‹ L'Exposition du siècleChapitre 150 sur 217 · millions · texte numérisé non relu

millions

On ignore peut-être que si le pouvoir libératoire de l'or est illimité, un particulier, qui doit accepter tout l'argent que lui déversent les caisses publiques, ne peut pas obliger un autre particulier à en accepter pour plus de 50 francs.

11 n'est pas d'objet fabriqué donnant moins qu'un livre l'impression des

L'EXPOSITION DU SIKCLK

s ^ L O N DU SYNDICAT D i LA P R K S S K P t R I O D 1 Q C i:

soins qu'il a demandés pour naître et des sommes nécessaires à sa création.

Le public ne comprendrait même pas les raisons qu'on lui donnerait pour

expliquer que tel petit classique de 30 centimes représente 20.000 francs et plus de frais d'établissement, et pourquoi l'on est obligé de fabriquer par milliers un ouvrage dont on peut ne pas vendre cent exemplaires. Les frais d'établissement des ouvrages de luxe paraîtraient de la folie aux gens prudents, amis des petits risques. Malgré les exceptions nombreuses et augmentant heureusement tous les jours, on peut dire que la grande masse du public en est restée à la fable de La Fontaine, et que le livre y est considéré comme un objet de luxe inutile, pour lequel la plus faible dépense paraît exagérée.

Aussi, pour lutter contre cette déplorable disposition d'esprit, les expositions de librairie devraient-elles toujours être à la place d'honneur, la leur, puisqu'elles sont l'expression matérielle de la pensée des écrivains.

Devant un public qui répond si mal à leurs efforts, les éditeurs français n'en ont eu que plus de mérite à présenter une production d'une variété déliant toute description et dont la valeur artistique pouvait soutenir la comparaison même avec celle de la librairie allemande, si bien mise en évidence dans son pavillon impérial. Entre autres ouvrages de premier ordre, et nous avons un regret particulier de ne pouvoir citer dans cette classe tout ce qui mériterait de l'être, la V/c de Jésus, de Tissot, éditée par la maison Mame, restera comme un des plus précieux monuments de la librairie contemporaine.

LES LETTRES ET L'ENSEIGNEMENT

Les Etats-Unis, agissant là comme ailleurs, ne s'étaient pas donné la peine d'exposer convenablement leurs publications, pourtant si belles et si nombreuses.

L'Angleterre, dédaigneuse encore de tout confort, présentait cependant deux vitrines qui faisaient rêver : l'une, remplie de Bibles fabriquées et reliées par l'imprimerie de l'Université d'Oxford; l'autre, oîi l'Association des journalistes s'était contentée de coller les couvertures de ses innombrables et prospères niaga^^ines. Les sources de la puissance anglosaxonne apparaissaient là de façon saisissante.

Dans un ri'che décor architectural, orné des bustes de ses gloires littéraires, la Hongrie témoignait de son activité intellectuelle et magnifiait son écrivain national Jokaï.

Mais la plus jolie installation appartenait à l'Autriche. De nombreuses sociétés privées, suivant l'exemple des institutions d'État, ont porté à Vienne le développement des arts graphiques à un degré d'art tout à fait supérieur, et les résultats étaient exposés de la plus artistique façon.

Les progrès de la cartographie française, assez en retard il y a quelques années, apparaissaient avec un réel éclat. L'État, les départements, les sociétés, les éditeurs ont rivalisé d'ardeur pour suivre le mouvement géographique qui aura marqué la fin du xix' siècle. Sur ce terrain, nous ne craignons plus de comparaison. Nos cartes, claires sans viser à l'effet, se tiennent au courant de toutes les découvertes; nos atlas populaires ont atteint les dernières limites du bon marché sans rien sacrifier de l'exactitude nécessaire. Pour la \ ulgai"isation de cette science vitale, notre outillage a demandé de grands sacrifices mais ne laisse plus rien à désirer et nous fait vraiment honneur.

On aurait toutefois voulu voir des essais de plans cadastraux. En Angleterre,

KNTREK DKS SALONS D K S ARTS G I) A P H I Q U K S DE L AUTRICHE

l'exposition ho norois k dks lettrks kt de l'enseignement

il existe une carte de chaque paroisse au 2.500', c'est-à-dire que i kilomètre y est représenté par quarante centimètres, alors qu'il ne l'est que par un sur notre carte vicinale, et par un et quart sur celle de l'État-Major. Ces plans se vendent aux propriétaires. L'État retrouverait là une partie des frais de la réfection du cadastre, qui s'impose mais ne se fait pas.

On a dit que la rétrospective du Livre avait été le cerveau des diverses centennales, comme d'autres en a^•aient été la parure ou l'amusement.

Elle était organisée avec beaucoup de méthode et de goût et montrait dans un ordre chronologique de beaux tvpes d'impression, depuis les origines jusqu'à la fin du xviir siècle. Pour la première moitié du xix' siècle, les volumes avaient été répartis suivant leur illustration, en relief, en creux ou en couleur.

Les manuscrits, peu nombreux, étaient tout au moins représentés par une pièce capitale, prêtée par la Bibliothèque d'Abbeville, VÉvangéiiaire de Charlcmagne, donné par lui à l'abbaye de Saint-Riquier, en l'an 800. Onze siècles avaient passé

LES LETTRES ET L'ENSEIGNEMENT

Page 1