AU CENTRE LA VASQUE D A R R I V E H II E S EAUX
possible d"en prendre davantage, et la question de dépense n'aurait pas dû arrêter.
D'autant mieux que le gaz ne s'est point avoué vaincu dans la lutte pour l'éclairage, surtout celui des grandes surfaces. Aux jours de fête, le Trocadéro était illuminé au gaz; avec la rigidité de ses lignes de feu, son éclat était au moins aussi vif que celui de ses rivaux électriques.
Le génie de l'Électricité était éclairé en blanc par les rayons d'un projecteur placé sur le sommet de la Tour Eiffel. Cet éclairage par reflet lui donnait un aspect d'irréalité qui l'enlevait dans les airs, comme il convient à un génie. L'effet produit était d'un poétique idéalisme.
Le clou des féeries lumineuses était visible en plein jour dans la salle des Illusions. Située au premier étage, entre la Galerie des Machines et le Château d'Eau, son entrée était gratuite, mais les difficultés d'accès obligeaientdefractionner les visiteurs par groupes et sa situation n'était pas facile à découvrir. Beaucoup de personnes auront passé à côté, et c'est grand dommage, car la surprise des yeux n'était égalée que par leur enchantement.
Mettant à profit la propriété géométrique de l'hexagone de voir ses faces se relléterà l'infini les unes dans les autres, M. Hénard, secondé par le sculpteur Aimeras et l'électricien Martine, avait construit une salle dont la décoration se multipliait
CHATEAU D'EAU ET PALAIS DE L'ELECTRICITE 2i3
sans fin sur ses six parois formées de glaces immenses. Des colonnes disposées dans chaque angle contenaient une voûte de style mauresque, à caissons retombant en arcs très accentués. Les colonnes étaient creuses afin d'être éclairées à l'intérieur, et du plafond couvert de lampes à incandescence pendaient des girandoles et des globes à facettes.
La salle et les spectateurs sont plongés dans l'obscurité. Soudain, au mo3"en d'un commutateur qui commande toute la distribution électrique, les colonnes s'allument, puis les voûtes, les girandoles; les feux passent par toute la gamme des pierreries; de quelque côté qu'on se retourne, la salle embrasée est multipliée dans ses profondeurs insondables; ses lignes elles-mêmes se transforment suivant les jeux de lumière. Jamais palais des Mille et une Nuits comparable n'a germé dans l'imagination des conteurs orientaux.
Le Château d'Eau, construit en staff soigneusement repeint à l'huile, s'inspirait du style Louis XV, avec une ornementation toute moderne d'une extrême richesse. Malgré l'énormité de sa masse (la niche centi'ale mesurait 33 mètres d'ouverture sur u de profondeur), son élévation, l'harmonie de ses proportions, les jours ménagés de tous côtés, les lignes fuyant à souhait pour se marier aux mouvements des eaux, tout concourait à lui donner un caractère de grâce majestueuse.
Tl faut regarder avec attention la gravure de détail que nous en donnons pour se rendre compte de la richesse d'une ornementation où les figures humaines, les animaux, les feuillages et les rinceaux se donnaient rendezvous dans une ordonnance accumulée qui
CHEVAUX PAR M . C O R D 1 E R Cni'ROjNNANT UN PORTIQIE d'aNGLE DU CHATEAU D'EAU