LES MOYENS DE TRANSPORT
Le gé/i/t' civil est le plus beau titre qui se puisse imaginer, puisqu'il exprime les progrès de la eivilisation.
Son palais contenait des industries dont les unes parlaient clairement aux yeux et dont les autres étaient représentées par des graphiques ou des modèles réduits.
On peut juger de leur importance, car elles représentent la vie du monde civilisé, qui s'immobiliserait si elles s'interrompaient.
Le développement des voies de communication est le facteur le plus certain de la prospérité d'un pays. Les Romains construisirent dans la Gaule, qui en était dépourvue, près de 20.000 kilomètres de routes indestructibles, car elles étaient maçonnées sur une épaisseur de près d'un mètre. De l'époque gallo romaine au xviir siècle, pendant cette longue suite de siècles, la royauté n'en ouvrit qu'une^ quantité égale et dans de médiocres conditions. Le xix" siècle aura établi à lui seul plus de 500.000 kilomètres de routes ! Nous ne parlons que de la France.
Les ponts, lourdes masses autrefois, se sont multipliés en proportion de
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L'EXPOSITION DU SIKCI.E
leur légèreté. On élève des viaducs de pierre dont les arches encadreraient Notre-Dame, et les constructions de métal ne connaissent plus l'impossible.
Pas plus que les précipices, les montagnes ne sont un obstacle. Du percement
du mont Cenis à celui du Simplon en cours dexécution, les systèmes de forage ont multiplié leur puissance. La force hydraulique et la force électrique ont été mises à contribution et des excavateurs font la besogne d'équipes entières.
Les canaux, ces chemins qui marchent, ont quintuplé pendant ce siècle ; leur aménagement s'est transformé.
Des dragues ont fait œuvre de géants.
Quant aux chemins de fer, n'est-ce pas une chose à confondre l'imagination, de penser qu'ils n'ont exactement que soixante-dix-sept ans d'existence, seulement la vie d'un homme ! Et encore, pour arriver à cet âge, il faut remonter à 1S23, où fut mise en construction une courte ligne destinée à relier Saint-Étienne à la Loire. Ce fut plutôt une voie de marchandises qu'un véintable chemin de fer, mais cette date marque l'entrée en jeu de la France. Une gravure de l'exposition rétrospective montrait les voyageurs enthousiastes du premier train anglais entre Stockton et Darlington. Cela se passait le 27 septembre 1825.
VInvtcfa, construite par Georges Stephenson en 1830, exposée au musée centennal, n'avait inauguré la ligne de Whistable à Canterbury que le 3 mai 1831.
En 1830, il n'y a encore en France que 38 kilomètres en exploitation; en 1840, il n'y en a pas 300. Un arrêté, exposé au musée centennal, fixait comme suit le prix du voyage de Paris à "Versailles, en 1840 : Wagons (découverts), i fr. 25 ; Diligences (les secondes d'alors), i fr. 50; Places de luxe, 2 francs. Le dimanche, les prix étaient... augmentés.
Dans les dix dernières années, la vitesse a été augmentée de 25 pour 100 ; elle atteint une moyenne de 7okilomètres à l'heure pour les trains express, devenus aujourd'hui la règle puisqu'ils comportent des troisièmes. Le tarif moyen par voyageur-
CHAISE DE POSTE DE I789; CALECHE DE LA B E S T A l I! AT 1 O X
(Exposées au Musée rétrospectif.)
LE GENIE CIXIL
L O C O M U T 1 V 1;^ IC X !■ O S K K S AU M U S É U R ij T R O S P IC C T ! l-'
L'Invicla, conslruite par Steplienson, en iS;<o.
l.'Oisxel, de la Compagnie de l'Ouest, construite en ii>\ ].
kilomètre a été réduit de 30 pour 100. Le confortable s'accroît tous les jours.
La Compagnie d'Orléans exposait les tableaux comparatifs de deux trains. En 1840: i4voitures,9otonnes, 40 kilomètres à l'heure; en 1900 : 15 voitures, 280 tonnes,. 80 kilomètres.
La vitesse est double avec une capacité de traction trois fois plus grande. Ce progrès n'est cependant pas aussi saisissant que le développement des voies.
Les 497 kilomètres de 1840 s'étaient changés en 50.000. Le matériel représente 13.000 locomotives, 32.000 voitures à voyageurs, 300.000 wagons à marchandises. Les frais d'installation ont dépassé 15 milliards. Lestramways, tout récents, ont passé en dix ans de i.oooà4.oookilomètres d'exploitation ; leur extension sera plus rapide encore que celle des chemins de fer.
Le musée centennal montrait la locomotive Oi'ssel, construite en 1844 pour la ligne de Paris à Rouen; c'était la machine même et non un modèle. Conservée comme ces vieux coursiers de bataille à qui l'on fait une vieillesse heureuse, elle ne semblait pas trop fatiguée parles 1.300.000 kilomètres qu'elle avait dévorés dans son existence active. Les types nouveaux, monstres puissants s'élevant au-dessus du sol parla hauteur des roues, se trouvaient à l'annexe de Vincennes, ainsi que les wagons des derniers modèles. Les trains suivent la voie ouverte par les cuirassés; ils tendent de plus en plus au colossal. Les transports mécaniques se comportent à l'inverse de la nature ; c'est la cavalerie lourde qui y marche le plus vite.
Les ports maritimes rentrent également dans les attributions du génie civil. On est loin des premiers bassins a flots construits à la fin du xvii" siècle. L'outillage des ports où manœuvrent des bateaux de 200 mètres de long, avec les écluses à sas et des formes de radoub en proportion, est aujourd'hui une machinerie formidable.
Pour la création des bassins intérieurs et surtout des ports en eau profonde, la science moderne a trouvé des moyens nouveaux. L'usage des blocs artificiels, l'immersion des caissons métalliques ont permis de triompher de ces deux choses redoutables, le courroux des Ilots agités et la traîtrise des fonds marécageux.
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