PAVILLON DES MISSIONS CATHOLIQUES AU TROCADERO
Bien avant le mouvement actuel de colonisation, les Missions Catholiques, filles des Croisades, étaient allées porter en extrême Orient les principes de la
civilisation chrétienne. La chambre des martyrs du séminaire de la rue du Bac contient une terrible collection des instruments de torture qui n'ont jamais arrêté l'élan des courageux apôtres. Étant depuis si longtemps à la peine, les Missions avaient bien le droit d'être à l'honneur, et leur pavillon trouvait des éléments de grandeur ailleurs que dans son architecture.
Au rez-de-chaussée, des scènes, dans le genre des musées de cire, représentaient les martyres du P. Le Vacher, à Alger, en 1083, et de M'^' Borie, au Tonkin, en 1838; une léproserie de Birmanie et une classe de Madagascar tenues par des Sœurs.
Au premier étage, vingt ordres religieux étaient représentés par leurs œuvres et celles de leurs élèves, et trente portraits de martyrs entouraient la haute figure de M'' Lavigerie. Dans son portrait de S. S. Léon XIII, somptueusement exposé, Benjamin Constant n'avait pas été aussi heureux que dans celui de S. M. la reine d'Angleterre, du grand palais des Beaux-Arts.
Un grand tableau représentait la cérémonie religieuse d'un départ de missionnaires. A ceux que la « folie de la croix » pousse ainsi vers des douleurs certaines et des supplices probables, sans aucun espoir de récompense terrestre, sans autre joie que celle de la foi agissante, il ne faut ménager ni le respect ni la reconnaissance patriotique. Ils emportent avec eux le culte de la Fi'ance et la font aimer au loin comme la terre d'élection de la charité.
Tout le groupe X Vil, consacré aux procédés et au matériel de colonisation, occupait les galeries extérieures du palais duTrocadéro. On y voyait les lourdes voitures Lefèvre, de sinistre mémoire, dont les étroites roues de fer semblaient destinées d'avance à s'enfoncer dans les terrains mous où on les a retrouvées après des années, dans la brousse de Madagascar. On y trouvait aussi les produits spéciaux réservés
à l'exportation aux colonies. Pourquoi n'étaient-ils pas dans les autres classes alimentaires ? Est-ce à dire qu'ils peuvent être de qualité inférieure?
Tant d'espaces ouverts à notre expansion donneront-ils aux Français l'esprit colonisateur qui leur manquerait, s'il fallait s'en rapporter aux calomnies? Tout au moins les méthodes doivent- elles cljanger.
Demander à des fils de famille ou même aux ouvriers de la terre de partir en enfants perdus pour des
MARTYRE DE Mf BORIE AU TONKIN EN iSjS
LES COLON'IES FRANÇAISES
contrées inconnues, c'est aller contre la raison. L'histoire est là pour prouver que les grandes compagnies coloniales peuvent seules réussir. Elles créent un novau de civilisation, ouvrent les voies de communication et lotissent des terrains où le colon n'a plus qu'à venir s'installer.
Une autre question se pose à propos de l'utilisation des races indigènes. 11 faut bien dire qu'elles sont inférieures. Faut-il se contenter de les utiliser avec douceur, ou doit-on les élever en masse au niveau européen? Les entraînements sentimentaux sont dangereux en cette matière, et il suffirait certainement de ne pas mettre une barrière àl'éclosion des intelligences d'élite qui peuvent naître sous toutes les latitudes. On n'aperçoit pas nettement ce que nous aurions gagné à produire de nouvelles couches sociales semblables au couple symbolique représenté dans le tableau de M. Thévenot. De longs siècles au moins sont nécessaires pour effacer l'atavisme d'une barbarie vieille comme le monde.