'après nature. Les femmes, douces et gracieuses, puisent dans leur modestie un charme tout particulier.
l'UHTUMT IIE FEMME .\ C, E E . PAU H A .X S M E M L I X t
(Collection de .M. N..., à Paris.)
Leur chevelure, à peine ondulée, encadre un front élevé, d'une remarquable pureté. La paupière mi-close, sous l'arc régulier des sourcils, la bouche petite, le menton très court, forment, avec l'ovale régulier du visage, un ensemble agréable, mais de peu d'expression. Il est des œuvres où la Vierge semble moins jeune que dans d'autres. On peut en dire autant de l'Enfant Jésns, qui n'est plus le chétif nourrisson de van der Weyden, mais est empreint de la grâce mutine d'un enfant conscient de ses gestes. Nous en avons trouvé
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le type, avec un peu de surprise, dans le petit garçon plaeé derrière le personnage du portrait exposé par le collège évangélicjue de Ilermannstadt. Dans le portrait de femme qui sert de pendant au précédent lignre le petitchien, un barbet, presque identiquement représenté aux pieds de la suivante dans la lirthsabre, la magnifique peinture de Stuttgart ; le même chien réapparaît dans un des petits panneaux exposés par le musée de Strasbourg, oeuvres dont il importe de dire un mot.
Quelle est la part de Memling dans cette suite intéressante de peintures? Aucune, disent certains critiques. Nous n'allons jias aussi loin. Tout d'abord il convient de noter la signification de cet ensemble. M. « Georges de Loo » (Georges Hullin), dans son très savant (iitalngue critique de l'exposition, la détermine à merveille. C'est un liiptyque, avec, au centre, le Ciel (Dieu le père), l'Enfer (Lucifer); sur les volets, à l'intérieui', la Mort opposée à la Vanité de la vie; à l'extérieur, les armoiries' du propriétaire et une tète de mort; au-dessous de celle-ci. nous iisuns celte phrase : Scio rniiii qiiod Redemptor meus vivit.
Nous n'insistons pas sur la ressemblance évidente de l'image du Père Eternel avec le panneau central du grand retable de Najera, au musée d'Anvers; à l'exposition, tout le monde la constatait. Nous pouvons passer sous silence les symboles. IMus intéressante est la ligure de la l'aiii/c, jeune femme dépouillée de tout voile, debout, dans un riant paysage où, sur le tapis de fleurs, trois chiens prennent leurs ébats. Cette figure nue a surpris, choqué même, quelques personnes. Memling en a fait d'autres, les a même multipliées dans son JiKji'inciil iln-itin- de Dantzig. La figure à'Èn\ du musée de Vienne, nous fournit une autre étude de nu. Ce n'est donc point cette particularité qui peut faire repousser l'idée de son intervention. Considérées au point de vue de la valeur artistique, les peintures ont un mérite sérieux. Jadis à Strasbourg, on les attribuait à Simon ^hirmion. Nous n'avions jamais cessé de les considérer comme plus apparentées avec Memling. L'impression demeure, sauf à croire au concours du pinceau de quelque auxiliaire.
Les scènes de la l'assion, dans l'œuvre de Memling, sont d'expression beaucoup plus ennlenue que chez van der Weyden, son
I. Ces arinoiiies soiU : d'uiycnl, au (jvifl'on de ijucidef, iii-iiic et becqui- d'or, au chef d'azur, a troi^ fleurs de hjg d'or. Devise : Nul iicii suiisprine. Plusieurs familles françaises oui adopté cette devise : de la Noue Ilaront. de Haull; également Montemerli, famille italienne, sans doute. Elles a|ipartieiinent en réalité à la famille lîorelli.
maître. Dans la Pietà que nous reproduisons, appartenant au prince Doria, le plus émouvant des sujets de ce genre issus de son pinceau, l'arlisto introduit un donateur, très proche du personnage repré-
P 0 11 T H A I T DE F E .M M E I X G 0 X N U E , A T 1" lU 1! U E A M E M L 1 N G
(Collection do S. A. S. lo duc d'Anlialt, 'Woorlitz.)
sente dans le portrait de Hcrmannsladt. La nature tendre et recueillie de Memling répugne à la déformation des traits sous l'empire de la douleur. C'est d'ailleurs une scène profondément touchante que le baiser déposé par Marie sur le front meurtri du Sauveur. Madeleine, on le remarquera, s'essuie les yeux d'un bout de son voile. Le geste ne manque pas de grâce.
Comme portraitiste, Momling trouva ses principaux modèles dans l'opulente bourgeoisie brugeoise. Si l'on en juge par l'attitude de ses personnages, fréquemment représentés en prière, ses portraits ont dû souvent faire partie d'ensembles religieux. On ne peut douter que tel fut le cas du Jeune (jenlil homme un des plus délicieux portraits de l'exposition, appartenant aujourd'hui à M. G. Salting, de Londres, comparable pour le charme de la phvsio-
SSE DE SAl.N'TE l' 11 ÏS l" L E , TAU 11 A >' S M E M 1, 1 N (
[Muscle de Bruges.)
nomie et la grâce juvénile à ce portrait de lord Philippe Wiuulon qui fut le succès de l'exposition van Dyck, à Anvers.
C'est encore le cas du beau portrait d'homme, que reproduit notre gravure, appartenant au musée de la Haye. Probablement lils de quelque étranger fixé à Bruges, fervent du fameux tir de saint Sébastien, un autre personnage, dont le splendide portrait appartient au baron Oppenheim, se présente avec plus de crànerie. Sa physionomie déterminée, sa lèvre altière, font croire à quelque gentilhomme de haut rang.
Une partie de l'intérêt de ces effigies se perd, malheureusement,
Haiis Memlini; pinx
(Colltiliait ,ii, pHuce Du;;,,, fin.
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par suite de I'ij;noram'e oii nous sommes do l'idenlilé des personnages représentes. Il est à craindre que cette lacune ne soit jamais comblée. Œuvre d'une nature privée, le portrait est condamné à ce sort inévitable et conlradictoii-e de perdre sa destination
LE JLOEMEXT DE CAMBVSE, PAR 0 E 11 A 11 I. DAVID iMusf'e de Bruges. 1
essentielle, la pérennité du souvenir de celui qu'il représente. Avonons, au surplus, qu'il y a bien du cliarme aussi dans les spéculations auxquelles donne naissance l'étude de ces pliysionomies si caractéristiques de leur temps. A quel milieu social appartenait la femme âgée dont le peintre nous a laissé le merveilleux portrait, appartenant à M. X..., de Taris? On sait que le pendant de ce morceau de nature « naturante », provenant, comme lui. de la
coUeclion Meazza, à Milan, fait pailio du muscle de Berlin; c'est le portrait présumé du mari de la dame, quelque vieux serviteur de la maison de Bourgogne sans doute. L'œuvre de Memling ne contient point de pages plus attachantes que ces effigies de si frappante vérité, les plus belles de l'école flamande depuis van Eyck, couple dont les hasards du temps ont dissous l'union, rêvée sans doute éternelle !
Pas de Memling, mais digne de lui, cet autre portrait de femme, de physionomie si étrange (n" 108), provenant de la Maison gothique
TKOIS 11 ES PAKNEAIX DE LA CUÂSSE 11 E SAINTE UnSULE, P A I\ II A N S M K M I. I N ci
(Musée de Bruges.)
de Woerlitz. Cette fois encore, il s'agit de quelque temme de haut parage ; la coupe et la richesse du costume le prouvent. D'ordre supérieur, la facture indique un maître de date quelque peu antérieure à Memling, maître anonyme dont, croyons-nous, un autre portrait féminin est entré à la National Gallery, de Londres, par le legs Lyne Stephens. Nous ne nous iiasardons à proposer aucun nom. Il s'agit sûrement d'un Flamand.
La Châsse de sainte Ursule, (|ue hi légende avait placée au début de fa carrière de Memling, en fut le couronnement. Combien plus poétique la réalité et plus touchante la pensée de cet ensemble de haute perfection, marquant la fin d'une existence écoulée tout entière dans l'oubli des heures et sanctifiée par la conscience de la joie que procurait aux autres la joie qu'avait éprouvée lui-même cet ouvrier sans reproche dans l'accomplissement de sa tâche!
Ourinin l.lrfll
r.,v/.ctte des l'iCAUx Ai-is