IS
bien s'avouer qu'à aucune époque, ni tlans aucune école, le pinceau n'arriva à traduire la nalure avec une puissance égale d'expression, avec une vérité plus haute. Il est certes oiseux de le redire; on s'y attendait. Pourtant on ne se lasse point de considérer celte technique où tout tient du prodige, dont la perfection môme t'ait ([ii'à travers les siècles nul peintre n'apparaît comme supérieur.
Qu'ajouter encore au ren<un de ce tableau de 1430, où le vieux chanoine van der Paele est agenouillé en adoration devant la Madone ; de cette tète du donateur, de ces mains, dont la vérité le dispute à la nature elle-même! Que dire enfin de ce portrait de la femme du peintre, âgée, nous dit l'inscription du cadre, de ti'ente-trois ans, en li39! C'est bien, à notre gré. la perle de ce riche écrin, et peutêtre le plus surprenant morceau biissé par l'incomparable artiste. Mais van Eyciv approche du terme de sa carrière. Comme tant d'autres peintres illustres, comme Titien, comme Velazquez, comme Rubens. comme Rembrandt, il tiiomphe des difficultés matérielles de son art. D'autres pourr(mt venir; ils sont venus, en ell'et; ils se sont appelés i^etrus Cristus, van der Weydeu, Thierry Bouts, Memling; aucun Il a eu II' pouvoir de surpasser ce maître des maîtres.
l'jl nuus trouvions à l'exposition même ce qui fut peut-être la dernière page de ce prodigieux créatcMir, un liiplypi' a\aul appartenu à l'église Saint-Martin d'Vpres, resté inachevé à la moit du peintre. Van Mander l'indique comme tel et le décrit.
Des connaisseurs, non des moindres, contestaient l'authenticité du morceau, retenu même à la vente de la collection van den Schrieck. Depuis, il a passé aux mains d'un membre de la famille de ce C('lèl)re amateur et, malheureusement aussi, par celles d'un retoucheur, qui nous en a laissé, à ce qui semble, à peine mieux que son œuvre personnelle! Il serait sans objet, en de seml)lables conditions, d'en discuter le jilus ou moins de mérite ou d'authenticité. Ce n'est plus qu'à (ilie d'iiifornialion et aussi de ruine, qiu- nous ayons à l'envisager.
Jan van Eyck mourut le il juillel li'tO. Pour exceptioniudle que fût sa valeur, pour haut et étendu son renom, il n'était |)as un isolé. L'histoire, pourtant, de même qu'elle nous laisse dans l'ignorance de ses précurseurs, omet de nous éclairer sur les continuateurs immédiats de son art.
Elle nous renseigne à peine davantage sur la connaissance et le