‹ L'Exposition du siècleChapitre 119 sur 217 · JARDIN ET PAVILLON JAPONAIS · texte numérisé non relu

JARDIN ET PAVILLON JAPONAIS

L'exposition du Japon, au Trocadéro, se composait d'un pavillon où le icnshakou ou saké, alcool de riz peu suggestif, était servi avec le thé par des Japonaises qui semblaient regretter la patrie; de petites boutiques formant un village animé derrière la masse du palais de l'Egypte; d'un tranquille jardin invitant au repos, et du pavillon impérial. Là étaient, en partie prêtés par l'Empereur, des objets d'art tellement précieux que les Japonais ne sont pas admis à les voir dans leur pays.

Plusieurs dataient du vT siècle, les moins anciens ne dépassaient pas le xiT. Sans aucun point commun avec l'Europe, infiniment plus libre que Lart chinois et aussi idéaliste que celui-ci est matériel, sans ressemblance non plus avec les formes bouddhiques, l'art japonais a puisé en lui-même les inspirations de chefs-d'œuvre qui n'ont besoin d'aucun commentaire pour expliquer leur signification et qui s'imposent par leur beauté à toutes les intelligences. Cette antiquité de leur art explique comment les Japonais modernes possèdent, par le plus enviable des atavismes, le don d'ignorer la banalité.

Nous entrons maintenant dans le domaine du lion britannique. Sa griffe est fortement imprimée sur tous les pays qu'il a faits siens. Il faut s'incliner devant cette

FAÇADE DES COLONIES ANGLAISES SUR LE QUAI (l'iNDe)

Il <) M M A G E A L A H i: I N y.

puissance et rendre ici à la race anglosaxonne l'hommage que méritent la constance de ses desseins et l'union de toutes les parties de l'empire, qui affirmaient leur loyalisme par un monument d'hommage à la Souveraine.

La Grcatcst Britaiii était représentée par les plus beaux fleurons de sa couronne : l'Inde, Ceylan, l'Australie occidentale, le Canada, l'île Maurice.

Le Cap manquait, et aussi l'Australie orientale, sans parler de nombre de petites colonies éparses sur la surface du globe.

Les Indes sont une colonie d'un genre particulier. Elles servent surtout à rétribuer grassement une légion de fonctionnaires et à payer des impôts dont le total dépasse I milliard.

NATIONS ET COLOMFS ETRANGERES

L'Angleterre a maintenu sur leur trône nombre de princes indigènes, de sorte que le peuple hindou a deux maîtres, ses rois et l'étranger. Ces 300 millions d'êtres humains ne supportent la vie que pour atteindre le ciel que leur promettent leurs dieux.

Comme tout ce qu'ils produiraient leur serait enlevé, ils ne font pas de réserves et se laissent surprendre périodiquement par la famine. Pendant que la société élégante venait luncher au tea t"o«r/ du Trocadéro, les Hindous mouraient en tas aux portes et dans les rues des villes. La situation s'améliorait pourtant, d'après les termes d'un rapport officiel, « car on ne comptait plus que 4 ou s millions d'indigènes souffrant de la famine >/ !

Sous ce régime de pompe aspirante qui enlève aux Indes tout leur suc sans rien leur rendre, on conçoit que ce peuple soit un médiocre consommateur.

Aussi rien de nouveau n'était exposé. Une vitrine dramatisait la faune de la jungle, reptiles et tigres à côté d'oiseaux paradisiaques. L'art national ne sort point des anciennes formules. Des bois fouillés en dentelle, avec les mêmes motifs se répétant à l'infini; des réductions minuscules de temples gigantesques où pas un pouce carré n'est laissé sans sculpture ; toujours la minutie d'un travail dans lequel l'âme hindoue aime sans doute à s'oublier.

Une statue svmbolique représentait Saraswatee accompagnant, sur une guitare, sans doute quelque nouveau cantique impérialiste de Rudyard Kipling. L'Indienne avait la tête casquée de la couronne anglaise, et son poids la laissait courbée, sans lui permettre de redresser sa taille gracieuse.

Le régime administratif est tout différent à Ceylan, où les terres sont intelligemment cultivées par nombre de propriétaires indigènes, libres et entrepre-

« P U N J A U - A R C H I) D 1: L EXPOSITION I) li S 1 N D K S

nants. Avec une population cent fois moindre que celle des Indes, l'île présente une prospérité bien supérieure. Il y a vingt ans, le phylloxéra du café détruisit 150.000 hectares de plantations. La lutte contre cette ruine y fut aussi courageuse que chez nous pour la vigne. Aujourd'hui, le thé a remplacé le café. Ceylan et les Indes ont la prétention de chasser les thés de Chine de tous les marchés européens. Pour la bonne propagande, un pavillon avait été élevé au Trocadéro, et des Cynghalais au teint d'ambre, leurs cheveux noirs retenus par un peigne, versaient de leurs mains fines du thé aux Parisiennes, qui se régalaient de la saveur du breuvage et de la réelle beauté des hommes.

L'Australie occidentale, la moins avancée des diverses parties de l'Australie anglaise, donnait l'idée, à défaut de Melbourne et de Sydney, absentes, des ressources du continent océanien, encore inexploité sur sa plus grande surface. II n'y a aujourd'hui que 1 70.000 colons sur une étendue grande cinq fois comme la France, et leur commerce extérieur s'élève à

2=,o millions. II est vrai que l'or y joue un rôle capital, mais aussi les produits des forêts et d'un élevage dont les progrès sont rapides.

QvTant aux « arpents de neige »

dont parlait Voltaire pour se consoler de la perte du Canada, ils ont été, par l'étalage de leur puissance productive, un des étonnements de l'Exposition.

Une population qui n'est encore que de 5 millions et demi, mais qui s'accroît, il est vrai, dans une proportion de 500.000 âmes en sept ans, a produit un commerce total d'un mil-

Page 1