C-azeUe des Beaux-Arts
maniemeiil de la })oinluro à riiiiilc. Le procéilé s'était toiilel'ois vulgarisé avec une promptitude faite pour surprendre, à une époiiue où, entre individus et nations, les rapports semblent avoir dû èli'e contrariés par des obstacles multiples. Tous les trois ans — M. Weale ralTirme dans l'intruduction au catalogue de l'exposition de Bruges — les artistes de la Flandre, du Braliant, du Tournaisis, s'assemblaient pour l'examen en commun des points intéressant leur profession. Sans être aussi formel, nous pouvons rappeler un
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(Collecuon du baron Gustave do Rothscliild, Paris.)
document publié par Pinchard, pièce de laquelle il résulte qu'après s'être une première fois trouvés réunis, pour l'accomplissemenl de quelque grand travail ayant nécessité leur présence à Bruges, à Gand, à Lille, les peintres, dès la seconde moitié du xv" siècle, résolurent de se rencontrer, de leur libre accord, pour célébrer la fête de leur patron saint Luc, dans un des centres où existait une gilde.
Huant à l'échange des œuvres de leur pinceau, il était des plus suivis. Bruges surtout, grâce à ses rapports de commerce avec les pays lointains, exportait couramment les productions nées sur son sol. L'Espagne, ainsi que l'Italie et le Nord, fut de très bonne heure renseignée sur ses maîtres. Dès l'année liiS, un souvenir très évident
Je VAdofiition de l'Agneau se retrouve à Barcelone, dans un retaille de Louis Dalmau. C'est chose digne d'être notée, à ce point de vue, que, précisément, parmi les continuateurs de v'an Eyck, nul nest plus rapproché de lui en valeur qu'Antonello de Messine, venu peutêtre en Flandre, mais non point, comme l'a voulu prétendre Vasari, son élève direct. Et, sans nous occuper ici de rechercher l'auteur du fameux Saint Jrràmp du musée de Naples, on ne peut y méconnaître l'inlluence de l'illustre peintre de Philippe le Bon.
Aucun lien très apparent ne relie à Tteuvre de van Eyck une remarquable peinture attribuée à AntoncUo par le catalogue de l'exposition de Bruges : Le Christ pleuré par la Vierge et les Saintes Femmes, œuvre ayant naguère appai'tenu à Jules Renouvier et, par héritage, devenue la propriété du baron d'Albenas, à Montpellier. (De la même source provient la Résurrection de Lazare, atti'ibuée à Gérard de Haarlem, récemment entrée au Louvre;.
Empreinte d'un profond sentiment dramatique, cette petite page se range, par le style autant que par le coloris, dans les écoles méridionales. Sa gamme de colorations fait songer à Piero délia Francesca. Quant à la forme, elle est anguleuse, quelque peu brutale. On rencontre en Espagne des tableaux de cette physionomie tragique. Le Christ repose inerte sur les genoux de la Vierge, sa tète imberbe rejetée en arrière. La jambe gauche, repliée sous la droite, fait voir la plante du pied. Ce mouvement peu gracieux s'explique par la raideur cadavérique. Les extrémités inférieures, superposées pendant le supplice, ont gardé la trace de cette disposition contrainte. Les bras, de même, sont pendants le long du corps. Rien ici n'évoque le souvenir d'Antonello aperça dans les œuvres authentiques d'Anvers et de Londres. D'excellents connaisseurs, pourtant, attribuent celte peinture à l'impeccable artiste. Le type de la Vierge, amplement drapée de bleu, est franchement vulgaire. Ce qui surtout impressionne ici, c'est l'intensité de douleur qui se reflète sur le visage de la mère du Christ et agite ses compagnes. Ensevelies en quelque sorte dans des draperies rouges ou nuancées d'orange aux plis rigides, les Saintes Femmes s'isolent dans un désespoir muet ; elles se dérobent au regard et elles en paraissent plus émouvantes. Non loin du groupe principal, à la droite du tableau, s'agenouille un donateur, gentilhomme au front dégarni, au profil aigu; il tient entre ses mains jointes un chapelet. Sur le velours de sa longue casaque noire tranche une chaîne d'or à laquelle est suspendue une croix; ses chausses sont rouges : costume essenti(dlrriiciit niéri-
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dional, par sa coupe et par le clidix des nuances. Le ciel clair, où se profilent la croix du Christ et les cadavres des larrons cruciliés, fait se silhouetter, par delà les murs d'une ville, les toits des maisons, un campanile ogival et un vaisseau d'église où apparaissent les signes précurseurs de la Renaissance, enfin un donjon ruiné. A l'horizon, se voit une succession de pics neigeux, les Alpes peutêtre.
Le coloris, pas plus que le style de cette fort intéressante peinture, n'autorise à la ranger dans l'école llamande. Encore faudrait-il
LE r. IIUIST PI. ET 11 K PAU LA V I E K 0 F, ET LES S A I .N T E S FEMMES